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Celle qui a mal tourné

Celle qui a mal tourné.

Lorsque vous entrez dans la salle, elle vous fait face. Verticale, compressée, martyrisée. C’est une oeuvre d’Arman. Il l’a pensée en 1960 mais n’a pu la réaliser qu’en 1970, faute de presse adéquate. C’est une Renault Dauphine ou plutôt ce qu’il en reste.

En voyant cette oeuvre, j’ai tout de suite pensé à la Dauphine de mon père. C’était sa première auto.

1/Vous avez peut être une oeuvre d’art entre les mains !

Vu la tenue de route assez désastreuse de la Renault Dauphine, de nombreux utilisateurs, sans avoir le génie d’Arman, ont ainsi créé des “oeuvres d’art”. Mais ces dernières ont généralement fini à la casse et non dans un musée, comme celle que je vous présente ce jour et qui est au Mamac de Nice (Musée d’art moderne) que je vous conseille vivement d’aller visiter.

Dinky Toys Renault Dauphine "PKZ" (vétements ) marché Suisse
Dinky Toys Renault Dauphine “PKZ” (vétements ) marché Suisse

Celle de mon père était également de cette couleur. Il m’a raconté qu’elle avait un peu viré avec le temps et qu’il avait dû la passer au polish avant de la revendre afin qu’elle retrouve de manière provisoire, un peu de son lustre d’antan.

Le pigment rouge a le défaut de quelquefois virer à la lumière. Il suffit d’observer une partie de la gamme des véhicules pompiers produits par Dinky Toys Liverpool. On ne rencontre jamais ce défaut sur la production française, ce qui laisse à penser que le problème pouvait être contourné. La qualité des pigments entrant dans la composition de la couleur joue sans doute sur sa bonne tenue dans le temps.

Très longtemps, la fabrication des pigments permettant d’obtenir la couleur rouge vermillon résultait d’une alchimie délicate, ce qui a donné à cette teinte un côté sulfureux, voir maléfique. Le rouge était peu utilisé chez les Romains. A cette époque, le seul pigment efficace était le cinabre, extrait du mercure, il avait un coût très élevé.

C’est au Moyen-Age qu’on doit la découverte du rouge vermillon utilisé dans la peinture. Il était obtenu en transformant à l’aide d’un feu intense du sulfure et du mercure. Il en résultait, après la combustion, un bloc solide. En meulant le plus finement possible on obtenait un vermillon intense. J’ai trouvé ces renseignements  dans un passionnant ouvrage “L’histoire de la couleur dans l’art” de Stella Paul chez Phaidon.

Contrairement au noir, qui a toujours véhiculé les mêmes valeurs, le rouge a vu sa symbolique évoluer en fonction des époques.  (voir le blog consacré  à la couleur noire).

Au début du 20 ème siècle le rouge symbolisera la révolution bolchévique. Pour Stella Paul, l’auteure de l’ouvrage précité, le rouge a été utilisé lors des événement insurrectionnels pour exprimer la force, la puissance du mouvement ainsi que la passion. Un sulfureux mélange.

L’oeuvre de El Lissitzky “Frappez les blancs avec le coin rouge” de 1919 est des plus évocatrices. La couleur blanche étant celle des contre-révolutionnaires.

2/ la Dauphine, une auto révolutionnaire?

L’idée m’est donc venue de vous présenter la Renault Dauphine, une auto qui, loin d’être révolutionnaire sur le plan technique, le sera à travers la reproduction de son image.

C’est avec cette auto que cessa le contrat liant la régie Renault à la C-I-J pour l’exclusivité du droit à la reproduction en miniature (voir le blog consacré à ce sujet). Désormais, il suffit au fabricant de jouets de demander l’autorisation à la Régie Renault.

En écho à cette affiche politique, j’ai choisi trois firmes qui ont décliné la Dauphine en blanc et  en rouge : Dinky Toys , Norev et la C-I-J bien sûr. J’ai limité mon choix aux modèles équipés d’un vitrage.

3/ Un grand classique

Dinky Toys est bien sûr le grand bénéficiaire de cette ouverture à la concurrence pour reprendre une expression à la mode. On imagine bien que pour la direction de la Régie Renault, être absent du catalogue du “fabricant” de miniatures le plus renommé à l’époque devait être un créve -coeur.

Les premières versions équipées d’un vitrage reprennent les couleurs des dernières versions qui en sont dépourvues. Logique de rentabilité. Dans cette même logique, ces modèles de transition, sont conditionnés dans des étuis de la référence 24 E (version sans le vitrage) surchargés d’une étiquette en papier portant la nouvelle référence 524.

Disons le franchement, la version blanche équipée d’un vitrage est très peu fréquente. On constate une petite nuance au niveau de la teinte selon que le modèle est équipé ou non d’un vitrage. Cette version blanche sera très vite remplacée par la version de couleur turquoise.

4/Fin de règne

La Dauphine produite par C-I-J est aussi nettement plus rare avec un vitrage. La firme de Briare semble avoir mis du temps à équiper son modèle de cet accessoire.

Comme chez Dinky Toys, celle de couleur rouge est un modèle de transition. Cette teinte existait déjà sur un modèle sans vitrage. Il existe deux nuances de rouge, la distinction est nette en réalité mais la photographie a du mal à la restituer.

Celle finie en blanc a également connu deux variantes, dont une nuance rosée qui laisse penser que la peinture blanche a été appliquée sur une première couche de couleur  rouge. J’ai rencontré au moins trois exemplaires ainsi finis, il ne s’agit donc pas d’un “accident de production”.

Ces versions, certes peu spectaculaires sont bien plus rares que les versions bénéficiant d’une finition   métallisée (bronze et verte). Elles les précédent et ont été éphémères,

5/Variantes méconnues

Enfin, j’ai gardé pour la fin le modèle produit par Norev. Les couleurs rouge et blanche sont communes.

Par contre, certaines variantes sont, rares et peu connues.

Prenons la première variante. Comme sur la vraie voiture, Norev a créé une plaque d’immatriculation amovible. Comme vous le savez, cet accessoire servait de trappe d’accès à la roue de secours. Norev aurait sûrement aimé placer aussi une roue de secours dans le compartiment…Cette version aura une durée d’existence très courte. Le moule sera vite modifié, et la plaque d’immatriculation sera intégrée dans le châssis.

La deuxième variante équipée d’une friction est également rare. Ce sera avec la Citroën DS19 les deux derniers modèles du catalogue ainsi équipés. Elle partage avec cette dernière la particularité d’avoir un châssis en plastique et non en tôle comme les autres modèles “mécaniques”. Cet accessoire ne faisait plus recette auprès des enfants, qui lui reprochaient sa faiblesse de motorisation. Le problème venait souvent de la poussière qui contrariait la bonne marche du petit moteur.

Il existe enfin une troisième variante également moins fréquente. Dans une quête permanente d’amélioration de ses produits, Norev installera une suspension. On peut reconnaitre cette version à ses jantes le plus souvent  de couleur noire. En effet Norev trouva là un moyen de liquider son stock de jantes conçues au départ pour les versions mécaniques ce qui permettait de différencier au premier coup d’oeil les modèles équipés ou non de friction.

Cependant, comme chez tous les fabricants de jouets, il y a toujours des exceptions. Ainsi, je peux vous présenter une version équipée de suspension et de jantes de couleur rouge, celles qui équipaient les modèles de base. Je peux également vous présenter une version équipée de jantes de couleur noire mais dépourvue de suspension ou de friction ! La dauphine de couleur blanche à jantes noires que je vous présente ce jour ne possède ni suspension, ni friction.

Il faut enfin que je vous présente un autre modèle qui a un lien avec le sujet. La version “Europe N°1”, de couleur rouge clair .

Finalement , cette banale Renault Dauphine se trouve être une auto révolutionnaire à plus d’un titre. Quelle  auto peut s’enorgueillir d’être à la fois dans un musée d’Art moderne et dans vos vitrines ? Vous allez sans doute me répondre que la Renault Dauphine partage cet honneur avec le coupé Cisitalia qui se trouve au MoMA à New York. Comme la Dauphine d’Arman cette Cisitalia 202 coupé est de couleur rouge ! 

 

 

 

 

Le rêve bleu

Le rêve bleu

Vous souvenez vous du nom du magasin de jouets de votre enfance ? Celui devant lequel vous restiez, le nez collé à la vitrine, pour essayer d’apercevoir pour de vrai la dernière nouveauté annoncée par l’affichette collée sur la porte du magasin.

A Compiègne où j’ai grandi deux enseignes se partageaient les principales marques de miniatures : “Au Petit Quinquin” rue Saint-Corneille, la rue même où se trouvait la boutique de mes parents et “Le Nain d’Or” avenue Solférino, situé également à quelques encablures de ce dernier. Rien de très original dans le choix de ces enseignes.

Mon épouse se rappelle très bien qu’à Calais, où elle a grandi, c’était la “Tour du jouet”…du fait de l’emplacement de la boutique située près de la fameuse Tour du Guet à proximité de l’entrée du port. Choix bien plus original.

Un facétieux marchand de jouets.

J’aime regarder les noms des magasins imprimés sur les catalogues de jouets. Il m’arrive de remplacer dans ma collection un catalogue par un autre parce que le nom du magasin imprimé sur la couverture me plaît davantage. Il y’a quelques années j’avais été séduit par celui ci : “Au rêve bleu”.

En fait pour être plus précis c’est le tampon tout en longueur qui m’avait plu. J’avais aimé ce petit détail : l’adresse du magasin était à Lyon, au 155 avenue de la Croix Rousse. Tout le monde sait qu’il y a un tunnel à cet endroit. Le facétieux marchand de jouet avait placé son tampon à la sortie du tunnel qui figurait sur la couverture du catalogue.

Devinette

La boutique s’appelait “Au rêve bleu”. Quelle curieuse coïncidence. Regardons de plus près le dessin de la couverture du catalogue : que voyons-nous ? un beau camion bleu qui pointe son capot à la sortie du tunnel. Observez le bien.

C’est fait. Maintenant , allez à la dernière page du catalogue. C’est bien le même camion, celui de la couverture du catalogue qui sortait du tunnel. Il porte la référence 39 A.

Il est annoncé pour la fin de l’année 1957. La couleur du modèle dessiné rappelle bien sûr le Bedford “O” tracteur semi-remorque porte-autos de Liverpool, en version unicolore (tracteur et remorque).

Vous avez sûrement cet Unic semi-remorque porte-autos dans votre collection. . Vous savez donc qu’il n’est pas sorti en série dans cette couleur. Je ne vous apprends rien si je vous dit qu’il est fini en couleur argent avec les ailes du tracteur peintes de couleur orange. L’affichette annonçant la sortie du jouet le montre également avec cette finition.

Si vous êtes observateurs, en dehors de la couleur bleue, facilement identifiable, vous pouvez trouver quatre autres détails qui diffèrent par rapport au modèle de série. Je vous laisse quelques instants.

Réponse

1/ Commençons par le tracteur.

Il a un étonnant pare-brise panoramique, sans montant central.

C’est une interprétation de la réalité par le bureau d’étude. Cette nouvelle cabine Unic apparue en 1954 a donné un coup  de vieux aux poids lourds existants. Le pare-brise de type “panoramique” est large et seul un très léger montant central le divise. Il se peut que la direction de Meccano pour des raisons techniques (injection et répartition de la matière lors de l’injection) ait opté pour un montant central, certes assez discret.

2/ L’ensemble est équipé de jantes en acier chromé.

Sur les modèles de série, Dinky Toys reviendra aux traditionnelles jantes en zamac peintes. On peut penser que ces jantes chromées devaient avoir pour effet d’accentuer le côté luxueux d’un modèle dont la taille était exceptionnelle. La création de cette remorque fut tout de même une petite prouesse technique pour Dinky Toys qui dut en être assez fier, même si l’échelle de reproduction de la remorque (1/43) est différente de celle du tracteur (1/50).

3/ Les deux plateaux de la remorque sont lisses, à l’image du Bedford “O” anglais.

Ce détail est des plus intéressants. On y trouve la trace du lien encore très fort entre Liverpool et Bobigny. La couleur du véhicule, le traitement des plateaux en sont de petits indicateurs. Que pensez  vous enfin du quatrième point ?

4/ Plus surprenant, la manivelle de levage est située sur le côté gauche et non sur le côté droit comme elle le sera pour le modèle de série.

Pour un camion prévu pour le marché français c’est une erreur grossière. En jouant, les enfants reproduisent le sens de la circulation auquel ils sont confrontés tous les jours dans les rues. Or, avec cette manivelle, on imagine les tracas que les gamins allaient rencontrer pour faire se croiser un Unic Boilot et un Willeme fardier !

“LA” remorque bleue

L’exemplaire qui a servi aux dessins du catalogue subsiste heureusement. Cette “fameuse” remorque en laiton, je la connais depuis près de 35 ans. Je l’ai récupérée il y a quelques années seulement avec bien d’autres trésors.

Elle correspond trait pour trait au dessin du catalogue. C’est un produit de toute beauté, le fruit d’un travail artisanal qu’il était impérieux de préserver. La rampe fonctionne.

Par contre, le tracteur manquait jusqu’à ce qu’il refasse surface tout récemment.

J’ai peut être réussi à reconstituer son parcours. Une personne qui travaillait comme dessinateur chez Meccano a récupéré dans les années quatre-vingt un nombre important de pièces. Au départ, il n’avait aucune idée de l’intérêt de ces dernières. Il a ainsi laissé partir une dizaine d’exemplaires dans la nature. Et c’est devant l’insistance de la personne a qui il avait cédé ces quelques premières pièces qu’il a pris conscience de l’intérêt de tout ce qu’il avait récupéré. C’est à ce moment que j’ai fait sa connaissance. Il s’est écoulé près de trente ans avant qu’il me cède l’intégralité de son trésor, moins les quelques pièces éparpillées dans la nature. C’est bien ces dernières qui sont réapparues en salle des ventes en 2018.

L’Unic bleu ainsi que l’Acmat lance-missiles dont il m’avait parlé m’ont permis d’identifier avec certitude le lot de 9 pièces arrivé chez Collectoys. Le résultat de ces enchères fut pour moi des plus surprenants. Ce camion Unic, certes endommagé au niveau du châssis était “LA” pièce. Ayant la remorque, comment passer à travers une occasion totalement inespérée de reconstituer l’ensemble ? Ce fut le modèle qui réalisa le plus petit score.

Je terminerai par un avis de recherche

Gilles Scherpereel m’avait cédé un exemplaire de la remorque finie en bleu soutenu, très différent du bleu pâle. Il s’agit du moule définitif. Dans la même logique que celle décrite plus haut, Bobigny s’était aligné sur la nouvelle couleur choisie par Liverpool pour redécorer son Bedford “O”. Comme une malédiction qui se répète, le tracteur a été égaré. Alors je lance donc un appel à celle ou celui qui possèderait le tracteur  bleu soutenu.

La rouge et la noire

La rouge et la noire.

Au lycée, l’étude du roman de Stendhal «Le rouge et le noir » a été un moment important pour l’élève moyen que j’étais. Selon mon professeur de français, ce roman marquait une étape dans la vie des élèves. Il devait  opérer sur nous sa magie et nous ouvrir les portes d’un nouveau monde. Bref, il y avait un avant et un après « Le rouge et le noir ».

"Le rouge et le noir" de Stendhal
“Le rouge et le noir” de Stendhal

J’avoue pourtant que c’est le nombre de pages à lire qui m’inquiéta d’abord et mon inquiétude s’aggrava à la découverte de la police choisie par l’éditeur : plus c’est écrit petit, plus il y a à lire. Et tout cela venait en soustraction du temps consacré à monter mes maquettes de voitures et à m’occuper de notre collection naissante.

Ce fut néanmoins un moment important, pour moi, celui où j’ai pris conscience de mes capacités.

L’étude du roman avait pourtant bien commencé. Les développements fournis par mon professeur pour expliquer le titre du roman m’avaient captivé. Ils en résumaient l’intrigue : le héros hésitait durant tout le récit entre une vie militaire (le rouge)  et une vie ecclésiastique  (le noir).

affiche du film "le rouge et le noir"
affiche du film “le rouge et le noir”

Depuis, j’ai appris que d’autres interprétations du titre étaient possibles, comme celle de la roulette au casino,et du jeu de hasard.

Le noir peut aussi symboliser la face sombre d’un personnage prêt à tout pour s’élever socialement et le rouge la passion amoureuse. Stendhal semble n’avoir jamais fourni d’explications quant au choix de son titre.

"Le rouge et le noir" de Stendhal
“Le rouge et le noir” de Stendhal

En revanche, je ne me rappelle pas qu’un de mes camarades, ni moi-même, ayons cherché à savoir pourquoi la couleur noire était celle du clergé. Je ne me souviens pas non plus que notre professeur ait évoqué cette chose acquise de tous. Pourtant les symboles véhiculés par une couleur ne sont pas le fruit du hasard.

Quarante ans plus tard, c’est lors d’une visite au musée du Louvre que j’ai eu l’explication. Elle se trouve sur les murs de la salle consacrée à Rembrandt. Elle est très simple.

noix de galle
noix de galle

Au Moyen Age, teindre un vêtement de couleur noire de manière uniforme nécessite l’utilisation de pigments rares, donc chers. Ce sont les excroissances des chênes, dues à des parasites, appelées “galle du chêne”, qui sont broyées pour obtenir cette fameuse teinture. Seuls les arbres situés en Europe de l’Est et au Moyen-Orient étaient touchés par ce parasite.

L’aristocratie, les riches marchands et aussi le haut clergé avaient seuls les moyens de se payer des étoffes ainsi teintées.

Cette couleur est donc devenue le signe distinctif d’une certaine opulence. Elle distinguait de fait les classes sociales. Quand, plus tard, d’autres pigments plus abordables furent découverts, les classes dominantes interdirent alors aux roturiers le port du noir.

Il suffit d’aller dans un musée, pour s’en rendre compte. Regardez les portraits exécutés par  Titien, Rembrandt, Van Eyck, Le Greco : toute la classe dominante portraiturée arbore fièrement la couleur noire.

La charge symbolique de cette couleur est toujours présente, malgré les siècles passés. Ce qui est une exception. Aucune autre couleur n’a conservé ce pouvoir symbolique. Ainsi une automobile de couleur noire symbolise le pouvoir et indique un certain rang social.

Quand Stéphane Pourqué m’annonça il y a quelque temps avoir trouvé deux Renault Dauphine Dinky Toys de couleur noire, la première réaction qui me vint fut de constater l’inadéquation entre cette teinte et cette auto populaire. Sans vouloir vexer les amateurs de Dauphine, cette auto n’a pas la charge symbolique d’une Cadillac, d’une Rolls Royce ou d’une Mercedes et le noir ne lui convient pas.

Pourtant Dinky Toys en a produit une petite série. La chose est acquise désormais avec certitude. Longtemps je n’avais eu en main que l’exemplaire ayant appartenu à Jean Vital-Remy, qui était en très mauvais état de conservation. Son examen m’avait permis d’en confirmer l’authenticité.

Donc, quand M. Pourqué m’annonça qu’il avait récupéré deux exemplaires auprès d’une même personne, je ne fus pas surpris.

Sachant qu’il était amateur de “petites voitures” une voisine lui avait remis une boîte à chaussures contenant quelques modèles. Il fallait bien sûr les examiner.

Pas de doute, elles étaient d’origine. J’ai incité M Pourqué à se renseigner auprès de la personne qui lui avait remis ces autos sur leur origine. Elle n’avait aucun souvenir. Le seul indice qu’il avait pu recueillir était que cette personne travaillait dans une société de transport pharmaceutique qui utilisait des fourgons 1000Kgs et qui était donc en lien avec Renault.

Nous pouvons situer cette petite série juste avant le passage aux modèles équipés de vitrage, du fait de la présence du châssis en tôle de couleur noire et de la finition brillante et non marbrée, comme sur les premiers modèles.

N’hésitez surtout pas à me contacter si vous avez des informations supplémentaires.

En attendant, clin d’oeil au titre du roman de Stendhal, je vous présente un exemplaire fini de couleur rouge. C’est une version très peu fréquente. Elle arbore une décalcomanie “PKZ”, cette célébre chaîne de magasins de vêtements suisse. (voir le blog c onsacré à ce sujet).

Il faut sans doute relativiser l’intérêt de ces modèles. En Suisse, de nombreux amateurs ont un certain dédain pour ces exemplaires du fait de l’ajout de la décalcomanie. Elle est pour eux la verrue qui défigure. Ce point de vue se défend .

En fonction des critères individuels de collection (thématique) ces miniatures prennent une dimension plus ou moins importante dans le coeur de chacun. Ce ne sont que des code 2. Dinky Toys n’a fait que livrer des modèles de base et une société s’est chargée de la fabrication et de la pose de la décalcomanie.

L’examen de plusieurs modèles révèle un certain manque de rigueur dans la pose de ces décalcomanie : les même modèles peuvent, en fonction de la période de fabrication, avoir la décalcomanie positionnée sur la malle ou sur le capot.

Je possède un break Austin countryman qui l’a sur le pare-brise !

Prochainement nous nous pencherons sur l’histoire et la symbolique de la couleur rouge.

PS: merci à monsieur Stéphane Pourqué de m’avoir cédé un de ses deux  exemplaires.

Coup de balai sur le projet 51

Coup de balai sur le projet 51

“Ces modèles me semblent improbables. Et encore, je suis modéré.”

C’est en ces termes qu’un collectionneur, amateur de Dinky Toys me parla des deux modèles Dinky Toys France que je vous présente ce jour. D’autres amateurs, plus tard, ont eu la même appréciation.

Pour être objectif, ces modèles ont tout ce qu’il faut pour déstabiliser les plus grands connaisseurs de la marque.

Vous avez bien sûr reconnu les deux modèles. Il s’agit de deux classiques de la firme de Bobigny.

Mais ce qui déroute l’amateur, en premier lieu, c’est l’échelle de reproduction. Les modèles sont reproduits à des échelles nettement inférieures à celle que Dinky Toys utilisa pour ses modèles de série. De plus, quelques détails diffèrent.

J’avoue que si je n’avais pas eu connaissance de certains éléments, j’aurais également été dubitatif et je n’aurais pas pu élucider le mystère. Mais une fois de plus, les plans découverts récemment m’ont éclairé sur ces modèles.(voir le blog consacré à une autre découverte faites grâce aux plans: le prototype de la Simca 8 sport)

Ils aident à mieux comprendre la gestation des Dinky Toys.

La première chose révélée par la lecture et l’étude de ces plans, c’est que pour un très grand nombre de ses modèles, Dinky Toys a souvent hésité entre deux échelles de reproduction. On comprend mieux l’intérêt des fameux modèles en bois.

Placés sur un plan de travail au milieu des autres modèles du catalogue ils aidaient les décisionnaires dans leurs choix. L’existence des deux Peugeot D3A au 1/43 et au 1/50 est un parfait exemple.

Ainsi dans un premier temps, dès 1956, le 1er  Février1956 pour être précis, la balayeuse a été programmée au 1/60 sous le numéro 51. J’ai quatre plans, datés de 1956 à 1959 : la gestation a été mouvementée. On voit nettement le marquage 51 sous le châssis. Et en 1958, une petite note en bas du plan 596 explique que ce nouveau projet reprend celui du numéro 51.

Ce modèle de série est en fait au 1/50 ! Le plan daté du 19/02/1959 le prouve.

Un oeil attentif découvre en outre des différences notables entre le modèle définitif et le projet 51 : les parties vitrées, la grille du capot moteur, l’absence de phare sur le dessus de la cabine et bien sûr l’absence de vitrage (nous sommes en 1956).

Vous l’avez reconnu, c’est bien le modèle “mystère”, celui qui a suscité les commentaires. Il reprend au millimètre près les cotes établies sur le plan. Le travail sur ce modèle en métal (laiton très épais) est bien différent de celui mené sur un modèle en bois. Il est logiquement plus élaboré.

Pour des raisons qui m’échappent, Meccano a remis son ouvrage sur la planche à dessin. On peut se demander si LMV n’a pas modifié ou modernisé la production de sa balayeuse, obligeant Dinky Toys a revoir sa copie. Il est également possible qu’on ait dû adapter le modèle pour qu’il puisse recevoir un vitrage en plastique. Ce qui est sûr c’est qu’outre les modifications, Dinky Toys a opté pour une échelle de reproduction plus importante.

On note également des liens entre la firme LMV et Meccano. Les inscriptions sur le modèle retrouvé au bureau d’étude aux couleurs d’une LMV pour la ville de Florence le prouvent (prototype ivoire et bleu positionné sur sa boîte)

L’histoire ne s’arrête pas là. La grue Salev a connu le même sort. Là aussi les plans et leurs dates confirment cet état de fait (4/05/55).

En main, le premier projet semble assez frêle. Il est réalisé en métal, comme la balayeuse. On a du mal à imaginer cette petite grue soulever le container du Berliet.

C’est une piste pour essayer de comprendre le changement d’échelle subi par ce modèle.Comme la balayeuse, le modèle reprend au millimètre près les cotes des plans. Il est donc au 1/43e, comme indiqué sur ceux-ci. La grue de série, bien plus imposante, sera pour sa part au 1/38e

Je possède également la grue Salev, en bois, deuxième mouture (réduite au 1/38 environ). Elle a été conçue logiquement après l’arrêt du projet de la “petite Salev” vu plus haut. Elle a servi à la validation du projet qui passait obligatoirement par la création de ce type de modèle. Le plan avec annotations en langue anglaise et l’étiquette en papier “Salev crane” restent un mystère. Nos amis anglais ont-ils commandé ce projet au bureau français?

Ces atermoiements ont dû avoir un coût financier, d’autant qu’il s’agit de modèles qui n’ont pas connu le succès auprès du public.

On comprend ici toute la difficulté qu’avait la direction à faire des choix. Rien n’était laissé au hasard, quitte à y laisser du temps et de l’argent. A cette époque on pensait que le succès était à ce prix.

 

Bons baisers de  Bethlehem

Bons baisers de Bethlehem

 

Sur le bureau de la chambre d’hôtel, une photo en noir et blanc attire mon regard. Elle est intrigante. Elle est graphique. Sur un fond de couleur gris se détache, en haut à droite, un texte en lettres blanches : Bethlehem, PA.

Cela ne vous dit sûrement rien, mais mon hôtel est justement dans cette toute petite cité de Pennsylvanie, à quelques encablures d’Allentown. Vous n’avez toujours pas fait le rapprochement ? Cette installation de projecteurs symbolise les étoiles. Celles qui auraient guidé les bergers venus visiter le Christ nouveau-né.

C’est un plaisir que de circuler aux USA. Le pays est rempli de petites villes aux sonorités européennes. Elles rappellent aux visiteurs qu’il y a longtemps les premiers immigrants avaient voulu se souvenir d’où ils venaient.

En Pennsylvanie, beaucoup de villes ou de quartiers témoignent de la forte présence d’immigrés venus d’Allemagne. D’autres immigrés, portés par leur foi, ont parsemé le pays de noms rappellant des épisodes bibliques. Et aujourd’hui je suis donc à Bethlehem, en Pennsylvanie.

Je retourne la photo, et surprise, il s’agit d’une carte postale. En 2018, ce produit semble d’un autre âge. A l’heure où l’on envoie des messages en quelques secondes à l’autre bout de la planète, prendre le temps d’écrire sur un support papier quelques mots qui seront lus plusieurs jours plus tard par leur destinataire semble archaïque.

Vous souvenez-vous de la dernière carte postale que vous avez envoyée ?

Je vais donc vous envoyer une carte postale des USA.

Comme au bon vieux temps lorsque ce support permettait de montrer à la famille, aux collègues, à qui sais-je encore, les bons moments que l’on passait et comment, malgré un cadre enchanteur, on prenait le temps de penser à ceux qui n’avaient pas pu partir.

Ce blog ne sera publié que dans quelques semaines, voire quelques mois et comme une carte postale, il aura pris le temps de trouver ses lecteurs.

Pour l’illustrer, j’ai choisi de vous présenter quelques trouvailles faites à la bourse aux jouets d’Allentown.

Tout d’abord un Dinky Toys. Ce n’est pas le pays. Mais ce véhicule arbore le nom d’une firme américaine : Brink’s. Le véhicule très représentatif est assez fréquent. Il s’agit d’un GMC. Ce que je n’avais jamais vu c’est la boîte promotionnelle.

Elle est de belle qualité, en carton fort. L’ensemble avec le véhicule devait constituer un cadeau de choix. Brink’s, cette firme établie dans le monde entier a également fait réaliser par Dinky Toys des versions pour sa branche mexicaine. La couleur, gris soutenu, était différente de la version de base, gris clair. La décalcomanie qui le décore est également différente. Par contre le boîtage est des plus simples : un carton blanc, souple. Tout le contraire de la version américaine. C’est une belle trouvaille.

Vient ensuite un objet que j’aime beaucoup. C’est le grand écart avec celui présenté juste au-dessus. Soixante-dix ans les séparent. C’est un produit à ranger dans la catégorie « penny toys », les ancêtres de nos Dinky Toys, Solido et Corgi Toys.

Je les regarde avec respect, j’ai toujours l’impression d’avoir devant les yeux une partie de l’histoire du jouet. Il en a fallu de la dextérité à Distler, le fabricant allemand, pour concevoir cette miniature. La présence du moteur à inertie est le signe d’une finition “luxe”.

Cela n’ajoute rien au modèle, parfois même l’enlaidit. Les modèles sans moteur gardent les emplacements de fixation. Il est vrai que le jouet vit aussi grâce à ses personnages : le chauffeur, réalisé en deux parties, mais surtout les passagers.

Il s’agit le plus souvent d’ une famille : le couple avec les enfants. Observez les chapeaux ! On comprend bien qu’à cette époque l’automobile était réservée à une élite .

Voici un produit “made in USA”. C’est un rare et surprenant car ACF de chez Arcade. Vous vous souvenez sûrement du modèle aux couleurs “Trailways” (voir le blog consacré au car Arcade).

Celui-ci peut être considéré comme une version économique, sans radiateur rapporté et d’une taille inférieure.  Je n’avais jamais vu ce type de modèle auparavant.

N’oublions pas que les versions économiques sont souvent plus rares à trouver. Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter cette version rare du car Clipper aux couleurs d’une compagnie privée. Mes voyages aux USA m’ont permis de constituer un bel ensemble de modèles de ce type que j’apprécie particulièrement.

Voici enfin un modèle plein de charme. Fragile. c’est presque de la dentelle. C’est au cours de mes voyages aux USA que j’ai appris à apprécier ces beaux jouets “made in Japan” injectés en plomb. Inspirés des modèles produits par SR (France), ils ont inondé les Etats-Unis au début du siècle dernier.

Il s’agit d’une moto solo. C’est très fin. Comme je le faisais remarquer au vendeur, le fabricant a passé une sorte de vernis sur les rayons des roues afin d’attirer le regard sur ces dernières et de faire apprécier le travail.

La plupart de ces jouets sont pourvus d’un sifflet (whistle). S’agissant d’une moto solo notre modèle en est bien évidemment dépourvu. Je vous présente donc également une autre moto et aussi un vélo équipés du sifflet. L’échelle de reproduction est proche du 1/43. (voir le blog consacré aux jouets japonais d’avant-guerre)

Vous allez sûrement vous interroger sur l’intérêt d’aller aux USA pour ramener des produits européens ou japonais. Il faut savoir qu’au début du siècle dernier, et ce jusque dans les années cinquante, une très importante partie de la production de jouets allemande ou japonaise a été exportée aux Etats-Unis. Ce marché était le plus important. Il est donc logique de les retrouver là-bas. Finalement, contrairement aux apparences premières ces modèles ont tous un lien très fort avec le marché américain.