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Sous les feux de la rampe.

Sous les feux de la rampe.

“Il y a Jean-Pierre Pernaut qui te cherche partout !” s’amuse mon épouse au téléphone.

Jean-Pierre Pernaut ? alors que je cherche à mettre un visage sur le nom de ce ce client, elle ajoute, “mais non, le présentateur du journal de TF1 de 13 heures !” Puis elle m’explique qu’une journaliste a laissé un message sur le téléphone et souhaite réaliser un reportage sur ma collection.

La surprise passée, je recontacte cette journaliste. Cette dernière m’indique que la direction de la chaîne a prévu une série de reportages sur le thème des collectionneurs de jouets pour les fêtes de fin d’année. En une demi-heure de conversation au téléphone, elle m’explique la finalité du projet : présenter en 4 minutes un collectionneur de petites voitures qui de plus en a fait son métier. Il ne s’agit pas de rentrer dans les détails, comment le pourrait-on d’ailleurs dans un laps de temps si court.

La forte audience de ce journal, plus de 6 millions de spectateurs, est due en partie à ces reportages, réalisés aux quatre coins du pays, et qui portent sur des gens discrets qui se singularisent par leur passion ou leur métier.

Il ne s’agit pas de montrer des pièces rares, des prototypes, mais des jouets que les téléspectateurs ont connu, ou des reproductions d’autos qu’ils ont conduites ou rêvé de conduire. Bref, de réveiller les souvenirs. Le journal de 13 heures touche un public qui a le temps d’être le midi devant la télévision, notamment les retraités. Ce type de reportage est donc ciblé.

J’ai saisi cette opportunité sans hésiter. La caméra est intimidante mais on finit par l’oublier. Avec la journaliste nous avons essayé en quatre minutes de montrer quelques miniatures éveillant la curiosité et donnant envie, pourquoi pas, de collectionner.

Ces jouets sont des objets qui font désormais partie de notre histoire, de celle nos parents, et même de celle de nos grand-parents. Leurs formes, leurs couleurs ne peuvent laisser indifférent. Ce sont de beaux objets, que l’oeil profane ou averti regarde avec un égal plaisir.

Ils sont liés à une autre aventure, celle de l’automobile.

La centaine de messages reçue deux heures après l’émission et le téléphone qui sonnait sans arrêt m’ont confirmé le bien fondé de cette analyse. Même notre site internet a sauté.

Et c’est d’ailleurs la question d’un téléspectateur qui m’a inspiré cette chronique : “Bonjour . j’ai vu une Ford Thunderbird coupé Dinky Toys, je suppose que ce n’est pas une réplique et que les feux arrière fonctionnent ? Merci”.

En trente-sept ans de métier, je n’avais jamais pris le temps de mettre une pile et de faire fonctionner ce gadget. Bien que cette auto fasse partie des jouets de ma génération- elle est sortie en 1969- je n’ai jamais été attiré par ce genre de miniature. A l’époque, les gadgets ne me passionnaient pas.

On peut se féliciter de la manière dont la branche française de Dinky Toys a résolu l’équation qui consiste à loger une pile forcément volumineuse, dans le modèle, sans en déformer la ligne.

On s’en félicite d’autant plus quand on voit comment Liverpool a traité ce genre de problème : les BMW 2000 Tilux et les Mercedes 250SE ne sont pas franchement des réussites.

J’ai donc pris le temps de placer une pile sur un modèle. La surprise fut de taille. Superbe. On est surpris de ne l’avoir pas fait avant ! J’ai décidé de tester aussi les autres versions que je possède.

Au fil des années, j’ai rassemblé un ensemble de couleurs qui n’ont jamais dépassé le bureau d’étude.

J’ai d’abord récupéré un modèle empruntant les couleurs de la DS présidentielle auprès d’un ancien du bureau d’étude.

Plus tard j’ai pu récupérer deux autres exemplaires de cette couleur laissant penser qu’il pourrait s’agir d’une petite série réalisée pour un événement particulier comme le salon du jouet par exemple.

C’est avec la Renault Floride de couleur blanche que Meccano a commencé à soigner ses clients, les revendeurs, en leur réservant une surprise lors de leur passage sur le stand. La boîte bleue de la DS présidentielle a ainsi été distribuée lors de cet événement.

Plus tard lors des ventes Vieville, un autre ancien du bureau d’étude, j’ai récupéré d’autres couleurs empruntées à des modèles de la gamme (Opel Admiral). Ces exemplaires sont des pré-séries. Il est fort possible qu’elles soient uniques. On peut ici parler de pré-séries au regard du traitement des châssis.

Ainsi, celui équipant l’auto peinte de couleur bleu métallisé, ne possède pas encore la gravure des éléments mécaniques (carter, boîte de vitesses, ni même les inscriptions Dinky Toys). Il a cependant reçu une couche de peinture noire.

Ce qui n’est pas le cas du châssis de l’auto rouge métallisé qui est resté à l’état brut, bien qu’il ait reçu sa gravure définitive.

Ces deux modèles ne possèdent pas le système électrique. On se doute qu’il n’était pas encore prêt et que ,comme très souvent chez Meccano, on se sert des premières injections de série pour réaliser les essais de couleur.

J’ai un lien particulier avec ce modèle. M. Badaroux que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années, a participé à sa conception. Ce dernier me racontait qu’au bureau d’étude, les tâches étaient variées et parfois surprenantes. Ainsi, on lui demandait de la même manière de faire le plan de l’Opel Admiral, mais également d’adapter le système électrique d’un jeu de société ayant fait ses preuves sur un autre jeu très différent. Il fallait se débrouiller, avec un budget des plus réduits. Je revois la fierté qu’il avait à me montrer son tour de passe-passe.

M. Badaroux avait une préférence pour le chemin de fer HO. Il a toujours une faiblesse pour “ses” locomotives. Il maîtrisait parfaitement les circuits électriques miniaturisés et leur intégration. C’est donc en toute logique qu’il a participé à la conception de la Ford Thunderbird et de ses feux stop électriques.

Ainsi quand j’ai convoité la Ford Thunderbird bicolore de couleur argent qui trônait dans ses trésors, il m’a expliqué le lien qu’il entretenait avec cette miniature et les raisons pour lesquelles il préférait la garder. J’avais déjà cette auto et je n’insistai pas.

Plus tard, lors d’une autre visite, je remarquai un détail : la couleur de l’intérieur était différente de celle de la mienne, qui provenait d’un collègue de M Badaroux. J’entretenais un lien amical avec M. Badaroux et ce dernier accepta finalement de me la céder.

Quel plaisir il eut lors de sa venue à mon domicile avec son fils de voir toutes ses anciennes miniatures et ses plans au milieu de ma collection. L’histoire continue et le plaisir qu’il a eu à me conter ses anecdotes est révélateur de l’état d’esprit qui l’anime : transmettre aux futures générations.

Rendez vous le dimanche 7 fèvrier 2021 pour Pipelette numéro 7.

 

Vous avez aimé John and Betty. Vous adorerez José y Carmen !

Vous avez aimé John and Betty. Vous adorerez José y Carmen !

Ma première méthode d’Anglais racontait la vie quotidienne d’un frère et une soeur. Ils s’appelaient John and Betty. Je me souviens de la prédominance de la couleur verte dans les vignettes. On retrouvait tous les clichés relatifs à la société anglaise. Je suis né en 1963.

Au petit déjeuner, les “baked beans” (haricots blanc sauce tomate) trônaient sur la table avec les céréales, les oeufs au bacon, les toasts et la marmelade.

Je ne me souviens plus s’il y avait un ordre à respecter dans la dégustation, mais la famille était réunie comme pour une cérémonie. Les enfants ne tenaient pas leur bol d’une main et le téléphone portable de l’autre. C’était une autre époque.

Les parents allaient à l’opéra et leur progéniture n’écoutait ni les “Clash” ni les “Sex pistols”mais des disques de Haendel pour les plus roturiers, de John Dowland, célèbre joueur de luth de l’époque Elisabethaine pour les plus mélomanes (petit extrait musical )

Ils étaient bien peignés et habillés avec chic. Je me suis souvent demandé même comment ce grand pays avait pu voir naître la vague punk.

Côté boisson, je me souviens du whisky, bu avec modération, recueillement et régularité, mais uniquement par le papa, installé dans son fauteuil. La bière, il n’en était pas question.

J’ai découvert bien plus tard l’existence des “pubs”, totalement absents des vignettes de ce livre.

Moi, j’avais bien apprécié les dessins représentant le laitier qui déposait la bouteille devant la maison avec son traditionnel camion électrique.

Amateur de véhicules industriels, les formes particulières de la camionnette électrique du laitier m’avaient séduit. Elles représentaient la singularité britannique la plus marquante, bien plus que les bus à deux étages et le traditionnel taxi Austin.

Je n’ai pas appris l’Espagnol mais je me suis toujours demandé si l’ouvrage avec John and Betty avait un équivalent ibérique, un “José y Carmen”.

Les deux pays ont des points communs. Ils ont une monarchie qui n’a aucun pouvoir politique. Ils se déchirent aussi depuis 300 ans pour un territoire de 6,8km2, le rocher de Gibraltar. C’est à peu près tout.

Quand John passe méticuleusement sa tondeuse dans le jardin, José cueille les oranges. Quand Betty s’abrite sous un parapluie dans les brumes londoniennes, Carmen joue de l’éventail dans les ruelles de Séville.

En Espagne, pas de bus à deux étages pour aller à l’école mais le scooter du père. Il peut emmener les deux enfants grâce à sa selle biplace. Lorsqu’ils seront plus grands, il devra s’équiper d’un side pour emmener toute la famille.

Comme la Grande-Bretagne, l’Espagne regorge de véhicules typés associables au mode de vie.

Après la guerre civile de 1936, le pays a été plongé dans une léthargie économique. Il s s’est donc tourné vers des véhicules économiques. Le laitier espagnol est ainsi équipé d’un triporteur Lambretta avec une caisse à l’avant, comme le livreur de bouteilles de gaz ou de boissons.

L’entrepreneur local se sert d’un dérivé du Biscuter Voisin en version fourgonnette ou de l’Isetta équipée d’un plateau. Les rues espagnoles sont ainsi envahies de véhicules simples, aux couleurs bigarrées, dont la motorisation deux temps laisse échapper des gaz d’échappement bleutés.

On imagine la cacophonie régnant dans les ruelles encombrées de ces engins pétaradants.

J’ai un faible pour ces véhicules aux formes simplistes. Le grand fabricant ibère, Dalia, a su capter le charme des versions tricycle. La firme de Barcelone a décliné une multitude de versions, au point qu’on s’y perd.

Au début de ma collection, devant l’ampleur de la tache, je m’étais contenté d’en garder quelques-uns. Et puis j’ai eu l’opportunité d’ acquérir un lot qui en comprenait plus de 40 différents. Je n’ai pas laissé passer cette chance.

Désormais, les Lambretta, les Vespa aux couleurs Obras publicas, Butano, Cruz Roja, policia, Coca Cola animent mes vitrines, et me transportent en Andalousie en quelques secondes.

On peut s’interroger sur la réalité de certaines versions comme Cruz Roja . On imagine l’équipage assumant les urgences en triporteur ou en scooter avec side-car.

Il faut prendre ces versions comme des jouets. Ils établissent combien ces petits véhicules faisaient partie de la vie de tous les jours au point d’en multiplier les variantes même les plus improbables.

les versions “militar” sont là pour nous rappeler la présence du Général Franco à la tête du pays jusqu’en 1975. Certaines versions sont décorées aux couleurs “policia”. La police a toujours eu, en Espagne, ce type de véhicules.

Les Lambretta triporteurs ont permis à Dalia de multiplier les chargements. Lait, vin, soda Coca Cola, bouteilles de gaz et chargements variés sont au catalogue. Pour chaque version Dalia a pris soin de réaliser une cale en carton à la dimension des accessoires contenus dans la benne du triporteur.

Cette astuce des fabricants de jouets consistant à décliner un grand nombre de variantes leur permettait de gonfler leur catalogue à peu de frais et donc d’accroître les commandes des revendeurs. Ces petits modèles fort attrayants devaient être vendus bon marché.

Le scooter c’est aussi l’image de la jeunesse, donc de l’insouciance. Comment interpréter autrement la version”rallye” qui emprunte à la Porsche GT  et l’Aston Martin DB5 leur numéro de course et leur bande tricolore?

Il y a là quelque chose de prémonitoire, comme si Dalia pressentait l’émergence en 1980 de la “Movida” et la sortie du franquisme. Il fallait oser proposer un scooter rallye à côté de la version kaki militaire. Laquelle eut le plus de succès ? il me semble que la version militaire est bien plus fréquente que l’autre, et qu’elle a été produite en plus grand nombre.

Merci à José Andrade pour son aide dans l’acquisition  de ces miniatures. Prochain blog le 25 Janvier 2021.

A l’autre bout de la chaîne.

A l’autre bout de la chaîne.

Les mois ont passé depuis le lancement en grande pompe de la miniature. Il est loin le temps du présentoir en carton et de l’affichette qui expliquait que la miniature sortait en même temps que la vraie voiture.

Bien sûr, le succès a été au rendez-vous. Mais les concurrents ne sont pas restés inactifs. Solido a depuis présenté sa première miniature avec portes ouvrantes, sonnant ainsi le début de la fin pour Dinky Toys qui mettra trop de temps à trouver une solution à cette équation : comment réaliser des ouvrants fonctionnels, fiables et qui ne déforment pas la silhouette de la miniature. Liverpool sombrera très rapidement, Bobigny résistera un peu.

L’entêtement à vouloir rester sur le créneau de la reproduction de la voiture familiale a accéléré le déclin.  Avec ses sportives et sa fantastique gamme militaire, Solido grignote petit à petit des parts de marché.

Cependant, notre Renault 4L connaîtra une carrière honnête. La base est excellente. Je vous invite à découvrir les multiples variantes dans le livre de Jean-Michel Roulet.

Dinky Toys se servira de son modèle pour compléter son offre sur le thème “autoroutes”. Les châssis plastique viennent de faire leur apparition à Bobigny. La 4L hérite donc d’un chassis vissé en plastique de couleur noire. Sur quelques exemplaires de pré-série il est de couleur ivoire.

Je suis ému au souvenir de ce modèle. Enfant, je revois la vitrine d’un petit magasin qui vendait des Dinky Toys et des Norev à deux pas du magasin de mes parents.

Un matin, j’ai aperçu ces trois modèles autoroutes en vitrine. Ce fut un choc. Le Peugeot J7 me faisait rêver avec ses personnages et ses accessoires. L’univers de ces véhicules “orange” me fascinait au point que je souhaitais en faire mon métier, comme d’autre veulent être pompier. J’entraînais mon père devant la vitrine. Les prix étaient élevés. Je suis ressorti avec la Renault 4L.

Le Peugeot J7, je l’aurai plus tard, d’abord en Norev puis enfin, en Dinky Toys. Le diorama m’avait beaucoup marqué.

Un détail ne vous a pas échappé sur la Renault 4L autoroutes. Un indice montre que Meccano est à bout de force. Monsieur Jouin, l’illustrateur patenté durant cette période, a dessiné sur l’étui la nouvelle calandre (1968) qui vient tout juste d’apparaître. Pourtant c’est bien l’ancienne calandre qui équipe la miniature. Dinky Toys aurait pu trouver là matière à rajeunir son modèle de base, et répondre à la la demande, qui, sur ce type d’auto populaire, devait encore être conséquente.

Quelques années plus tard, en 1972, le même cas de figure va se reproduire, avec ce que l’on peut considérer comme la dernière Dinky Toys France, la version postale de la Renault 4L. Là encore, la nouvelle calandre ne figure que sur l’étui.

L’idée est très bonne. Elle devait être dans les tiroirs du bureau d’étude depuis un moment. Claude Thibivilliers qui a quitté Meccano en 1971 semble être à l’origine de ce modèle. Il a réalisé la fameuse version avec châssis en tôle (vissé ou serti) qui sera ensuite distribuée dans des boutiques spécialisées comme Multisport boulevard de Sébastopol.

Mon ami Charles se souvenait très bien l’avoir aperçue dans les tiroirs. Quelle importance accorder à cette miniature ?  Elle a une place dans l’histoire Dinky Toys. On ne peut cependant  la placer sur le même plan que les modèles réalisés avec l’accord de la direction et les prototypes. Je doute beaucoup du fait que la direction ait été informée de la commercialisation de ces séries “parallèles”.

Chez Monsieur Badaroux, j’ai pu récupérer le modèle qui a servi à la validation du projet. Il est réalisé sur la base de la version autoroutes, et possède donc une antenne.

Le dernier modèle que je souhaite vous présenter est émouvant à plus d’un titre.

C’est la dernière version. Elle se situe à l’autre bout de la chaîne, à l’opposé du présentoir vu dans le dernier blog qui avait été conçu pour le lancement du modèle. C’est la fin de production avant que la chaîne ne s’arrête.

Le modèle est photographié dans le catalogue général Meccano de 1975 : il apparaît sur une des pages consacrées aux Dinky Toys spain.

Monsieur Badaroux qui m’a confié tous ses trésors m’a expliqué que Dinky Toys utilisait en usage interne ce type de boîtage blanc. Cependant, le plus important est ailleurs, il est sur le tampon de la languette. Ce tampon signifiait la validation par le bureau d’étude de la taille du carton à envoyer au cartonnier.

Une fois rentré chez moi, je me suis souvenu des pages présentant les modèles espagnols dans le catalogue général de 1975.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’exemplaire photographié était celui que je tenais en main. On y voit nettement les deux petits éclats de peinture. La plaque minéralogique en papier a été perdue.

 

Dans la même logique, j’ai récupéré d’autres modèles qui, sans preuve à l’appui toutefois, sont les modèles pressentis pour le catalogue, dont cette belle Simca 1100 vert bouteille. La couleur définitive de série sera le vert métallisé.

 

 

 

 

L’empire contre attaque ?

L’empire contre-attaque ?

Un empire. Un véritable empire. Il est loin le modeste hangar en bois, au fond de la propriété familiale de Billancourt qui servit à la construction de la première Renault.

Après la seconde guerre mondiale, la Régie Renault a développé un empire. Ses usines produisent des autos, des camions, des utilitaires, des tracteurs, des métros, des autorails, des moteurs d’avion, de bateau mais également des produits dérivés comme les lubrifiants.

Renault symbolise l’essor économique de la France du 20 ème siècle. Quand on veut parler croissance, exportation, productivité du pays, c’est très souvent Boulogne-Billancourt qui sert d’exemple. Dans la même logique, quand Renault tousse c’est la France qui s’enrhume. En 1936, c’est du côté de chez Renault que naissent les revendications syndicales.

Le même phénomène se produira en 1968. Léo Ferré dans sa chanson “Le conditionnel de variété” aura ce couplet:

“Comme si je vous disais que les cadences chez Renault sont exténuantes

Comme si je vous disais que les cadences exténuent les ouvriers jamais les présidents”.

Renault concentre la lutte des classes. Pour connaitre la température sociale du pays, les dirigeants n’ont qu’à se tourner vers ses usines.

Mais Renault va également servir de laboratoire social et artistique. Des artistes, proches de courants progressistes, vont tenter une communion entre l’art moderne et les travailleurs, à l’image de ce qu’ont réalisé les artistes soviétiques.

Le peintre Fernand Léger n’hésitera pas à venir accrocher une de ses oeuvres, “les constructeurs” (version définitive) dans la cantine des usines. Il viendra sur place recueillir l’avis des travailleurs. Le photographe Robert Doisneau sera aussi un familier de la Régie, immortalisant avec tout son talent le rapport entre la machine et l’homme.

Tout cela peut faire sourire, mais démontre combien Renault avait une place particulière dans notre pays. Je n’ai pu m’empêcher de relier ce passé à une série d’articles parus dans le journal “Le Monde ” du 30 mai 2020 consacré au constructeur.

Le titre est révélateur : “La potion-choc du patron de Renault”.

Résumons: le nouveau patron, Jean-Dominique Senard, est soucieux de “la sous utilisation des usines françaises”. Il veut réduire les capacités de production pour améliorer la marge industrielle, et attirer des productions partenaires ce qui fera augmenter les volumes… J’avoue humblement que ces discours ne me parlent pas beaucoup et demeurent assez abstraits. J’ai parfois l’impression qu’en économie, avec les même chiffres on peut tout dire et son contraire.

Le chiffre qui a retenu mon attention, c’est le nombre de salariés à Flins en 2020 : 2600 !

Je ne peux n’empêcher de penser aux publications que la Régie imprimait dans les années cinquante. Afin de montrer toute la puissance de sa machine industrielle, la Régie avait publié un fascicule : “24 heures chez Renault” où elle expliquait que chez Renault, l’activité ne s’arrêtait jamais.

Chaque tranche horaire se voyait attribuer une activité. Le publiciste en profitait pour utiliser les fuseaux horaires. Ainsi , il nous entrainait chez Hino au Japon, en Afrique du Sud à Johanesbourg, en Espagne… On était impressionné par cet empire où le temps ne s’arrêtait jamais.

Peu après, en 1957, la Régie a rompu son contrat d’exclusivité avec la C-I-J pour la reproduction de la Renault Dauphine ce qui a conduit à un rapprochement entre Dinky Toys et Renault. La Floride, et l’Estafette ont logiquement suivi.

En 1961, Renault joue gros. Comment va être accueillie la nouvelle 4L ? Visiblement satisfaite de ses rapports avec Dinky Toys, la Régie, va réaliser une grande opération médiatique commune.

Quand on réfléchit, il fallait oser confier les plans originaux d’un nouveau modèle près d’un an avant la sortie presse. On peut imaginer que d’importantes précautions ont été prises afin qu’il n’y ait pas de fuites.

Pour l’occasion Dinky Toys a fait éditer un présentoir en carton afin de placer la nouvelle auto en vitrine et d’attirer l’attention du grand public.

Qu’a-t’-elle choisi pour communiquer ? Une usine et sa chaîne de production. On retrouve là encore l’idée que la Régie est bien un symbole de la production de masse.

Une petite cheminée en carton finit d’habiller le diorama . Un emplacement est réservé à la boîte, qui pourrait faire penser à une caisse avec une auto finie à l’intérieur. J’ai récupéré le présentoir auprès de Robert Goirand.

C’est celui qui était dans la vitrine du magasin du Bébé Lorrain. J’ai eu une émotion particulière en apprenant cela. Je l’ai laissé dans l’état dans lequel Robert Goirand l’a récupéré. je n’ai pas voulu changer la boîte de la 4L, ni effacer la trace de ruban adhésif. Je le conserve telle une relique.

L’affichette publicitaire expliquant le tour de force de Meccano est évocatrice. Quelle époque ! Quelle prouesse que d’avoir réussi cet excercice ! Les gens ont-ils apprécié l’exploit à sa juste mesure ?

Pourtant le vent a tourné pour les fabricants de miniatures. La demande a évolué. Les sportives et les autos de course commencent à fasciner la jeune clientèle avide de sensations .

Cependant, laissons nous encore surprendre par cette petite berline qui est une superbe réussite. C’est incontestablement une digne héritière des séries 24. Elle connaitra une très longue carrière.

Cette époque d’après-guerre semble loin. Il va falloir des arguments solides pour persuader les salariés et l’opinion publique du bien fondé d’un énième plan de redressement chez Renault. Pour utiliser une image liée au cinéma on pourrait titrer : “l’empire contre-attaque”. Je me demande pourtant si le combat n’est pas perdu d’avance, au regard de l’avenir bien sombre de l’automobile dans notre société. 

Rendez-vous dans 15 jours le dimanche 13 Décembre pour la suite  et la fin de l’aventure de la 4L chez Dinky Toys.

 

 

 

Une vie rythmée par les familiales.

Une vie rythmée par les familiales.

Il en était fier de cette Talbot Baby. C’était celle de son grand-père. Avant la seconde guerre mondiale, elle symbolisait la petite réussite sociale d’un commerçant. L’auto avait marqué mon père, et pour cause. Durant l’exode de 1940, alors qu’il avait quelques mois, elle les avait conduits à bon port, dans la maison familiale, à Saignes, dans le Cantal.

Jusqu’à la fin de ses jours, il m’en a parlé avec du soleil dans les yeux. Enfant, je pensais donc que c’était une auto prestigieuse, de la trempe d’une Bugatti ou d’une Delage. Ce n’était pas le cas.

Quand j’ai rentré la très importante collection de RD Marmande en 2019, il était tout étonné qu’elle ne soit pas dans le lot. Quelques mois après sa disparition, j’en ai trouvé une ressemblant à la leur, avec sa modeste carrosserie berline. Il aurait adoré pouvoir la mettre dans son musée miniature, là où il avait posé une photo en noir et blanc prise en Auvergne après la guerre.

En 1975, au début de notre aventure de collectionneur, lorsque j’ai acheté la Dinky Toys Talbot Lago, j’ai fait le lien entre la Talbot familiale et celle de Louis Rosier, auvergnat, vainqueur avec son fils au Mans en 1950.

La Dinky Toys reproduit une version monoplace. Je suis admiratif de la façon dont Bobigny a su traiter la position si particulière du pilote sur cette monoplace : enfoncé, les bras pliés en deux sur cet énorme volant.