Archives de catégorie : camions

L’arrivée du cirque en ville.

L’arrivée du cirque en ville.

On peut mesurer la réussite d’une exposition au sentiment de tristesse qu’on a lorsqu’on arrive à la dernière salle. Heureusement, ce sentiment s’estompe au profit d’un autre, plus agréable, celui d’avoir enrichi ses connaissances et de pouvoir en faire profiter les autres.

C’est donc en sortant d’une magnifique exposition organisée au musée Masséna de Nice, ayant pour sujet l’histoire du cirque et intitulée “Le cercle enchanté” que m’est venu le sujet du jour.

L’exposition abordait l’histoire du cirque à travers ses rapports avec la ville de Nice. On apprenait ainsi que la ville de Nice avait possédé une installation fixe, rue Pastorelli.

C’est l’extraordinaire collection du docteur Alain Frère qui a servi de support à cette féérique exposition. On découvre que le premier établissement fermé servant à recevoir un spectacle équestre est l’œuvre de Philip Astley en 1779 en Grande-Bretagne.

Les historiens avancent l’idée que cette structure fermée permettait de produire le spectacle sans se soucier de la météo que l’on sait parfois capricieuse outre-Manche.

La trace du premier chapiteau démontable, et donc mobile, apparaît en 1825 aux Etats-Unis.

Le cirque se déplaçait d’une ville à l’autre par convoi ferroviaire. On imagine bien, notamment aux Etats-Unis, les grandes distances pouvant séparer une ville d’une autre. Avant que n’apparaisse la traction automobile au début du 20 eme siècle, c’est la traction hippomobile qui servait à convoyer le matériel, mais aussi les cages et les éléments du chapiteau, de la gare à l’endroit choisi pour implanter le cirque.

Un panneau de l’exposition rapporte à quel point l’arrivée du cirque Barnum et Bailey à Nice en avril 1902, fut un évènement marquant : quatre trains spéciaux composés de 67 wagons chacun ! Le gigantisme à l’américaine.

Trois places de la ville furent investies par le cirque. 500 chevaux participèrent au spectacle et bien sûr au montage de ce véritable « Barnum » qui est devenu un terme désignant le gigantisme.

Bien sûr, tous les cirques n’avaient pas cette dimension exceptionnelle. Et dans les petits cirques, les chevaux avaient un dur labeur : après avoir tracté les ensembles ils devaient le soir assurer la représentation. De nombreux documents attestent de ce fait.

Voyez ces ensembles de chez Barclay. Les chevaux sont encore somptueusement décorés de plumets, et cependant ils sont au travail, tirant la cage contenant du lion.

Je n’ai pas pu résister au plaisir de glisser ce découpage offert par un fabriquant de pâtes alimentaire…Ses spaghettis servaient à figurer les barreaux derrière lesquels un terrible léopard attendait l’heure de la parade. Nul doute, le fabricant de pâtes a conçu d’autres cages afin que l’enfant puisse reconstituer une vraie caravane de cirque.

La firme anglaise de personnages miniatures Charbens a reproduit un exceptionnel ensemble dans lequel il revient à l’éléphant de tirer les deux cages et les animaux sauvages. On peut imaginer que ce type de convoi a réellement existé.

Ce jouet a eu en son temps un beau succès d’estime. Il est plein de poésie. Je l’apprécie tellement que j’ai cru bon en acquérir trois en raison des variantes de production.

Plus tard c’est la traction automobile qui remplacera l’animal.

Le fabricant allemand Siku a proposé deux merveilleux éléments qui peuvent être tractés par de nombreux véhicules de la gamme. Cependant, la firme a conçu un coffret composé d’un tracteur Fahr, de la roulotte d’habitation et d’une remorque cage.

Ces éléments ont cependant été le plus souvent vendus à la pièce, en étui individuel.

Siku est un fabricant qui sait faire vivre les jouets et développer l’imagination de l’enfant. Avec ses artistes placés sur la partie avant, la roulotte est d’un charme désarmant. On appréciera la petite cheminée qui donne de la vie au jouet. L’échelle de reproduction se situe au 1/60.

Minialuxe a utilisé un tracteur avec une cabine tôlée de dessin libre, d’origine anglaise, tirant deux cages transparentes. Nous sommes très loin de Siku. Le charme est différent.

La boîte est très plaisante. Minialuxe remplacera plus tard ce tracteur par un Berliet Gak à ridelles bâché. L’ensemble avec les deux cages sera alors vendu en boîte transparente.

Les fabricants de jouets, particulièrement ceux spécialisés dans les figurines, ont concentré leurs efforts sur la reproduction de personnages. L’échelle retenue étant le 1/32, le coût était trop élevé pour créer des véhicules et des remorques. Quiralu a reproduit des véhicules et des cages en bois, mais en s’affranchissant de cette échelle.

Dans les années soixante, Corgi Toys sera le premier grand fabricant de miniatures à offrir un superbe ensemble de véhicules. Cet ensemble a beaucoup contribué à la renommée de la firme, il a marqué un grand nombre d’entre nous.

Cela est une autre histoire.

 

PS: si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseillez le très beau livre paru pendant cette exposition et consacré à cette fantastique collection  du docteur Alain Frère (Editions Giletta).

Les affiches et autres  documents insérés dans cet article proviennent de la collection du docteur Frère. Les miniatures et les figurines de notre collection.

Je m’en lave les mains.

Je m’en lave les mains.

“Moteur à explosion”. Ce terme pourrait inquiéter certains conducteurs Moi le premier. C’est pourquoi les automobilistes ont toujours eu besoin de porte-bonheur, pour se protéger de la machine.

En Italie par exemple, chaque ville, parfois même chaque quartier a ses Saints de prédilection. Ces derniers sont sollicités chaque année pour bénir et protéger les automobiles et leur utilisateur. Les conducteurs patientent en file comme au feu rouge, en attendant que le prêtre officie. Les vélos sont les bienvenus.

Saint Christophe et sa médaille
Saint Christophe et sa médaille

Une médaille de Saint-Christophe patron des voyageurs, à l’intérieur de l’habitacle, est déjà une bonne garantie de sécurité.

Nos amis Allemands qui ne sont pourtant jamais à court d’arguments pour vanter la qualité de fabrication de leurs produits, peuvent se montrer superstitieux lorsqu’il s’agit de se protéger des aléas de la mécanique.

Voyez ce splendide fer à cheval : “Das qualitat”. Admirez le sachet contenant les éléments de fixation : écrou, contre-écrou et autres éléments de blocage. C’est impressionnant.

Le service publicité de Berliet, qui ne manquait pas d’imagination, aurait dû s’en inspirer plutôt que de proposer l’article ci-après à la direction de Vénissieux.

On peut y voir une certaine arrogance. Il s’agit d’ un chiffon “dégraisseur à sec” servant à se nettoyer les mains après une partie de mécanique. Jusqu’ici rien d’extraordinaire.

Mais sur la pochette de cette dernière un texte indique que l’utilisateur pourra s’en passer lorsque il aura acquis un Berliet Stradair : “Vous le jetterez quand vous aurez un Stradair”.

Il est ensuite expliqué que Berliet a supprimé le graissage sur ce camion “qui comporte des innovations plus révolutionnaires encore”. La publicité ne rentre pas dans les détails et invite à se rapprocher du service promotion vente du constructeur.

Pour un peu, le service publicité expliquait que le temps économisé en parties de mécanique permettait aux chauffeurs de “Stradair” d’organiser des tournois de belote. Berliet avait d’ailleurs imprimé des jeux de cartes. (voir le blog consacré Berliet Stradair  prototype)

La réalité fut tout autre. (voir le blog consacré au Berliet Stradair). L’arrogance de la publicité déchaîna sans doute “les mauvais génies de la mécanique”. Le Stradair fut un fiasco technique.

Et les les jeux de carte permirent d’occuper les chauffeurs pendant que le Stradair, hors d’usage, était en réparation au garage.

La société de pâte à savon Arma qui pouvait craindre une baisse des ventes de ses produits à cause du “révolutionnaire Stradair” choisira pourtant d’apposer sa publicité sur un Berliet Gak de chez France Jouets.

Bien lui en prit car les déboires du Stradair furent finalement favorables à la consommation de pâte à savon.

Les utilisateurs qui voyaient dans le Stradair une machine infernale ont du ricaner devant les déboires de ce dernier et se féliciter d’avoir conservé leurs “vieux” GLR.

Dinky Toys a su offrir aux amateurs de poids-lourds une reproduction exceptionnelle de ce camion. A mes yeux sans doute le plus beau camion Dinky Toys France.

Avec le Simca Cargo c’est aussi un des plus fréquents. Disponible en magasin dès 1955, il est encore au catalogue en 1971.

J’ai le souvenir, enfant, d’un café près du stade communal de football où trônait derrière le comptoir la version benne carrière. On y allait après les entrainements boire un cacolac. Je suppose que le propriétaire de l’établissement en avait conduit un. La miniature devait symboliser sa première vie  de chauffeur routier.

Je n’imaginais  pas que le prototype en bois de ce modèle trônerait un jour dans mes vitrines.

Le modèle est superbe. Le maquettiste a particulièrement soigné la finition. Au regard du travail effectué, on imagine qu’il aimait particulièrement le modèle. Il n’y a pas toujours sur ce type de produit le même degré de finition. Même la crémaillère figure. La benne en bois est fonctionnelle.

Je ne vais pas entrer dans la description de toutes les variantes, Jean-Michel Roulet l’a très bien fait dans son ouvrage.

Il y en a quelques unes que j’apprécie. Elles démontrent que Dinky Toys improvisait parfois, notamment en fin de production, où on n’hésitait pas à utiliser des “restes”.

Ainsi, il existe une version équipée de jantes bleu clair concaves provenant du Citroën P55 laitier. La couleur est très différente du bleu moyen, propre au Berliet GLR. On peut imaginer qu’un surplus de jantes du Citroën P55 inutilisé se trouvait là au moment de la production des derniers GLR. C’est une version très rare.

La version plateau avec container possède aussi “sa version hybride”. La plupart des versions de fin de production, avec le plateau serti et les jantes concaves sont équipées de pneus à section ronde qui correspondent à ceux des modèles du début de la production.

La logique voudrait que les modèles soient équipés de pneus à section carrée, pneus apparus au début des années soixante avec le Berliet Gak et le Citroën P55 laitier, qui leur avaient succédé. L’assemblage est anachronique, c’est mon ami Charles Prieur qui me l’avait fait remarquer. Un stock ancien avait dû être retrouvé à l’usine et cette petite production tardive convenait parfaitement pour liquider ces pneus d’un autre âge.

Il faut aussi signaler que le Berliet n’a pas toujours reçu la finition argent au niveau de la face avant (calandre, phares, baguettes). Le camion prend alors une allure bien différente.

La boîte promotionnelle réalisée pour Berliet est très rare.  On peut comprendre, en lisant le texte  sur une des faces  de l’étui, que ce dernier ne pouvait avoir qu’une durée de vie très limitée.

Enfin, comment ne pas parler de la version porte-container “Bailly” réalisée pour cette entreprise. Beaucoup de bêtises ont été dites au sujet de ce modèle. Une première série a été réaliséee par Dinky Toys. Le modèle est tardif, avec des jantes concaves et un plateau serti. Il ne peut y avoir de confusion avec l’autre série, réalisée plus tard à la pièce et à la main à la demande de Bailly chez un maquettiste.

Le modèle ayant eu  du succès, Bailly voulut en refaire une petite série. La commande n’était pas assez importante pour Dinky Toys, elle fera le bonheur d’un ou de plusieurs artisans maquettistes comme Desormeaux par exemple qui avait des liens avec Meccano.

La version réalisée chez Dinky Toys est une rare et belle pièce.

Ce Berliet GLR sillonnera les routes de France jusque dans les années 80. A l’image du modèle Dinky Toys, il aura une carrière exceptionnelle Je me souviens en avoir photographié quelques exemplaires en bel état de conservation jusqu’en 1990. Le Berliet Stradair, bien plus récent, avait disparu depuis longtemps de la circulation.

 

 

Réalisme Socialiste.

Réalisme Socialiste.

C’est un rectangle rouge. Intitulé “Pur rouge”. C’est un tableau. Il date de 1921. Son auteur est Alexandre Rodchenko.

Lors de la fameuse exposition d’art moscovite “5 x 5 = 25” Nikolaï Taraboukine dira de lui que c’est le “dernier tableau”.

"Pur rouge" d'Alexandre Rodchenko.
“Pur rouge” d’Alexandre Rodchenko.

La boucle est bouclée. Pour les artistes de l’avant-garde russe, “les constructivistes” il est temps pour l’art de passer à d’autres supports. Pour ce groupe d’artistes, la peinture de chevalet sera dès lors associée à la bourgeoisie.

Il s’agit désormais de fondre l’art dans la vie de tous les jours. Il doit être partout et pour tous. Tous les supports sont les bienvenus. La révolution de 1917 sera un formidable vecteur pour la mise en oeuvre de cette idée.

Cependant, dès 1920, le pouvoir bolchévique, Trotsky mais aussi Lénine, se montrent réservés à l’égard de cet art qu’ils ne comprennent pas. Pendant quelques années un certain pluralisme perdure. Le courant “constructiviste” cohabite avec un courant plus traditionnel attaché à un certain réalisme.

Quand Staline prend le pouvoir à la mort de Lénine, le changement est brutal. Ce dernier va mettre en place un art “officiel”. En 1932 apparaît le terme “réalisme socialiste”. Les artistes doivent traduire dans leurs oeuvres non pas la réalité mais l’avenir radieux engendré par le communisme.

“Optimisme et idéalisation sont de rigueur”, pour reprendre la phrase du commissaire de l’exposition du Grand Palais : “Rouge, art et utopie au pays des soviets”.

Pas question de sortir de ce cadre. Certain le paieront de leur vie. Malevitch sera écarté des expositions. Gustav Klutsis, spécialiste du photomontage et Vsevolod Meyerhold, metteur en scène seront déportés et fusillés. Beaucoup des artistes constructivistes peineront à trouver des commandes.

Les artistes doivent produire des oeuvres figuratives célèbrant le héros. Homme ou femme, .ils sont jeunes, en pleine possession de leurs moyens. Les corps sains sont glorifiés. Les thèmes des grands travaux reviennent souvent. Usine, mine, barrage, travaux des champs, toutes les activités productives sont ainsi représentées. L’avenir semble radieux pour la population .

Il m’a semblé intéressant de faire le parallèle avec la production de jouets automobiles. Placé devant ma vitrine, j’ai constaté un nombre élevé et inhabituel de véhicules industriels proposés aux enfants par les fabricants, comme si ces derniers avaient voulu traduire à travers leurs jouets ce “réalisme socialiste”.

Prenons le cas de la Tchécoslovaquie. Il est facile de faire le parallèle grâce à l’article paru sur la production automobile. (voir le blog consacré aux miniatures automobiles Tchèque).

Le cas le plus intéressant est celui du Skoda 706. Igra en a décliné pas moins de sept versions. Le fabricant n’a pas lésiné. A chaque fois il s’agit de vraies carrosseries et non de la déclinaison d’un modèle unique par adjonction d’une décalcomanie ou d’un accessoire.

Igra avait déjà proposé la première mouture de cette cabine du 706 (voir la calandre). Le fabricant n’avait alors visiblement décliné qu’une carrosserie, une benne simple. Les premiers exemplaires sont en bakélite, puis les suivants seront en plastique.

Restons avec Igra. Le Praga 5T a été décliné en au moins trois versions. Une originale grue, une benne de chantier et une citerne. Cette dernière version a reçu deux marquages différents : Mleko (lait) et Benzin.

Mon préféré chez Igra est le Skoda benne réalisé en bakélite avec son drapeau Tchèque sur le capot.

Enfin, signalons les trois variantes de la camionnette Barkas (pick-up, fourgon de police et ambulance),

Smer est l’autre grande firme Tchèque ayant reproduit des jouets automobiles.

Le tracteur Praga semi-remorque porte-engin est un engin impressionnant. Il est peu fréquent.

Contrairement aux autres fabricants de jouets, Smer n’a pas décliné de version militaire. Il est intéressant de constater que ces firmes ont préféré mettre dans les mains des enfants des véhicules qui symbolisaient un avenir prometteur et pacifique.

Ma préférence chez Smer va au Skoda 706. La version équipée d’un fourgon rectangulaire frigorifique est sublime. Les deux citernes arborant des publicités Benzin et Prazdroj (bière) sont également très réussies. La version ridelles, classique, est elle aussi représentative d’une époque. L’échelle de reproduction est supérieure aux autres camions détaillés ce jour. Les premiers  exemplaires sont en bakélite.

Le Tatra 111 benne charbonnière est un modèle expressif. Il semble que cette cabine n’ait pas été réutilisée dans d’autres versions, en raison d’une conception monobloc.

Enfin, Smer sortira un autre camion à capot long. Il reproduit un Tatra (peut être un T148). Il existe deux carrosseries : une ridelle et une citerne , déclinée comme pour le Praga en laitier et en citerne essence.

Je ne pouvais oublier les fantastiques cars et trolleybus. Ites déclinera sur la même base un trolleybus (avec un mécanisme à remontage à clef) et un car (avec friction). Les boîtes sont un enchantement.

Le Skoda 706 de chez Smer est merveilleux. Il est équipé d’une friction. On appréciera la fluidité de la ligne. La finition au pochoir lui donne beaucoup de charme .

L’Ikarus en tôle est le fruit de la marque Omnia. C’est un objet peu fréquent .

Nul doute que toute une génération d’enfants a été bercée par ces véhicules utilitaires, symboles d’un avenir prometteur. A travers cette importante production de véhicules industriels, on comprend que les fabricants Tchèques avaient le désir de montrer à leur “petite” clientèle que l’avenir était dans les véhicules industriels et pas dans l’auto individuelle symbolisant la propriété.

C’est en tout cas mon interprétation, mais il s’agit peut être d’une lecture “occidentale”.Il serait intéressant pendant qu’il en est encore temps d’interroger sur ce point les gens ayant travaillé dans les firmes Smer, Igra ou Ites.

 

 

 

Démagogie

Démagogie.

“Oh ! mais dans Pipelette il n’y a jamais les modèles que j’ai dans ma collection, c’est dommage !”

Ce fut la première réflexion de M. Desbordes, après avoir feuilleté le numéro 5 de Pipelette. (disponible en ligne sur la page d’accueil du site Auto Jaune Paris).

Cette réaction m’a semblé presque normale. Le collectionneur a besoin de points de repère par rapport à SA collection. Reconnaitre des modèles qui lui sont familiers le conforte dans ses choix. Voir des objets qui lui sont totalement étrangers a quelque chose de déroutant.

1/ “un infatigable passeur”

J’ai tenté de lui expliquer ma vision des choses. Je me suis appuyé sur un article paru dans le journal du Monde le 2 Janvier 2019 signé Macha Séry en page 21. Cette journaliste rendait hommage à Claude Mesplède, spécialiste du polar décédé le 27 décembre 2018.

Ce dernier était critique littéraire et historien du roman policier. La journaliste le décrit comme étant un des meilleurs connaisseurs mondiaux du polar, un infatigable passeur…”

Cette expression “infatigable passeur “ m’a beaucoup touché. Très modestement, c’est un peu ce que nous cherchons à travers le blog et le magazine Pipelette. Il faut savoir refuser la facilité et montrer des produits méconnus, mettre en lumière des modèles qui pourraient tomber dans l’oubli quitte à perturber quelque peu les collectionneurs.

Pourtant, pas rancunier, je vais ce jour faire plaisir à M. Desbordes en présentant un de ses modèles fétiches. Il doit en avoir une douzaine. Ce chiffre me semble révélateur de l’intérêt qu’il porte à l’objet. Des souvenirs d’enfance sont sûrement derrière cet attachement.

Ce véhicule est peut-être celui qui a été produit en plus grande quantité chez Dinky Toys. Sa longévité au catalogue est exceptionnelle ! produit de  1958 à 1975 !

Vous l’avez peut-être reconnu, il s’agit du Berliet T6  tracteur d’artillerie (6 tonnes)  paru sous la référence 80 B puis renuméroté 818.

2/ Ce mal aimé.

Comme M. Desbordes, ce véhicule je l’ai eu enfant. Je dois avouer que ce cadeau ne m’avait pas beaucoup plu. C’est une tante de la Drôme qui, sachant que nous étions mon frère et moi dans une période que je qualifierais de “militaire” avait cru nous faire plaisir, en nous offrant à chacun, deux exemplaires de ce camion !

Ils étaient arrivés par la poste. Je me souviens du papier kraft typique des envois postaux de la fin des années soixante, bien entouré avec de la ficelle. Le tout dans une boîte à chaussures avec des papillotes, ces bonbons chocolatés enveloppés de papier brillant.

Je crois que j’avais préféré les bonbons aux camions.

Je venais d’acquérir le superbe AMX 30 de chez Solido. Alors, avec sa bâche en tôle pliée, ce modèle sans vitrage ni aménagement intérieur me donnait l’impression d’un jouet d’un autre âge.

J’ai très longtemps gardé une aversion pour ce camion. D’ailleurs, Il avait bénéficié d’une livrée personnelle grâce à l’achat de mes premiers pots de peinture pour maquette.

L’été dans le Nord de la France, il faut parfois meubler les journées maussades. Mes grands-parents m’avaient acheté une belle maquette d’avion de chasse de chez Heller. En fait, c’est le dessin de Jean Blanche sur le couvercle de la boîte qui m’avait séduit et qui avait orienté mon choix. Pour bien faire les choses, on m’avait aussi acheté des pots de peinture et un pinceau.

Mes grands-parents m’avaient délivré de nombreux conseils, me faisant comprendre par cet achat raisonné que je rentrais un peu dans le monde de l’adulte responsable.

Je pense que je n’avais pas bien perçu le message car la couleur bleu pâle avait fini appliquée en motif camouflage sur mes camions Berliet T6, leur donnant un peu de vie et de gaieté. Dans un même élan, j’avais également redécoré ma caserne Depreux. Heureusement, la faible contenance des pots a stoppé mon élan.

3/ Empathie.

Plus tard, dans mon activité professionnelle d’achat-revente de collections, j’ai souvent croisé des véhicules qui ont subi les outrages d’apprentis maquettistes. J’ai toujours une forme d’empathie pour les auteurs des faits et je me garde de tout commentaire.

C’est d’ailleurs un vrai plaisir pour le professionnel que je suis de vivre ces moments, d’entrer dans le passé des gens. Les véhicules redécorés raniment souvent des souvenirs. Parfois, je me demande pourquoi ils ne veulent pas les garder. Peut-être pour se libérer du passé ?

“Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes
Mais les choses nous parlent si nous savons entendre”.(Barbara “Drouot” paroles Monique Andrée Serf)

4/ Et arriva le prototype du Berliet T6

Gamin, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’aurais  en main le prototype en bois qui servit à valider ce projet, ni même les plans originaux de ce Berliet T6.

Ce n’était qu’un jouet et non un objet de collection. A l’époque, je ne pensais pas du tout à collectionner contrairement à certains collectionneurs qui ont eu ce déclic très tôt.

Ce prototype je l’ai acquis avec un grand nombre d’autres véhicules en bois chez un ancien employé du bureau d’étude.

Je pense que pendant longtemps c’est le manque d’information concernant le vrai véhicule qui m’a troublé dans l’approche de ce jouet. Heureusement la revue “Charge Utile” a consacré il  y a quelques années des articles à ce camion.

Pour résumer, Berliet hérita du projet lors du rachat de Rochet- Schneider en 1951. Pour l’anecdote, j’avais secrètement espéré lors de l’achat du lot de plans que ces derniers soient estampillés Rochet- Schneider.

Ce n’est pas le cas, mais le nom de Berliet ne figure pas non plus dans le cartouche avec les caractéristiques.  Seul le nom Berliet figure sur le châssis. Il a dû être rajouté après la confirmation de paternité du nom du camion. Jean-François Colombet  de “Charge Utile” signale que  ce n’est qu’en 1955 que l’état passera commande de ce véhicule.  C’est donc à ce moment  que Meccano  va s’y intéresser. Signalons qu’il est reproduit au 1/59.

On appréciera la finition au tire-ligne figurant les reliefs des ridelles. C’est un véhicule impressionnant, le tracteur d’artillerie est une pièce majeure dans le parc mécanisé militaire.

Je ne vais pas faire l’inventaire des variantes mais juste signaler celles que j’apprécie. J’aime notamment les variantes tardives de ce type d’objets qui sont restés très longtemps au catalogue. Celle que j’ai dénommée “simplification extrême” est intéressante. Observez bien, Dinky Toys a même supprimé le pochoir argent du radiateur. Cela lui confère une allure bien particulière.

Celui de toute fin de production avec sa boîte spécifique, dépourvu d’une partie des inscriptions sur le châssis est assez difficile à se procurer. Les drapeaux tricolores, comme sur la Daimler automitrailleuse sont en papier  collé.

Avec le temps j’ai appris à regarder ce camion autrement et surtout à l’apprécier.

Sans démagogie j’avance. Mon seul objectif est de faire partager aux autres ma passion et de laisser aux générations suivantes un peu de matière pour poursuivre l’exploration de l’univers de l’automobile miniature.

PS: le site hébergeant le blog a été victime d’une attaque informatique ce vendredi 24 Mai 2019. Nous avons perdu 10 jours de travail. Sans Patrick Isola, l’informaticien  vous n’auriez pas eu ce  blog ce dimanche et peut être aurions-nous dû fermer le blog. Merci à lui d’avoir travaillé  d’arrache-pied pour remettre en ordre le blog.

 

Le rêve bleu

Le rêve bleu

Vous souvenez vous du nom du magasin de jouets de votre enfance ? Celui devant lequel vous restiez, le nez collé à la vitrine, pour essayer d’apercevoir pour de vrai la dernière nouveauté annoncée par l’affichette collée sur la porte du magasin.

A Compiègne où j’ai grandi deux enseignes se partageaient les principales marques de miniatures : “Au Petit Quinquin” rue Saint-Corneille, la rue même où se trouvait la boutique de mes parents et “Le Nain d’Or” avenue Solférino, situé également à quelques encablures de ce dernier. Rien de très original dans le choix de ces enseignes.

Mon épouse se rappelle très bien qu’à Calais, où elle a grandi, c’était la “Tour du jouet”…du fait de l’emplacement de la boutique située près de la fameuse Tour du Guet à proximité de l’entrée du port. Choix bien plus original.

Un facétieux marchand de jouets.

J’aime regarder les noms des magasins imprimés sur les catalogues de jouets. Il m’arrive de remplacer dans ma collection un catalogue par un autre parce que le nom du magasin imprimé sur la couverture me plaît davantage. Il y’a quelques années j’avais été séduit par celui ci : “Au rêve bleu”.

En fait pour être plus précis c’est le tampon tout en longueur qui m’avait plu. J’avais aimé ce petit détail : l’adresse du magasin était à Lyon, au 155 avenue de la Croix Rousse. Tout le monde sait qu’il y a un tunnel à cet endroit. Le facétieux marchand de jouet avait placé son tampon à la sortie du tunnel qui figurait sur la couverture du catalogue.

Devinette

La boutique s’appelait “Au rêve bleu”. Quelle curieuse coïncidence. Regardons de plus près le dessin de la couverture du catalogue : que voyons-nous ? un beau camion bleu qui pointe son capot à la sortie du tunnel. Observez le bien.

C’est fait. Maintenant , allez à la dernière page du catalogue. C’est bien le même camion, celui de la couverture du catalogue qui sortait du tunnel. Il porte la référence 39 A.

Il est annoncé pour la fin de l’année 1957. La couleur du modèle dessiné rappelle bien sûr le Bedford “O” tracteur semi-remorque porte-autos de Liverpool, en version unicolore (tracteur et remorque).

Vous avez sûrement cet Unic semi-remorque porte-autos dans votre collection. . Vous savez donc qu’il n’est pas sorti en série dans cette couleur. Je ne vous apprends rien si je vous dit qu’il est fini en couleur argent avec les ailes du tracteur peintes de couleur orange. L’affichette annonçant la sortie du jouet le montre également avec cette finition.

Si vous êtes observateurs, en dehors de la couleur bleue, facilement identifiable, vous pouvez trouver quatre autres détails qui diffèrent par rapport au modèle de série. Je vous laisse quelques instants.

Réponse

1/ Commençons par le tracteur.

Il a un étonnant pare-brise panoramique, sans montant central.

C’est une interprétation de la réalité par le bureau d’étude. Cette nouvelle cabine Unic apparue en 1954 a donné un coup  de vieux aux poids lourds existants. Le pare-brise de type “panoramique” est large et seul un très léger montant central le divise. Il se peut que la direction de Meccano pour des raisons techniques (injection et répartition de la matière lors de l’injection) ait opté pour un montant central, certes assez discret.