Archives de catégorie : avant-guerre

fabrication avant la seconde guerre mondiale

J’ai fait un rêve.

J’ai fait un rêve.

C’est une petite photo couleur, en bas de page. Curieusement, cette photo n’a aucun lien avec le sujet de la rubrique principale intitulée “made in Argentina” et consacrée à la firme Buby.

Plus précisément, elle porte sur une nouvelle gamme de miniatures reproduisant les autos s’étant illustrées dans les rallyes argentins et les courses de la “Temporada”. Nous sommes en avril 1971. Il s’agit du mensuel “L’automobile” qui consacrait régulièrement quelques pages au modélisme automobile.

Le regretté Christian Moity, auteur de la rubrique en question, explique que le premier article qu’il a consacré à la marque Buby, dans ce même magazine lui a valu un important courrier de lecteurs mécontents de n’avoir pu se procurer les modèles photographiés.

Il justifie son nouvel article en expliquant que sa fonction de journaliste est d’informer et non pas de passer sous silence l’existence de certaines productions, quitte à frustrer les amateurs.

En effet, au moment de la publication de l’article, ces Buby ne sont pas disponibles à la vente sur notre marché national pour cause d’absence d’importateur. (voir l’article consacré à ce sujet).

Nous sommes exactement dans ce cas de figure pour les deux modèles de l’ intrigante photo couleur décrite plus haut.

“Faisons un rêve” .

Voilà comment Christian Moity introduit le second sujet relatif aux deux miniatures de sa rubrique modélisme. Le journaliste explique qu’un groupe de quatre amateurs anglais a décidé de reproduire au 1/43 les autos ayant marqué l’histoire du sport automobile. La marque portera le nom d’un des leurs : John Day.

Ce qu’il y a de nouveau, c’est que ces autos sont destinées uniquement aux collectionneurs. Christian Moity n’a d’ailleurs pas relevé dans son compte rendu ce point fondamental.

Pour résumer, disons qu’à l’aube des années soixante, le monde de la collection des miniatures automobiles est composé en grande majorité d’amateurs qui se contentent de rassembler les modèles du commerce. Ils sont une minorité à s’aventurer dans des transformations, voire mieux, des créations.

Pour les pionniers de la collection, l’objectif est de recréer chez soi un musée imaginaire retraçant l’histoire de l’automobile.

J’aime beaucoup le début de la préface signée du Comte Hadelin. de Liedekerke-Beaufort dans le Premier Répertoire  Mondial des Automobiles Miniatures , édité pour l’exposition de 1959 du C.I.A.M . Ce dernier était le président de l’ Automobile Club de France.

“Toutes les voitures du monde”

“Nous avons tous rêvé d’un musée de l’Automobile assez grand pour contenir un modèle de tous les véhicules qui ont circulé dans le monde depuis que l’ingéniosité des hommes a su mettre un moteur sur des roues. Ce Musée idéal n’existera jamais car il faudrait une ville entière pour l’abriter, si même on pouvait encore retrouver une voiture de toutes les marques et un exemple de toutes les carrosseries suscitées par tant de modes et destinées à de si multiples usages.

Mais ce rêve se réalise sous une autre forme et bientôt nous pourrons dire en effet que toutes les voitures construites depuis les inventions de Cugnot et de Beau de Rochas seront sous nos yeux.

C’est le modèle réduit qui nous offre cette possibilité, la seule, d’embrasser d’un seul regard ce gigantesque panorama, et de rassembler dans un même lieu tout le parc automobile mondial.”

Tout est dit dans ces quelques lignes sur la motivation des amateurs : recréer chez soi l’histoire de l’automobile.

A dix ans d’écart, le comte H. de Liedekerke-Beaufort et Christian Moity ont utilisé le même mot : rêve.

Or, en 1960, les productions industrielles ne suffisent pas à combler ce rêve. Alors, comment faire ? Voilà bien la question que se sont posée les amateurs d’automobile soucieux de constituer un musée de miniatures et nous verrons la semaine prochaine les solutions qu’ils ont trouvées.

En attendant, et pour illustrer cette première partie j’ai choisi de vous faire partager la solution de Raymond Daffaure à cette équation. En 1960, l’histoire de la course automobile passionne les amateurs.

Connaissez-vous beaucoup d’autos de courses d’avant 1914 ? C’est loin me direz-vous, plus d’un siècle en effet !

Serge Pozzoli, rédacteur en chef du fameux “Album du fanatique de l’automobile” est un des premiers à avoir consacré des articles à ce type d’autos dans sa rubrique “Les tiroirs de l’inconnu”.

Ce sont des hommes comme lui qui ont permis à Raymond Daffaure de nous laisser d’émouvants témoignages et de satisfaire ses clients qui lui en faisaient le demande. Les modèles sont approximatifs, mais quel intérêt historique !

A suivre.

 

 

Pas de quoi en faire un disque !

Pas de quoi en faire un disque !

Désormais, rien n’arrête les metteurs en scène d’opéra, Calixto Bieito introduit des Mercedes de seconde main dans Carmen tandis que Laurent Pelly invite un kombi Volkswagen dans son Arianne à Naxos. Alors, pourquoi pas un tracteur dans le ballet “Appalachian Spring” de Martha Graham ? (voir le blog consacré à cette commande de Martha Graham au compositeur Aaron Copland )

En 1944, date de la création du ballet, la mécanisation est une chose acquise pour les campagnes américaines. La chorégraphe aurait donc pu choisir un tracteur d’occasion, parfait pour épauler le jeune couple débutant dans la dure vie de fermier. Voici quelques jouets représentant le matériel qu’elle aurait pu choisir pour son décor.

Un tracteur de seconde main.

La marque qui me semble répondre le mieux aux attentes des petits paysans en herbe est Kansas Toys. Son Fordson est de bonne facture.

Mais ce sont surtout les accessoires créés pour être attelés au tracteur et animer les travaux des champs qui sont somptueux. Charrue, semoir, rouleau et brise-mottes ont été proposés par ce fabricant. Ces ensembles articulés sont de belle qualité. Les couleurs vives finissent d’habiller ces jouets.

Kansas proposa aussi une locomobile à vapeur. Le fabricant est ici facilement identifiable, ce qui n’est pas toujours le cas avec ce type de jouets, du fait qu’il a choisi de cercler d’un trait de couleur le pourtour des roues, simulant un bandage.

Barclay qui est le fabricant le plus prolifique pour ce type de jouets injectés en plomb a bien sûr également proposé des tracteurs. Celui équipé de roues jumelées avant (row crop) est en fait emprunté à la série militaire. Observez le fermier : il a revêtu un casque. Barclay n’a pas jugé utile de modifier le personnage militaire de son tracteur d’artillerie.

L’autre modèle de taille plus modeste semble reproduire un Fordson. Il a aussi été vendu en coffret tractant trois wagonnets.

Savoye a également inscrit deux tracteurs à son catalogue. Le premier est équipé de roues de type artillerie, assez succinctes..On adhère ou pas à ce type de jouets, il faut peut-être du temps pour en apprécier le charme désuet.

L’autre version de forme simplifiée, inspire la puissance. Elle est équipée des fameuses et facilement identifiables jantes en bois de grand diamètre de couleur rouge.

Enfin, Tootsietoys a reproduit un beau tracteur de la marque Star. A l’inverse de Barclay, la firme de Chicago modifiera son tracteur pour l’adapter à l’univers militaire et le transformer en tracteur d’artillerie. Le capot moteur reste identique, mais on notera l’ajout d’un caisson à munitions et la présence d’un soldat au volant. La boîte en carton est des plus rares. Elle contenait des accessoires.

Le tracteur d’avant-garde

Une autre hypothèse fort séduisante pour la chorégraphe d’avant-garde que fut Martha Graham aurait été de présenter sur scène, dans son décor, un tracteur” ultramoderne”.

Alors, imaginons donc ces jeunes fermiers miser sur l’avenir avec du matériel sophistiqué. Le temps de faire les démarches à la banque, deux ans se sont écoulés pour obtenir l’emprunt permettant l’achat du tout nouveau et ultramoderne Ferguson TE20 .

Vous le connaissez sûrement par son nom : « Petit Gris ». C’est un “outil” qui a contribué au développement des campagnes. Il bénéficie surtout d’une invention révolutionnaire : un attelage hydraulique pour accrocher les outils.

Dans l’esprit du grand public ce tracteur marque un tournant esthétique. Fini les tracteurs aux formes cubiques. Les angles droit des “Fordson” et autres tracteurs de la marque “Star” ont fait place aux rondeurs du Ferguson.

De manière étrange, ce tracteur n’aura pas le même succès chez les fabricants de jouets. J’avance l’hypothèse selon laquelle c’est la couleur de ce dernier, gris, peu engageante pour un jouet, qui a conduit les fabricants a préférer les teintes vives, le rouge du Massey Harris, l’orange, du Field Marshall ou même le plus sobre bleu du Fordson.(voir l’article sur le Massey Harris).

Tekno, qui n’avait pas encore de tracteur à son catalogue a choisi ce petit Ferguson. Dans la même  logique, le fabricant danois choisira la couleur orange pour décorer sa miniature. Plus tard quelques exemplaires seront réalisés de couleur grise. C’est un grand classique. C’est surtout le coffret avec tous les accessoires qui provoque la convoitise. Tekno a su mettre en avant tout l’intérêt technique de ce tracteur et notamment son système hydraulique .

Un autre fabricant danois, Lion Molberg a offert en reproduction son descendant qui porte sur le capot l’inscription “Massey Ferguson”. En effet, en 1953 Ferguson s’associera à l’un de ses concurrents, Massey Harris pour créer Massey Ferguson. C’est un jouet splendide et une vraie rareté.

La vie des jouets étant tout sauf un long fleuve tranquille, le moule sera cédé en …Colombie. Chico Toys, l’heureux nouveau propriétaire de l’outillage sortira son modèle dans les années soixante-dix. C’est bien évidemment comme toutes les productions sud-américaines de l’époque une pièce rare, d’autant qu’une partie de la production a été injectée avec du zamac de médiocre qualité qui n’a pas bien résisté dans le temps.

J’en ai croisé deux dans ma vie et je les ai pieusement conservés.

Enfin le modèle produit par Micro Modèls, de couleur grise est tout simplement une rareté.Il est injecté en zamac. Dans les années 90 des copies en white metal furent réalisées .  Il est reproduit  au 1/32. On appréciera le commentaire sur la boîte: « Le tracteur le plus populaire au monde, utilisé quotidiennement dans plus de 76 pays » .

Je l’ai eu en 1986.  Je ne me souviens pas en avoir revu un autre neuf en boîte. Je l’avais acquis à Donnington, auprès d’un amateur venu en vacances  de Nouvelle-Zélande, voir sa famille restée dans la “vieille Europe”. J’ai revu cette personne 25 ans plus tard aux Etats-Unis lors d’une manifestation de jouets anciens et elle se souvenait de notre rencontre en Grande-Bretagne et de ce fameux tracteur.

Qui mettra en scène “La marcha  de triunfo” ?

Y avait-il des mélomanes à la direction de chez Massey Ferguson ? C’est la question que l’on peut se poser à la vue de la pochette de ce disque qui, dans une logique qui m’échappe, sera offert dans ses concessions.

La photo de la pochette ainsi que le titre laissent interrogateur : “La marcha de triunfo” en espagnol. On y voit en photo une parade de tracteurs et autres engins de la marque Massey Ferguson. Les fières postures des conducteurs sont également une interrogation.

Certes, ce sont des Massey Ferguson qu’ils ont entre les mains, mais de là à parader si fièrement ! On est loin de l’image du paysan partant aux champs.

Le titre du disque, “La marcha de triunfo ” semblerait plus indiqué pour un opéra ballet à la gloire du roi Louis XIV, composé par Lully. Les beaux habits de nos glorieux conducteurs pourraient presque nous transporter à Versailles.

Cependant en cherchant le nom et l’origine de l’orchestre on s’aperçoit qu’il s’agit en fait de morceaux d’accordéon, plus près du bal musette du samedi soir que de la galerie des glaces.

Et puis, observez bien. Aucune présence féminine sur la photo. Dans les années cinquante, pour vendre des tracteurs il fallait placer de solides paysans pour conforter l’acheteur sur l’aspect viril de l’engin. Aujourd’hui, aucune marque ne se risquerait à une telle photo. On sait combien, à la campagne comme ailleurs, le rôle de la femme a son importance.

C’est bien ce que Martha Graham mettait en scène dans son ballet : un jeune couple à la campagne, et la vie devant lui.

Restons sur cette belle image.

 

 

 

 

 

 

La vision des Appalaches selon Copland

La vision des Appalaches selon Copland

La vie est faite de hasards et de petits riens. Un mot, perdu au milieu d’une phrase, un simple mot et vous voilà parti ailleurs. C’est le titre d’une oeuvre qui a éveillé mon imagination.

Cela s’est produit en écoutant France Musique, en l’occurence la passionnante émission d’Anne-Charlotte Rémond, “Musicopolis”. L’émission du jour prenait pour sujet l’histoire d’une commande passée à Aaron Copland, compositeur américain, un des premiers à avoir été reconnu comme tel par la critique internationale.

le compositeur Aaron Copland
le compositeur Aaron Copland

Aaron Copland a fait ses classes de compositeur en France entre 1921 et 1924, auprès de la grande Nadia Boulanger.

L’œuvre en question est devenue une de ses compositions les plus célèbres : «Appalachian Spring». j’avais déjà entendu des extraits de cette suite pour orchestre et elle m’avait marqué.

Comment ne pas voir dans ce titre et à l’écoute de cette musique, les grands espaces, la nature, mais aussi les premiers habitants, les indiens. C’était en tout cas ma vision personnelle.

Peu de temps avant cette émission, j’avais acquis une miniature des plus singulières, et je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec cette oeuvre.

C’est une des dernières pièces que j’ai acquises auprès de mon vénérable confrère Gilles Scherpereel. Il s’agit d’une torpédo (peut- être de la marque Mors) avec un indien au volant. M. Scherpereel m’a expliqué que ce modèle faisait partie d’un ensemble. Il connaissait également une version avec la figurine de Buffalo Bill. C’est une fabrication ancienne. En la voyant, vous allez sans doute penser qu’il s’agit d’une caricature.

Pourtant, Buffalo Bill a bien importé en Europe un spectacle dénommé “Wild West Show” qu’il avait rodé aux Etats-Unis. La première représentation eut lieu en 1889 année de l’exposition universelle. Il reviendra en 1905 pour une grande tournée dans toute la France. Il se mettait en scène avec des indiens et des centaines de figurants. A lire les commentaires de l’époque, le spectacle était haut en couleurs. Il était précédé d’une parade à cheval.

Il est fort possible que des automobiles aient été utilisées lors de cette cavalcade. Le fabricant de jouets, malheureusement inconnu, n’a pu avoir une imagination telle qu’il ait placé un sioux au volant. On imagine la surprise des passants dans les rues où défilait le cortège annonçant le spectacle.

Au moment de la diffusion de  l’émission d’Anne Charlotte Rémond, fruit du hasard, j’avais trouvé un article, que j’avais précieusement conservé ainsi qu’une photo faisant un lien parfait avec cette miniature. L’article portait sur une tribu d’indiens, les Osages, dont plusieurs dizaines de membres avaient été assassinés dans les années 20, provoquant une enquête fédérale et l’arrestation du commanditaire des meurtres, un important homme d’affaires local qui voulait faire main basse sur leurs biens..

A l’origine ces indiens occupaient un territoire dans l’actuel Kansas. Ils avaient été déplacés vers des terres situées  dans l’actuel Oklahoma, infertiles en surface, mais qui par la suite s’étaient révélées riches en pétrole .

Ces indiens avaient prospéré et vivaient, à en croire les colons blancs, comme “des rois du pétrole”.

Tootsietoys Ford T devant la pompe à essence
Tootsietoys Ford T devant la pompe à essence

La photo m’avait beaucoup plu. On voyait une Ford T conduite par un indien de la tribu avec une femme assise à l’arrière. Des légendes couraient pour discréditer cette tribu. On racontait que les Osages n‘hésitaient pas à changer d’auto lorsqu’un des pneus était crevé !

Fort de cette intrigante photo, je vais vous présenter quelques représentations de la Ford T, mythique automobile. Elle fut la première voiture a avoir été produite en grande série.(voir le blog consacré à l’arrivée de cette auto en Europe).

Tootsietoys Ford T
Tootsietoys Ford T

Pour faire mentir Henry Ford qui avait donné comme choix de couleur aux acheteurs le noir et …le noir, Tootsietoys a décliné sa miniature en de multiples couleurs. Une telle fantaisie n’est possible que dans le domaine du jouet.

 

Le petit coffret “Baby Ford and outfit” , sous-traité par Tootsietoys pour la firme H.F & Co est exceptionnel. C’est l’histoire qui est là sous vos yeux. Combien de coffrets sont parvenus jusqu’à nous et combien d’entre eux étaient complets avec tous les accessoires ? Ce sont sûrement des invendus de magasins.

En Grande-Bretagne, après avoir importé les Tootsietoys, Jo Hill Co les produira en série, sur place, à Londres. Datant d’avant la seconde guerre mondiale, elles sont tout de même très postérieures aux modèles fabriqués à Chicago. Les grandes roues monobloc peintes de couleur grise sont très reconnaissables. Ces modèles ne sont pas rares mais il est peu fréquents de les trouver en bel état de conservation.

SR, a également reproduit de manière convaincante cette auto. Est-ce l’importance historique du modèle qui a fait que cette firme française ait choisi de la livrer de couleur or ?

Bref, voilà comment j’avais établi un lien entre un morceau de musique et une miniature. Tout s’écroula lors de la diffusion de l’émission d’Anne-Charlotte Rémond. Voici donc le récit que la journaliste donna à l’antenne.

« Appalachian Spring » était une commande de la chorégraphe américaine Martha Graham. Cette dernière avait présenté l’argument suivant à Aaron Copland : une ferme, un jeune couple de fermiers américains, quelques habitants de la petite ville perdue, un pasteur.

Le compositeur se mit au travail et livra la partition. L’œuvre ne portait pas encore de nom. C’est Aaron Copland lui même qui livre l’explication aux auditeurs de la BBC. Quand Martha Graham donna à Aaron Copland le nom du ballet qu’elle avait choisi pour la partition celui-ci s’esclaffa « Oh ! Appalachian Spring, quel joli nom. Où l’avez-vous trouvé ?” Elle lui répondit qu’il s’agissait du titre d’un ouvrage de Hart Crane qu’elle venait de lire et qui l’avait marqué. Aucun lien donc avec les Appalaches.

Aaron Copland explique encore que le ballet eut un grand succès et que ses admirateurs  lui confiaient très souvent que lorsqu’ils écoutaient sa musique, ils voyaient les Appalaches ! Avec un humour au diapason il concluait que lui aussi désormais commençait à voir les Appalaches.

 

J’ai beaucoup aimé cette émission. Moi, j’y voyais des indiens, d’autres auditeurs y ont vu des montagnes.

Chacun livre sa version en fonction de son histoire, de son imagination, et de sa culture. L’important est que chacun y trouve une émotion.

Bons baisers de  Bethlehem

Bons baisers de Bethlehem

 

Sur le bureau de la chambre d’hôtel, une photo en noir et blanc attire mon regard. Elle est intrigante. Elle est graphique. Sur un fond de couleur gris se détache, en haut à droite, un texte en lettres blanches : Bethlehem, PA.

Cela ne vous dit sûrement rien, mais mon hôtel est justement dans cette toute petite cité de Pennsylvanie, à quelques encablures d’Allentown. Vous n’avez toujours pas fait le rapprochement ? Cette installation de projecteurs symbolise les étoiles. Celles qui auraient guidé les bergers venus visiter le Christ nouveau-né.

C’est un plaisir que de circuler aux USA. Le pays est rempli de petites villes aux sonorités européennes. Elles rappellent aux visiteurs qu’il y a longtemps les premiers immigrants avaient voulu se souvenir d’où ils venaient.

En Pennsylvanie, beaucoup de villes ou de quartiers témoignent de la forte présence d’immigrés venus d’Allemagne. D’autres immigrés, portés par leur foi, ont parsemé le pays de noms rappellant des épisodes bibliques. Et aujourd’hui je suis donc à Bethlehem, en Pennsylvanie.

Je retourne la photo, et surprise, il s’agit d’une carte postale. En 2018, ce produit semble d’un autre âge. A l’heure où l’on envoie des messages en quelques secondes à l’autre bout de la planète, prendre le temps d’écrire sur un support papier quelques mots qui seront lus plusieurs jours plus tard par leur destinataire semble archaïque.

Vous souvenez-vous de la dernière carte postale que vous avez envoyée ?

Je vais donc vous envoyer une carte postale des USA.

Comme au bon vieux temps lorsque ce support permettait de montrer à la famille, aux collègues, à qui sais-je encore, les bons moments que l’on passait et comment, malgré un cadre enchanteur, on prenait le temps de penser à ceux qui n’avaient pas pu partir.

Ce blog ne sera publié que dans quelques semaines, voire quelques mois et comme une carte postale, il aura pris le temps de trouver ses lecteurs.

Pour l’illustrer, j’ai choisi de vous présenter quelques trouvailles faites à la bourse aux jouets d’Allentown.

Tout d’abord un Dinky Toys. Ce n’est pas le pays. Mais ce véhicule arbore le nom d’une firme américaine : Brink’s. Le véhicule très représentatif est assez fréquent. Il s’agit d’un GMC. Ce que je n’avais jamais vu c’est la boîte promotionnelle.

Elle est de belle qualité, en carton fort. L’ensemble avec le véhicule devait constituer un cadeau de choix. Brink’s, cette firme établie dans le monde entier a également fait réaliser par Dinky Toys des versions pour sa branche mexicaine. La couleur, gris soutenu, était différente de la version de base, gris clair. La décalcomanie qui le décore est également différente. Par contre le boîtage est des plus simples : un carton blanc, souple. Tout le contraire de la version américaine. C’est une belle trouvaille.

Vient ensuite un objet que j’aime beaucoup. C’est le grand écart avec celui présenté juste au-dessus. Soixante-dix ans les séparent. C’est un produit à ranger dans la catégorie « penny toys », les ancêtres de nos Dinky Toys, Solido et Corgi Toys.

Je les regarde avec respect, j’ai toujours l’impression d’avoir devant les yeux une partie de l’histoire du jouet. Il en a fallu de la dextérité à Distler, le fabricant allemand, pour concevoir cette miniature. La présence du moteur à inertie est le signe d’une finition “luxe”.

Cela n’ajoute rien au modèle, parfois même l’enlaidit. Les modèles sans moteur gardent les emplacements de fixation. Il est vrai que le jouet vit aussi grâce à ses personnages : le chauffeur, réalisé en deux parties, mais surtout les passagers.

Il s’agit le plus souvent d’ une famille : le couple avec les enfants. Observez les chapeaux ! On comprend bien qu’à cette époque l’automobile était réservée à une élite .

Voici un produit “made in USA”. C’est un rare et surprenant car ACF de chez Arcade. Vous vous souvenez sûrement du modèle aux couleurs “Trailways” (voir le blog consacré au car Arcade).

Celui-ci peut être considéré comme une version économique, sans radiateur rapporté et d’une taille inférieure.  Je n’avais jamais vu ce type de modèle auparavant.

N’oublions pas que les versions économiques sont souvent plus rares à trouver. Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter cette version rare du car Clipper aux couleurs d’une compagnie privée. Mes voyages aux USA m’ont permis de constituer un bel ensemble de modèles de ce type que j’apprécie particulièrement.

Voici enfin un modèle plein de charme. Fragile. c’est presque de la dentelle. C’est au cours de mes voyages aux USA que j’ai appris à apprécier ces beaux jouets “made in Japan” injectés en plomb. Inspirés des modèles produits par SR (France), ils ont inondé les Etats-Unis au début du siècle dernier.

Il s’agit d’une moto solo. C’est très fin. Comme je le faisais remarquer au vendeur, le fabricant a passé une sorte de vernis sur les rayons des roues afin d’attirer le regard sur ces dernières et de faire apprécier le travail.

La plupart de ces jouets sont pourvus d’un sifflet (whistle). S’agissant d’une moto solo notre modèle en est bien évidemment dépourvu. Je vous présente donc également une autre moto et aussi un vélo équipés du sifflet. L’échelle de reproduction est proche du 1/43. (voir le blog consacré aux jouets japonais d’avant-guerre)

Vous allez sûrement vous interroger sur l’intérêt d’aller aux USA pour ramener des produits européens ou japonais. Il faut savoir qu’au début du siècle dernier, et ce jusque dans les années cinquante, une très importante partie de la production de jouets allemande ou japonaise a été exportée aux Etats-Unis. Ce marché était le plus important. Il est donc logique de les retrouver là-bas. Finalement, contrairement aux apparences premières ces modèles ont tous un lien très fort avec le marché américain.

L’entrée dans le royaume de sa gracieuse majesté

L’entrée dans le royaume de sa Gracieuse Majesté

« A  mesure que l’on s ‘approche de la ville même, l’obscurité – ce fléau de Londres – s’épaissit de plus en plus ; l’on pénètre sous un véritable dôme de fumée (…) et l’on s’avance, à travers une quintuple avenue de navires, faisant une réalité de la poétique image qui nous montre, dans un grand port, une forêt de mâts. C’est par la Tamise, que l’étranger doit entrer à Londres pour la première fois. » Louis Enault.

affiche du salon au Petit Palais
affiche du salon au Petit Palais

Ces phrases étaient  reproduites sur les murs de  l’exposition du Petit Palais “les impressionnistes  à Londres”. Cette exposition avait pour ambition d’évoquer les conséquences de la Commune de Paris sur la vie de quelques peintres français, contraints de s’exiler au Royaume-Uni pour des raisons politiques ou matérielles.

Par la magie  d’une vidéo, nous nous retrouvions à bord d’un navire à vapeur effectuant une traversée agitée, histoire de restituer les conditions difficiles des voyageurs de cette époque.

Je connais bien le Channel. Avant que le  tunnel ne soit construit, j’ai effectué de nombreuses traversées en Ferry. En hiver, elles peuvent être très agitées. Vues du bateau, les falaises de Douvres perdent  parfois toute horizontalité au profit d’obliques plus ou moins inclinées.

Très intelligemment conçue, l’exposition nous amène logiquement, après la vidéo de la traversée, vers les quais de Londres. Ceux par où tout arrive, voyageurs  bien  sûr, mais aussi marchandises. On est impressionné par l’agitation qui règne. On comprend que Londres était le centre du monde. Les artistes ont été nombreux à croquer ces quais et à tenter de restituer leur agitation et leur ambiance parfois malfamée. Au vu du nombre d’oeuvres réalisées,  ils semblent avoir été marqués par cette arrivée dans ce “nouveau monde”. Elle symbolisait pour eux la promesse d’une nouvelle vie.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec nos chers jouets. La Grande-Bretagne a longtemps été un pays qui compensait l’absence de fabricants de  jouets par une importation massive,  avant que n’émerge Meccano, bien sûr. Les soutes des navires devaient transporter des jouets  importés majoritairement  d’Allemagne mais également de France pour qu’enfin les grues les déchargent sur les quais de la Tamise,

Ce n’est pas un hasard si les petits jouets en tôle lithographiée, distribués par des vendeurs aux coins des rues ont pris le nom de “penny toy”. Ils étaient vendus un penny ! Les Allemands se sont fait une spécialité de ces beaux petits jouets.

Un siècle plus tard, leur simplicité et leur côté désuet dégagent un charme extraordinaire.

Comme il devait être bien difficile de vendre un camion militaire avec un soldat équipé d’un casque à pointe à Londres en 1920, les fabricants allemands n’ont pas hésité à produire des lithographies spécifiques, en langue anglaise bien sûr. Cela prouve l’importance du marché constitué par les rues de Londres. Les magnifiques bus à impériale ont logiquement séduit le public anglais. Fisher en a reproduit plusieurs exemplaires différents. Il adaptait ses matrices au marché britannique. C’est ainsi qu’il a réalisé une ambulance avec un marquage aux couleurs de l’hôpital de Londres.

Mon jouet préféré est ce superbe car réalisé par Kellerman (CKO) aux couleurs des “Midland Red Motor Services”. Vous avez bien sûr fait le rapprochement avec le Commer que réalisera Corgi Toys à ses débuts aux couleurs de cette même compagnie.

La camionnette postale aux couleurs de la “Royal Mail” provenant du même fabricant, est également des plus révélatrices. J’en profite pour présenter ce même véhicule, mais reproduit par une autre firme allemande, Erzgebirge.

Tootsietoys  choisira une autre voie. Après avoir exporté directement, elle trouvera un accord avec la société Jo Hill Co. Les modèles issus de cette filière  sont facilement reconnaissables au marquage “made in England” sous le châssis. Identiques à ceux produits aux  USA, les coffrets sont également estampillés “made in England”.

Solido aussi exportera ses Majors du début de sa production  en Grande-Bretagne, ainsi que le prouve ce splendide coffret  en langue anglaise.

SR a également inondé  Londres de ses petits modèles en plomb qui ont inspiré ensuite nombre de fabricants locaux avant de conquérir le monde.

On oublie facilement que SR a inspiré les premières Tootsietoys  et également les premiers jouets japonais  moulés en plomb.

Deux écoles de fabrication  se sont donc opposées pour la reproduction d’automobiles à petite échelle. Londres a été le témoin privilégié de cette compétition. Les Allemands utilisaient la tôle lithographié tandis que les français moulaient en plomb. On sait ce qu’il en adviendra. Les techniques d’injection s’améliorant, le plomb, puis le zamac prendront le dessus. Il faut avouer  que la technique permettait d’aller beaucoup plus loin dans la qualité et l’exactitude  de  la reproduction.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.