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Au pied de la montagne.

Au pied de la montagne.

En 1966, les amateurs de sport automobile n’ont d’yeux que pour le duel qui oppose Ferrari et Ford pour la victoire au Mans.

Après deux tentatives, Ford parviendra-t-il à décrocher la couronne ?

Depuis plusieurs années, la référence en matière de course d’endurance, c’est Ferrari. Lors de la précédente édition des 24 heures, elle a décroché un neuvième succès. Un record.

Pourtant, en 1966, qui pouvait deviner que ce serait sa dernière victoire au classement général ?

Qui pouvait prévoir que la marque qui allait dominer l’endurance les 20 prochaines années, et supplanter Ferrari au nombre de victoires au classement général et au nombre de couronnes mondiales serait Porsche ? Personne ou presque.

Comme le raconte fort bien François Hurel dans son indispensable livre “Sport & prototypes Porsche au Mans 1966-1971” aux éditions du Palmier, Stuttgart amorce en 1965 une nouvelle organisation. C’est la montée dans l’organigramme d’un certain Ferdinand Piëch, neveu de Ferry Porsche, ingénieur de son état, qui devient le responsable de la compétition.

C’est aussi à ce moment qu’apparaissent les noms des ingénieurs Hans Mezger (moteur), Helmuth Bott (châssis) et Peter Falk (développement). Des noms que l’on va recroiser les vingt années suivantes, et qu’on associe aux sucès de la marque.

Comme l’explique François Hurel, “Ferdinand Piëch ne nourrissait aucun complexe et était dévoré par l’ambition. C’était un gagneur !”.

Voilà comment Porsche, qui se cantonnait à des victoires de classe, décida de passer à la vitesse supérieure en cette année 66. Avant, seuls les tracés comme la Targa Florio ou Sebring, favorables à des autos légères, maniables et robustes pouvaient convenir pour la victoire au général.

Un des premiers signes de ce changement est symbolique. Le passage à la couleur blanche à la place de la couleur argent adoptée en 1932, sous le régime nazi par Mercedes puis Auto Union. Après la seconde guerre mondiale, les autos de course allemandes, dont les Porsche d’usine, avaient  gardé cette identification. Pourtant, l’Automobile Club de France avait attribué une couleur à chaque pays dès la création des premières compétitions automobiles afin que le public identifie les concurrents. Le sentiment nationaliste était déjà fort présent à cette époque. La couleur blanche fut attribuée aux concurrents Allemands, le rouge aux Italiens le bleu aux Français et le vert aux Anglais…Ce changement de couleur apparaît comme la volonté de Porsche de montrer que l’on repart pour une nouvelle aventure.

En 1966 Porsche est au pied de la montagne. Le chemin est semé d’embûches. Les victoires s’accumulent, mais il faudra quand même attendre 1969 pour savourer la première couronne mondiale et 1970 pour la première victoire au Mans.

En attendant, l’équipe décrite plus haut vient de concevoir la Carrera 6. Elle est superbe et tranche avec sa devancière la 904. Les ingénieurs sont repartis de zéro. Enfin presque.

Comme l’explique François Hurel, c’est “presque” une vraie voiture de course”. Le bureau d’étude en avait la volonté et la capacité, mais Ferry Porsche fit remarquer à ses jeunes ingénieurs qu’un lot de près de 100 suspensions, freins et roues avait été fabriqué en vue d’une seconde série de Porsche 904, qui n’avait pas vu le jour en raison de l’émergence du projet Carrera 6. Il demanda donc qu’on utilise ces produits sur le prochain modèle, la Carrera 6 !

Les ingénieurs vont devoir se plier aux exigences du patron et revoir leur copie. Ainsi la Carrera 6 va être équipée des grandes roues de 15″ de la 904 au lieu des roues de 13″ qui lui auraient conféré un meilleur Cx aérodynamique. Ces révélations de François Hurel expliquent donc la forme et la hauteur des passages de roue. Ces ailes avant, tout en rondeur donnent à l’auto une physionomie agréable, plaisante à l’oeil.

La voiture va devenir pour les fabricants de jouets l’icône de cette période. Il est révélateur que la Porsche Carrera 6 soit l’auto la plus reproduite en miniature malgré un palmarès modeste (une seule victoire au classement général à la Targa Florio 1966). Les vedettes de l’époque décrites plus haut ne connaitront pas ce succès chez les industriels du jouet. C’est un comble, qui trouve son origine dans la volonté de ne pas jeter un stock de pièces.

Le modèle qui succède à la Carrera 6 en 1967, la 907, aura un palmarès plus glorieux et comptera deux victoires au général. Elle sera même en lutte pour le titre jusqu’à la dernière épreuve. Equipée de jantes de 13″ élargies, ses ailes avant, plates et son capot avant, effilé, plus aérodynamique lui confèrent une allure très différente, nettement moins esthétique, mais bien plus efficace au niveau du coefficient de pénétration dans l’air ! C’est une auto de course ! Le volant est passé à droite, comme pour tous les prototypes de l’époque.

On trouve une reproduction de la Carrera 6 chez Corgi Toys, et ce à deux échelles différentes,  comme Gama, Dalia,   et Mercury,  mais aussi chez Siku, Pilen, Nacoral, Joal,  Norev, Vinyl line, Marx, Buby, Blue Box, Dinky Toys, Solido Chiquicars, Clé, Jean, Brosol, Clifford Tootsietoys, Schuco, Zee toys, Joustra, KDN, Ideal…et même un fabricant russe inconnu !

Bref, il est plus rapide de donner l’identité des quelques fabricants de jouets qui n’ont pas inscrit à leur catalogue la Porsche Carrera 6 : Minialuxe, Champion, Politoys, Tekno, Diapet

Mebetoys l’avait programmée ,et la voiture figure au catalogue…face à la concurrence l’entreprise choisira de se replier sur la 910, comme Märklin et Matchbox d’ailleurs. Jouef qui venait de sortir la 904 l’avait également programmée pour ses circuits électriques, avant de se raviser. On note d’ailleurs un succès généralisé chez les fabricants de circuits électriques.

Pas de doute cette Porsche Carrera 6, indémodable, symbolisera la voiture de course pour le grand public.

Il en est pour preuve sa longévité dans les catalogues des fabricants : Siku, Pilen et Norev entre autres l’ont gardée comme une icône dans leur catalogue. Indémodable de par ses rondeurs et une forme de modernité qui a fasciné les enfants pendant presque 20 ans !

Ce fut mon cas. Elle m’a séduite à jamais avec ses formes douces et demeure aujourd’hui encore ma favorite dans les autos de course. Rendez-vous dans quelques semaines pour une surprise de taille. La découverte récente d’un prototype provenant d’un fabricant français.

C’est un métier !

C’est un métier !

Vous souvenez-vous de l’achat de votre dernière paire de chaussures? Non? c’est normal. Désormais, on achète généralement ses chaussures chez des commerçants qui pourraient le lendemain vendre des parapluies ou des surgelés.

Vous rappelez-vous la dernière fois qu’un vendeur vous a installé confortablement pour mesurer votre pied, a pris ensuite un chausse-pied pour vous passer la chaussure, vous a demandé de vous lever, et a finalement tâté l’extrémité de la chaussure pour voir où le pied arrivait ? Il y a très, très longtemps n’est-ce pas ?

Pourtant dans la boutique de mes parents, il aurait été impensable qu’un client se serve lui-même et enfile seul la chaussure à son pied.

Mon père qui reprenait l’affaire familiale avait appris son métier en passant son brevet de technicien du cuir. A la fin de ses études, il savait, entre autres, fabriquer une chaussure de A à Z. Je revois dans son bureau les exemplaires qu’il avait présentés en fin de cycle pour valider son diplôme comme d’autres présentent une thèse. Il était fier de me montrer son travail d’artisan. Ces chaussures, de taille réduite, de la pointure de celle d’un enfant de dix ans en fait, reprenaient exactement les formes des chaussures d’adulte.

Mon père aimait faire partager son métier et sa passion du cuir à ses clients en les conseillant. Une chaussure, il savait ce que c’était et comment c’était fait ! Il prenait parfois le temps de faire une réparation pour un client. C’était une autre époque. Il faut vivre avec son temps.

Désormais, une paire de chaussures cousues main, n’est pas à la portée de toutes les bourses…et qui sait encore apprécier ce travail ?

Dans mon magasin, il arrive qu’un nouveau client me demande mon avis. Que me conseillez-vous pour débuter une collection ? Pas facile de répondre à ce type de question…

Une collection c’est une réunion d’objets choisis en fonction d’une sensibilité personnelle. Elle reflète la personnalité de chacun et en dit souvent beaucoup sur son existence. Les souvenirs, les affinités pour un constructeur automobile, ou pour un fabricant de jouets, mais aussi les rêves. Tous ces éléments façonnent le collectionneur de jouets automobiles.

Si la personne a une affinité avec les Dinky Toys, alors je l’orienterai sans hésitation sur les camions de la série 25 anglaise !

Pourquoi ? Ces modèles répondent parfaitement à “l’esprit” Dinky Toys : des miniatures automobiles créées pour animer les réseaux de trains Hornby.

Quoi de plus vivant que ces camions 25 imaginés pour faire vivre les quais de marchandises Hornby. Avec un peu d’imagination, il est facile de voir le “25 E” équipé de sa benne basculante venant chercher le sable qui arrive par wagon tombereau ou bien le ” 25C” avec sa carrosserie plateau chargeant ses fûts et ses sacs de toile sur le quai de la gare de marchandises. Avec leurs carrosseries variées ils ont attisé l’imagination des enfants.

Ces camions “25” ont participé à la vie des réseaux Hornby, bien plus encore que les autos, cantonnées au rôle de décor fixe. Observez les photos de diorama créés par Meccano, les autos sont le plus souvent sur des parkings. Ce n’est donc pas un hasard si la gamme des autos s’est rapidement développée de manière autonome.

Les autos de la série 24 ont pris leur indépendance dans les catalogues Meccano où rapidement elles ont été conçues comme des reproductions automobiles que les enfants pouvaient identifier comme telles : Daimler, Chrysler, Rolls Royce et Vauxhall. Elles ont rapidement perdu leur fonction d’animation des réseaux de train contrairement aux petits utilitaires.

Signalons une incohérence de la part de Meccano. On dit toujours que l’échelle choisie pour sa gamme Dinky Toys a été le 1/43, échelle correspondant à l’échelle de reproduction de ses trains Hornby.

Si cela est vrai pour les autos, force est de constater que pour d’évidentes raisons de coût (la quantité de zamac est moindre pour un camion réduit au 1/50 qu’au 1/43), de logique de gestion (taille des boîtes de conditionnement identique pour les autos et les camions) mais aussi d’harmonisation et d’équilibre esthétique, ces camions série 25 sont réduits au 1/50 environ.

Le succès international de ces camions 25 est dû à une autre cause. Ces camions ont une forme générique. Après guerre Dinky Toys oubliera cet aspect, se cantonnant à reproduire des véhicules (trop?) typés britanniques (voir le blog consacré au Leyland Comet)

Tout enfant, qu’il soit américain, suédois, brésilien ou anglais, reconnaît dans ce jouet la reproduction du camion qu’il croise au coin de sa rue tous les matins. C’est l’image, le stéréotype du camion du milieu des années trente, avec son petit capot et ses deux gros phares accolés à la calandre .

Les couleurs participent aussi au charme de la série. Très colorés avant-guerre, période d’insouciance ils vont, à partir de 1946, date de la reprise d’activité à Binns Road, s’habiller de nuances sobres, représentatives de cette période d’après. Les nuances vont du beige au gris, en passant par le vert et le bordeaux.

C’est l’époque. Cependant, comme pour essayer de retrouver un peu de joie, Binns Road ajoutera un peu de jaune, de rouge et même d’orange. On note que généralement ces couleurs sont les plus difficiles à se procurer aujourd’hui, prouvant bien qu’elles ont été faites en petite quantité.

Enfin, dernier élément, et non des moindres pour justifier mon choix. Ces modèles, je parle des productions d’après-guerre, sont pour la plupart encore faciles à se procurer. Leur cote est donc très abordable. De plus, on peut assez facilement, trouver des modèles en très bel état de conservation. les prix sont raisonnables, la gamme n’attire pas les faussaires !

Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus d’amateurs. Sûrement parce que peu de gens ont su montrer tout l’intérêt de ces camions qui synthétisent merveilleusement l’esprit Dinky Toys.

Un Dinky Toys doit-il être cher pour être beau ? sûrement pas ! Certains vont me dire qu’ils n’ont pas de boîtes ? J’entendais déjà il y a trente ans cet argument, notamment en Grande-Bretagne, où ces objets du fait de l’absence de boîtage intéressaient peu de collectionneurs.

Les mentalités évoluent lentement, et si je devais donner un conseil ce serait de profiter des prix modérés.

Green Cad’

Green Cad’

Splendide, impériale, elle trône dans une artère d’un quartier de New York que l’on devine huppé. Elle est à sa place . C’est une Cadillac. Rutilante dans sa robe bleu-vert métallisé.

Je devrais d’ailleurs dire “elles” car elles sont deux, en tout point identiques. Tout le long du film  “Green Book” de Peter Farrelly, elles vont servir de fil conducteur à l’histoire. Un road movie à travers les Etats du sud de l’Amérique avec pour acteurs un chauffeur italo-américain et trois musiciens de jazz.

Or au début des années soixante, dans les Etats du Sud, la ségrégation raciale est toujours très présente.

Le film est tiré d’une histoire vraie : la rencontre improbable d’un pianiste surdoué, Don Shirley qui, du fait de sa couleur de peau n’a pu faire une carrière de soliste et d’un immigré d’origine italienne, Tony Lip, qui accepte le boulot de chauffeur de maître le temps d’une tournée pour renflouer son compte en banque.

Tout les oppose. Si le pianiste noir est raffiné, cultivé, le chauffeur qui s’est donné comme surnom “Tony la tchatche” est plutôt mal dégrossi et capable de manger au volant de sa Cadillac son fried-chicken avec les mains !

Petit plaisir auquel il initiera son illustre passager.

En se tournant vers le jazz, Don Shirley a obtenu la reconnaissance d’un public de connaisseurs. Il sera même invité à la Maison Blanche, par les Kennedy qui veulent faire bouger les mentalités sur la question de la ségrégation raciale.

Pianiste reconnu, il est recherché par la bonne société chez qui il est de bon ton de l’inviter. Comme par défi choisit de faire une tournée dans les Etats du Sud.

Malgré sa renommée il va connaitre les humiliations faites aux gens de couleur : les hôtels, les restaurants, les bars réservés aux noirs. Le titre du film de Peter Farrelly, “Green book” reprend le titre du guide édité pour les gens de couleur qui voyageaient, afin de leur indiquer les endroits où ils étaient autorisés à s’arrêter.

Une des scènes les plus marquantes est celle où le trio est invité à jouer chez un riche propriétaire du Sud qui a organisé une réception fastueuse. La Cadillac est garée devant l’entrée de l’opulente demeure.

On leur fait remarquer que leur auto a la place d’honneur. Aux yeux de tous elle est bien le symbole de la réussite et ils sont accueillis comme des hôtes de qualité.

A l’entracte cependant, Don Shirley se verra interdire par le majordome l’accès des toilettes et sera invité à utiliser la cabane en bois, au fond du parc, réservée aux gens de couleur !

Il sera finalement moins bien traité que sa voiture.

De nombreux fabricants de jouet ont reproduit cette fameuse Cadillac 62 (millésime soixante), auto  qui a marqué une époque.

La couleur verte est omniprésente chez les différents fabricants de jouets qui l’ont mise à leur catalogue : du vert pâle  et du vert foncé de la Politoys au bleu-vert métallisé des Dinky Toys, Cherryca et Diapet.

La teinte de ces trois dernières ressemble à celle vue dans le film. A cette époque les peintures métallisées sont synonymes de luxe. Cette couleur sied parfaitement au modèle. Le fabricant anglais Lonestar optera pour un bleu soutenu et un  bleu pâle pour sa version réalisée pour Tootsietoy.

Et puis elle change de la couleur noire fortement associée à la marque. On ne compte plus les films avec des Cadillac noires, accessoires de la pègre, du pouvoir, de la finance. Cherryca Phenix la déclinera également dans cette teinte .

Le premier constat que l’on peut faire est qu’à part Politoys, les trois autres fabricants de jouets ont choisi une échelle de reproduction plus proche du 1/50, afin de la faire cohabiter avec le reste de leur gamme, sans que cela entraîne des surcoûts de fabrication et des problèmes de conditionnement.

La Politoys est donc au 1/43 mais souffre de ses parties ouvrantes disgracieuses. Dommage. Il existe, comme pour toutes les Politoys une dérivée mexicaine chez Mc Gregor . Elle porte sur son châssis le logo de la firme de Mexico. Elle est également équipée de jantes différentes qui évolueront au gré de la production.

Celle proposée par Dinky Toys est à l’image de la firme de Liverpool. Elle symbolise son déclin. Les formes sont brouillonnes, mal proportionnées. On a du mal à percevoir toute la classe de cette auto. Que dire des versions peu crédibles  “police US” et “police montée canadienne”?

Cherryca Phenix ne réussira pas non plus à traduire les qualités de la Cadillac. C’est bien le conditionnement (taille de la boîte) qui a contraint Cherryca à la compresser .

On ne comprend pas comment la marque japonaise qui a offert une belle Dodge Polara, une Chevrolet Impala ou une Ford Falcon des plus réussies a pu ainsi rater sa Cadillac. La firme japonaise avait les moyens d’offrir une “belle” Cadillac mais l’harmonisation des boîtages a eu le dernier mot. Dommage. Cette Cadillac est difficile à se procurer. Elle me semble plus rare que les autres reproductions d’autos américaines.

 

La version tardive, sortie chez Diapet est très rare. La boîte blanche, portant juste un tampon avec la référence et le nom du modèle prouve que la quantité produite fut des plus réduite. Elle se distingue par sa couleur (bicolore) et par le logo Diapet frappé sur le chassis.

On reste admiratif devant le talent d’un cinéaste qui, dans “Green book”, en utilisant des véhicules d’une autre époque, quelque panneaux de signalisation ou des publicités réussit à nous replonger dans le passé.

 

Des formes avantageuses

Des formes avantageuses.

Tous les goûts sont dans la nature. Il suffit d’arpenter les allées d’un musée comme Le Louvre pour constater qu’à travers les siècles, l’idéal morphologique a évolué.

Si l’on prend comme point de départ, tout à fait arbitraire, la Grèce antique, ce sont d’abord les hommes qui ont été représentés dans le plus simple appareil.

Au milieu du XV siècle, le statut des artistes évolue avec les commandes de riches marchands flamands. Les sujets ne sont plus uniquement religieux.

Adam et Eve sont prétexte à représenter le corps de la femme dénudée. Une des premières Eve, celle de Van Eyck en 1432 a dû choquer plus d’un fidèle.

Que dire de l’érotisme sous-jacent de celles de Lucas Cranach au milieu du XVI siècle? Bientôt la mythologie fournira d’autres arguments aux peintres mais aussi aux mécènes.

Même si vous n’êtes pas un amateur de musées, les nus de Rubens n’ont pu vous laisser indifférents. A regarder ces femmes bien en chair, à l’opposé des critères des stylistes de mode actuels on comprend que les critères de beauté ont évolué.

Pourtant dans l’éditorial du magazine Le Monde daté du 31 octobre 2020, la journaliste Marie-Pierre Lannelongue commence son papier ainsi:

“Sans mes fesses, je n’aurais jamais pu venir dans un endroit pareil”.

L’éditorialiste nous invite à lire l’article de la journaliste Ghalia Kadiri. On apprend qu’au Maroc, les cliniques de chirurgie esthétique se multiplient. Mieux, le Maroc serait en train de concurrencer les pays leaders, les Etats-Unis et le Brésil. Le phénomène s’explique par l’explosion d’audience des réseaux sociaux où de jeunes marocaines publient clichés et vidéos pour expliquer comment leur vie s’est métamorphosée depuis qu’elles ont eu recours à la chirurgie esthétique.

L’opération relève de l’investissement.

La journaliste raconte que certaines d’entre elles, entretenues par de riches hommes, “font même désormais vivre leur famille avec leurs fesses”. Le modèle est une certaine Kim Kardashian. Nombre de jeunes femmes rêvent d’en devenir le clone.

La journaliste nous emmène à la rencontre du chirurgien le plus célèbre, un certain “docteur Guess” (Mohamed Guessous). Son but explique t-il est de démocratiser la chirurgie esthétique. Il a rebaptisée l’opération consistant à prélever la graisse du ventre de la patiente pour la réinjecter dans les fesses “MBL” : Maroccan Butt Lift en place du traditionnel et labellisé “BBL” (Brazilian Butt Lift).

Ce dernier se targue de proposer à ses clientes plusieurs tailles de fesses: de “S” à “XL”, mais n’incite pas à la modération car “plus c’est gros plus ça marche !”.

Le docteur Guess a même inventé la silhouette “Ferrari”: “c’est un BBL auquel on a ajouté un côté latéral pour plus de féminité par rapport aux fesses bombées du Brésil, où sont préférées les silhouettes sportives.”

Si Enzo Ferrari était encore de ce monde, aurait-il été heureux de cette comparaison ?

J’ai cherché une Ferrari qui pourrait correspondre à cet idéal alliant rondeur, féminité et sex appeal.

Un modèle me parait assez bien correspondre : la Ferrari 275GTB.

Elle a, me semble t-il, une place particulière dans la généalogie des Ferrari de route.

L’auto est superbe, c’est évident, et elle a marqué les esprits à sa sortie. Pour s’en convaincre il suffit de lister les fabricants de miniatures qui l’ont mise à leur catalogue : Dinky Toys, Politoys, Edil Toys, Norev, et même le Tchèque Igra, sans compter les dérivés (Meboto, Mc Gregor)

Pourtant quand on regarde l’histoire, on peut se dire que Solido a bien fait d’attendre et de proposer celle qui a suivi et qui allait, de manière radicale donner un sérieux coup de vieux à la 275GTB, la Ferrari 365GTB4 Daytona. Avec ses formes anguleuses, cette dernière tranche radicalement. Finies les rondeurs de la 275GTB. Le modèle qui fait école c’est la Carabo et ses angles, suivie de toutes les productions italiennes de chez Bertone, Ital Design et autres Pininfarina.

Les Lamborghini Miura, puis les Maserati Indy, Lancia Stratos, Lamborghini Countach et autres pur-sangs italiens vont arriver et notre 275GTB va très vite se trouver démodée. Curieux destin pour cette auto qui marque pour moi la fin d’une période. Enfant, j’avais déjà ce ressenti. La 275GTB aussi belle soit-elle m’a toujours semblé tournée vers le passé. Un passé glorieux certes, mais le passé.

Dinky Toys a offert un modèle sublime. Sans chauvinisme aucun, c’est la plus belle reproduction industrielle de cette auto. Bobigny a fait de gros efforts. Admirez les lignes d’échappement en plastique chromé rapportées, bien proportionnées, n’alourdissant nullement le modèle et n’entravant  pas son roulement. C’est sûr, nous sommes en présence d’une maquette plus que d’un jouet.

Toutes les parties sont ouvrantes et les dessinateurs du bureau d’étude ont réussi la gageure de ne pas altérer la ligne du modèle. Les vitres des portières à demi baissées permettent d’admirer l’habitacle. Raffinement supplémentaire, des autocollants ont même été créés afin de cacher les disgracieuses fixations de vitres. Pare-chocs rapportés en plastique chromé, feux et clignotants en strass : le grand jeu. Elle supplante à mes yeux les fabrications italiennes (Politoys et Edil Toys) qui sont pourtant de très bon niveau.

Les couleurs choisies sont réalistes. J’ai un faible pour celle de couleur jaune, qui permet de rompre la monotonie dans une vitrine consacrée aux Ferrari où la couleur rouge domine.

Sachez que quelques exemplaires ont été réalisés en rouge-métallisé (rubino). Le résultat est superbe. J’ai récupéré la mienne chez Jean-Bernard Sarthe qui avait eu la vraie, avec laquelle il avait fait quelques rallyes régionaux et autres courses de côte.

La version bicolore mérite que l’on s’y attarde. Elle est d’origine. Il ne faut pas la confondre avec les modèles bariolés (Citroën DS19…) remontés par un vendeur établi au marché de Vanves dans les années 90 avec des pièces provenant de l’usine après sa fermeture. Cette Ferrari je l’ai récupérée chez un couple qui travaillait sur la chaîne à Bobigny. L’histoire est assez singulière. Peu de temps après mon installation en 1984, ils m’avaient contacté pour me vendre un lot de 150 pièces. Superbe. Ils m’avaient expliqué qu’ils avaient constitué pour chacun de leurs deux enfants une petite collection identique. Ils me proposèrent d’abord la collection de leur fille. Cette dernière n’ayant aucune affinité avec les Dinky Toys, elle les avait conservées dans un grand carton, dans leur boîte, sans les avoir jamais ouvertes.

C’est là que j’ai eu cette version bicolore ainsi qu’une R8S jaune avec bande blanche. Leur authenticité ne fait aucun doute.

On peut imaginer que les ouvriers travaillant sur la chaîne avaient été inspirés pour la Ferrari par ce que proposait Norev à la même époque dans son coffret Stock car et sur sa CD Peugeot.

La permutation des ouvrants avec un modèle fini dans une autre couleur permettait d’obtenir à peu de frais un modèle “course” bicolore rompant la monotonie.

Ces autos ont-elles eu l’aval de la direction ? Sont-elles juste des amusements d’ouvriers qui, profitant de l’absence du contremaître, se permettaient de tels montages à l’insu de la direction ? cela est fort possible.

Tout récemment chez un autre ouvrier ayant travaillé sur la chaine j’ai récupéré une Ferrari 500F2 tardive jantes concaves affublée de jantes kaki militaires rigoureusement matées chez Dinky Toys. Les ouvriers semblent avoir gardé ces objets comme des trophées.

Revenons à notre Ferrari bicolore. L’histoire ne s’arrête pas là. Un an après, ils sont revenus me voir. Ils avaient été contents de la première transaction, et m’ont proposé la collection du fils, rigoureusement identique, à un détail près : le jeune garçon avait soigneusement exposé les modèles dans sa chambre et avait jeté les boîtes…impossible pour moi d’acheter une telle collection au même prix qu’avec les boîtes. Déjà il y a 35 ans les boîtes ajoutaient une plus-value importante.La Ferrari 275GTB  était en contraste de la première…

J’ai récupéré cette seconde auto plus tard, au hasard d’un achat mais je ne l’ai pas conservée. Que penser de ces modèles ? Il sont à mon sens de simples témoignages de la vie sur la chaîne de Bobigny. Ils n’ont pas à mes yeux l’intérêt du modèle peint de couleur rouge-métallisé qui lui a eu l’aval de la direction et du bureau d’étude.

La Ferrari 275GTB a une place à part dans mon histoire de collectionneur. C’est la seule Dinky Toys France que j’ai acquise directement en boutique ! En 1975 les Nouvelles-Galeries de Compiègne avaient reçu un arrivage de Dinky Toys. Quand j’ai pu récupérer le catalogue général de 1975, quelle ne fut pas ma surprise de m’apercevoir que le modèle était encore en stock chez Dinky Toys en 1975 comme d’ailleurs quelques véhicules militaires !

Ce modèle a donc eu une longue vie. Nous avons été tout heureux d’acheter les 3 modèles proposés et nous nous en sommes servi de monnaie d’échange comme cela se faisait à cette époque.

Prochain blog le 20 Mars 2021.

 

 

Sous les feux de la rampe.

Sous les feux de la rampe.

“Il y a Jean-Pierre Pernaut qui te cherche partout !” s’amuse mon épouse au téléphone.

Jean-Pierre Pernaut ? alors que je cherche à mettre un visage sur le nom de ce ce client, elle ajoute, “mais non, le présentateur du journal de TF1 de 13 heures !” Puis elle m’explique qu’une journaliste a laissé un message sur le téléphone et souhaite réaliser un reportage sur ma collection.

La surprise passée, je recontacte cette journaliste. Cette dernière m’indique que la direction de la chaîne a prévu une série de reportages sur le thème des collectionneurs de jouets pour les fêtes de fin d’année. En une demi-heure de conversation au téléphone, elle m’explique la finalité du projet : présenter en 4 minutes un collectionneur de petites voitures qui de plus en a fait son métier. Il ne s’agit pas de rentrer dans les détails, comment le pourrait-on d’ailleurs dans un laps de temps si court.

La forte audie