Plus dure sera la chute

Plus dure sera la chute

L’homme, nu, tend vers le ciel le résultat de son labeur : une splendide reproduction d’automobile. Il chevauche une enclume recouverte du drapeau tricolore et son bras droit, replié s’appuie sur un marteau. La posture renvoie à Héraclès bandant son arc. Mais là, c’est une auto qu’il décoche. Nous sommes en 1913, l’affiche a été conçue par René Péan.

On comprend que l’industrie de l’automobile a pris son rythme de croisière.Il suffit de regarder au bas de l’affiche la profusion d’autos qui convergent vers un même point.

Il  est donc fini le temps des pionniers. Fini les carrosseries inspirées des attelages hippomobiles. Les vis-à-vis et les quadricycles ont fait place à des autos conçues comme telles. Le public se presse dans les allées du Grand Palais où se tient le salon de l’automobile. Pourtant ces autos sont encore réservées à la grande bourgeoisie.

L’automobile entrera petit à petit dans la vie de la population par le biais des véhicules professionnels et des services publics comme le souligne fort justement Mathieu Flonneau dans la revue “L’Histoire”.

Et c’est ainsi  donc qu’elle se démocratisera : il faut bien des chauffeurs pour conduire les camionnettes, les taxis, les bus, les ambulances, et les voitures postales. En 1913, date de l’affiche, les bus ont totalement remplacé les attelages hippomobiles dans les rues de Paris.(voir l’article consacré  aux modèles de chez CD)

La fabrication en masse qui abaisse les coûts de production et donc les prix de vente, fera le reste. D’ailleurs toujours en cette même année, la grande nouveauté du salon parisien sera la fameuse Ford T qui était apparue Outre-Atlantique dès 1908. Cette auto symbolisera à elle seule l’accession du grand public à l’automobile.

J’ai donc choisi de remonter le temps, et de vous présenter des miniatures reproduisant des autos qui auraient pu figurer dans ce salon.

Encore inaccessibles au grand public, elles vont pourtant entrer dans de nombreuses familles par le biais de jouets. Je parle de ces petits jouets, dits penny toys ou jouets de quat’sous qui étaient distribués sur les grands boulevards par des marchands ambulants.

Ce sont les ancêtres de nos miniatures. Aujourd’hui, peu de gens savent les apprécier, peut-être parce qu’ils n’évoquent rien pour eux. ll faut juste les regarder comme de petits objets, témoins des balbutiements de l’automobile. La révolution est en marche. Ce sont les fabricants allemands qui vont se montrer les plus actifs dans ce type de produits.

Pour produire des jouets à un prix réduit le passage à la tôle lithographiée s’impose : il suffit de découper et d’assembler les morceaux de tôle à l’aide d’agrafes. C’est simple et le résultat est des plus satisfaisants.

Il n’en demeure pas moins que ces autos en tôle lithographiée sont fragiles Elles craignent l’humidité.

Les firmes allemandes Ernst Plank, Krause et Heyde vont ensuite proposer des miniatures injectées en plomb. Ces entreprises avaient l’ expérience de ce matériau grâce à la production de figurines.

C’est une réelle avancée. La qualité de reproduction s’en trouve grandement  améliorée. Ces jouets demeurent fragiles, mais quel charme. Les Plank sont incontestablement les plus belles. A une échelle proche du 1/60, elles sont la parfaite reproduction des automobiles circulant dans les rues.

La Krause, (sans certitude absolue sur l’identification) est également somptueuse. On se rapproche du travail que le fabricant avait l’habitude de faire sur les attelages hippomobiles.

En France c’est SR qui s’aventurera dans le créneau de l’injection en plomb. On ne peut comparer la production de cette entreprise avec celle des firmes allemandes. Les modèles sont succincts. La grande majorité d’entre eux était proposée brute, non peinte. La gravure est très fine, preuve que SR maîtrisait parfaitement cette technique.

Les SR se situent dans le créneau “jouets de quat’sous”. Ils connaitront le succès à l’étranger, en Grande-Bretagne mais aussi aux USA. Ils inspireront des fabricants comme Tootsietoys puis plus tard les premiers fabricants de jouets japonais.(voir l’article consacré aux premiers jouets japonais).

SR proposera une très belle Ford T, bien supérieure à la première Tootsietoys, celle-là même qui fut présentée à ce salon de 1913.

 

SR Ford T
SR Ford T

(voir l’autre article consacré aux modèles en plomb produits au Japon entre les deux guerres)

 

 

. Enfin il faut  signaler un dernier matériau : Le bois. Quand on évoque ce matériau, c’est bien sûr à Erzgebirge que l’on pense. Je vous présente quelques torpédos de ce fabricant. On appréciera l’auto des mariés : preuve que ces petites autos étaient aussi faites pour les petites filles !

Au fait, avez-vous bien observé l’affiche de René Péan ? Il y a une autre lecture possible. Comme souvent dans l’histoire de l’art, certains artistes malicieux ont su brouiller les pistes.

Observez les couleurs qui montent verticalement. Le rouge et le jaune. Cela fait penser au feu, le feu de la forge bien sûr. Cet homme, représenté dans un cadre mythologique ne serait il pas Pluton le Dieu des enfers. L’auto qu’il brandit est un phaéton, nom donné à ce type de carrosseries.

Dans l’histoire de l’art, Phaéton personnage mythologique est le plus souvent représenté dans son char … chutant du ciel ! Fils du soleil, il avait perdu le contrôle de son char et avait manqué d’enflammer la terre. Ces autos qui convergent en bas de l’affiche à toute vitesse de chaque côté du personnage central ne semblent-elles pas vouées à un terrible carambolage?

L’artiste n’a t’il pas voulu nous annoncer la promesse d’une catastrophe avec l’arrivée de l’automobile ? Un siècle plus tard on peut légitiment se poser la question. Quel avenir pour l’automobile? La cité semble lui fermer ses portes. Sur les routes, les autos sont désormais limitées à 80 Km/h. Paradoxalement la plupart d’entre elles atteignaient déjà cette vitesse un siècle auparavant.

 

Il est certain que l’automobile a fait du surplace par rapport  à l’aviation et à la conquête du ciel et de l’espace. Les conflits armés qui ont jalonné le siècle dernier ont développé ce moyen de locomotion bien plus efficacement. On a marché sur la lune, mais on peut de plus en difficilement circuler en auto.

En attendant , meilleurs voeux pour cette nouvelle année qui commence  !

lettre au père Noël

Lettre au Père Noël

Je n’ai pas souvenir, enfant, d’avoir écrit au Père Noël afin de formuler une demande particulière ou de l’orienter vers le jouet de mes rêves. Cela ne se faisait pas. Par contre, je me souviens bien lui avoir écrit pour lui préciser que, malgré quelques petits dérapages, j’avais été assez sage. Ce jugement n’engageait que moi, mais ainsi, j’étais bien certain de lui avoir rappelé que je méritais un petit paquet sous le sapin. La lettre avait eu l’effet escompté.

J’ai grandi. Par la suite, je n’ai plus rendu de comptes à ce Monsieur sur ma conduite.

La technique a d’ailleurs évolué. Désormais on ne formule plus ses demandes par courrier postal, on utilise le courrier électronique.

Dernièrement, Monsieur Malric m’a donc adressé un mail, un peu comme on s’adresse au Père Noël, en m’expliquant qu’il serait “opportun” de consacrer un article à “son camion préféré”, celui de son enfance, le Berliet Gak, en cette année anniversaire. Ce camion a en effet été lancé en 1958. Moi aussi je l’aime bien. Comme pour Monsieur Malric, il synthétise ma découverte du monde des poids lourds.

Je m’interroge cependant sur l’opportunité de présenter ce camion. Il me semble en effet que trop d’articles de la presse spécialisée sont réalisés sur des sujets qui n’apportent rien car ils ont déjà été traités de nombreuses fois. Comment éviter le piège de la redondance ?

Je vais donc vous présenter des Berliet Gak qui, chacun, pour des raisons qui lui sont propres présentent une originalité. J’ai sélectionné un ensemble de modèles “made in France”. J’ai scindé en deux parties cette étude, la première partie traitera des modèles injectés en zamac et la seconde partie des modèles en plastique.

Prenons le modèle réalisé par Dinky Toys, en zamac. C’est une superbe reproduction. Cela tout le monde le sait. Mis à part la version dépanneuse, peu crédible, à laquelle on a greffé l’arrière du Bedford TK provenant de Liverpool, tous les modèles sont des réussites.

Mon préféré est la grande échelle…je n’ai jamais pu l’avoir enfant et, dans la vitrine du marchand de jouets située à quelques mètres de la boutique de chaussures de mes parents, sa boîte richement illustrée me fascinait. Je revois très bien la vitrine murale située à l’extérieur du magasin. Je m’étais contenté de la version produite par Norev, qui est, ma foi, fort réussie. Il faut dire que le “vrai” camion était en service là où j’habitais.

Il y a également la version distribuée chez Tafanel, le brasseur parisien, aux couleurs de “Kronenbourg”. Je me souviens , il y a quelques années, avoir eu entre les mains un catalogue  qu’éditait ce brasseur, contenant les articles aux couleurs “Kronenbourg” distribués à travers son réseau de vente (blousons, tee-shirts, cendriers…).  Figuraient  aussi le Dinky Toys mais également le Berliet Stradair de chez FJ. Ces modèle étaient donc en vente à travers le réseau de distribution  “Kronenbourg”.

Je ne peux vous présenter qu’un seul modèle qui sort de l’ordinaire. Il s’agit de la pré-série de la benne basculante. Ce modèle possède une benne entièrement lisse. On peut imaginer que Dinky Toys a rencontré des problèmes avec son moule et qu’un nombre important de rebus a conduit la direction a le modifier rapidement. Les rainurages ont facilité l’injection du zamac lors de la fabrication. J’ai eu cet exemplaire auprès de M. Chaudey, avant d’en trouver un second, bien plus tard dans une salle des ventes. Il était en vrac avec d’autres modèles en état d’usage. Logiquement d’autres exemplaires devraient finir par apparaître un jour. En effet une certaine quantité a dû être réalisée avant la modification du moule (rainurage).

Chez JRD, si je dois retenir un modèle, ce serait le très original tracteur Tak semi-remorque panier avec ses 90 bouteilles de gaz, à installer une à une : elles étaient livrées dans un sachet. A chaque fois que j’ai eu à installer ces bouteilles, j’ai pu constater que JRD, généreusement en mettait deux de plus. Il faut dire que l’on cassait facilement les anses en les installant.

Bien évidemment ce sont les couleurs rares (argent ou bleu métallisé) qui sont les plus convoitées. Mon père et moi, nous les avons traquées avec assiduité. Cela a pris du temps.

Celle de couleur rouge, la plus fréquente, est aussi la plus réaliste et la plus réussie. La flotte des véhicules aux couleurs d’Antar était ainsi décorée.

Appréciez celle équipée de pneus en caoutchouc blanc, au dessin si particulier. La couleur des ces pneus n’est certes pas crédible mais ils s’harmonisent parfaitement avec les décalcomanies. Je ne me lasse pas de voir en vitrine ces objets acquis il ya près de 40 ans.

A Marseille, FJ a logiquement inscrit ce populaire camion à son catalogue. L’échelle de reproduction est atypique dans le paysage des productions françaises de jouets de l’époque. Il est reproduit au 1/60 environ. Celui qui me paraît le plus intéressant, et le plus rare est le brasseur aux couleurs de Coca-Cola.

Le plus original est bien sûr la version porte-fer. Il faut savoir qu’ FJ produisait ces modèles en tronçonnant aux 2/3 la cabine d’un modèle de base. Il y a là un côté artisanal qui sied bien à cette petite entreprise provençale. Une pièce en tôle permettait de fermer la cabine.

Le brasseur “Coca-Cola” a un charme désuet. Il est fini dans la couleur jaune orangé qui avait été choisie par la firme d’Atlanta après la guerre pour habiller sa flotte de véhicules.

C’est assurément de cette même couleur qu’aurait été peint le Renault 3500kg de chez Dinky Toys de 1961. Ce projet dont il ne reste que le plan n’a pas abouti. (voir le blog consacré aux plans Dinky Toys). Dans le milieu des années soixante, la livrée rouge et blanche a remplacé la couleur jaune. A voir le nombre important de jouets aux couleurs de Coca-Cola on réalise que dès l’après-guerre le service marketing de Coca-Cola avait compris l’importance de conditionner les jeunes clients.

Pour une raison que j’ignore la version “Coca-Cola” avec le Berliet Gak est rare. Je crois bien ne l’avoir revue que deux fois. FJ transfèrera cette déclinaison “brasseur” sur sa nouveauté le Berliet Stradair. Comme ce dernier , le Berliet Gak est équipé de jantes en plastique, ce qui est rare pour ce camion.

Il faut dire que le Stradair, dans la réalité, avait une suspension “Airlam”. Il était tout destiné au transports de marchandises fragiles.

Cette version benne à ordures distribuée à Lille aux couleurs de la capitale nordiste me semble être digne d’intérêt. Monsieur Dufour en possède également un exemplaire.

La version pompier est peu crédible. Cependant le jouet a un charme certain.

Enfin, il semble opportun de citer dans un article consacré à ce camion les versions publicitaires aux couleurs du” savon pâte  Arma”. La localisation  géographique de cette firme, Marseille, comme FJ  explique surement la réalisation de ce modèle. Il est fort réussi. Je pense qu’il a connu une distribution promotionnelle .

Finalement M. Malric a bien fait de faire sa demande en amont de Noël. Il a été entendu. Je vous invite également l’année prochaine à faire vos commandes d’articles bien en avance pour permettre au Père Noël d’étaler sa charge de travail.

 

Un cas unique

Un cas unique

Une question s’impose. Pourquoi la Porsche dénommée “GT” par Solido, celle qui a couru au Mans en 1961, a-t-elle mis autant de temps à être produite ? Pour mémoire, rappelons qu’elle ne fut commercialisée qu’en 1964. Elle semble avoir perturbé la direction de Solido.

L’auto est apparue sous l’appellation officielle RS61 en avril 1961 lors des essais préliminaires des 24 heures du Mans. Elle participa ensuite à la course qui s’est déroulée en juin 1961. Elle n’a rien d’une “GT”. Elle est équipée d’un 4 cylindres. Elle ne participa pas à l’épreuve en 1962 et revint en 1963, rebadgée 718 avec un 8 cylindres. C’est pourtant la même auto.

Il est bon de souligner un détail important. En 1962 un nouveau règlement est entré en vigueur dans le championnat mondial d’endurance. Seules les autos de la catégorie “GT”sont autorisées à marquer des points. Les “sports” (prototypes), qui font les beaux jours du Mans depuis 10 ans peuvent encore concourir en catégories dites “expérimentales ou Prototypes” et se tailler la part du lion au classement général.

Mais devant la montée en puissance des ces “monstres” les instances sportives ont cru bon de les mettre à l’écart en ne comptabilisant que les résultats des “GT”. C’était oublier que certaines épreuves comme les 12 heures de Sebring ou les 24 heures du Mans avaient besoin de ce type d’autos pour faire rêver le public et le satisfaire.

Du coup Solido voit dans ce nouveau format du championnat du monde une opportunité de diversifier son catalogue et de montrer son savoir-faire dans la réalisation d’autos de course fermées. Solido avait déjà sorti des autos de cette catégorie, comme l’Aston Martin DB4, et l’Abarth 1000, avec portes ouvrantes. La firme d’Oulins a dû voir dans ce coupé Porsche, qui n’a rien d’une GT malgré l’indication sous le châssis, une manière, un peu dérobée de coller à l’actualité sportive.(voir l’article consacré  à la version Solido)

Drôle de destin que cette auto chez Solido. Elle aura du mal à paraître et restera au catalogue jusqu’en 1971 ! Autre fait exceptionnel et unique chez Solido, elle connaitra toutes les fabrications étrangères (Dalia, Buby et Brosol) et aussi la série économique Dynam. C’est la seule miniature  de la série 100 qui peut se targuer d’un tel pedigrée.

On peut voir dans cette carrière au long cours un aveu d’échec. On sait que M. De Vazeilles programmait un amortissement très précis pour ses modèles. Le fait qu’elle soit restée aussi longtemps au catalogue, qu’elle ait fait partie de la série économique Dynam et qu’enfin les trois principales fabrications étrangères l’aient inscrite à leur catalogue tend à prouver que Solido a mieux géré l’utilisation du moule que la commercialisation du produit par ses soins.

L’étude de cette miniature m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de Solido.

Il apparaît clairement que le moule de cette miniature n’a pu autant voyager. Comment expliquer que l’on ait trouvé cette auto en même temps dans les catalogues Solido, Dalia et Buby ? En parlant avec des gens de chez Solido au moment des premières Verem, au milieu des années quatre-vingt, j’ai compris qu’un moule n’est pas comme un appareil électroménager ou une automobile. Il ne redémarre pas d’une simple pression ou d’un tour de clef !

Un arrêt prolongé nécessite un travail minutieux pour le remettre en route, le réajuster. C’est coûteux en temps et en argent. Je parle bien sûr pour des moules conçus dans les années soixante car les pressions d’injection et même les outils servant à injecter ont évolué avec le temps. Il apparaît alors comme une évidence que les Dalia et les Buby ont été injectées en France. Elles partaient ensuite en pièces détachées pour être peintes, assemblées et distribuées en Espagne ou en Argentine.

Ce mode d’importation était beaucoup moins taxé que ne l’aurait été un produit fini. En effet, la main d’œuvre du pays où était effectué l’assemblage final profitait de ce mode opératoire.

La version Dalia possède un châssis gravé “Dalia Solido”. Elle connaitra une très longue carrière, interrompue par la version Dynam et la modification du moule au niveau des passages de roues arrière. Je n’ai jamais vu une version Dalia avec les ailes découpées.

La version Buby est des plus intéressantes. J’ai pu récupérer une lettre de chez Solido où l’on quantifie le nombre de pièces envoyées à Buenos Aires.

Buby l’a équipée de belles jantes, simples, en zamac, très reconnaissables et assez crédibles pour ce type d’auto. La boîte est bien sûr identifiable facilement. Les monogrammes Solido apparaissent sur les flancs.

J’ai pu récupérer auprès de Bertrand Azéma le prototype de la boîte, peint à la gouache.

Pour les modèles brésiliens, c’est une autre méthode. Et là aussi, la Porsche «GT» est un parfait exemple pour mieux appréhender l’histoire de Solido.

Les Brosol sont des fabrications tardives de 1968. Le choix des modèles inscrits par Brosol à son catalogue est révélateur On y trouve des Maserati 250F, des Ferrari Testa Rosa et des Porsche 550 du début de la série 100 ! Ce sont des autos qui n’étaient plus produites en France. Cela ne posait donc pas de problèmes à Solido de louer ses moules pour une durée déterminée. Ils reviendront en France ensuite.

Notre Porsche «GT» était, elle, encore fabriquée dans la gamme économique Dynam en France. Un document des plus interessants montre bien que Solido a souhaité la remplacer dans la gamme Dynam par une autre Porsche, et cela tout en gardant la référence 15. C’est la Porsche Formule 2 qui devait remplir ce rôle.  La série sera arrêtée prématurément et la Porsche F2 ne sera jamais produite dans la série Dynam. Le moule de la « GT » sera envoyé au Brésil, avec l’importante modification réalisée lors de son passage dans la série Dynam (élargissement conséquent des passages de roue arrières).

Une fois la fabrication Brosol interrompue, nul doute, le moule, est revenu en France. Il avait mérité un repos légitime.

Curieux destin tout de même que cette miniature représentant une Porsche qui n’a pas vraiment brillé. Celle qui viendra ensuite, la Porsche 904, connaitra une carrière bien plus glorieuse, avec aussi une victoire à la Targa Florio. Avec cette auto, on peut dater, à mes yeux la vraie montée en puissance de Porsche. Suivront  la fameuse 906 (Carrera 6) puis les  907, 908, et 917. Solido aurait sûrement préféré sortir la 904 à la place de la RS 61. C’est Politoys qui s’en chargera et ce de manière très convaincante.

L’affaire du triangle !

L’affaire du triangle !

Quand le bureau d’étude de Bobigny créa le fameux triangle isocèle pour figurer les montant verticaux encadrant le pare-brise de sa Simca 8, il ne savait pas qu’il s’agissait d’une petite révolution et qu’il allait inspirer Liverpool, de l’autre côté du Channel.

Une récente discussion avec un ancien du bureau d’étude m’a ouvert les yeux sur les relations et la tension qui pouvaient exister entre les deux bureaux. Comme l’a montré Jean-Michel Roulet dans ses livres,  Liverpool contrôlait ce que faisait Bobigny, surtout dans les années cinquante. Les exemples sont fort nombreux. Au fil des années,  Bobigny a acquis une certaine liberté dans la création des prototypes.

Mon interlocuteur du bureau d’étude louait la très grande  qualité d’exécution des graveurs  français. Il en résultait un de peu jalousie du côté de Liverpool.  On imagine bien que  le prototype de la Simca 8 y a fait sensation lors à son arrivée.

La découverte de quelques prototypes en bois “made in England” confirme cet état de fait.

Il y  a fort longtemps j’ai eu l’occasion de récupéré le prototype en bois de la Buick Skylark qui venait de Jean-Michel Roulet et qui était ensuite passé chez Jean Vital-Rémy.  La dispersion de la collection  de ce dernier a remis sur le marché bon nombre de raretés.

Curieusement, le modèle que je vous présente ce jour avait été écarté des ventes majeures de chez Christie’s. Je l’ai récupéré dans les fameuses et légendaires ventes “bis” opérées par une petite maison anglaise. L’auto est datée de 1952 avec l’annotation “cancelled” (annulé).

Ce que l’on retiendra, c’est bien sûr la présence de ces fameux  montants en forme de triangle isocèle. L’auto était intéressante. Elle a perdu sa traverse de pare-brise C’est un extraordinaire témoignage  qui confirme tout l’intérêt de Binns Road envers la petite Simca 8.(voir le blog consacré à la genèse de la Simca 8)

 

Un autre prototype en bois provenant d’une autre source, celui de la Packard Clipper, est également révélateur. On y retrouve  ces  fameux montants  de pare-brise verticaux. Ceux-ci seront abandonnés en série.

Entre-temps  Liverpool était passé à la réalisation de pare-brise en plastique transparent. On peut presque regretter qu’il n’ait pas été traité comme  celui de la Simca 8. Certes les enfants ont dû apprécier cet élément réellement transparent qui devait apparaitre comme une modernisation.

La miniature de Binns Road qu’on rapproche le mieux de notre Simca 8 sport est bien sûr l’Austin  l’Atlantic. Elle est postérieure à la Simca 8 Sport. Elle bénéficie aussi de  cette technique de fabrication  consistant à injecter   le pare-brise avec la carrosserie.

 

Sans chauvinisme aucun, il faut  bien reconnaître que le modèle n’est pas aussi fin que la Simca 8. La réalisation est plus empâtée. De plus, la traverse ressemble plus à un arceau de sécurité qu’à un élégant pare-brise de cabriolet. Pour sûr, elle pouvait encaisser les tonneaux !

Ceci dit, la miniature est plaisante. La vraie voiture fut réalisée pour le marché américain. Dans la même logique, Dinky Toys produira pour le compte de l’importateur  américain Hudson Dobson des couleurs  spéciales. Elles  sont rares et belles. Il y a la rouge et les deux bleu moyen.

La rose est une couleur du début de la production. Harmonieuse, elle était vendue par boîtes de six pièces, comme toutes celles équipées de jantes crème qui n’ont normalement été diffusées que sous ce conditionnement.

On sait que Liverpool mettra du temps à vendre ses miniatures avec des étuis individuels.

 

 

Les Cargo à tonton

Les Cargo à tonton

La famille cherchera à savoir. Et lors des repas de fin d’année un petit neveu osera peut-être cette question : “Alors Tonton, tu l’as cette 2cv ?”

C’est que le grand public a pu découvrir, ébahi, à la une du journal “Antiquité Brocante” du mois de septembre 2018, une magnifique Dinky Toys 2cv “Philips” et surtout son prix : 12 000 € …sans les frais précise-t’-on ! Le commentaire imparable qu’on trouve en couverture est ici reproduit :

“A  ceux qui estimaient que les collections de véhicules miniatures Dinky Toys évoluaient désormais tel un astre mort, la vacation du 5 juillet, à l’hôtel des ventes de Nîmes(30) a dû les faire tomber de l’armoire”.

Minialuxe panneau Philips
Minialuxe panneau Philips

C’est bien le genre d’article qui transforme le tranquille collectionneur de Dinky Toys en héros. Tous les collectionneurs de Dinky Toys ont finalement un morceau de cette 2cv.  Cette enchère a redoré le blason, un peu terni, de l’amateur de Dinky Toys.

Elle a donné un statut social à leur collection.

Pour beaucoup d’entre eux, les modèles «Chinois» (Atlas) avaient porté préjudice à l’image de leur collection de «vraies Dinky Toys».

Il faut bien trouver un responsable à la baisse de certaines cotes, même s’il serait plus judicieux, à mes yeux, d’évoquer, entre autres, la baisse du pouvoir d’achat des collectionneurs.

Revenons à notre repas de fin d’année. Vous pourrez toujours expliquer que cette 2cv  Philips vous l’avez en partie. Je m’explique. Ce fameux modèle, cette 2cv camionnette «Philips» semble bien avoir été réalisée sur la base de la version postale et décorée avec les décalcomanies empruntées au Citroën 1200Kg Philips. Qui n’a pas les deux modèles ?

Plus sérieusement, c’est bien ici que réside le manque d’intérêt de ce modèle, et ce malgré les commentaires enthousiastes du journal. Le Citroën 1200Kg Philips est sorti en 1964. C’est un produit sophistiqué. Tout le contraire de cette 2cv camionnette qui est en fin de carrière : elle n’a ni vitre ni aménagement intérieur. Quel contraste avec le 1200Kgs. J’avoue avoir du mal à comprendre la logique de la gestation de cette 2cv « Philips ». D’autre part, Philips aurait certainement souhaité pour sa promotion une fourgonnette un peu plus en phase avec l’actualité automobile.

On pouvait penser qu’il s’agissait d’un modèle réalisé par le bureau d’étude pour la firme Philips mais ce raisonnement ne tient plus dès lors qu’on a découvert un second exemplaire. Or le bureau d’étude n’a pas vocation à produire plusieurs exemplaires d’un modèle.

Hasard des trouvailles, au moment de la diffusion de l’article j’ai mis la main sur d’étranges modèles qui m’ont également laissé interrogateur. J’en ai tiré l’enseignement selon lequel, tout comme Dinky Toys, la marque Sésame possède aussi ses mystères.

De quoi s’agit-il ? de Simca Cargo. Jusque là, rien de particulier. Ce camion a marqué le début de l’histoire de la firme, mais les modèles dont je vous parle aujourd’hui se distinguent par une finition aléatoire. C’est le moins que l’on puisse dire.

Les parties vitrées sont mal ébarbées, les accessoires en tôle joignent mal et les couleurs sont inhabituelles.

Enfin, les châssis sont en plastique et portent la gravure «Volvo», ils ne sont pas en tôle comme ceux de la série de base et ne possèdent pas de moteur à friction. Il est facile de constater qu’ils n’ont pas les standards de qualité qu’arborent habituellement les miniatures de cette marque.

On pourrait, au premier regard penser à des modèles réalisés au Maghreb. Plus étrange encore, les versions citernes affichent des compagnies pétrolières inconnues chez Sésame France comme Mobil et Fina.

J’avoue ne pas en savoir plus. Philippe Cazaniga m’a cédé un exemplaire équipé d’une benne décorée aux couleurs “transsahara” comme les Sesame français. Cependant, l’intérieur de la benne est de couleur verte.

J’ai également trouvé une version ambulance qui est proche de la version française. En attendant d’éclaircir le mystère , je vais vous présenter quelques Sésame plus traditionnels, d’origine française.

Le Simca Cargo sera le premier camion choisi par Sésame. C’est à mes yeux le plus réussi. Les formes rondes de la cabine associées à celles, à angle droit, de la caisse en tôle lui vont à merveille.

Ainsi, vous pourrez répondre à vos amis ou à votre famille qui ne comprennent pas vos choix de collectionneur que Sésame est une firme à prendre en considération.