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L’affaire du triangle !

L’affaire du triangle !

Quand le bureau d’étude de Bobigny créa le fameux triangle isocèle pour figurer les montant verticaux encadrant le pare-brise de sa Simca 8, il ne savait pas qu’il s’agissait d’une petite révolution et qu’il allait inspirer Liverpool, de l’autre côté du Channel.

Une récente discussion avec un ancien du bureau d’étude m’a ouvert les yeux sur les relations et la tension qui pouvaient exister entre les deux bureaux. Comme l’a montré Jean-Michel Roulet dans ses livres,  Liverpool contrôlait ce que faisait Bobigny, surtout dans les années cinquante. Les exemples sont fort nombreux. Au fil des années,  Bobigny a acquis une certaine liberté dans la création des prototypes.

Mon interlocuteur du bureau d’étude louait la très grande  qualité d’exécution des graveurs  français. Il en résultait un de peu jalousie du côté de Liverpool.  On imagine bien que  le prototype de la Simca 8 y a fait sensation lors à son arrivée.

La découverte de quelques prototypes en bois “made in England” confirme cet état de fait.

Il y  a fort longtemps j’ai eu l’occasion de récupéré le prototype en bois de la Buick Skylark qui venait de Jean-Michel Roulet et qui était ensuite passé chez Jean Vital-Rémy.  La dispersion de la collection  de ce dernier a remis sur le marché bon nombre de raretés.

Curieusement, le modèle que je vous présente ce jour avait été écarté des ventes majeures de chez Christie’s. Je l’ai récupéré dans les fameuses et légendaires ventes “bis” opérées par une petite maison anglaise. L’auto est datée de 1952 avec l’annotation “cancelled” (annulé).

Ce que l’on retiendra, c’est bien sûr la présence de ces fameux  montants en forme de triangle isocèle. L’auto était intéressante. Elle a perdu sa traverse de pare-brise C’est un extraordinaire témoignage  qui confirme tout l’intérêt de Binns Road envers la petite Simca 8.(voir le blog consacré à la genèse de la Simca 8)

 

Un autre prototype en bois provenant d’une autre source, celui de la Packard Clipper, est également révélateur. On y retrouve  ces  fameux montants  de pare-brise verticaux. Ceux-ci seront abandonnés en série.

Entre-temps  Liverpool était passé à la réalisation de pare-brise en plastique transparent. On peut presque regretter qu’il n’ait pas été traité comme  celui de la Simca 8. Certes les enfants ont dû apprécier cet élément réellement transparent qui devait apparaitre comme une modernisation.

La miniature de Binns Road qu’on rapproche le mieux de notre Simca 8 sport est bien sûr l’Austin  l’Atlantic. Elle est postérieure à la Simca 8 Sport. Elle bénéficie aussi de  cette technique de fabrication  consistant à injecter   le pare-brise avec la carrosserie.

 

Sans chauvinisme aucun, il faut  bien reconnaître que le modèle n’est pas aussi fin que la Simca 8. La réalisation est plus empâtée. De plus, la traverse ressemble plus à un arceau de sécurité qu’à un élégant pare-brise de cabriolet. Pour sûr, elle pouvait encaisser les tonneaux !

Ceci dit, la miniature est plaisante. La vraie voiture fut réalisée pour le marché américain. Dans la même logique, Dinky Toys produira pour le compte de l’importateur  américain Hudson Dobson des couleurs  spéciales. Elles  sont rares et belles. Il y a la rouge et les deux bleu moyen.

La rose est une couleur du début de la production. Harmonieuse, elle était vendue par boîtes de six pièces, comme toutes celles équipées de jantes crème qui n’ont normalement été diffusées que sous ce conditionnement.

On sait que Liverpool mettra du temps à vendre ses miniatures avec des étuis individuels.

 

 

Lego Chevrolet ” panel van”

Lego Chevrolet ” panel van”

L’industrie automobile américaine a connu son apogée entre les deux guerres.  Elle a cherché à étendre son influence partout dans le monde,  s’engouffrant dans la moindre brèche pour conquérir de nouveaux marchés.

En Europe,  notamment en Belgique, aux Pays-Bas et dans  les pays scandinaves,  l’absence d’industrie automobile locale permit aux constructeurs américains  de pénétrer  facilement les marchés.

En toute logique, ce phénomène eut des répercussions chez les fabricants de jouets scandinaves notamment dans le choix des véhicules à reproduire.

Prenons la firme  danoise Tekno.  A ses débuts,  elle ne proposera à sa jeune clientèle  que  des Packard, des Buick, des Dodge, des Mercury, des Ford et des Harley-Davidson. On observe la même tendance chez Vilmer avec des Dodge et des Chevrolet. Lego n’échappera pas à la règle,  avec une petite particularité.

Bien souvent les véhicules industriels américains étaient livrés  en Europe châssis nus. Ils recevaient sur place chez un carrossier local un équipement spécifique. Ainsi la Packard  reproduite par Tekno a reçu une carrosserie  scandinave, tout comme les camions Ford, avec leurs bennes équipées de volets rabattables typiquement scandinaves.

Lego quant à lui optera pour la reproduction d’une carrosserie franchement américaine, dénommée aux Etats-Unis « panel van » (que l’on peut traduire par fourgon tôlé). La forme est bien particulière, simple et efficace, en un mot taillée à la serpe.

Elle est conçue à moindre coût et permet un chargement facile sans perte de place. Le seul lien avec la Scandinavie se trouve dans les publicités apposées sur ces fourgons : « Lys Kraft » (compagnie électrique), « Maelk  Flode» (laitier), « Brod Kager » (boulangerie) et autres dénominations nordiques. Le choix de Lego peut paraître curieux dans la mesure où cette camionnette n’entre pas dans la logique ludique de la marque qui consiste à offrir aux enfants la possibilité de permuter des éléments. Cette camionnette est de fabrication monobloc. Le seul côté ludique consiste dans l’ajout sur certaines versions d’une petite friction, comme cela se faisait beaucoup à l’époque. Signalons que ce type de gadget n’a jamais fait l’unanimité chez les enfants.

La friction se révèle très vite encrassée ce qui a pour effet de bloquer totalement la miniature. C’est un comble pour un accessoire qui devait lui permettre un meilleur roulement !

Sa courte existence explique sa rareté. Les décalcomanies sont très fragiles. C’est un très beau jouet, désormais difficile à se procurer.

Monsieur Alain et les Gasquy

Une des autres grandes passions de « Monsieur Alain » est bien évidemment la firme Gasquy. C’est à travers mes recherches sur cette dernière que je l’ai rencontré. Ces modèles « made in Belgium » n’avaient rien à envier aux autres productions étrangères.

Gasquy Studebaker Champion, palette de couleur
Gasquy Studebaker Champion, palette de couleur

Ce pays est encore aujourd’hui un carrefour économique. L’industrie du jouet n ‘a pas fait exception. Pendant très longtemps, ce pays ouvert sur le monde a vu défiler les importations de jouets américains, puis japonais sans oublier bien sûr toutes les productions européennes. Beaucoup de collectionneurs français ont découvert l’existence de productions de Dinky Toys anglaises lors d’un séjour dans le plat pays. Mercury, firme établie à Turin, a été très largement importée en Belgique, ce qui peut s’expliquer par la présence d’une forte colonie italienne.

De ce fait les productions belges de jouets furent assez restreintes. Ce phénomène d’importations non contingentées s’observe également dans le domaine automobile. Les automobiles Cadillac, Packard et Chrysler Packard faisaient partie du paysage bruxellois. Plus tard, Nissan et Toyota prirent le relai alors qu’en France les importations de ces marques étaient restreintes.

Gasquy Studebaker Champion
Gasquy Studebaker Champion, superbe couleur

La firme de jouets belge dont l’aura dépassera largement les frontières du Quiévrain sera bien sûr Gasquy. Au milieu des années soixante, un noyau de collectionneurs s’acharnera à dénicher à tout prix ces reproductions datant du début des années cinquante.

Elles étaient aussi prisées que les Märklin, ou que les Dinky Toys d’avant- guerre. Cinquante ans après, elles sont toujours aussi rares ! La production, établie à Herstal, prés de Liège fut de courte durée. La qualité était au rendez-vous, mais un prix de vente élevé freina la diffusion par rapport aux Dinky Toys d’importation. A part la Renault 4cv qui a été reproduite à une échelle supérieure, les modèles n’ont pas été dotés d’étuis individuels. Un détail que j’apprécie sur cette série est la mention « Englebert » sur les pneumatiques. Englebert était à l’époque un fabricant de pneumatiques de qualité, localisé en Belgique.

J’ai choisi en l’honneur de « Monsieur Alain » le modèle le plus mythique à mes yeux, la Studebaker Champion. Gasquy a eu le bon goût de reproduire le modèle de 1949, millésime le plus représentatif de ce chef-d’œuvre esthétique, dû au bureau d’étude de Raymond Loewy. Solido sera le seul à proposer une reproduction dans sa gamme Junior. Avec son pare-chocs rapporté et ses lignes bien rendues la Studebaker Champion, apparaît comme bien supérieure aux reproductions de Binns Road ou de Bobigny.

Dinky Toys Ford brasseur 25H

La suite du bougnat !

nuances de couleur turquoise
nuances de couleur turquoise

Sur l’article précédent, les Dinky Toys Ford brasseur 25H sont présentés uniquement des modèles de premier type, avec roues en zamac peintes. Vous pouvez constater une nuance de couleur sur la version crème. Il existe certainement aussi une nuance sur les versions rouge et turquoise. La version bleue semble n’exister qu’en première série, d’où une présence plus rare sur les étals des marchands !

Dans cet article j’ai souhaité vous présenter les versions intermédiaires, avec jantes en zamac peintes et pneus en caoutchouc. Enfin, toutes les couleurs de cette gamme sont présentes dans le catalogue Dinky Toys. Ainsi le turquoise et le bleu se retrouvent sur la Packard référence 24 P. Le rouge, le crème et le vert métallisé sur la 24 O Studebaker Commander. Toutes ces couleurs sont également présentes sur la série des camions sans marques de la gamme 25 d’après guerre (croisillonnés).

Vacances sur les bords du lac Michigan

Tootsietoys est une firme établie à Chicago dans l’Illinois. Cette firme a connu une étrange histoire. Ses créateurs sont issus de l’industrie de la presse ; on leur doit à ce titre la publication de « the National Laundry Journal ».

Tootsietoys remorque Uhaul
Tootsietoys remorque Uhaul

En 1893, alors qu’il visitait la World ‘s columbian exposition, l’un d’eux, Samuel Dowst, s’intéresse à une machine qui injecte des boutons en zamac. Il en fit l’acquisition et se lança dans ce type de production. Afin de rentabiliser ces machines, d’autres applications furent rapidement trouvées, notamment la production de petits jouets distribués dans les pochettes surprises.

L’usine connut un essor économique important. L’année 1914 vit la production de la Ford T chez Tootsietoys qu’on estime à 50 millions d’exemplaires ! (source David Richter).

Bien avant Dinky toys, la firme de Chicago eut un succès très important. Il faut aussi bien comprendre que contrairement à la firme de Liverpool, la qualité d’exécution n’était pas la motivation première de cette firme ; c’est plutôt la production de masse qui était le but.

Durant toute son existence la firme de Chicago inondera de ses modèles le marché américain. Le modèle que nous présentons se situe à une période où la concurrence étrangère commence à s’attaquer au marché prometteur que constituent les USA.

Notre Packard Patrician vit le jour sur les chaînes de Tootsietoys en 1955. Elle fait partie de la série « six inch ». Cette auto verra son destin lié à celui de la Cadillac 62 sedan. Toutes les deux seront d’abord vendues à la pièce puis recevront chacune un châssis en tôle lithographié et un étui individuel, fait peu fréquent chez ce fabricant. Enfin, elles seront associées à des attelages, le hors-bord, et la remorque Uhaul qui constitue le fil conducteur de notre petite chronique

Les américains ont toujours été attachés à leur mobilité : depuis l’arrivée des premiers immigrants, il est dans leur tradition d’accepter de se déplacer. Il est de coutume d‘évoquer la grande mobilité des salariés américains, qui n’hésitent pas à partir à l’autre bout du pays pour progresser dans leur carrière, contrairement aux français qui sont davantage attachés à leurs racines. Cette différence culturelle a favorisé l’émergence de très grandes sociétés de déménagement.

Pour notre grand plaisir de collectionneurs de miniatures ces entreprises ont d’ailleurs offert de nombreuses reproductions. On peut même dire qu’il s’agit d’un thème de collection à part entière. La société Uhaul est spécialisée dans la location de véhicules ou de remorques car bien avant que cette possibilité ne soit offerte en Europe il était possible aux USA de louer un utilitaire ou simplement une remorque pour un déménagement. Cette société existe encore aujourd’hui.

Il y a quelques années, un collectionneur louait des encarts publicitaires dans la revue Antique toy world pour faire savoir qu’il recherchait tous les produits en rapport avec ce thème (gadget, publicité, jouets). La vision de sa collection sur le thème de la marque Uhaul donnait le vertige. Des firmes comme Nylint et Buddy L ont apposé les couleurs Uhaul sur des véhicules de leur production. Ainsi de nombreux jouets de grande taille furent proposés sur le marché, dont un grand nombre à usage promotionnel.

Les deux remorques Uhaul sont une parfaite illustration de ce fait. Celle en carton fait même office de tirelire… symbole des économies que les utilisateurs de ces véhicules pouvaient réaliser… ce terme revient souvent sur les publicités Uhaul, qui n’hésitent pas à chiffrer le gain qui profite aux clients.

Le coffret présenté n’est pas à usage promotionnel. Il était livré de manière alternative avec la Cadillac ou la Packard dès 1959. Autre point commun de ces deux berlines, elles sont les seules à être équipées d’un crochet de remorquage. La remorque Uhaul a connu des évolutions chez Tootsietoys ; elle a ensuite été attelée à l’Oldsmobile convertible en 1960 puis à la Ford Sation wagon en 1962. Viendra ensuite toute une série d’attelages dont un très rare ensemble composé de la MGTF avec Tubby teddy un des héros de dessins animés américains. Cela résume assez bien la popularité de cette firme. Nous imaginons aisément notre Packard partant pour quelques semaines de congés bien mérités de Chicago vers le lac Michigan…. La remorque de location n’est pas de trop pour trois semaines de vacances et pour emmener les jouets des trois enfants piaillant d’impatience dans l’habitacle surchauffé de la berline. Et puis il ne faut pas non plus oublier le matériel de pêche et le barbecue pour les grillades le soir au coin du feu . Non, décidément, l’année prochaine, il faudra une remorque à double essieu…certes on a toute l’année pour y penser et si on se fie aux grilles de réduction d’Uhaul , le surcoût ne sera pas un problème.