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Plus dure sera la chute

Plus dure sera la chute

L’homme, nu, tend vers le ciel le résultat de son labeur : une splendide reproduction d’automobile. Il chevauche une enclume recouverte du drapeau tricolore et son bras droit, replié s’appuie sur un marteau. La posture renvoie à Héraclès bandant son arc. Mais là, c’est une auto qu’il décoche. Nous sommes en 1913, l’affiche a été conçue par René Péan.

On comprend que l’industrie de l’automobile a pris son rythme de croisière.Il suffit de regarder au bas de l’affiche la profusion d’autos qui convergent vers un même point.

Il  est donc fini le temps des pionniers. Fini les carrosseries inspirées des attelages hippomobiles. Les vis-à-vis et les quadricycles ont fait place à des autos conçues comme telles. Le public se presse dans les allées du Grand Palais où se tient le salon de l’automobile. Pourtant ces autos sont encore réservées à la grande bourgeoisie.

L’automobile entrera petit à petit dans la vie de la population par le biais des véhicules professionnels et des services publics comme le souligne fort justement Mathieu Flonneau dans la revue « L’Histoire ».

Et c’est ainsi  donc qu’elle se démocratisera : il faut bien des chauffeurs pour conduire les camionnettes, les taxis, les bus, les ambulances, et les voitures postales. En 1913, date de l’affiche, les bus ont totalement remplacé les attelages hippomobiles dans les rues de Paris.(voir l’article consacré  aux modèles de chez CD)

La fabrication en masse qui abaisse les coûts de production et donc les prix de vente, fera le reste. D’ailleurs toujours en cette même année, la grande nouveauté du salon parisien sera la fameuse Ford T qui était apparue Outre-Atlantique dès 1908. Cette auto symbolisera à elle seule l’accession du grand public à l’automobile.

J’ai donc choisi de remonter le temps, et de vous présenter des miniatures reproduisant des autos qui auraient pu figurer dans ce salon.

Encore inaccessibles au grand public, elles vont pourtant entrer dans de nombreuses familles par le biais de jouets. Je parle de ces petits jouets, dits penny toys ou jouets de quat’sous qui étaient distribués sur les grands boulevards par des marchands ambulants.

Ce sont les ancêtres de nos miniatures. Aujourd’hui, peu de gens savent les apprécier, peut-être parce qu’ils n’évoquent rien pour eux. ll faut juste les regarder comme de petits objets, témoins des balbutiements de l’automobile. La révolution est en marche. Ce sont les fabricants allemands qui vont se montrer les plus actifs dans ce type de produits.

Pour produire des jouets à un prix réduit le passage à la tôle lithographiée s’impose : il suffit de découper et d’assembler les morceaux de tôle à l’aide d’agrafes. C’est simple et le résultat est des plus satisfaisants.

Il n’en demeure pas moins que ces autos en tôle lithographiée sont fragiles Elles craignent l’humidité.

Les firmes allemandes Ernst Plank, Krause et Heyde vont ensuite proposer des miniatures injectées en plomb. Ces entreprises avaient l’ expérience de ce matériau grâce à la production de figurines.

C’est une réelle avancée. La qualité de reproduction s’en trouve grandement  améliorée. Ces jouets demeurent fragiles, mais quel charme. Les Plank sont incontestablement les plus belles. A une échelle proche du 1/60, elles sont la parfaite reproduction des automobiles circulant dans les rues.

La Krause, (sans certitude absolue sur l’identification) est également somptueuse. On se rapproche du travail que le fabricant avait l’habitude de faire sur les attelages hippomobiles.

En France c’est SR qui s’aventurera dans le créneau de l’injection en plomb. On ne peut comparer la production de cette entreprise avec celle des firmes allemandes. Les modèles sont succincts. La grande majorité d’entre eux était proposée brute, non peinte. La gravure est très fine, preuve que SR maîtrisait parfaitement cette technique.

Les SR se situent dans le créneau « jouets de quat’sous ». Ils connaitront le succès à l’étranger, en Grande-Bretagne mais aussi aux USA. Ils inspireront des fabricants comme Tootsietoys puis plus tard les premiers fabricants de jouets japonais.(voir l’article consacré aux premiers jouets japonais).

SR proposera une très belle Ford T, bien supérieure à la première Tootsietoys, celle-là même qui fut présentée à ce salon de 1913.

 

SR Ford T
SR Ford T

(voir l’autre article consacré aux modèles en plomb produits au Japon entre les deux guerres)

 

 

. Enfin il faut  signaler un dernier matériau : Le bois. Quand on évoque ce matériau, c’est bien sûr à Erzgebirge que l’on pense. Je vous présente quelques torpédos de ce fabricant. On appréciera l’auto des mariés : preuve que ces petites autos étaient aussi faites pour les petites filles !

Au fait, avez-vous bien observé l’affiche de René Péan ? Il y a une autre lecture possible. Comme souvent dans l’histoire de l’art, certains artistes malicieux ont su brouiller les pistes.

Observez les couleurs qui montent verticalement. Le rouge et le jaune. Cela fait penser au feu, le feu de la forge bien sûr. Cet homme, représenté dans un cadre mythologique ne serait il pas Pluton le Dieu des enfers. L’auto qu’il brandit est un phaéton, nom donné à ce type de carrosseries.

Dans l’histoire de l’art, Phaéton personnage mythologique est le plus souvent représenté dans son char … chutant du ciel ! Fils du soleil, il avait perdu le contrôle de son char et avait manqué d’enflammer la terre. Ces autos qui convergent en bas de l’affiche à toute vitesse de chaque côté du personnage central ne semblent-elles pas vouées à un terrible carambolage?

L’artiste n’a t’il pas voulu nous annoncer la promesse d’une catastrophe avec l’arrivée de l’automobile ? Un siècle plus tard on peut légitiment se poser la question. Quel avenir pour l’automobile? La cité semble lui fermer ses portes. Sur les routes, les autos sont désormais limitées à 80 Km/h. Paradoxalement la plupart d’entre elles atteignaient déjà cette vitesse un siècle auparavant.

 

Il est certain que l’automobile a fait du surplace par rapport  à l’aviation et à la conquête du ciel et de l’espace. Les conflits armés qui ont jalonné le siècle dernier ont développé ce moyen de locomotion bien plus efficacement. On a marché sur la lune, mais on peut de plus en difficilement circuler en auto.

En attendant , meilleurs voeux pour cette nouvelle année qui commence  !

Berlin, 29 Juin 1914

Berlin, 29 Juin 1914

Notre voyage dans la capitale prussienne tire à sa fin. Bien que le séjour fut agréable, nous sommes heureux de reprendre le chemin de notre chère capitale. La chaleur est étouffante, et notre retour en train s’annonce éprouvant. Ce matin, nous avons appris dans le Berliner Zeitung, qu’un attentat avait été commis sur la personne de l’archiduc François Ferdinand . Cela a fait grand bruit ici. Les gens ne parlent que de cela.

Cela ne nous empêche pas de profiter de nos dernières heures dans la capitale pour vous écrire cette carte postale.

Bien à vous.

Carte postale de Berlin

Carte postale de Berlin

Berlin ,12 Juin 1912

Petit bonjour de Berlin

Après un éprouvant voyage en train, nous sommes bien arrivés. Nous profitons bien de la capitale Prussienne. Nous sommes allés hier soir au cabaret.
Tous les articles de mode de Paris sont disponibles dans les somptueux magasins Kadewe.
La circulation est aussi épouvantable que dans notre capitale. (voir la carte postale)

Bientôt le retour
Amicales salutations
Isabelle et Vincent