Les mains dans le cambouis

Les mains dans le cambouis

Depuis quelque temps, la chaine de télévision Arte accompagne les films qu’elle diffuse en première partie de soirée d’une petite présentation d’Olivier Père intitulée “Trois bonnes raisons”. Il s’agit de trouver trois arguments pour nous convaincre de rester devant notre poste de télévision. Cela sert surtout à placer, avant et après la séquence, un écran publicitaire au bénéfice du sponsor de la présentation.

A mon tour, de trouver trois bonnes raisons de vous présenter la photo de Patrice Habans pour “Paris Match” intitulée “Jacques Chirac, le plus jeune ministre du Gouvernement” qu’a utilisé la Revue des deux mondes.

La première est que la légende de la photo a peu de rapport avec ce que l’on a sous les yeux. Jacques Chirac, dans le moteur d’une Peugeot 403 fixe l’objectif du photographe, presque surpris qu’on le dérange en pleine partie de mécanique.

Quoique, a bien y regarder on peut trouver quelques liens avec la fonction ministérielle de M. Jacques Chirac.

Nous sommes donc en 1967. Le 8 mai, Jacques Chirac a été nommé secrétaire d’Etat à l’emploi. Sur la photo, notre homme est en curieuse posture. Eclairé par une lampe baladeuse accrochée au capot, il a “les mains dans le cambouis”, expression populaire pour signifier qu’il a personnellement pris les choses en mains face à une situation difficile et ce de manière efficace.

D’ailleurs à voir le diamètre de la clef qu’il tient dans la main droite, on se doute que la panne est grave.

Finalement, cette photo annonce bien les déboires que vont connaître ses successeurs à ce poste. La fonction ministérielle est soulignée par la chemise blanche, aux manches retroussées certes, ainsi que par la cravate, rentrée dans la chemise pour la circonstance.

On se doute que Mme Chirac ne va pas rire en voyant rentrer son mari la chemise maculée de graisse.

La seconde raison est ce détail troublant. A l’époque, ce type de photo ne soulevait aucune polémique. Mais le futur président qui se détourne de son labeur pour nous regarder droit dans les yeux a une cigarette aux lèvres. Il sera bientôt impossible pour un homme politique de paraître ainsi dans la presse. La cigarette sera bannie des photos officielles. Pourtant, n’était elle pas un moyen de rendre populaire un homme politique ?

J’ai gardé le meilleur pour la fin, la troisième raison d’apprécier la photo. Observez bien le mur du garage.

Au fond, à droite, une publicité Simca avec ce slogan imparable : 2 ans de garantie ! Quel homme politique proposerait dans son programme une telle assurance ?

Cette photo a un côté désuet. La communication n’avait pas encore pris les hommes politiques en otage. Réfléchissez. En 1967, la Peugeot 403 n’existe plus au catalogue du constructeur. Elle a disparu en 1966 après des années de bons et loyaux services. D’ailleurs l’affiche avec les photos des Simca 1301 et 1501 derrière notre homme confirme que ce cliché a bien été pris en 1967.

Choisir cette auto de 1955 pour se faire photographier en 1967 révèle un amateurisme bon enfant. La Peugeot 404 qui a succédé à la 403 était présente depuis 1960.

Est-ce une auto de fonction ? peut-être . Dans ce cas sa couleur claire est étonnante. Ce type d’auto était généralement fini de couleur noire

Afin de revenir dans la norme, je vais vous présenter quelques Peugeot 403 reproduites en miniature et finies en teinte “administration”, c’est à dire en noir.

A tout seigneur tout honneur commençons par le modèle Dinky Toys. C’est un petit chef-d’oeuvre. Le plan est daté du 17 juin 1955.

Le prototype en bois est fini de couleur noire. C’est une découverte assez récente pour moi. L’échelle de reproduction est confirmée au bas du plan : 1/43.

Cette couleur sera, avec le bleu “Natier” la première couleur offerte au public. La couleur grise remplacera la couleur noire assez rapidement,en raison sans doute des difficultés à appliquer la teinte. Il faut dire que le noir ne pardonne pas les imperfections. A cette époque il y avait un vrai contrôle qualité.

La version noire est donc moins fréquente que la bleue ou la grise. Signalons que sa courte carrière l’empêchera de se voir équipée de la découpe à l’arrière du plancher, servant à recevoir le timon pour accrocher la caravane.

Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé
Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé

En tout état de cause on n’a jamais vu un ministre partir en congé avec une caravane.

Avant de quitter la firme de Bobigny, il faut mentionner la version break de la 403 (dénommée  “403 limousine commerciale” sur le plan du 11/1/1957  pour éviter un anglicisme).

On ne peut l’oublier. Un détail n’a pas pu échapper à votre vigilance. Cette auto est programmée en 1958. Elle fait partie des 13 nouveautés de l’année.

Sur la couverture de ce catalogue ainsi que sur la dernière page elle figure en noir, couleur qui ne sera jamais réalisée. Cependant, l’illustrateur du catalogue a bien dû travailler avec un exemplaire de cette couleur et quelques modèles ont sûrement été réalisés.

Sur l’édition italienne de ce même catalogue sortie un an plus tard, elle est bleue, couleur qui sera la sienne en production.

Il faut ici mentionner le modèle, fortement inspiré de la Dinky Toys, et produit en Espagne par Invicta. Je ne connais pas de couleur noire pour ce produit.

Quiralu sortira ce modèle en noir ainsi qu’en version bicolore, grise et noire. L’unicolore semble être toujours sortie sans vitrage alors que la bicolore est disponible dans les deux finitions. Après avoir vu la Dinky Toys quasi parfaite, la Quiralu a le charme désuet des jouets de bazar. Avec le temps, les amateurs sont devenus indulgents envers ce type de reproductions.

Il faut mentionner la version produite pour Jomat, le fabricant de circuit électrique. Ce dernier se contentait d’acheter des caisses peintes chez Quiralu, plaçait un moteur électrique et un châssis de sa fabrication et glissait le tout dans un précieux coffret contenant des éléments de piste et un transformateur.

je n’ai jamais vu le modèle fonctionner. Le poids de l’ensemble devait handicaper fortement le bon fonctionnement de la voiture. La 403, solide berline, n’était pas un foudre de guerre sur la route, comment aurait-elle pu faire des étincelles sur un circuit routier électrique ?

Punch, qui était un distributeur un peu comme Marx aux Etats-Unis, récupérera un certain nombre d’outillages chez Quiralu. Plus tard cette entité lancera la marque Eria.

En attendant, Punch va distribuer l’ex-modèle Quiralu dans un boîtage particulier. Les modèles sont à ma connaissance toujours équipés de vitrage. Ils bénéficient d’une finition unicolore et sont facilement reconnaissables du fait de l’absence de l’inscription “Quiralu” sur le châssis en tôle. Par contre je n’ai jamais vu de Peugeot 403 Punch finie de couleur noire.

Peu de temps après, Punch renoue avec la Peugeot 403 grâce à la distribution de la marque Eria. Cette dernière est une création. Elle est réduite à l’échelle du 1/50 environ. Dans la mémoire collective Punch reste associé à certaines enseignes de la grande distribution (Monoprix entre autres).

Voyant le créneau de la reproduction de la 403 berline quelque peu saturé C-I-J jettera son dévolu sur la version break. Avec ou sans vitrage, avec ou sans aménagement intérieur, il n’y aura pas de version noire.

Par contre, l’amortissement du moule se fera avec la création d’une version équipée d’un gyrophare électrique. Une version police verra donc le jour, de couleur noire comme l’étaient à l’époque les voitures de la police française.

Enfin, Solido a inscrit une jolie Berline 403 dans sa gamme Junior, démontable, au 1/32 environ. Elle est reconnaissable à son pavillon découpé. Il n’y a pas de teinte noire mais il existe une rare version anthracite métallisé.

Enfin, tout le monde connaît la version cabriolet qui ne peut laisser indifférent. Malgré une certaine lourdeur héritée de la berline, elle possède un charme unique et semble vraiment à part dans l’univers du cabriolet de ces années là. Dans la gamme Solido, c’est de loin mon cabriolet préféré. Pas de couleur noire bien sûr.

Dans un prochain blog nous examinerons les versions de la Peugeot 403 injectées en plastique, “l’autre matériau” utilisé à l’époque par les fabricants de jouets. Cette auto peut à elle seule devenir un thème de collection, tant sont nombreuses ses reproductions.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

Dans le mur !

Dans le mur !

L’actuel président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump, n’a pas son pareil pour se faire remarquer. C’est devenu sa marque de fabrique. Difficile en ce 10 janvier 2019 d’échapper à ses nouvelles déclarations depuis McAllen (Texas) au sujet de la construction du mur entre le Mexique et son pays. Elles ont fait le tour du monde.

Voici le fameux discours

“On dit qu’un mur c’est médiéval. Eh ! bien, une roue aussi ! La roue c’est plus vieux que le mur. Et, j’ai regardé toutes les voitures, même celles vraiment chères des services secrets, et croyez moi , elles sont chères. Je me suis demandé : Est-ce qu’elles ont toutes des roues ? oui. Oh! je pensais que c’était médiéval. La roue est plus vieille que le mur. Vous saviez ça ? Et il y a certaines choses qui fonctionnent. Vous savez quoi ? une roue cela fonctionne et un mur aussi.”

Avec des mots et des images simples le Président américain s’adresse à ses concitoyens pour les convaincre de l’intérêt de la construction d’un mur. Comme l’opposition lui reprochait d’utiliser un moyen d’un autre âge afin de contenir l’immigration il fait la comparaison avec d’autres inventions, comme la roue, plus ancienne encore que celle du mur et qui a toujours son utilité.

Effectivement, on ne peut qu’acquiescer à la remarque du Président américain, toutes les autos ont des roues comme le confirment les photos de ce camion Ford F2 que l’on pourrait croiser sur la frontière mexicaine.

La plus ancienne représentation d’une roue pourrait être celle de jouets en terre cuite vers la fin du Néolithique.

réplique d'une tablette de Nabû-usallim (Babylone) racontant les éventuelles avatars d'un voyage en char d'un prince
réplique d’une tablette de Nabû-usallim (Babylone) racontant les éventuelles avatars d’un voyage en char d’un prince

Longtemps les archéologues ont pensé que la roue était apparue au IV millénaire avant J.C en Mésopotamie. Elle apparait aussi, gravée sur une tablette et “pourrait” être un dérivé d’un tour de potier. Je laisse les experts débattre. Ce que j’ai retenu c’est le jouet en terre cuite.

J’ai pensé que le service de communication du Président aurait pu conseiller à ce dernier d’illustrer son discours en sortant de sa poche une petite miniature. L’apparition de cette dernière aurait sans doute eu plus d’impact que les développements sur les roues des autos des services secrets qui ont introduit beaucoup de confusion.

Ertl Iowa...Made in China !
Ertl Iowa…Made in China !

Mais quelle petite auto choisir ? S’il avait sorti une petite auto de fabrication actuelle de sa poche, ses détracteurs n’auraient pas manqué de lui faire remarquer qu’elle était fabriquée en Chine ! un comble.

Du solide, de l’américain…

Alors pourquoi de pas choisir un jouet automobile de fabrication ancienne, d’une marque américaine ? Dans l’histoire du jouet automobile, les Américains se sont singularisés en proposant des jouets injectés en fonte, dénommés “Cast Iron””.

Ces jouets possèdent les caractéristiques du pays : solides, invulnérables mais pas toujours très fins. Ce matériau n’autorise pas toutes les finesses de gravure que l’on peut obtenir avec des produits injectés en plomb et surtout en zamac.

Arcade et Hubley furent les deux fabricants les plus connus. J’ai sélectionné quelques exemples caractéristiques. La technique de fabrication est particulière : deux coques sont assemblées et maintenues la plupart du temps entre elles par une calandre. Le résultat est assez grossier : la jointure jamais parfaite des deux coques laisse apparaître un vide. Cela déconcerte certains collectionneurs européens peu habitués à ce type de produit.

Ce style de fabrication ne connaîtra pas de succès ailleurs qu’aux Etats-Unis. La seule exception est la firme suédoise AB Skodlund & Olsen, qui malgré une belle dextérité dans la fabrication, n’arrivera pas à convaincre la clientèle suédoise, pourtant très sensible aux produits de style américain.

Notre Président américain risquerait donc également avec ce type de jouets de déclencher railleries et quolibets de la part d’observateurs étrangers.

Made in …Mexico !

Tootsietoys GMC car "Trans America" et Graham
Tootsietoys GMC car “Trans America” et Graham

J’ai pensé alors à une Tootsietoys. Voilà bien une firme américaine qui a rivalisé, avec brio, avec les productions européennes et ce bien avant la seconde guerre mondiale. De plus, elle synthétise la conception américaine de l’industrie.

Baisser les coûts de fabrication en produisant en masse des modèles simples. L’emballage a très tôt fait l’objet d’économies d’échelle. Cela n’a pas empêché la firme de Chicago de nous proposer de beaux jouets.

Oui, mais voilà, bien avant les autres firmes de jouets américaines, Tootsietoys a délocalisé au Mexique pour produire moins cher ! L’entreprise a créé une firme presque homonyme “Tutsitoys” qui reprenait une partie des modèles du catalogue des années soixante.

Les modèles produits ont du charme avec leurs couleurs un brin criardes, et aussi leurs publicités typiquement mexicaines ( par exemple Pemex le pétrolier mexicain ).

Mais au regard de la tension entre les deux pays, cela ne me semble pas un bon choix.

Le plastique “made in USA”, grandeur et décadence.

Alors finalement, pourquoi ne pas sortir devant les journalistes un jouet automobile injecté en plastique ? L’industrie américaine a très tôt utilisé ce matériau dérivé du raffinage du pétrole. Avant la guerre on trouve déjà des modèles en plastique.

Des firmes comme Renwall ou Allied ont produit de superbes modèles en plastique, un brin futuristes, d’une qualité de fabrication digne de jouets en zamac.

Cette technique de fabrication est assez facile à exporter car moins contraignante que celle consistant à injecter du zamac. De ce fait, Marx et d’autres grands distributeurs américains vont très rapidement se tourner vers le Canada  au départ puis vers l’Asie pour produire à bas coût ces jouets en plastique qui iront inonder le marché américain.

Ce sont donc des compagnies américaines qui seront responsables de l’importation massive. Cette déferlante aura pour effet de faire disparaître la plupart des fabricants américains de jouets en plastique.

Renwall, un des plus connus se tournera vers l’injection en zamac, puis disparaitra.

S’il n’en reste qu’une…

Pourtant, il existe des firmes américaines qui ont résisté à la tentation de la délocalisation. Ce ne sont pas les plus importantes, mais Winross est un bon exemple. D’ailleurs sur ses boîtages la firme américaine revendique fièrement: “made in USA” et ce savoureux texte, expliquant  que le modèle reproduit un véhicule circulant sur les routes de “notre grand pays”.

Winross (USA) White 3000 fourgon "Maine Public Service Co" avec boîte "our great country"
Winross (USA) White 3000 fourgon “Maine Public Service Co” avec boîte “our great country”

Ses concurrents américains pour les modèles publicitaires, comme Ertl, ont déserté le pays depuis longtemps. Ertl a suivi Hot Wheels et Road Champ en Asie.

Le Président Trump aurait donc pu sortir de sa poche un camion Winross, c’était un bon choix.

Winross avait d’ailleurs déjà mis un pied dans la politique en 1972, lors de la campagne présidentielle qui avait vu s’affronter les candidats Nixon et McGovern. Elle avait alors édité une série de camions White aux couleurs des deux candidats et de leurs partis respectifs.

Dans une autre logique nationaliste, elle avait produit pour le bicentenaire de l’indépendance du pays en 1976, une série de 50 camions aux couleurs de chacun des Etats qui forment le pays.

L’industrie du jouet est à l’image des autres secteurs de l’économie. La délocalisation de la fabrication des jouets, en Asie, a ainsi fait disparaître une partie des acteurs aux Etats-Unis mais aussi chez nous. C’est ainsi. Tootsietoys produira ce beau produit pour U-Haul  à Hong Kong et  Blue Box cette Oldsmobile indiqué “Cadillac” sur la boîte. On pouvait se permettre ce genre d’approximation dans ces années-là.

Que faire ? Baisser les coûts et augmenter le profit telle est l’équation d’un patron. Tous les moyens sont bons. Certains résistent courageusement. Il fallait juste le souligner.

J’aurais pu commencer par un détail. Regardez la casquette du Président américain. Tout son programme est résumé sur l’avant de sa casquette “Make America great again”. On peut donc sous-entendre que l’Amérique a perdu sa splendeur et qu’il lui faut la regagner.

 

Nouvelle vague et vieille Simca

Nouvelle vague et vieille Simca

Elle apparait à l’écran vrombissante et se jouant de la circulation parisienne. On ne peut pas dire que son conducteur la ménage. Elle dérape. Il la mène à train d’enfer. D’ailleurs, à y regarder de plus près, elle porte les stigmates de cette conduite échevelée. Elle est présente tout au long du film, incontournable. On la voit slalomer dans des terrains vagues le long de la Marne, tourner en rond comme un animal en cage. Elle passe de l’un à l’autre des deux personnages masculins du film, deux petits voyous de faible envergure. Ils décident de monter un cambriolage chez la tante d’une jeune fille qui héberge cette dernière dont ils sont tous les deux amoureux .

Simca Week End du film de J.L Godard "bande à part"
Simca Week End du film de J.L Godard “bande à part”

“Elle” c’est la Simca Week-End et le film, c’est “Bande à part” de Jean-Luc Godard.

L’auto a vécu. La capote est perforée et ferme mal, comme celle d’une auto qui a fait son temps. En 1964, date de tournage du film, la Simca cabriolet Week-End est une auto démodée.(voir la  bande original du film)

Cette voiture est sortie en 1954. Elle est à la croisée des chemins dans la production Simca. Elle se situe entre la Simca 8 cabriolet (1950) et  l’Océane (1956).

Marin d'état vu dans le film "bande à part" (hommage à Jacques Demy)
Marin d’état vu dans le film “bande à part” (hommage à Jacques Demy)

Le choix du cinéaste Jean-Luc Godard pour cette auto est bien sûr assumé. La “Nouvelle Vague”dont il est l’un des moteurs, veut sortir du “cinéma de Papa”. Il prend le parti de placer ses protagonistes dans une auto à bout de souffle. C’est innovant. Le film est truffé de clins d’oeil. J’ai apprécié celui fait à Jacques Demy qui venait tout juste de présenter “Les parapluies de Cherbourg” : un café, un juke-box qui crache la musique du film et l’un des figurants qui arbore un costume de marin d’Etat, personnage récurrent dans les films de Jacques Demy. (voir le blog sur “Les parapluies de Cherbourg”).

affiche du film Bande à part
affiche du film Bande à part

Autre clin d’oeil du trublion du cinéma de la “nouvelle vague”, le film se passe à Joinville, sur les quais. Juste en face se situent les fameux “studios de Joinville”, symbole de l’ancienne génération du cinéma français. Avant la guerre, près de 40% des films étaient tournés à cet endroit. Marcel Carné et Jean Renoir y réalisèrent plusieurs chefs-d’oeuvre.

extrait du film de J.L Godard "bande à part"
extrait du film de J.L Godard “bande à part”

Les amateurs d’architecture, d’espaces urbains, de banlieues et d’automobiles des années soixante apprécieront ce que l’on appelle “le réalisme” de la Nouvelle Vague , cette façon de filmer la vraie vie là où elle se situe, dans les rues, les bars, le métro. Pour les amateurs de véhicules anciens ce témoignage visuel est un pur régal.

Les fabricants de miniatures des années cinquante ont été sensibles à cette gamme d’élégantes autos qui va de la Simca 8 à l’Océane en passant bien sûr par la “Week-End” choisie par Jean-Luc Godard.

La gamme eut plus de succès auprès des fabricants de jouets qui ont affiché l’auto dans leur catalogue qu’auprès de la clientèle visée par Henri Pigozzi.

Clé, Minialuxe, Solido, Norev ont inscrit une ou plusieurs reproductions de cette élégante auto, mais c’est Dinky Toys qui a ouvert le bal.

Dans le chapitre précédent relatif à la Simca 8, nous avons vu comment Dinky Toys a tâtonné dans le choix de la version à reproduire (voir le blog consacré à la gestation du projet de la Simca 8).

Finalement, elle sort en 1952. Les choses ont dû s’accélèrer, et la direction a tranché. C’est un modèle légèrement hybride qui est proposé aux jeunes amateurs. Le choix de la calandre du prototype en bois semblait plus réaliste, ceci n’est pas très grave car la version finalement validée par la direction est bien plus belle. Bobigny a fait des merveilles c’est une indéniable réussite. La façon dont Dinky Toys a traité le pare-brise va même inspirer Liverpool.  (voir le blog sur l’Austin Atlantic) .

Je ne vais pas rentrer dans les détails, Jean-Michel Roulet l’a déjà fait. Il suffit d’ouvrir son livre. Retenons simplement la modification du pare-brise et son renforcement en 1957.

L’opération sera une réussite esthétique. On peut facilement comprendre que le moule commençait à se fatiguer, en raison des contraintes de fabrication.

La première version proposée au public est fort harmonieuse. Elle est de couleur noire et possède un intérieur et une capote repliée de couleur caramel. Elle possède une caractéristique propre à cette version. Le pare-chocs et la calandre sont peints séparément. Très vite, le pochoir sera modifié et toutes les versions postérieures recevront un voile de peinture recouvrant l’ensemble pare-chocs et calandre.

Peu de temps après, la teinte de l’intérieur évoluera, passant à un beige clair, très différent de la première version. Ce sont les deux versions issues du commerce les plus difficiles à se procurer.

On se doit ici de parler d’une micro série de modèles finis de couleur rouge avec intérieur ivoire. L’amateur de Dinky Toys aura tôt fait de comprendre qu’il s’agit en fait de la couleur inversée d’une des dernières versions de cette miniature (ivoire avec intérieur rouge). Je peux certifier que des exemplaires ont été distribués en commerce.

Dinky Toys Simca 8 sport (pare brise épais) couleur rare
Dinky Toys Simca 8 sport (pare brise épais) couleur rare

Il y a une trentaine d’années, le docteur Lasson de Valenciennes m’avait demandé si je connaissais cette couleur. je lui avais répondu par la négative. Il m’avait alors raconté que, collectionneur dès les années cinquante, il avait acquis cette miniature en commerce à Valenciennes. Quelques années plus tard, quand M. Chaudey me céda sa collection, je ne fus pas surpris de voir cette miniature dans cette couleur. M. Chaudey était dessinateur chez Meccano.

J’ai pu récupérer deux autres modèles auprès de Jean-Bernard Sartre, qui pour l’instant n’ont pas été répertoriés en d’autres exemplaires. Un de couleur rose, qui semble être un clin d’oeil à l’Austin Atlantic et un d’une très élégante couleur bleu marine.

Oh celle-là, elle est moche !

Oh celle-là, elle est moche !

“Oh celle-là, elle est moche ! Je ne comprends pas que l’on puisse l’acheter ! Qu’en pensez -vous ? Ne me dites pas qu’elle vous plait !”

C’est ainsi qu’un client s’exprimait à la boutique au sujet d’une auto, un jouet américain de la marque Barclay, un véhicule en forme de bouteille de lait, réduit à l’échelle du 1/43 environ. En voyant l’objet sur mon bureau, dérouté, cet amateur de Solido et de Dinky Toys s’était laissé aller à émettre cet avis résolument tranché.

Je me suis juste permis de lui faire la remarque suivante : “Il serait plus juste de dire que le modèle ne vous plaît pas” .

En fait cette réaction est des plus logique. Lorsque l’on n’a pas toutes les clefs, on laisse plus facilement parler ses émotions. Devant cet objet inconnu et de forme étrange, notre homme avait eu une réaction de rejet.

“ouvrir les yeux des collectionneurs”

Je me souviens que je n’appréciais pas la peinture du douanier Rousseau. Comme mon client, j’avais de grandes réserves sur l’intérêt de ce peintre.

Pourtant, poussé par la curiosité et par l’envie de comprendre je suis allé au musée d’Orsay découvrir l’exposition qui lui était consacrée il y a quelques temps. Ce fut une superbe découverte. Tout d’abord , il faut saluer le travail des commissaires des expositions de ce musée. Ils rendent passionnante la moindre exposition. Nous sommes repartis emballés par cette visite. Surtout nous  avons découvert l’univers d’un artiste. Sachant qu’il s’inspirait des catalogues des grands magasins de l’époque pour y trouver ses décors, j’ai constaté que pour représenter ses navires, avions ou dirigeables il avait pris pour modèles les jouets figurant dans les catalogues d’étrennes. Ceci n’était pourtant pas mentionné dans les passionnants commentaires.

Le blog est donc un formidable outil pour ouvrir les yeux des collectionneurs sur des produits qu’ils n’auraient pas regardé dans d’autres circonstances. Il ne s’agit pas d’inciter à collectionner tel ou tel produit mais simplement de donner des clefs afin de mieux comprendre. Petit à petit, je constate que de nombreux amateurs s’intéressent à des productions qui leur étaient inconnues.

Pour ma part, ce sont les petits ouvrages japonais de M. Noboru Nakajima, édités au milieu des années soixante-dix qui furent le déclencheur de ma curiosité pour l’univers de la miniature automobile. Ils m’ont révélé la diversité et surtout la dimension abyssale de cet univers. Une vie entière ne suffirait pas à tout étudier.

On est admiratif devant la volonté qu’a eu M. Nakajima de rassembler ces miniatures. N’oublions pas qu’à son époque internet n’existait pas. Il fallait beaucoup de courriers pour concrétiser achats et échanges. On sait que ce dernier a beaucoup pratiqué par échange, comme beaucoup de collctionneurs de cette époque. Et là cela renforce mon admiration.

La course aux “Slush”

Voici donc quelques modèles en “slush” que j’ai acquis récemment, et que je tenais à vous présenter. (voir le blog consacré à ces modèles publié précédemment).

Chaque année, lors de mon voyage outre- Atlantique j’ai pour challenge de complèter ma collection de “slush” (modèles injectés en plomb)

Mes préférées sont les autos de course.(voir le blog consacré  à ce sujet)

Voici quelques exemplaires qui sortent des sentiers battus. Outre les couleurs vives, caractéristiques de ces jouets, c’est l’échelle de reproduction, peu fréquente qui m’a impressionné.

La Miller de chez Lincoln est au 1/41 environ.

L’étrange “Bearcat” de chez Kansas est reproduite à une échelle similaire. Le dessin original et, disons-le, rustique, contraste avec la belle Miller.

La Barclay équipée de son système d’éclairage est également rare. En fait c’est cet équipement qui lui confère sa rareté. On appellera cela “version luxe”.

Enfin, la Tip-Top Toy est une firme des plus intéressantes qui n’a rien fait comme les autres. Toute sa production, de belle qualité, s’identifie facilement. C’est Ferd Zegel qui m’a éclairé sur l’intérêt de cette firme. J’ai bien compris le message et je ne laisse jamais passer l’opportunité d’acquérir un modèle de cette marque quand l’occasion se présente.

Des modèles de taille XXXL

Savoye est également une firme intéressante, comme Tip-Top Toys. Ses productions sont reconnaissables aux jantes en bois peintes de couleur rouge dont le dessin est très particulier.

J’ai découvert le véhicule que je vous présente ce jour dans le livre de M. Noboru Nakajima puis dans celui de Philippe Moro et Mick Duprat consacré aux bus et aux cars en miniature. C’est un ouvrage plaisant à feuilleter dotés de superbes photos où les modèles sont mis en scène au milieu d’autres objets. Les photos prises par M. Duprat m’ont inspiré plus tard pour le blog.

L’objet est un incroyable tracteur semi-remorque …autocar. Sur les flancs de la semi-remorque la gravure “motor coach” est évocatrice. On imagine un intérieur cossu, douillet. Dans la réalité ce type de véhicule n’a pas connu le succès. Il est à rapprocher du Nite à deux étages, tout aussi surprenant. (voir le blog consacré aux modèles futuristes  américains).

Je ne collectionne pas les variantes de couleurs sur ce type de produit. J’ai pourtant fait une exception avec ce modèle. Il m’a été impossible de trancher entre les deux couleurs que je venais de dénicher ! On trouve les excuses que l’on peut pour garder un modèle .

Restons dans les véhicules utilitaires. Ce camion “Mack” équipé d’une caisse fourgon est impressionnant. Il est rare. Cela s’explique aisément. Le fabricant, peut-être Barclay, a dû essuyer de nombreuses pertes lors de sa production. Le modèle réduit est démesuré au vu de la technique d’injection utilisée. Lorsqu’on a le camion en main, malgré sa taille et sa forme compacte on saisit toute sa fragilité.

Le camion citerne “Esso Gas” est aussi de taille conséquente, mais on comprend que la fabricant maîtrisait son sujet. La gravure est acceptable.

Les deux camions de pompiers de chez Savoye sont évocateurs d’une époque. Ils semblent sortir d’un autre âge. Les roues de type artillerie, très hautes, empruntées à du matériel hippomobile leur donnent un aspect désuet.

Ces modèles précédent les Savoye équipées des fameuses jantes en bois décrites plus haut. Là, encore, je me souviens fort bien avoir repéré ces objets dans un des ouvrages de M. Nakajima. Les photos étaient en noir et blanc !

La limousine de chez Barclay est également une rare miniature pour la simple raison qu’elle est  reproduite au 1/43 ! Vous avez peut-être cru reconnaitre une Barclay très fréquente qui lui ressemble, mais qui elle, est reproduite au 1/60 !

Nées pour choquer

Pour finir, j’ai gardé deux modèles. Comme mon client, en les voyant, j’aurais pu dire : “Qu’elles  sont moches !”

Si les modèles dits futuristes ne m’attirent pas plus que cela au plan esthétique, ils m’intéressent au plan historique. Ils annoncent le changement qui s’opérera dans les années 70, avec les Hot Wheels et les autres modèles fantaisistes de chez Matchbox. Comme dans l’art, on peut voir un courant se profiler.

Imaginons la tête du dirigeant de Meccano en voyage aux USA dans les années trente devant ce type de modèles. Comment aurait-il réagi ? Sarcasme, moquerie, haussement d’épaules sûrement.

Pourtant dans les années soixante-dix ce type de véhicules fantastiques, voire démoniaques, seront légion et attireront après 1968 un important public, comme si les évènements de cette année avait fait tomber les interdits.

En les voyant, je m’interroge sur les motifs qui ont conduit les fabricants Erie et Futuristic le bien nommé à concevoir ce type de véhicules. N’y a-t-il pas la volonté de choquer, de provoquer ? Je vois dans ces jouets comme une prophétie de chaos.

Ils sont rares. Je ne pense pas que le succès ait été au rendez-vous. Ce qui est sûr c’est qu’ils avaient quelque chose de précurseur. A ce titre, ils méritent une place dans mes vitrines.

Si ces quelques lignes ont pu éveiller votre curiosité de collectionneur, faire évoluer le regard que vous portez sur tout ce que vous ne collectionnez pas, tout ce qui n’est pas Dinky Toys, elles auront atteint leur but.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

 

 

 

 

 

Des Gak à l’infini

Des Gak à l’infini

Le Berliet Gak, ce populaire camion qui a sillonné les routes durant les années soixante et qui symbolisait cette période de forte croissance a logiquement connu  un beau succès  chez les fabricants de jouets français.  Il prend la suite du Berliet GLB qui pour le grand public était “le camion” par excellence. Le “Gak” prend la relève pour la génération suivante.

Fort logiquement, les fabricants de jouets ont compris l’intérêt d’inscrire le Berliet Gak à leur catalogue.

Solido est le seul fabricant français de jouets à n’avoir pas cédé aux charmes du Berliet Gak.

Il faut dire que la firme d’Oulins avait déjà inscrit à son programme d’autres Berliet, dont le TBO (voir le blog consacré à ce camion) puis le révolutionnaire Stradair  avant de conclure, au début des années 70 avec le TR300.

Berliet ne refusait jamais de fournir les plans de ses véhicules aux  fabricants de jouets. Paul Berliet trouvait là une reconnaissance et une publicité à moindres frais, fort valorisante pour ses produits. Il n’hésitait pas à commander des séries, reconnaissables à leur boîtage, et distribuées dans son réseau de garages.

Dans un article précédent, nous avons vu les versions reproduites en zamac (voir l’article consacré au Berliet Gak en zamac). Le Berliet Gak a également eu droit à de très nombreuses versions injectées en plastique. Le choix du matériau, et donc du prix de vente, dépendait de la clientèle visée.

Le plastique avait un coût de revient très inférieur au zamac. Pour cette même raison c’est en plastique qu’a été réalisée la grande majorité des modèles promotionnels.

Passons sur le Norev qui reproduit la superbe grande échelle. Le choix de la carrosserie “double cabine” de Norev a interdit toute réutilisation du moule. En tout état de cause le fabricant de Villeurbanne avait déjà un camion de tonnage équivalent au Berliet Gak à son catalogue, un Saviem. Il se dispensera logiquement de tomber dans le piège du doublon.

Minialuxe a décliné de très nombreuses versions du Berliet Gak, de facture honnête. Certaines sont venues garnir de jolis coffrets.

J’ai sélectionné celui qui fut réalisé pour la société “Bâches Saint Frères”. Les couleurs sont particulièrement harmonieuses. On appréciera le boîtage qui valorise l’ensemble. Le fabricant de bâches se devait de présenter son produit sous le meilleur jour. Minialuxe a donc conçu cette bâche en simili toile plastifiée qui a un rendu satisfaisant. La bâche “plastique” de la version Dinky Toys a un rendu inférieur.

Le budget alloué à ce produit promotionnel devait être limité, et de toutes les façons le modèle de Bobigny ne serait sûrement pas rentré dans le budget de cette entreprise picarde.

Je ne pouvais passer sous silence la version créée lors du lancement de ce camion avec sur la boîte la photo du camion à l’échelle 1 et les caractéristiques techniques. Il est fort possible qu’il ait également été distribué dans le réseau Berliet.