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Facéties anglaises ou quand Londres était en Europe.

Facéties anglaises ou quand Londres était en Europe.

Je me suis parfois demandé si quelque génie malicieux ne s’amusait pas à venir contrarier ma journée. Rien de grave, mais des suites d’événements, amusants, troublants qui viennent étayer cette hypothèse.

Cela se produit souvent en terre anglo-saxonne, territoire peuplé de fantômes et de créatures magiques, depuis les sorcières et les elfes de Shakespeare jusqu’à Harry Potter.

Avant l’ouverture des portes de la manifestation qui se tient à Sandown Park en ce mois d’août 2019, la conversation entre acheteurs “continentaux” ne traite que d’un sujet: le Brexit et surtout les difficultés qu’il risque d’y avoir dès la prochaine édition de novembre.

Pour ma part, j’avance que Brexit ou pas, je serai là lors de la prochaine édition.

C’est peut être dans cette réponse, un brin arrogante, que j’ai commis une imprudence aux oreilles des génies malicieux qui étaient présents ce jour à Sandown Park.

Tout commence très bien. Une heure après l’ouverture des portes, une personne me tape sur l’épaule.

“Vous me reconnaissez?  me demande t-elle ” je dois lui avouer que  si son visage me dit quelque chose, je suis incapable de le situer et de mettre un nom dessus. L’homme me rappelle alors que je lui ai acheté il y a fort longtemps en Suède des modèles Muovo finlandais.

Un ami commun d’Helsinki, l’avait informé que j’étais toujours présent à Sandown Park et qu’il pouvait s’y rendre et prendre avec lui deux rarissimes modèles de la marque fnlndise Muoval   afin de me les présenter. Quelle drôle de surprise.

Nous faisons affaire très vite. Ce sont des camions de style américain, dans l’esprit des productions nordiques. La cabine et surtout la calandre sont très particulières, et ne ressemblent à celles d’aucun autre modèle. Je suis aux anges !

En tant que Finlandais, membre d’un pays de l’union européenne où l’euro est la monnaie, nous traitons notre transaction en euros.

Quelques temps plus tard, je suis attiré par un curieux présentoir Dinky Toys. Il est de taille réduite, donc facile à mettre en évidence dans des vitrines déjà bien remplies.

C’est surtout la thématique retenue par Dinky Toys qui m’interpelle, la télévision. De nombreux fabricants ont choisi ce support pour donner une image moderne de leurs produits.

Le vendeur est un néerlandais. Il n’est jamais facile de traiter avec eux. Mais c’est en euros bien sûr que nous faisons affaire.

La bourse continue. La moisson est bonne. L’heure du départ approche. A ce moment je vais toujours rendre visite à un marchand qui est très long à déballer. Les deux petites vitrines plates sont là, je les ai vues il y a deux heures déjà mais elles étaient encore vides.

C’est l’heure d’aller voir s’il a eu le temps de les remplir. Cependant je suis arrêté sur le chemin par la vue d’ un objet. C’est la couleur verte qui m’attire. Le slogan aussi : “Souvenir of Ireland”.

j’ai vite fait le rapprochement avec mes deux transactions du jour faites avec deux membres de la CEE.

Me voici enfin devant les deux petites vitrines plates. Elles sont désormais remplies. Et bien remplies. J’achète quatre véhicules d’avant-guerre en superbe état. Le vendeur m’explique qu’il se sépare de quelques pièces de sa collection.

C’est toujours un moment d’émotion quand une personne de 70 ans explique que ces modèles il les a depuis….si longtemps. C’est une petite partie de sa vie.

Je n’avais pas en collection cet autorail GWR de chez Dinky Toys. Le vendeur m’indique qu’il y a voyagé enfant et que la couleur, crème et brun est la seule recevable. la boîte de six pièces l’accompagne.

Le temps s’arrête.

Il me cède également un magnifique coffret postal d’avant-guerre en état exceptionnel. Il prendra dix minutes à l’emballer précautieunesement. Nous faisons l’addition. En livres sterling bien sûr.

Nous nous entendons très facilement et là sa femme me dit : vous voulez payer en euros?  je relève la tête, comme abasourdi.

Non, les anglais ne capituleraient pas comme ça, Eux qui ne se sont jamais laissés envahir depuis Guillaume le Conquérant. Aussi peu de résistance ?

A ce moment, devant mon regard étonné mon interlocutrice rajoute : “English joke ” plaisanterie  anglaise !

Malicieuse jusqu’au bout, elle m’assurera qu’il n’y a que sur la promenade des Anglais à Nice, qu’elle accepte l’idée de se compromettre avec des euros.

Emblématique de Nice, bien plus internationale que les allées de la bourse de Sandown Park cette artère est ainsi nommée en souvenir de la construction d’un chemin de pierre, concédé à la communauté anglaise, réalisé par leurs soins et à leurs frais au début du 19éme.

Livre Sterling
Livre Sterling

Mais les fantômes ont la rancune tenace. Brexit aidant, ont-ils voulu me donner une leçon?

Malicieux, j’ai choisi de mettre en image également ce très beau bus à deux étages produit chez Wells. Il s’agit de la version d’avant-guerre équipée  de pneus en caoutchouc.

Vous apprécierez le slogan publicitaire.  “Merci d’acheter Britannique” ! Il faut dire qu’au même moment sur le marché londonien , Fischer, fabricant allemand  avait produit ce somptueux bus à deux étages aux couleurs de la  compagnie “General”.

 

Mon père

Mon père

Le soleil vient de se lever. Il brille déjà. C’est la promesse d’une belle journée de fin d’été. Nous sommes le dimanche 1er septembre 2019. Il est 7h30 et c’est l’heure de mettre en ligne le 541ème blog.

J’ai cependant une émotion particulière en le publiant. Un pincement au coeur. Il marque une étape dans ma vie. Désormais pour moi le blog ne sera plus jamais plus comme avant. Vous pouvez relire ce 541 ème blog consacré aux Fiat 1400, regarder les photos, vous ne trouverez rien de bien différent par rapport aux précédents.  (voir le blog 541).

Ce matin cependant je sais qu’il manquera un lecteur. “Mon” premier lecteur, mon père. Il nous a quitté ce jeudi 29 août 2019.

C’était sa première activité du dimanche : lire le blog.

Ce blog a été créé dans des circonstances bien particulières (voir le blog consacré à ce sujet). J’ai compris assez vite que  je l’avais fait pour lui. C’est pour lui témoigner ma reconnaissance que chaque semaine je publiais ces textes et ces photos toutes issues de notre collection.

Le blog me permettait de lui présenter notre collection sous un autre angle, comme une invitation à la redécouvrir. A 80 ans, il avait gardé un regard d’enfant pour ses vitrines. Jusqu’au bout, il a su admirer ses modèles comme il les admirait au premier jour de leur acquisition. Il nous a transmis, à mon frère et moi, la qualité rare de toujours s’émerveiller et de ne jamais être blasé.

Cette collection a une histoire hors du commun. Mon père est né le 2 septembre 1939, la veille de la déclaration de guerre. Il a eu très peu de jouets : un camion de pompiers Vébé et des soldats Quiralu.

Il n’avait aucun ressentiment par rapport à cette situation. A cette époque, elle était commune à beaucoup de familles.

Le début de cette aventure tient à presque rien, une petite étincelle, un dimanche au marché aux puces de Saint-Ouen. Nous étions en 1974 et j’avais 11 ans. Il nous avait acheté chez un brocanteur du marché Serpette à mon frère et à moi une miniature chacun.

Je ne me rappelle plus celle que mon frère avait choisi mais je me rappelle très bien de la mienne. Il s’agissait d’une Panther Bertone de chez Politoys à 19 francs. Peut-être est-ce la manière dont j’en ai pris soin, la manière dont je l’ai conservée qui a éveillé sa curiosité.

Les parents et les grands-parents essaient souvent de développer chez leurs enfants un intérêt pour la collection : timbres, porte-clefs, minéraux, trains…. Par ce biais, c’est quelquefois sa propre satisfaction que l’adulte recherche. Mon père rêvait peut-être aux jouets qu’il n’avait pas eu.

Nous allions très fréquemment au marché aux puces. Quelque temps plus tard, sur le trottoir menant au marché Jules-Valles, il avait été attiré par un stand de jouets anciens et notamment par les modèles situés dans la petite vitrine plate.

Le fait qu’ils soient ainsi protégés et mis en valeur les distinguait sans conteste des autres miniatures présentées en vrac. C’était le signe évident de leur supériorité. Mon père avait attrapé le virus.

Nous avons choisi ensemble une Renault Etoile filante de chez CIJ, la même que nous voyions à l’époque au pub Renault. La semaine suivante, nous avons commencé la série des monoplaces Dinky Toys Grande- Bretagne et des bolides de la série 100. Puis vint l’envie des voitures de record, des camions citernes, puis des camions publicitaires.

Ne cherchez pas de logique. La seule constante fut le désir d’acquérir les pièces rares et notre apprentissage se fit à l’écoute des plus anciens, des professionnels, et des autres collectionneurs. Nous avons eu suffisamment d’apétit et d’humilité pour acquérir rapidement les bases.

C’est en rangeant sa bibliothèque, en voyant tous les ouvrages auxquels nous avions participé que jai mesurer l’étendue, la diversité et la qualité de cette collection.

Le premier a nous avoir sollicité pour illustrer un ouvrage fut Bertrand Azéma. Il est venu de nombreuses fois à la maison pour ses deux premiers ouvrages. En 1980, nous étions bien peu à collectionner les variantes de couleurs de la série 100.

La première rencontre avec Jean-Michel Roulet date de 1980. Près de 40 ans après notre première rencontre, nous avons eu beaucoup de plaisir à collaborer à son dernier ouvrage. Pouvoir communiquer aux nouveaux collectionneurs des photos, des documents qui les aideront dans leurs recherches a été un réel plaisir.

C’était comme un juste retour des choses : le premier ouvrage de Jean- Michel Roulet paru en 1978 avait guidé nos premiers pas de collectionneurs de Dinky Toys.

Notre collaboration aux ouvrages consacrés aux Tekno et aux productions danoises tient à une anecdote. Une très grande partie des modèles photographiés dans ces livres ont été faites chez mon père.

A chaque voyage à Copenhague, Hans Hedegard, l’auteur de ces livre,  me vendait quelquesTekno de sa collection. J’y allais cinq fois par an. Un jour, en présence de son épouse, il m’a expliqué qu’il était d’accord pour continuer à me vendre des modèles à la condition que j’accepte qu’ils viennent photographier notre collection pour la seconde édition du livre, édition qui se distinguait de la précédente par le passage à la couleur. Ils sont venus faire ces photos deux jours durant. L’opération s’est renouvelée plus tard pour le livre sur les jouets danois.

Quand des collectionneurs toulousains,Thierry Redempt en tête, se sont mis en tête de retracer l’histoire de CIJ et JRD, ils nous ont bien évidement contactés. Ce fut une belle collaboration et un beau succès commercial. Plus tard, ils ont récidivé avec trois ouvrages sur les Dinky Toys, qui offrait aux amateurs de la marque une vision différente de celle qui prévalait. 

A chaque fois, c’est avec plaisir que mon père faisait partager sa collection, avec le le souci louable de donner aux autres ce que nous avions reçu 40 ans auparavant.

Deux semaines avant la disparition de mon père, mon ami Jakob m’a cédé une pièce rare à Houten : un Volvo N88 Titan promotionnel pour le réseau Volvo en Suède, avec sa boîte créée pour l’occasion. Nous en possédions déjà, un, sans la boîte. Il faut dire que cette dernière n’avait jamais été répertoriée.

En le comparant avec l’exemplaire que nous possédions déjà, je me suis apperçu qu’un marquage sur un des cubes différait : “Volvo Viking Diesel ” contre “Volvo Viking”.

Sur le chemin du retour des Pays-Bas, j’avais eu le plaisir de partager cette découverte avec lui au téléphone

C’était un rituel immuable. Sur le chemin du retour de chaque bourse, je lui passais un petit coup de téléphone. J’entends encore résonner sa voix : “Alors, tu as trouvé de belles choses”. Il utilisait la forme affirmative, c’était pour lui une évidence. Je ressentais bien la fierté qu’il avait pour moi.

Le lendemain de sa disparition, un autre Tekno, un Scania 110 semi-remorque citerne “Gulf ” est venu compléter la collection. J’ai ressenti le vide.

J’ai compris que je n’allais plus pouvoir l’appeler  pour lui annoncer ma découverte. Je me suis rendu compte que j’étais seul. Plus personne pour partager le plaisir de la découverte. Je n’avais pas anticipé cette situation.

J’avais 11 ans quand l’aventure a commencé, j’en ai 56 aujourd’hui. Jamais nous n’aurions pu imaginer le destin de cette incroyable collection.

Depuis sa disparition, je me rends compte cependant que sa plus belle réussite est ailleurs, dans le fait d’avoir su souder une famille autour de lui. Désormais c’est à mon frère et à moi de conduire cette famille et de transmettre les belles valeurs qu’il nous a inculquées. C’est pour être digne de lui et de sa mémoire que je m’y attacherai, c’est ce qui me permettra de surmonter ce moment difficile, et de continuer de collectionner

Le crépuscule

Le crépuscule

A peine sorti de la mégapole new-yorkaise, la nature est omniprésente. Moins de vingt minutes se sont écoulées depuis l’aéroport de Newark, et l’on a déjà oublié les gratte-ciel et la civilisation.

Le changement est même assez brutal. Il est plaisant de sortir de l’univers bétonné pour retrouver la nature. Les forêts sont nombreuses sur la route qui traverse le New Jersey vers la Pennsylvanie et, en ce début novembre, le spectacle est grandiose .

Le ciel bleu vient rehausser cette impression. Pourtant, à bien y regarder, l’automne se meurt. Les couleurs ont subtilement viré du jaune et rouge flamboyant à un ocre et brun qui annoncent l’arrivée prochaine de l’hiver.

Ce sont des détails mais la nature s’apprête à un long sommeil. Ce n’est pas la température encore presque estivale qui pourrait faire croire à cela.

Pourtant, comme me dit un autochtone à l’hôtel, dans dix jours il y aura peut-être 20 cm de neige ! On pourrait croire à une blague, mais l’automobiliste averti que je suis a bien reconnu le crissement particulier des pneus hiver sur le parking de l’hôtel où je viens d’arriver.

Chaque automne, je guette ce moment si particulier où la nature perd son éclat et glisse vers l’hiver. C’est souvent imperceptible, petite touche par petite touche, un coup de vent par ci, une journée de pluie par là, la nature fait le reste. C’est le crépuscule de l’automne.

Quand la commission sportive internationale a autorisé la publicité sur les automobiles de course, elle ne sait pas encore qu’elle a ouvert la boîte de Pandore. Mais cela va se faire par petites touches, comme pour l’arrivée de l’hiver.

Dans un premier temps, seuls les pétroliers sont autorisés à apposer leur logo sur les flancs des autos de course. Ces derniers participaient activement à la vie des différentes équipes de formule 1 ou de “sport prototypes” avec pour seul retour, la possibilité de communiquer sur les résultats par le biais des publicités dans la presse.

“Esso” et “BP” éditaient également chaque année de belles publications reprenant les différents succès des autos qu’ils avaient “aidées” financièrement au cours de l’année.

On appréciera cette publication d’Esso de 1956 où le pétrolier n’hésite pas à placer la Jaguar Type D victorieuse au Mans cette même année à côté d’une Peugeot 403 en pleine attaque dans un rallye hivernal.

Puis ce fut au tour des équipementiers d’avoir le droit de s’afficher sur les autos : pneus, éclairage, bougies, essuie-glaces. Jusque-là, rien d’extraordinaire.

Cela faisait sûrement grincer des dents les amateurs purs et durs pour qui une auto devait concourir sous la seule couleur du pays qui l’engageait. Il a fallu faire preuve de pédagogie, expliquer qu’il était nécessaire à la survie de toutes ces équipes d’introduire un peu de publicité.

Sans le savoir, le monde de la course automobile va se trouver bouleversé par cet événement. Le sport automobile ne sera jamais plus comme avant.

Les sponsors vont bientôt exiger une meilleure visibilité de leur investissement : cela entrainera l’arrivée de la télévision. En vendant son âme, la course automobile n’a-t’-elle pas perdu  de son intérêt ?

Lotus, un constructeur innovant sur le  plan technique et financier.

Le début de la saison 1968 fut terrible pour l’écurie Lotus. Elle a vu son pilote numéro un, l’Ecossais Jim Clark, disparaitre dans une épreuve mineure de formule 2 à Hockenheim.

Puis c’est Mike Spence qui trouve la mort aux essais d’Indianapolis. Ce dernier remplaçait l’Ecossais dans le baquet de la Lotus.

Hasard du calendrier, c’est dans cette période catastrophique que l’écurie a introduit le premier sponsor étranger au monde de l’automobile, j’ai nommé le cigarettier “Gold leaf”.

Le Premier Grand Prix de la Lotus 49B sous ces nouvelles couleurs à Jarama pour le Grand Prix d’Espagne sera une première victoire. On imagine que ce succès mit un peu de baume au coeur à tous les membres de l’écurie.

Le second Grand Prix à Monaco sera une seconde victoire. La saison se révélera difficile mais Graham Hill pilote numéro un de l’écurie Lotus sera couronné d’un second titre de champion du monde.

Cette version du Grand prix de Monaco 1968 est celle qu’avait choisi de reproduire Dinky Toys. Je me souviendrai toute ma vie, et je pèse mes mots, de cette découverte chez un ancien du bureau d’étude qui avait eu l’intelligence de sauver quelques pièces d’une destruction programmée. Cette version est facilement identifiable avec son carénage moteur incorporant un petit aileron.

 

Pour l’amateur de Dinky Toys et de voitures de course que j’étais,voir côte à côte la Porsche 917 et la Lotus 49B, projets abandonnés, reste un des plus beaux souvenirs de ma vie de collectionneur. Je me souviens combien j’étais excité à l’idée de relater cette découverte auprès des amateurs de la marque. (voir le blog consacré à la Porsche 917 de chez Dinky Toys

Il est facile de comprendre pourquoi Liverpool a mis son veto à cette opération. La firme anglaise avait décidé de reproduire également une Lotus 49B.

A cette époque, Dinky Toys Grande-Bretagne s’était déjà égaré dans des projets sans intérêt. Celui de la Lotus 49B de la saison 1969 au 1/32 fait partie cette liste.

Pourquoi avoir changé l’échelle de reproduction ? Etait-on à ce point à court d’idée  outre-Manche pour se différencier des autres fabricants ?

La reproduction produite est moyenne. la gravure épaisse. Pourquoi avoir choisi un rouge métallisé ? C’est bien un modèle de fin de règne. On apprécie néanmoins le boîtage et le diorama, ainsi que la planche de décoration.

Elle reproduit la version avec laquelle Graham Hill remporte le dernier Grand prix de sa carrière et son cinquième succès à Monaco en 1969.

La couleur du bolide ne devait pas déplaire au responsable de Bobigny à l’époque, on sait combien ce dernier appréciait le rouge. Dernièrement, un ancien du bureau d’étude m’a confirmé cette anecdote que Jean-Michel Roulet m’avait déjà racontée : lors d’une présentation de palette de couleurs, un membre du bureau d’étude, par plaisanterie, avait cru bon de n’amener que des autos finies en rouge.

ll est intéressant de constater que la monoplace qui remplacera dans le catalogue cette Lotus abandonnée sera aussi de couleur rouge, confirmant si nécessaire l’intérêt de la direction de Dinky Toys pour cette couleur. Le choix d’une Surtees TS5 qui plus est de formule 5000 semble bien établir que c’est la couleur de l’auto qui a dicté ce choix plus que le palmarès de la monoplace qui est demeuré très modeste.

Démagogie

Démagogie.

“Oh ! mais dans Pipelette il n’y a jamais les modèles que j’ai dans ma collection, c’est dommage !”

Ce fut la première réflexion de M. Desbordes, après avoir feuilleté le numéro 5 de Pipelette. (disponible en ligne sur la page d’accueil du site Auto Jaune Paris).

Cette réaction m’a semblé presque normale. Le collectionneur a besoin de points de repère par rapport à SA collection. Reconnaitre des modèles qui lui sont familiers le conforte dans ses choix. Voir des objets qui lui sont totalement étrangers a quelque chose de déroutant.

1/ “un infatigable passeur”

J’ai tenté de lui expliquer ma vision des choses. Je me suis appuyé sur un article paru dans le journal du Monde le 2 Janvier 2019 signé Macha Séry en page 21. Cette journaliste rendait hommage à Claude Mesplède, spécialiste du polar décédé le 27 décembre 2018.

Ce dernier était critique littéraire et historien du roman policier. La journaliste le décrit comme étant un des meilleurs connaisseurs mondiaux du polar, un infatigable passeur…”

Cette expression “infatigable passeur “ m’a beaucoup touché. Très modestement, c’est un peu ce que nous cherchons à travers le blog et le magazine Pipelette. Il faut savoir refuser la facilité et montrer des produits méconnus, mettre en lumière des modèles qui pourraient tomber dans l’oubli quitte à perturber quelque peu les collectionneurs.

Pourtant, pas rancunier, je vais ce jour faire plaisir à M. Desbordes en présentant un de ses modèles fétiches. Il doit en avoir une douzaine. Ce chiffre me semble révélateur de l’intérêt qu’il porte à l’objet. Des souvenirs d’enfance sont sûrement derrière cet attachement.

Ce véhicule est peut-être celui qui a été produit en plus grande quantité chez Dinky Toys. Sa longévité au catalogue est exceptionnelle ! produit de  1958 à 1975 !

Vous l’avez peut-être reconnu, il s’agit du Berliet T6  tracteur d’artillerie (6 tonnes)  paru sous la référence 80 B puis renuméroté 818.

2/ Ce mal aimé.

Comme M. Desbordes, ce véhicule je l’ai eu enfant. Je dois avouer que ce cadeau ne m’avait pas beaucoup plu. C’est une tante de la Drôme qui, sachant que nous étions mon frère et moi dans une période que je qualifierais de “militaire” avait cru nous faire plaisir, en nous offrant à chacun, deux exemplaires de ce camion !

Ils étaient arrivés par la poste. Je me souviens du papier kraft typique des envois postaux de la fin des années soixante, bien entouré avec de la ficelle. Le tout dans une boîte à chaussures avec des papillotes, ces bonbons chocolatés enveloppés de papier brillant.

Je crois que j’avais préféré les bonbons aux camions.

Je venais d’acquérir le superbe AMX 30 de chez Solido. Alors, avec sa bâche en tôle pliée, ce modèle sans vitrage ni aménagement intérieur me donnait l’impression d’un jouet d’un autre âge.

J’ai très longtemps gardé une aversion pour ce camion. D’ailleurs, Il avait bénéficié d’une livrée personnelle grâce à l’achat de mes premiers pots de peinture pour maquette.

L’été dans le Nord de la France, il faut parfois meubler les journées maussades. Mes grands-parents m’avaient acheté une belle maquette d’avion de chasse de chez Heller. En fait, c’est le dessin de Jean Blanche sur le couvercle de la boîte qui m’avait séduit et qui avait orienté mon choix. Pour bien faire les choses, on m’avait aussi acheté des pots de peinture et un pinceau.

Mes grands-parents m’avaient délivré de nombreux conseils, me faisant comprendre par cet achat raisonné que je rentrais un peu dans le monde de l’adulte responsable.

Je pense que je n’avais pas bien perçu le message car la couleur bleu pâle avait fini appliquée en motif camouflage sur mes camions Berliet T6, leur donnant un peu de vie et de gaieté. Dans un même élan, j’avais également redécoré ma caserne Depreux. Heureusement, la faible contenance des pots a stoppé mon élan.

3/ Empathie.

Plus tard, dans mon activité professionnelle d’achat-revente de collections, j’ai souvent croisé des véhicules qui ont subi les outrages d’apprentis maquettistes. J’ai toujours une forme d’empathie pour les auteurs des faits et je me garde de tout commentaire.

C’est d’ailleurs un vrai plaisir pour le professionnel que je suis de vivre ces moments, d’entrer dans le passé des gens. Les véhicules redécorés raniment souvent des souvenirs. Parfois, je me demande pourquoi ils ne veulent pas les garder. Peut-être pour se libérer du passé ?

“Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes
Mais les choses nous parlent si nous savons entendre”.(Barbara “Drouot” paroles Monique Andrée Serf)

4/ Et arriva le prototype du Berliet T6

Gamin, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’aurais  en main le prototype en bois qui servit à valider ce projet, ni même les plans originaux de ce Berliet T6.

Ce n’était qu’un jouet et non un objet de collection. A l’époque, je ne pensais pas du tout à collectionner contrairement à certains collectionneurs qui ont eu ce déclic très tôt.

Ce prototype je l’ai acquis avec un grand nombre d’autres véhicules en bois chez un ancien employé du bureau d’étude.

Je pense que pendant longtemps c’est le manque d’information concernant le vrai véhicule qui m’a troublé dans l’approche de ce jouet. Heureusement la revue “Charge Utile” a consacré il  y a quelques années des articles à ce camion.

Pour résumer, Berliet hérita du projet lors du rachat de Rochet- Schneider en 1951. Pour l’anecdote, j’avais secrètement espéré lors de l’achat du lot de plans que ces derniers soient estampillés Rochet- Schneider.

Ce n’est pas le cas, mais le nom de Berliet ne figure pas non plus dans le cartouche avec les caractéristiques.  Seul le nom Berliet figure sur le châssis. Il a dû être rajouté après la confirmation de paternité du nom du camion. Jean-François Colombet  de “Charge Utile” signale que  ce n’est qu’en 1955 que l’état passera commande de ce véhicule.  C’est donc à ce moment  que Meccano  va s’y intéresser. Signalons qu’il est reproduit au 1/59.

On appréciera la finition au tire-ligne figurant les reliefs des ridelles. C’est un véhicule impressionnant, le tracteur d’artillerie est une pièce majeure dans le parc mécanisé militaire.

Je ne vais pas faire l’inventaire des variantes mais juste signaler celles que j’apprécie. J’aime notamment les variantes tardives de ce type d’objets qui sont restés très longtemps au catalogue. Celle que j’ai dénommée “simplification extrême” est intéressante. Observez bien, Dinky Toys a même supprimé le pochoir argent du radiateur. Cela lui confère une allure bien particulière.

Celui de toute fin de production avec sa boîte spécifique, dépourvu d’une partie des inscriptions sur le châssis est assez difficile à se procurer. Les drapeaux tricolores, comme sur la Daimler automitrailleuse sont en papier  collé.

Avec le temps j’ai appris à regarder ce camion autrement et surtout à l’apprécier.

Sans démagogie j’avance. Mon seul objectif est de faire partager aux autres ma passion et de laisser aux générations suivantes un peu de matière pour poursuivre l’exploration de l’univers de l’automobile miniature.

PS: le site hébergeant le blog a été victime d’une attaque informatique ce vendredi 24 Mai 2019. Nous avons perdu 10 jours de travail. Sans Patrick Isola, l’informaticien  vous n’auriez pas eu ce  blog ce dimanche et peut être aurions-nous dû fermer le blog. Merci à lui d’avoir travaillé  d’arrache-pied pour remettre en ordre le blog.

 

Celle qui a mal tourné

Celle qui a mal tourné.

Lorsque vous entrez dans la salle, elle vous fait face. Verticale, compressée, martyrisée. C’est une oeuvre d’Arman. Il l’a pensée en 1960 mais n’a pu la réaliser qu’en 1970, faute de presse adéquate. C’est une Renault Dauphine ou plutôt ce qu’il en reste.

En voyant cette oeuvre, j’ai tout de suite pensé à la Dauphine de mon père. C’était sa première auto.

1/Vous avez peut être une oeuvre d’art entre les mains !

Vu la tenue de route assez désastreuse de la Renault Dauphine, de nombreux utilisateurs, sans avoir le génie d’Arman, ont ainsi créé des “oeuvres d’art”. Mais ces dernières ont généralement fini à la casse et non dans un musée, comme celle que je vous présente ce jour et qui est au Mamac de Nice (Musée d’art moderne) que je vous conseille vivement d’aller visiter.

Dinky Toys Renault Dauphine "PKZ" (vétements ) marché Suisse
Dinky Toys Renault Dauphine “PKZ” (vétements ) marché Suisse

Celle de mon père était également de cette couleur. Il m’a raconté qu’elle avait un peu viré avec le temps et qu’il avait dû la passer au polish avant de la revendre afin qu’elle retrouve de manière provisoire, un peu de son lustre d’antan.

Le pigment rouge a le défaut de quelquefois virer à la lumière. Il suffit d’observer une partie de la gamme des véhicules pompiers produits par Dinky Toys Liverpool. On ne rencontre jamais ce défaut sur la production française, ce qui laisse à penser que le problème pouvait être contourné. La qualité des pigments entrant dans la composition de la couleur joue sans doute sur sa bonne tenue dans le temps.

Très longtemps, la fabrication des pigments permettant d’obtenir la couleur rouge vermillon résultait d’une alchimie délicate, ce qui a donné à cette teinte un côté sulfureux, voir maléfique. Le rouge était peu utilisé chez les Romains. A cette époque, le seul pigment efficace était le cinabre, extrait du mercure, il avait un coût très élevé.

C’est au Moyen-Age qu’on doit la découverte du rouge vermillon utilisé dans la peinture. Il était obtenu en transformant à l’aide d’un feu intense du sulfure et du mercure. Il en résultait, après la combustion, un bloc solide. En meulant le plus finement possible on obtenait un vermillon intense. J’ai trouvé ces renseignements  dans un passionnant ouvrage “L’histoire de la couleur dans l’art” de Stella Paul chez Phaidon.

Contrairement au noir, qui a toujours véhiculé les mêmes valeurs, le rouge a vu sa symbolique évoluer en fonction des époques.  (voir le blog consacré  à la couleur noire).

Au début du 20 ème siècle le rouge symbolisera la révolution bolchévique. Pour Stella Paul, l’auteure de l’ouvrage précité, le rouge a été utilisé lors des événement insurrectionnels pour exprimer la force, la puissance du mouvement ainsi que la passion. Un sulfureux mélange.

L’oeuvre de El Lissitzky “Frappez les blancs avec le coin rouge” de 1919 est des plus évocatrices. La couleur blanche étant celle des contre-révolutionnaires.

2/ la Dauphine, une auto révolutionnaire?

L’idée m’est donc venue de vous présenter la Renault Dauphine, une auto qui, loin d’être révolutionnaire sur le plan technique, le sera à travers la reproduction de son image.

C’est avec cette auto que cessa le contrat liant la régie Renault à la C-I-J pour l’exclusivité du droit à la reproduction en miniature (voir le blog consacré à ce sujet). Désormais, il suffit au fabricant de jouets de demander l’autorisation à la Régie Renault.

En écho à cette affiche politique, j’ai choisi trois firmes qui ont décliné la Dauphine en blanc et  en rouge : Dinky Toys , Norev et la C-I-J bien sûr. J’ai limité mon choix aux modèles équipés d’un vitrage.

3/ Un grand classique

Dinky Toys est bien sûr le grand bénéficiaire de cette ouverture à la concurrence pour reprendre une expression à la mode. On imagine bien que pour la direction de la Régie Renault, être absent du catalogue du “fabricant” de miniatures le plus renommé à l’époque devait être un créve -coeur.

Les premières versions équipées d’un vitrage reprennent les couleurs des dernières versions qui en sont dépourvues. Logique de rentabilité. Dans cette même logique, ces modèles de transition, sont conditionnés dans des étuis de la référence 24 E (version sans le vitrage) surchargés d’une étiquette en papier portant la nouvelle référence 524.

Disons le franchement, la version blanche équipée d’un vitrage est très peu fréquente. On constate une petite nuance au niveau de la teinte selon que le modèle est équipé ou non d’un vitrage. Cette version blanche sera très vite remplacée par la version de couleur turquoise.

4/Fin de règne

La Dauphine produite par C-I-J est aussi nettement plus rare avec un vitrage. La firme de Briare semble avoir mis du temps à équiper son modèle de cet accessoire.

Comme chez Dinky Toys, celle de couleur rouge est un modèle de transition. Cette teinte existait déjà sur un modèle sans vitrage. Il existe deux nuances de rouge, la distinction est nette en réalité mais la photographie a du mal à la restituer.

Celle finie en blanc a également connu deux variantes, dont une nuance rosée qui laisse penser que la peinture blanche a été appliquée sur une première couche de couleur  rouge. J’ai rencontré au moins trois exemplaires ainsi finis, il ne s’agit donc pas d’un “accident de production”.

Ces versions, certes peu spectaculaires sont bien plus rares que les versions bénéficiant d’une finition   métallisée (bronze et verte). Elles les précédent et ont été éphémères,

5/Variantes méconnues

Enfin, j’ai gardé pour la fin le modèle produit par Norev. Les couleurs rouge et blanche sont communes.

Par contre, certaines variantes sont, rares et peu connues.

Prenons la première variante. Comme sur la vraie voiture, Norev a créé une plaque d’immatriculation amovible. Comme vous le savez, cet accessoire servait de trappe d’accès à la roue de secours. Norev aurait sûrement aimé placer aussi une roue de secours dans le compartiment…Cette version aura une durée d’existence très courte. Le moule sera vite modifié, et la plaque d’immatriculation sera intégrée dans le châssis.

La deuxième variante équipée d’une friction est également rare. Ce sera avec la Citroën DS19 les deux derniers modèles du catalogue ainsi équipés. Elle partage avec cette dernière la particularité d’avoir un châssis en plastique et non en tôle comme les autres modèles “mécaniques”. Cet accessoire ne faisait plus recette auprès des enfants, qui lui reprochaient sa faiblesse de motorisation. Le problème venait souvent de la poussière qui contrariait la bonne marche du petit moteur.

Il existe enfin une troisième variante également moins fréquente. Dans une quête permanente d’amélioration de ses produits, Norev installera une suspension. On peut reconnaitre cette version à ses jantes le plus souvent  de couleur noire. En effet Norev trouva là un moyen de liquider son stock de jantes conçues au départ pour les versions mécaniques ce qui permettait de différencier au premier coup d’oeil les modèles équipés ou non de friction.

Cependant, comme chez tous les fabricants de jouets, il y a toujours des exceptions. Ainsi, je peux vous présenter une version équipée de suspension et de jantes de couleur rouge, celles qui équipaient les modèles de base. Je peux également vous présenter une version équipée de jantes de couleur noire mais dépourvue de suspension ou de friction ! La dauphine de couleur blanche à jantes noires que je vous présente ce jour ne possède ni suspension, ni friction.

Il faut enfin que je vous présente un autre modèle qui a un lien avec le sujet. La version “Europe N°1”, de couleur rouge clair .

Finalement , cette banale Renault Dauphine se trouve être une auto révolutionnaire à plus d’un titre. Quelle  auto peut s’enorgueillir d’être à la fois dans un musée d’Art moderne et dans vos vitrines ? Vous allez sans doute me répondre que la Renault Dauphine partage cet honneur avec le coupé Cisitalia qui se trouve au MoMA à New York. Comme la Dauphine d’Arman cette Cisitalia 202 coupé est de couleur rouge !