Au pied de la montagne.

Au pied de la montagne.

En 1966, les amateurs de sport automobile n’ont d’yeux que pour le duel qui oppose Ferrari et Ford pour la victoire au Mans.

Après deux tentatives, Ford parviendra-t-il à décrocher la couronne ?

Depuis plusieurs années, la référence en matière de course d’endurance, c’est Ferrari. Lors de la précédente édition des 24 heures, elle a décroché un neuvième succès. Un record.

Pourtant, en 1966, qui pouvait deviner que ce serait sa dernière victoire au classement général ?

Qui pouvait prévoir que la marque qui allait dominer l’endurance les 20 prochaines années, et supplanter Ferrari au nombre de victoires au classement général et au nombre de couronnes mondiales serait Porsche ? Personne ou presque.

Comme le raconte fort bien François Hurel dans son indispensable livre “Sport & prototypes Porsche au Mans 1966-1971” aux éditions du Palmier, Stuttgart amorce en 1965 une nouvelle organisation. C’est la montée dans l’organigramme d’un certain Ferdinand Piëch, neveu de Ferry Porsche, ingénieur de son état, qui devient le responsable de la compétition.

C’est aussi à ce moment qu’apparaissent les noms des ingénieurs Hans Mezger (moteur), Helmuth Bott (châssis) et Peter Falk (développement). Des noms que l’on va recroiser les vingt années suivantes, et qu’on associe aux sucès de la marque.

Comme l’explique François Hurel, “Ferdinand Piëch ne nourrissait aucun complexe et était dévoré par l’ambition. C’était un gagneur !”.

Voilà comment Porsche, qui se cantonnait à des victoires de classe, décida de passer à la vitesse supérieure en cette année 66. Avant, seuls les tracés comme la Targa Florio ou Sebring, favorables à des autos légères, maniables et robustes pouvaient convenir pour la victoire au général.

Un des premiers signes de ce changement est symbolique. Le passage à la couleur blanche à la place de la couleur argent adoptée en 1932, sous le régime nazi par Mercedes puis Auto Union. Après la seconde guerre mondiale, les autos de course allemandes, dont les Porsche d’usine, avaient  gardé cette identification. Pourtant, l’Automobile Club de France avait attribué une couleur à chaque pays dès la création des premières compétitions automobiles afin que le public identifie les concurrents. Le sentiment nationaliste était déjà fort présent à cette époque. La couleur blanche fut attribuée aux concurrents Allemands, le rouge aux Italiens le bleu aux Français et le vert aux Anglais…Ce changement de couleur apparaît comme la volonté de Porsche de montrer que l’on repart pour une nouvelle aventure.

En 1966 Porsche est au pied de la montagne. Le chemin est semé d’embûches. Les victoires s’accumulent, mais il faudra quand même attendre 1969 pour savourer la première couronne mondiale et 1970 pour la première victoire au Mans.

En attendant, l’équipe décrite plus haut vient de concevoir la Carrera 6. Elle est superbe et tranche avec sa devancière la 904. Les ingénieurs sont repartis de zéro. Enfin presque.

Comme l’explique François Hurel, c’est “presque” une vraie voiture de course”. Le bureau d’étude en avait la volonté et la capacité, mais Ferry Porsche fit remarquer à ses jeunes ingénieurs qu’un lot de près de 100 suspensions, freins et roues avait été fabriqué en vue d’une seconde série de Porsche 904, qui n’avait pas vu le jour en raison de l’émergence du projet Carrera 6. Il demanda donc qu’on utilise ces produits sur le prochain modèle, la Carrera 6 !

Les ingénieurs vont devoir se plier aux exigences du patron et revoir leur copie. Ainsi la Carrera 6 va être équipée des grandes roues de 15″ de la 904 au lieu des roues de 13″ qui lui auraient conféré un meilleur Cx aérodynamique. Ces révélations de François Hurel expliquent donc la forme et la hauteur des passages de roue. Ces ailes avant, tout en rondeur donnent à l’auto une physionomie agréable, plaisante à l’oeil.

La voiture va devenir pour les fabricants de jouets l’icône de cette période. Il est révélateur que la Porsche Carrera 6 soit l’auto la plus reproduite en miniature malgré un palmarès modeste (une seule victoire au classement général à la Targa Florio 1966). Les vedettes de l’époque décrites plus haut ne connaitront pas ce succès chez les industriels du jouet. C’est un comble, qui trouve son origine dans la volonté de ne pas jeter un stock de pièces.

Le modèle qui succède à la Carrera 6 en 1967, la 907, aura un palmarès plus glorieux et comptera deux victoires au général. Elle sera même en lutte pour le titre jusqu’à la dernière épreuve. Equipée de jantes de 13″ élargies, ses ailes avant, plates et son capot avant, effilé, plus aérodynamique lui confèrent une allure très différente, nettement moins esthétique, mais bien plus efficace au niveau du coefficient de pénétration dans l’air ! C’est une auto de course ! Le volant est passé à droite, comme pour tous les prototypes de l’époque.

On trouve une reproduction de la Carrera 6 chez Corgi Toys, et ce à deux échelles différentes,  comme Gama, Dalia,   et Mercury,  mais aussi chez Siku, Pilen, Nacoral, Joal,  Norev, Vinyl line, Marx, Buby, Blue Box, Dinky Toys, Solido Chiquicars, Clé, Jean, Brosol, Clifford Tootsietoys, Schuco, Zee toys, Joustra, KDN, Ideal…et même un fabricant russe inconnu !

Bref, il est plus rapide de donner l’identité des quelques fabricants de jouets qui n’ont pas inscrit à leur catalogue la Porsche Carrera 6 : Minialuxe, Champion, Politoys, Tekno, Diapet

Mebetoys l’avait programmée ,et la voiture figure au catalogue…face à la concurrence l’entreprise choisira de se replier sur la 910, comme Märklin et Matchbox d’ailleurs. Jouef qui venait de sortir la 904 l’avait également programmée pour ses circuits électriques, avant de se raviser. On note d’ailleurs un succès généralisé chez les fabricants de circuits électriques.

Pas de doute cette Porsche Carrera 6, indémodable, symbolisera la voiture de course pour le grand public.

Il en est pour preuve sa longévité dans les catalogues des fabricants : Siku, Pilen et Norev entre autres l’ont gardée comme une icône dans leur catalogue. Indémodable de par ses rondeurs et une forme de modernité qui a fasciné les enfants pendant presque 20 ans !

Ce fut mon cas. Elle m’a séduite à jamais avec ses formes douces et demeure aujourd’hui encore ma favorite dans les autos de course. Rendez-vous dans quelques semaines pour une surprise de taille. La découverte récente d’un prototype provenant d’un fabricant français.

L’aprés Mai 68 à Villeurbanne

L’après mai 68 à Villeurbanne.

Ce matin là, rue Decomberousse à Villeurbanne il règne une atmosphère tranquille.

Le personnel de l’usine Norev vient s’acquitter de sa tâche quotidienne. C’est un matin qui ressemble au précédent. La routine quoi. Mai 68 est déjà loin.

Quelles furent d’ailleurs les répercussions de mai 68 sur la gamme des miniatures Norev ?

Insignifiantes. Norev n’a pas saisi l’occasion pour proposer à ses petits clients un coffret “Woodstock” ou “Easy Rider”. La direction de Villeurbanne considérait sûrement que la vente de tels coffrets n’avait pas d’avenir sur le plateau du Larzac ou dans les contreforts de l’Ardèche, foyers de résistance à l’américanisation.

Plus sérieusement, ce type de produit ne reflétait pas la demande de sa clientèle de base.

Le seul signe visible sur la production, la seule concession faite au mouvement hippie sera l’édition, en 1971, trois ans après les événements, d’une petite planche de décalcomanies, avec quelques fleurs façon “peace and love” mais sans slogans !

Cette planche fut insérée dans la boîte de la Volkswagen 1300, de la Renault 4L, de la Simca 1000   et de quelques autres autos populaires bien sages. Elle fut, au début, apposée directement sur les modèles.

Pourtant une vraie révolution vient de s’opérer chez le fabricant lyonnais : le lancement de la série Jet Car.

Celle-ci utilise du zamac destiné à remplacer petit à petit la Rhodialite, matériau qui avait fait le succès de la marque.

Le changement se fera en douceur. L’introduction du zamac se fera d’abord avec l’injection des châssis dans une série dénommée “Cometal”.

Il faut voir dans cette série comme un test destiné à roder les machines, à apprivoiser cette matière nouvelle pour Norev.

Dans une même logique, Norev testera sur des séries de modèles en plastique ses nouvelles cabines de peinture. Ainsi quelques miniatures dont la Morris 850, la Fiat 2300, et la Lancia Flaminia recevront une finition “luxe”, peinte. On retrouvera plus tard ces même teintes dans la série Jet Car.

En cette année 1971, la direction va fêter son anniversaire, 25 ans. L’entreprise a été créée en 1946. Depuis peu, le zamac est en train de supplanter la matière plastique dans l’injection des modèles. Pour marquer cet anniversaire c’est pourtant bien en plastique que sera injecté l’objet commémorant l’évènement : une pièce gravée des deux côtés, clin d’oeil aux pièces en or que l’on se transmet dans les familles, de génération en génération.

J’ai très peu d’informations sur la façon dont a été distribué ce rare produit. On peut simplement faire un parallèle avec la sortie, à la même époque d’un modèle “spécial”, une Citroën SM “dorée à l’or fin” et distribuée en commerce dans un écrin particulier, un socle en plastique noir, inspiré des socles des premiers modèles en boîte écrin. Une inscription gravée sur le socle indique que le modèle est doré à l’or fin et un papier collé sur le couvercle de la boîte confirme que nous sommes  en présence d’un modèle hors du commun.

Le collectionneur de Norev aura remarqué que les changements opérés par sa marque favorite se font petit à petit. Pas de grands bouleversements. Observez les catalogues. On imagine que la direction se satisfaisait de présenter des couvertures identiques pendant des années : des drapeaux de tous les pays et des modèles présentés dans des vignettes façon timbre.

Seul le millésime changeait d’une année à l’autre. Pourtant en cette année 1971, la révolution de 1968 vient de  produire ses effets ! trois ans pour voir arriver la mode pop, ses fleurs, et ses flammes de couleur !

Cependant observez-bien la couverture : tout demeure bien en ordre, malgré les couleurs acidulées, les étoiles et les fleurs. Une DS de police et une Alpine de gendarmerie semblent ceinturer les autres miniatures.

Vous apprécierez aussi la petite bande dessinée. La direction de Norev semble envoyer un message  assez fort à ses jeunes clients, tentés de faire comme leurs parents, encouragés en cela par les discours libertaires entendus en 1968.

Le petit personnage créé dans ces années-là, Jimmy, incite le futur client à jouer partout avec ses Norev : à la maison, en vacances, à l’école…oui, mais uniquement à la récréation indique la bulle suivante !

Je suis persuadé que ma belle-soeur, enseignante en primaire appréciera ce message délivré par la direction de Norev ! Dommage pour les enseignants que les fabricants de jeux vidéo et téléphones portables n’aient pas glissé de tels messages dans les boîtes de leurs produits ! autre époque, autres moeurs.

PS: Mon fils vous a préparé une vidéo “le côté baroque des Dinky Toys”. C’est un support différent  qui a  également des avantages.

N’hésitez pas à laisser vos commentaires. C’est le début d’une série.

Regardez la vidéo: https://youtu.be/Q8u3y5gnK7E

 

Le gout du luxe.

Le goût du luxe

Je n’irai pas par quatre chemins. Au risque de diviser et de créer la polémique entre collectionneurs, Solido est à mes yeux la marque de jouets la plus passionnante du siècle dernier. Elle a su se montrer innovante tout en assurant la constance de sa production.

Je suis un collectionneur éclectique, mes centres d’intérêt sont nombreux, mais s’il faut avoir une préférence, c’est à Solido qu’elle va.

L’acquisition récente de quelques coffrets de montage Solido m’a ramené à l’excellent ouvrage de Bertrand Azéma, “Jouets Solido 1932-1957”, ouvrage qui fait la part belle au créateur de la marque, Ferdinand De Vazeilles, et aux premières productions.

J’ai relu l’interview qu’avait donné son fils, Jean de Vazeilles en 2001 Ce dernier lui avait succédé en 1953.

Ferdinand et Jean de Vazeilles représentent à eux deux près de cinquante ans d’histoire de la production .

Et l’on constate que Solido a toujours été en avance sur les autres. La firme a produit pendant cinquante ans des jouets de qualité, robustes et ludiques grâce à leur conception intelligente.

Le fil rouge qui relie les premières Solido aux dernières n’est pas toujours évident à percevoir. On peine à établir le lien entre une auto de type “140” de 1932 (c’était la dimension en cm), qui prendra le nom de ” Major” en 1938 et une Alfa Romeo 2600 encore disponible en 1978 en coffret “Week End 1” devenu par la suite “Caravaning 1”.

Elles ont pour point commun d’être démontables et disponibles dans d’attrayants coffrets. Leurs montage, démontage et transformation ont occupé plusieurs générations d’enfants.

Pour mieux comprendre l’intérêt de cette firme, il faut remonter à sa création. Je me suis inspiré des écrits de Bertrand Azéma qui avait eu des relations privilégiées avec le fondateur, Ferdinand de Vazeilles.

En 1919, Ferdinand de Vazeilles est le premier industriel en France à créer une entreprise de fonderie sous pression.

C’est lors d’un voyage en Angleterre, juste après la grande guerre de 14-18 qu’il a découvert cet outillage révolutionnaire. Il comprend immédiatement que ce type de machine possède un potentiel infini dans ce monde de l’après 1918, qui est à reconstruire. Son premier client sera Pleyel, le fabricant de pianos. Très rapidement l’industrie automobile suivra. Renault et Citroën seront de fidèles clients de sa société “Aluvac”.

L’affaire prospère. Ferdinand de Vazeilles prospecte sans cesse de nouveaux secteurs industriels qui pourraient avoir besoin de ses services. Parmi ceux-ci , l’industrie du jouet lui semble tout indiquée.

Il trouve que les jouets disponibles à cette époque, surtout ceux fabriqués en France  dits “jouet de quat’sous” mais  aussi les jouets en composition, sont dépassés. Il démarche les industriels du secteur, mais n’essuie que des refus.

Qu’à cela ne tienne, il les fabriquera lui-même. Il scinde sa société en deux, pour, très peu de temps après, ne garder que la fabrication de jouets. Il fallait qu’il soit sûr de lui. Le succès sera vite au rendez-vous. Il s’est positionné sur le haut de gamme, avec des articles assez chers. La finition chromée des autos renforce cette impression.

Ferdinand de Vazeilles a toujours eu le goût du beau. Dès la création des premiers modèles, l’idée de les proposer dans de luxueux coffrets a germé. Pour diffuser les grandes boîtes de montage, au prix élevé, il se tourne évidemment vers les boutiques de jouets les plus renommées, comme le fameux Nain Bleu rue Saint-Honoré à Paris.

Ferdinand de Vazeilles doit composer et offrir également des coffrets de taille plus modeste, au prix plus accessible. Des boîtes de deux carrosseries seront ainsi très vite proposées à la clientèle.

Ces dernières assureront la renommée de la firme. Les grandes boîtes demeurent, elles ont un côté inaccessible et font rêver les enfants.

Le principe de ces coffrets prestigieux perdure jusqu’en 1956. A cette date, le coffret “Concours d’élégance” contient plus de 20 modèles ! C’est un sommet inégalé dans le domaine des coffrets de miniatures automobiles. Summum du luxe, pour ce coffret, la clientèle peut choisir entre trois tailles.

Je vous laisse imaginer la dimension des coffrets. Ils constituent un véritable catalogue couvrant la production Solido du moment. On y retrouve mélangés des camions, des autos, des scooters, des avions provenant de diverses séries. Les Mosquito sont au 1/75, les Baby au 1/60 et les Junior au 1/40 environ. Un inventaire à la Prévert en quelque sorte.

Précisons que sur les notices professionnelles, ces coffrets ne sont pas décrits. Solido demande aux professionnels intéressés de se rapprocher de l’entreprise pour obtenir des renseignements. Peu furent produits.

Solido devait réserver ces coffrets à un petit nombre de commerçants, ceux qui avaient la clientèle potentielle. On imagine la fierté du commerçant qui, au moment de Noël, pouvait présenter un coffret de ce type dans sa vitrine illuminée.

La volonté de proposer de beaux coffrets est toujours restée ancrée dans l’esprit de la famille. Des coffrets Junior de grande taille, certes plus modestes que les démesurés “Concours d’élégance”, sont restés très longtemps au catalogue. Ils figurent sur les listes professionnelles jusqu’en 1967.

Quand la série 100 a été lancée, l’idée de la proposer parallèlement en version démontable ne semble pas avoir été retenue. Seuls trois modèles, au début des années soixante, connaîtront une déclinaison démontable : la Ford Thunderbird 63, l’Alfa Romeo 2600 et l’Aston Martin DB5 (voir les blogs consacrés à ce sujet).

Les accessoires issus des modèles Junior, le hors-bord et la caravane, reprendront pour l’occasion du service, et ce jusqu’à la fin des années soixante-dix !

Au début des années soixante, la direction va, à sa manière ressusciter les “Concours d’élégance”. De mémoire, cette tentative n’a jamais été consignée dans aucun ouvrage. Il faut dire que très peu d’exemplaires semblent avoir survécu . Ces coffrets sont exceptionnels de par leur rareté.

Pour les fêtes de fin d’année (1963 sûrement), il s’agit de proposer un produit exceptionnel à une clientèle exigeante et fortunée. Pour ces coffrets cadeau, la direction a réutilisé les emballages destinés à ses premiers coffrets de montage poids lourds. Elle les a garnis de modèles issus des séries 100, 200 et 300 : deux chars, un Patton américain et un PT76 russe, deux camions, un Berliet TBO benne et un Renault 4×4 bâché, deux autos, une Citroën Ami 6 et une Ferrari 250GT 2+2 et enfin deux voitures de course, une monoplace Ferrari 156 et un coupé Abarth 1000. L’étude de la liste des modèles montre combien la gamme était étendue.

La direction semble s’être “amusée à bien marquer les contrastes : deux blindés appartenant à deux camps opposés, une paisible berline française et un fougueux coupé italien, une fine monoplace et une GT de petite cylindrée.

Autos, camions et même char de combat se mélangent. On est bien dans l’idée de proposer un échantillon de la gamme du moment. Le poids de l’ensemble a peut être été un frein à la constitution d’une boîte de plus grande taille ! Les modèles de la série 100 ont tous pris de l’embonpoint, et celui des chars et des camions est conséquent.

J’ai pu trouver deux autres coffrets avec les véhicules encore ficelés réalisés à la même époque et utilisant la même base, le coffret de montage Poids-Lourd.

Le premier ne contient que des autos de tourisme de la série 100. On notera que Solido a pris soin de présenter ses modèles avec les portes ouvertes. L’aspect visuel est des plus réussis. Les modèles sont bien sûr maintenus sur le socle par le même type de ficelle qui était utilisé avec les modèles Junior.

Il va de soi que l’intérêt de ce type de produit est de le trouver avec les miniatures encore ficelées sur le socle. Quel enfant a pu résister au plaisir de couper la ficelle pour jouer avec ces belles miniatures ? Ceci explique le fait qu’ils soient restés si longtemps inconnus.

Un second contient la gamme des autos de course. Il est tout aussi somptueux. C’est un condensé des voitures qui ont dominé les divers championnats automobiles sur la période de la fin des années soixante. On notera l’uniformité des couleurs pour les modèles de nationalité anglaise. Ils sont désormais finis dans un”racing green” des plus convaincants.

Avant ces grands coffrets illustrés, Solido testa sa formule de coffret en réutilisant des boîtes de couleur jaune destinées aux coffrets Junior . Ces derniers ont été listés par Bertrand Azéma. J’ai d’ailleurs trouvé la trace d’une “boîte Le Mans” dans la notice destinée aux professionnels de 1958 et 1959.

Dans ses recherches sur Dinky Toys, Claude Wagner a retrouvé dans un catalogue “Le Bon Marché” édité pour les fêtes de fin d’année une photo  de ce coffret jaune contenant les autos de course de la série 100.

Avec le même boîtage, de forme plus grande, il existe un autre coffret, où les autos sont présentées en arc de cercle, comme dans la courbe d’un circuit. D’autres coffrets existent, contactez-moi si vous possédez l’un d’eux !

Le fait que la direction n’ait jamais cherché à créer un emballage spécifique semble indiquer qu’il s’agissait de ballons d’essai.

Dernièrement, j’ai eu l’opportunité de récupérer auprès de Mme Azéma deux autres coffrets des plus étranges. Ils témoignent encore de la volonté de proposer des objets luxueux.

Dans ce cas particulier, Solido a choisi la couleur or pour décorer le coffret contenant les miniatures. En voyant la boîte, on imaginerait plutôt qu’elle est destinée à recevoir un flacon de parfum. L’examen des autos nous amène au début des années soixante-dix (1973-1974). Ces coffrets n’avaient jamais été ouverts. Le film plastique scellant l’ensemble prouve qu’ils sont d’origine.

Cette année, deux autres exemplaires provenant directement de la famille de Vazeilles ont été mis sur le marché. Cette découverte prouve qu’une série a été faite. On comprend que le boîtage a été réalisé spécialement. Les miniatures sont dans leur boîte standard. Les boîtes superposées forment une colonne, insérée dans le luxueux carton.

Qui se souvient de ces éphémères coffrets ? Ils sont très rares. On comprend bien qu’une fois les fêtes de fin d’année passées, le commerçant pouvait facilement mettre en vente individuellement les miniatures des coffrets invendus.

On pourrait aussi ajouter à cette liste le rare cendrier avec la Panhard. Le cendrier est estampillé Solido. La boîte à elle seule transpire l’idée du luxe. D’ailleurs sur la notice le vocable est utilisé.

Durant la période de la présidence De Vazeilles, les coffrets hors norme ont été le fil rouge de la production. Ils témoignent d’une réelle volonté de proposer des jouets différents de ceux des concurrents, et d’associer à la marque une image de qualité. Une certaine idée du luxe en somme.

 

 

C’est un métier !

C’est un métier !

Vous souvenez-vous de l’achat de votre dernière paire de chaussures? Non? c’est normal. Désormais, on achète généralement ses chaussures chez des commerçants qui pourraient le lendemain vendre des parapluies ou des surgelés.

Vous rappelez-vous la dernière fois qu’un vendeur vous a installé confortablement pour mesurer votre pied, a pris ensuite un chausse-pied pour vous passer la chaussure, vous a demandé de vous lever, et a finalement tâté l’extrémité de la chaussure pour voir où le pied arrivait ? Il y a très, très longtemps n’est-ce pas ?

Pourtant dans la boutique de mes parents, il aurait été impensable qu’un client se serve lui-même et enfile seul la chaussure à son pied.

Mon père qui reprenait l’affaire familiale avait appris son métier en passant son brevet de technicien du cuir. A la fin de ses études, il savait, entre autres, fabriquer une chaussure de A à Z. Je revois dans son bureau les exemplaires qu’il avait présentés en fin de cycle pour valider son diplôme comme d’autres présentent une thèse. Il était fier de me montrer son travail d’artisan. Ces chaussures, de taille réduite, de la pointure de celle d’un enfant de dix ans en fait, reprenaient exactement les formes des chaussures d’adulte.

Mon père aimait faire partager son métier et sa passion du cuir à ses clients en les conseillant. Une chaussure, il savait ce que c’était et comment c’était fait ! Il prenait parfois le temps de faire une réparation pour un client. C’était une autre époque. Il faut vivre avec son temps.

Désormais, une paire de chaussures cousues main, n’est pas à la portée de toutes les bourses…et qui sait encore apprécier ce travail ?

Dans mon magasin, il arrive qu’un nouveau client me demande mon avis. Que me conseillez-vous pour débuter une collection ? Pas facile de répondre à ce type de question…

Une collection c’est une réunion d’objets choisis en fonction d’une sensibilité personnelle. Elle reflète la personnalité de chacun et en dit souvent beaucoup sur son existence. Les souvenirs, les affinités pour un constructeur automobile, ou pour un fabricant de jouets, mais aussi les rêves. Tous ces éléments façonnent le collectionneur de jouets automobiles.

Si la personne a une affinité avec les Dinky Toys, alors je l’orienterai sans hésitation sur les camions de la série 25 anglaise !

Pourquoi ? Ces modèles répondent parfaitement à “l’esprit” Dinky Toys : des miniatures automobiles créées pour animer les réseaux de trains Hornby.

Quoi de plus vivant que ces camions 25 imaginés pour faire vivre les quais de marchandises Hornby. Avec un peu d’imagination, il est facile de voir le “25 E” équipé de sa benne basculante venant chercher le sable qui arrive par wagon tombereau ou bien le ” 25C” avec sa carrosserie plateau chargeant ses fûts et ses sacs de toile sur le quai de la gare de marchandises. Avec leurs carrosseries variées ils ont attisé l’imagination des enfants.

Ces camions “25” ont participé à la vie des réseaux Hornby, bien plus encore que les autos, cantonnées au rôle de décor fixe. Observez les photos de diorama créés par Meccano, les autos sont le plus souvent sur des parkings. Ce n’est donc pas un hasard si la gamme des autos s’est rapidement développée de manière autonome.

Les autos de la série 24 ont pris leur indépendance dans les catalogues Meccano où rapidement elles ont été conçues comme des reproductions automobiles que les enfants pouvaient identifier comme telles : Daimler, Chrysler, Rolls Royce et Vauxhall. Elles ont rapidement perdu leur fonction d’animation des réseaux de train contrairement aux petits utilitaires.

Signalons une incohérence de la part de Meccano. On dit toujours que l’échelle choisie pour sa gamme Dinky Toys a été le 1/43, échelle correspondant à l’échelle de reproduction de ses trains Hornby.

Si cela est vrai pour les autos, force est de constater que pour d’évidentes raisons de coût (la quantité de zamac est moindre pour un camion réduit au 1/50 qu’au 1/43), de logique de gestion (taille des boîtes de conditionnement identique pour les autos et les camions) mais aussi d’harmonisation et d’équilibre esthétique, ces camions série 25 sont réduits au 1/50 environ.

Le succès international de ces camions 25 est dû à une autre cause. Ces camions ont une forme générique. Après guerre Dinky Toys oubliera cet aspect, se cantonnant à reproduire des véhicules (trop?) typés britanniques (voir le blog consacré au Leyland Comet)

Tout enfant, qu’il soit américain, suédois, brésilien ou anglais, reconnaît dans ce jouet la reproduction du camion qu’il croise au coin de sa rue tous les matins. C’est l’image, le stéréotype du camion du milieu des années trente, avec son petit capot et ses deux gros phares accolés à la calandre .

Les couleurs participent aussi au charme de la série. Très colorés avant-guerre, période d’insouciance ils vont, à partir de 1946, date de la reprise d’activité à Binns Road, s’habiller de nuances sobres, représentatives de cette période d’après. Les nuances vont du beige au gris, en passant par le vert et le bordeaux.

C’est l’époque. Cependant, comme pour essayer de retrouver un peu de joie, Binns Road ajoutera un peu de jaune, de rouge et même d’orange. On note que généralement ces couleurs sont les plus difficiles à se procurer aujourd’hui, prouvant bien qu’elles ont été faites en petite quantité.

Enfin, dernier élément, et non des moindres pour justifier mon choix. Ces modèles, je parle des productions d’après-guerre, sont pour la plupart encore faciles à se procurer. Leur cote est donc très abordable. De plus, on peut assez facilement, trouver des modèles en très bel état de conservation. les prix sont raisonnables, la gamme n’attire pas les faussaires !

Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus d’amateurs. Sûrement parce que peu de gens ont su montrer tout l’intérêt de ces camions qui synthétisent merveilleusement l’esprit Dinky Toys.

Un Dinky Toys doit-il être cher pour être beau ? sûrement pas ! Certains vont me dire qu’ils n’ont pas de boîtes ? J’entendais déjà il y a trente ans cet argument, notamment en Grande-Bretagne, où ces objets du fait de l’absence de boîtage intéressaient peu de collectionneurs.

Les mentalités évoluent lentement, et si je devais donner un conseil ce serait de profiter des prix modérés.

Green Cad’

Green Cad’

Splendide, impériale, elle trône dans une artère d’un quartier de New York que l’on devine huppé. Elle est à sa place . C’est une Cadillac. Rutilante dans sa robe bleu-vert métallisé.

Je devrais d’ailleurs dire “elles” car elles sont deux, en tout point identiques. Tout le long du film  “Green Book” de Peter Farrelly, elles vont servir de fil conducteur à l’histoire. Un road movie à travers les Etats du sud de l’Amérique avec pour acteurs un chauffeur italo-américain et trois musiciens de jazz.

Or au début des années soixante, dans les Etats du Sud, la ségrégation raciale est toujours très présente.

Le film est tiré d’une histoire vraie : la rencontre improbable d’un pianiste surdoué, Don Shirley qui, du fait de sa couleur de peau n’a pu faire une carrière de soliste et d’un immigré d’origine italienne, Tony Lip, qui accepte le boulot de chauffeur de maître le temps d’une tournée pour renflouer son compte en banque.

Tout les oppose. Si le pianiste noir est raffiné, cultivé, le chauffeur qui s’est donné comme surnom “Tony la tchatche” est plutôt mal dégrossi et capable de manger au volant de sa Cadillac son fried-chicken avec les mains !

Petit plaisir auquel il initiera son illustre passager.

En se tournant vers le jazz, Don Shirley a obtenu la reconnaissance d’un public de connaisseurs. Il sera même invité à la Maison Blanche, par les Kennedy qui veulent faire bouger les mentalités sur la question de la ségrégation raciale.

Pianiste reconnu, il est recherché par la bonne société chez qui il est de bon ton de l’inviter. Comme par défi choisit de faire une tournée dans les Etats du Sud.

Malgré sa renommée il va connaitre les humiliations faites aux gens de couleur : les hôtels, les restaurants, les bars réservés aux noirs. Le titre du film de Peter Farrelly, “Green book” reprend le titre du guide édité pour les gens de couleur qui voyageaient, afin de leur indiquer les endroits où ils étaient autorisés à s’arrêter.

Une des scènes les plus marquantes est celle où le trio est invité à jouer chez un riche propriétaire du Sud qui a organisé une réception fastueuse. La Cadillac est garée devant l’entrée de l’opulente demeure.

On leur fait remarquer que leur auto a la place d’honneur. Aux yeux de tous elle est bien le symbole de la réussite et ils sont accueillis comme des hôtes de qualité.

A l’entracte cependant, Don Shirley se verra interdire par le majordome l’accès des toilettes et sera invité à utiliser la cabane en bois, au fond du parc, réservée aux gens de couleur !

Il sera finalement moins bien traité que sa voiture.

De nombreux fabricants de jouet ont reproduit cette fameuse Cadillac 62 (millésime soixante), auto  qui a marqué une époque.

La couleur verte est omniprésente chez les différents fabricants de jouets qui l’ont mise à leur catalogue : du vert pâle  et du vert foncé de la Politoys au bleu-vert métallisé des Dinky Toys, Cherryca et Diapet.

La teinte de ces trois dernières ressemble à celle vue dans le film. A cette époque les peintures métallisées sont synonymes de luxe. Cette couleur sied parfaitement au modèle. Le fabricant anglais Lonestar optera pour un bleu soutenu et un  bleu pâle pour sa version réalisée pour Tootsietoy.

Et puis elle change de la couleur noire fortement associée à la marque. On ne compte plus les films avec des Cadillac noires, accessoires de la pègre, du pouvoir, de la finance. Cherryca Phenix la déclinera également dans cette teinte .

Le premier constat que l’on peut faire est qu’à part Politoys, les trois autres fabricants de jouets ont choisi une échelle de reproduction plus proche du 1/50, afin de la faire cohabiter avec le reste de leur gamme, sans que cela entraîne des surcoûts de fabrication et des problèmes de conditionnement.

La Politoys est donc au 1/43 mais souffre de ses parties ouvrantes disgracieuses. Dommage. Il existe, comme pour toutes les Politoys une dérivée mexicaine chez Mc Gregor . Elle porte sur son châssis le logo de la firme de Mexico. Elle est également équipée de jantes différentes qui évolueront au gré de la production.

Celle proposée par Dinky Toys est à l’image de la firme de Liverpool. Elle symbolise son déclin. Les formes sont brouillonnes, mal proportionnées. On a du mal à percevoir toute la classe de cette auto. Que dire des versions peu crédibles  “police US” et “police montée canadienne”?

Cherryca Phenix ne réussira pas non plus à traduire les qualités de la Cadillac. C’est bien le conditionnement (taille de la boîte) qui a contraint Cherryca à la compresser .

On ne comprend pas comment la marque japonaise qui a offert une belle Dodge Polara, une Chevrolet Impala ou une Ford Falcon des plus réussies a pu ainsi rater sa Cadillac. La firme japonaise avait les moyens d’offrir une “belle” Cadillac mais l’harmonisation des boîtages a eu le dernier mot. Dommage. Cette Cadillac est difficile à se procurer. Elle me semble plus rare que les autres reproductions d’autos américaines.