Archives de catégorie : camions

lettre au père Noël

Lettre au Père Noël

Je n’ai pas souvenir, enfant, d’avoir écrit au Père Noël afin de formuler une demande particulière ou de l’orienter vers le jouet de mes rêves. Cela ne se faisait pas. Par contre, je me souviens bien lui avoir écrit pour lui préciser que, malgré quelques petits dérapages, j’avais été assez sage. Ce jugement n’engageait que moi, mais ainsi, j’étais bien certain de lui avoir rappelé que je méritais un petit paquet sous le sapin. La lettre avait eu l’effet escompté.

J’ai grandi. Par la suite, je n’ai plus rendu de comptes à ce Monsieur sur ma conduite.

La technique a d’ailleurs évolué. Désormais on ne formule plus ses demandes par courrier postal, on utilise le courrier électronique.

Dernièrement, Monsieur Malric m’a donc adressé un mail, un peu comme on s’adresse au Père Noël, en m’expliquant qu’il serait “opportun” de consacrer un article à “son camion préféré”, celui de son enfance, le Berliet Gak, en cette année anniversaire. Ce camion a en effet été lancé en 1958. Moi aussi je l’aime bien. Comme pour Monsieur Malric, il synthétise ma découverte du monde des poids lourds.

Je m’interroge cependant sur l’opportunité de présenter ce camion. Il me semble en effet que trop d’articles de la presse spécialisée sont réalisés sur des sujets qui n’apportent rien car ils ont déjà été traités de nombreuses fois. Comment éviter le piège de la redondance ?

Je vais donc vous présenter des Berliet Gak qui, chacun, pour des raisons qui lui sont propres présentent une originalité. J’ai sélectionné un ensemble de modèles “made in France”. J’ai scindé en deux parties cette étude, la première partie traitera des modèles injectés en zamac et la seconde partie des modèles en plastique.

Prenons le modèle réalisé par Dinky Toys, en zamac. C’est une superbe reproduction. Cela tout le monde le sait. Mis à part la version dépanneuse, peu crédible, à laquelle on a greffé l’arrière du Bedford TK provenant de Liverpool, tous les modèles sont des réussites.

Mon préféré est la grande échelle…je n’ai jamais pu l’avoir enfant et, dans la vitrine du marchand de jouets située à quelques mètres de la boutique de chaussures de mes parents, sa boîte richement illustrée me fascinait. Je revois très bien la vitrine murale située à l’extérieur du magasin. Je m’étais contenté de la version produite par Norev, qui est, ma foi, fort réussie. Il faut dire que le “vrai” camion était en service là où j’habitais.

Il y a également la version distribuée chez Tafanel, le brasseur parisien, aux couleurs de “Kronenbourg”. Je me souviens , il y a quelques années, avoir eu entre les mains un catalogue  qu’éditait ce brasseur, contenant les articles aux couleurs “Kronenbourg” distribués à travers son réseau de vente (blousons, tee-shirts, cendriers…).  Figuraient  aussi le Dinky Toys mais également le Berliet Stradair de chez FJ. Ces modèle étaient donc en vente à travers le réseau de distribution  “Kronenbourg”.

Je ne peux vous présenter qu’un seul modèle qui sort de l’ordinaire. Il s’agit de la pré-série de la benne basculante. Ce modèle possède une benne entièrement lisse. On peut imaginer que Dinky Toys a rencontré des problèmes avec son moule et qu’un nombre important de rebus a conduit la direction a le modifier rapidement. Les rainurages ont facilité l’injection du zamac lors de la fabrication. J’ai eu cet exemplaire auprès de M. Chaudey, avant d’en trouver un second, bien plus tard dans une salle des ventes. Il était en vrac avec d’autres modèles en état d’usage. Logiquement d’autres exemplaires devraient finir par apparaître un jour. En effet une certaine quantité a dû être réalisée avant la modification du moule (rainurage).

Chez JRD, si je dois retenir un modèle, ce serait le très original tracteur Tak semi-remorque panier avec ses 90 bouteilles de gaz, à installer une à une : elles étaient livrées dans un sachet. A chaque fois que j’ai eu à installer ces bouteilles, j’ai pu constater que JRD, généreusement en mettait deux de plus. Il faut dire que l’on cassait facilement les anses en les installant.

Bien évidemment ce sont les couleurs rares (argent ou bleu métallisé) qui sont les plus convoitées. Mon père et moi, nous les avons traquées avec assiduité. Cela a pris du temps.

Celle de couleur rouge, la plus fréquente, est aussi la plus réaliste et la plus réussie. La flotte des véhicules aux couleurs d’Antar était ainsi décorée.

Appréciez celle équipée de pneus en caoutchouc blanc, au dessin si particulier. La couleur des ces pneus n’est certes pas crédible mais ils s’harmonisent parfaitement avec les décalcomanies. Je ne me lasse pas de voir en vitrine ces objets acquis il ya près de 40 ans.

A Marseille, FJ a logiquement inscrit ce populaire camion à son catalogue. L’échelle de reproduction est atypique dans le paysage des productions françaises de jouets de l’époque. Il est reproduit au 1/60 environ. Celui qui me paraît le plus intéressant, et le plus rare est le brasseur aux couleurs de Coca-Cola.

Le plus original est bien sûr la version porte-fer. Il faut savoir qu’ FJ produisait ces modèles en tronçonnant aux 2/3 la cabine d’un modèle de base. Il y a là un côté artisanal qui sied bien à cette petite entreprise provençale. Une pièce en tôle permettait de fermer la cabine.

Le brasseur “Coca-Cola” a un charme désuet. Il est fini dans la couleur jaune orangé qui avait été choisie par la firme d’Atlanta après la guerre pour habiller sa flotte de véhicules.

C’est assurément de cette même couleur qu’aurait été peint le Renault 3500kg de chez Dinky Toys de 1961. Ce projet dont il ne reste que le plan n’a pas abouti. (voir le blog consacré aux plans Dinky Toys). Dans le milieu des années soixante, la livrée rouge et blanche a remplacé la couleur jaune. A voir le nombre important de jouets aux couleurs de Coca-Cola on réalise que dès l’après-guerre le service marketing de Coca-Cola avait compris l’importance de conditionner les jeunes clients.

Pour une raison que j’ignore la version “Coca-Cola” avec le Berliet Gak est rare. Je crois bien ne l’avoir revue que deux fois. FJ transfèrera cette déclinaison “brasseur” sur sa nouveauté le Berliet Stradair. Comme ce dernier , le Berliet Gak est équipé de jantes en plastique, ce qui est rare pour ce camion.

Il faut dire que le Stradair, dans la réalité, avait une suspension “Airlam”. Il était tout destiné au transports de marchandises fragiles.

Cette version benne à ordures distribuée à Lille aux couleurs de la capitale nordiste me semble être digne d’intérêt. Monsieur Dufour en possède également un exemplaire.

La version pompier est peu crédible. Cependant le jouet a un charme certain.

Enfin, il semble opportun de citer dans un article consacré à ce camion les versions publicitaires aux couleurs du” savon pâte  Arma”. La localisation  géographique de cette firme, Marseille, comme FJ  explique surement la réalisation de ce modèle. Il est fort réussi. Je pense qu’il a connu une distribution promotionnelle .

Finalement M. Malric a bien fait de faire sa demande en amont de Noël. Il a été entendu. Je vous invite également l’année prochaine à faire vos commandes d’articles bien en avance pour permettre au Père Noël d’étaler sa charge de travail.

 

Le Pélican et la loi Evin

Le Pélican et la loi Evin

Certains noms de ministre restent dans le temps et reviennent ainsi, presque malgré eux, sous les feux de l’actualité, parfois vingt ou trente ans après que la fonction ait cessé d’être exercée par son titulaire. Il en est ainsi lorsque le nom du ministre est étroitement associé à une loi ayant fait polémique ou ayant été farouchement combattue. Ainsi, le nom de Simone Veil récemment disparue sera pour toujours associé à la loi légalisant l’avortement et à son combat contre un parlement composé majoritairement d’hommes qui ne voulait pas entendre parler de cette loi. Aujourd’hui encore certains rêvent d’un retour en arrière.

Pour tout dire ce n’est pas à cette loi que je pensais quand m’est venue l’idée de faire ce blog. Non, je pensais à la loi Evin relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme et l’idée m’est venue alors que je rangeais en vitrine un buvard publicitaire édité dans les années cinquante par la bière “Pélican”.

Le sympathique volatile s’adressait ainsi aux enfants : “Votre collection d’autos miniatures va s’accroitre grâce au Pélican” tandis qu’un astérisque renvoyait au bas du buvard où l’on trouvait les explications permettant d’acquérir ce joli petit camion Renault : “conservez soigneusement les étiquettes !…500 donnent droit à un attrayant CADEAU PUBLICITAIRE ! ” (texte original)

Deux choses m’ont surpris. La première est que ce message soit à destination des enfants. La seconde, c’est la quantité requise pour bénéficier du cadeau ! 500 bouteilles de bière Pélican pour mériter le petit camion Renault brasseur de chez Polichinelle, cela fait beaucoup ! C’est un vrai pousse -au -crime. On notera également qu’il devait être bien fastidieux d’enlever les 500 étiquettes des bouteilles.

Je me souviens très bien qu’à l’école, le peu de fois où j’ai mangé à la cantine, on servait encore de la bière à table. L’industrie brassicole devait par ce biais éduquer les jeunes gens au doux plaisir de ce breuvage.

Cependant, la marque Pélican va plus loin. Elle invite clairement à boire en famille : “En famille buvez Pélican la grande Bière française”. A titre personnel, je n’aime pas la bière et je remercie la famille de mon épouse originaire de Calais de ne jamais m’en avoir tenu rigueur, dans la mesure toutefois où j’accepte bien volontiers un verre de vin rouge.

Un dernier détail, assez amusant. Observez le dessin. On voit cinq enfants. Les quatre garçons sont déjà sous l’emprise de l’alcool. La jeune fille baisse les yeux. Elle a l’air très sage et visiblement n’a pas touché à la bière Pélican.

Elle est presque gênée d’être là et de voir le comportement des jeunes garçons qui l’entourent.

Le petit Renault ATD Polichinelle est superbe. Plein de charme. Réalisé en tôle lithographiée, c’est un beau témoignage d’une époque. Pour l’occasion un étui a été réalisé. A priori, cette version plateau brasseur n’a pas été reprise en série.

Quatre carrosseries ont été proposées en magasin de jouets…ou plutôt chez les marchands de couleurs et autres bazars, circuit privilégié de distribution de ces petites firmes. Il faut noter un détail important : les modèles du commerce sont découpés dans des tôles unies. Plus de lithographie, même pour souligner les phares ou la calandre.

Nuançons enfin l’existence des quatre carrosseries. En fait, il y a une version citerne et une version ridelles. Cette dernière se décline en benne basculante quand elle est articulée sur l’arrière du châssis et en bâché, avec l’adjonction d’une bâche. Si l’on ajoute la version ridelles fixes cela nous fait bien quatre carrosseries qui ont été regroupées dans un superbe petit coffret intitulé “Les routiers”.

Un examen attentif du dessin du couvercle montre que l’illustrateur a reproduit un camion Ford 5 tonnes, celui de chez Dinky Toys, et non un Renault !

Enfin, la présence du nom d’une imprimerie lyonnaise “Bobillon et Beraud” laisse penser que l’origine de la marque est lyonnaise…mais alors pourquoi ne pas avoir reproduit un Berliet local ?

Dernière question. la C-I-J avait un contrat d’exclusivité pour la reproduction des véhicules Renault. Y a -t’-il eu un souci avec la Régie? Le modèle Polichinelle reproduit assez fidèlement un Renault ATD, c’est acquis. Cependant, la marque  au losange n’apparait ni sur le jouet ni sur la boîte.

Pour essayer d’être le plus complet possible signalons enfin l’existence de jolis ensembles, avec remorque, vendus en boîte individuelle. Pour l’occasion, Polichinelle a réalisé une remorque à deux essieux. Ces ensembles sont des plus réussis. Ces productions méritent votre respect de collectionneur et complètent à merveille l’univers des véhicules industriels français .

 

Un chemin de croix

Un chemin de croix

La production des automobiles Pegaso s’est rapidement apparentée à un véritable chemin de croix. Ce n’est pas un vain mot de le dire. (voir le blog consacré à cette firme).

Cela m’amène à vous parler de M. Gillet, passionné d’automobiles et collectionneur éclectique de miniatures automobiles. Il aime beaucoup la firme Pegaso et place au panthéon des ingénieurs de l’automobile Wilfredo Ricart, l’ingénieur qui conçût les Pegaso.

Quand on lui parle d’Espagne, il s’enflamme vite. Notamment pour ce qu’il appelle la “Grande Espagne” qui va, selon ses dires de Philippe IV à Franco. Il connait beaucoup d’anecdotes concernant ce pays et ceux qui l’ont dirigé.

Dernièrement, il me fit remarquer que les camions miniatures de la marque de jouets Caramello, que j’avais identifiés comme des reproductions de Barreiros, étaient en fait des Pegaso Comet. Puis, il ajouta cette phrase qui n’a cessé de m’intriguer:

“Tous les modèles Pegaso contemporains de l’ingénieur Ricart sont faciles à identifier : ils sont toujours ornés d’ une croix sur la face avant et le plus souvent dans la calandre.” Il alla même plus loin en m’expliquant que l’ingénieur Wilfredo Ricart à qui l’on doit ces voitures Pegaso et qui participa aussi à la conception des poids lourds était un fervent catholique. Ainsi, la croix sur les faces avant des Pegaso serait en fait une allusion à la crucifixion .

J’avoue être resté sans voix. M. Dufresne et moi-même avons fait des recherches mais n’avons pas trouvé confirmation de cette théorie. Selon ce dernier, c’est hautement improbable. Alors, légende, interprétation a posteriori… Difficile de se prononcer, difficile de savoir si dans l’Espagne franquiste qui avait fait de la   guerre civile une véritable croisade, Ricart a délibérément choisi ce symbole, ou s’il ne s’agit que d’un ornement sans connotation religieuse.

A cette histoire hors du commun, j’ai choisi d’associer une autre reproduction de Pegaso qui m’a également laissé sans voix le jour où je l’ai acquise

Lors de la vente aux enchères consacrée à la collection de M. Pujol, collectionneur barcelonais, j’ai été intrigué par la photo de cette reproduction de Pegaso. Maquette artisanale, jouet, objet publicitaire, j’avoue m’être posé de nombreuses questions à la vue de la photo.

Je n’avais jamais entendu parler de cette reproduction. En tout état de cause, la dimension de l’objet à l’échelle du 1/50, le faisait rentrer de fait dans le thème de ma collection. J’ai acheté le modèle.

Les camions Pegaso eux ont eu bonne réputation et ont perduré longtemps avant que l’entreprise ne soit absorbée par Iveco. Les conditions d’utilisation très difficiles dans ce pays, ont constitué un test probant de leur fiabilité. J’ai beaucoup d’affection pour cette cabine représentative de l’Espagne des années cinquante.

C’est les vacances. Prochain  article fin aout. Vous pourrez durant tout l’été relire les 496 articles du blog  de l’Auto Jaune Paris !

Orgueil et préjugés

Orgueil et préjugés

C’est au milieu d’une banale conversation avec Thierry Redempt, un des anciens rédacteurs du magazine “Passion 43”, que j’ai appris l’arrêt de ce journal. La nouvelle m’a laissé totalement indifférent.

Compte tenu de la manière dont j’avais été écarté de sa réalisation, cela aurait dû me réjouir, j’aurais dû y voir comme une revanche. Il n’en a rien été. Il faut avouer que la nouvelle était attendue depuis un certain temps.

Du contenu fantomatique de la revue n’émergeaient plus que les articles de M. Dufour. Il est resté sur le pont jusqu’au bout, comme le capitaine dont le navire fait naufrage.

Les erreurs qui altéraient les publications antérieures ont été reproduites. Même cause, même effet. Les belles intentions du départ se sont vites évanouies, amateurisme et clientélisme ont bien vite dominé l’aventure.

j’ai vu des similitudes avec l’histoire d’une marque automobile : je veux parler ici de la firme automobile espagnole Pegaso.

Elle a comme point commun avec ce magazine le fait d’avoir été créée par une personne mégalomane qui disposait de moyens financiers certains mais qui ne connaissait pas le marché. Et tout s’est terminé comme pour le journal précité par un incroyable gâchis.

Reprenons l’histoire. Elle commence après la seconde guerre mondiale, dans l’Espagne franquiste, coupée du monde. Le pays manque de tout. C’est peu dire que la guerre civile a laissé des traces dans la population et dans l’économie. Le réseau routier est calamiteux, ce qui ne favorise pas le transport des biens et des personnes. Le pays a donc besoin de camions et de cars.

C’est dans ce contexte très difficile, que l’Instituto Nacional de Industria (INI), le ministère de l’économie franquiste, suit les conseils de l’ingénieur Wifredo Ricart et crée en 1946 la ENASA (Empresa Nacional de Autocamiones S.A.), sur les ruines du constructeur Hispano-Suiza. L’entreprise d’Etat a pour mission de produire camions et cars. C’est sa priorité absolue . De l’autre côté du rideau de fer, on aurait parlé d’un plan quinquennal. Finalement, sous deux régimes politiques opposés on trouve une même approche de l’économie.

En 1948, Wilfredo Ricard, lance un projet utopique. Il a c’est vrai un passé glorieux. Il a c’est certain du talent. Lorsque qu’a éclaté la guerre civile en Espagne, en 1936, il était à Milan. Il travaillait chez Alfa Romeo sur des projets de monoplaces où il avait le titre de chef des études spéciales. C’est dans ce contexte qu’il a eu un différent avec Enzo Ferrari. De retour en Espagne en 1945, il est donc à l’origine de la création de la ENASA.

Cependant, quand on a connu les belles mécaniques sportives, travailler sur des camions, aussi beaux soient-ils, peut sembler une régression. Il réussit donc à convaincre quelques ingénieurs de la ENASA de se mettre à étudier un coupé sportif.

L’orgueil et l’esprit de revanche sur Ferrari semblent être les moteurs du projet. Il réussit à convaincre le pouvoir politique, l’Etat franquiste de se lancer dans cette folle aventure. Comme on l’a vu en Allemagne ou en Italie, les dictateurs ont toujours eu besoin de recourir à l’image toute puissante de l’automobile pour affirmer leur suprématie.

Et c’est ainsi que dans cette Espagne qui manque de tout, le pouvoir franquiste va donner son accord à l’ENASA pour épauler Wilfredo Ricard dans la construction d’une auto de sport. Ce sera La Pegaso Z 102. Gilles Bonnafous dans un excellent article de 2004 publié dans Motor Legend qui m’a grandement aidé pour la réalisation de ce blog, en raconte la genèse. la Lettre Z, en espagnol se prononce Céta. Et le CETA (Centro de Estudios Tecnicos de Automocion) est le bureau d’étude créé par Ricart en 1946. Le chiffre 2 indique qu’il s’agit du second projet. Le premier était celui d’une berline V12 qui ne verra jamais le jour . 84 exemplaires de la Z 102 sortiront des chaines. Un fiasco.

Fierté de toute une nation, cette auto connaitra bien sûr quelques reproductions en miniature. Le coupé sera immortalisé par Anguplas à l’échelle du 1/87. Mais c’est la version de Rico qui est la plus connue. L’auto est reproduite à une échelle légèrement supérieure au 1/43. Le fabricant espagnol a choisi une version rare, la cabriolet. La miniature est équipée d’une petite friction. Cet accessoire à la mode à l’époque, n’apporte vraiment rien au jouet, mais il n’en a pas déformé les lignes .

Rico déclinera aussi toute une série de camions Pegaso Z-207 “Barajas”, tous plus beaux les uns que les autres. Leur réalisation soignée les place au niveau des plus belles reproductions de jouets de l’époque. J’apprécie cette technique très particulière qu’ont utilisée les fabricants espagnols de jouets, qui consistait à peindre les carrosseries injectées en plastique.

La technique est peu fréquente mais confère au jouet une finition de grande qualité. Norev s’y essaiera, le temps d’un test en vue des futures Jet-Car. Les fabricants espagnols étaient fort habiles dans l’art d’utiliser les pochoirs. Pour d’évidentes raisons de coût de production et pour rester dans des gammes de prix abordables dans ce pays à reconstruire, Rico n’a pas injecté en zamac, mais a choisi le plastique. Le zamac arrivera en Espagne, plus tard, quand le pays commencera à se relever économiquement. Les modèles Pegaso n’étaient déjà plus fabriqués. Il faudra cependant attendre pour voir du zamac de belle qualité. Les premiers modèles injectés souffrent aujourd’hui de métal fatigue.

Une autre reproduction, d’origine espagnole sans doute, est à signaler. Il s’agit d’un bel et très éphémère coupé Z103. Réalisé en plastique, à une échelle proche du 1/40. Je ne me rappelle plus où j’ai acquis cette miniature il y a 40 ans, mais le mystère entourant cet objet (modèle publicitaire?) m’a convaincu de la conserver. Je ne regrette pas ce choix aujourd’hui. Même M. Dufour, familier des productions espagnoles, grand connaisseur en la matière n’avait jamais vu ce jouet.

J’ai commencé cet article en citant une conversation que j’avais eu avec Thierry Redempt. C’est par une autre conversation avec M. Gillet, amateur éclectique, passionné de l’Espagne et de son histoire que je le terminerai. Cette conversation m’a conduit à m’intéresser à un autre détail, des plus intéressants, relatif à la marque Pegaso. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, pour la suite de cette aventure, qui va se révéler être un véritable chemin de croix.

Heureux comme un Saviem dans l’eau

Heureux comme un Saviem dans l’eau

Comme me dit mon frère, spécialiste en communication, l’important, c’est de faire le “buzz”. Traduisez par l’événement. Ainsi, désormais, sur les réseaux sociaux, on assiste à une véritable surenchère de photos et de vidéos. C’est à celui qui réussira à attirer le plus grand nombre de visiteurs sur son compte et pourra ensuite s’en glorifier.

Les médias ne sont pas en reste, ils comptabilisent les visites sur les réseaux sociaux des hommes politiques ou du spectacle. C’est à cela qu’on mesure l’importance de telle ou telle personnalité. Le contenu importe peu, c’est le chiffre qui compte.

Prenons la photo que mon frère a postée sur Facebook. Une explication s’impose. Nous avions acheté quelques jours auparavant une collection. Ayant loué un étal à la bourse de Houten aux Pays-Bas, nous avons profité de notre arrivée la veille de l’événement pour déballer la marchandise et l’étiqueter. L’hôtel est un superbe établissement situé à quelques centaines de mètres du hall d’exposition où se déroule l’événement. Les chambres sont spacieuses, voire luxueuses, mais le week-end, l’hôtel pratique des prix plus abordables. Mon frère a tout de suite répéré la baignoire avec jacuzzi. Comme j’avais un rendez-vous avec un marchand anglais, je le laissai seul et je l’habilitai à faire un rapide nettoyage de la marchandise. En effet, la personne à qui j’avais acheté le matériel avait subi une inondation. Comme elle n’avait pas jugé utile de jeter les cartons mouillés une odeur d’humidité forte et tenace avait imprégé les modèles.

Quelle ne fut pas ma surprise à mon retour de trouver mon frère dans un bain de mousse géant, entouré des Saviem CIJ qui bénéficiaient ainsi d’un nettoyage à grande eau.

 

Amoureux de la marque, le vendeur en avait rassemblé huit, tous dans la même variante, calandre à une barre, cabine bleue et benne rouge foncé.

Aprés avoir immortalisé la scène, mon frère avait posté la photo sur sa page Facebook !

C’est ainsi que j’ai vu dans ce cliché l’opportunité de vous parler d’un modèle qui n’aurait peut être jamais eu l’honneur du blog. Il faut avouer que ce camion dans sa version de base est commun. C’est un grand classique de chez C-I-J. L’idée du fabricant d’équiper la cabine Saviem d’une benne de type charbonnière est excellente.

Les fabricants de jouets préférent bien souvent reproduire des bennes carrières équipées d’une casquette. Pourtant ces dernières semblent moins fréquentes dans la réalité que celle de type charbonnière. Elles circulent souvent en circuit fermé dans des carrières à ciel ouvert, à l’abri des du regard des automobilistes.

Ce n’est pas le cas des bennes de type “charbonnières”. Ayant grandi en Picardie, mes saisons ont été rythmées par celles des campagnes betteravières. Ce sont ces bennes de type “charbonnières” qui étaient utilisées lors des récoltes se déroulant durant l’automne et l’hiver.

Elles faisaient “la joie” des automobilistes. Chargés de manière déraisonnable ces camions laissaient tout au long du parcours les conduisant à la sucrerie de larges traces d’une terre grasse qui rendait la chaussée glissante et maculait les flancs des automobiles.

Aussi, sur le plateau, à la sortie de Compiègne, après Venette, pour rejoindre l’autoroute A1, je les ai souvent maudits ces camions. Il faut ajouter au désagrément l’odeur très particulière s’échappant des sucreries. Je retrouve ces mêmes effluves lorsque partant pour la Grande- Bretagne j’arrive à l’aube au niveau dit du “Camp du drap d’or”, juste avant Calais. Au loin j’aperçois alors le halo des projecteurs illuminant la sucrerie et ses cheminées qui recrachent de longs panages blancs dont l’inclinaison s’est souvent révélée prometteuse d’une traversée agitée.

Et j’ai fini par éprouver une certaine sympathie pour ces camions qui me rappellent tant de souvenirs.

La première cabine Saviem, de type LRS a connu une vie sans histoire. Il n’y a pas de couleurs vraiment rares. La cabine qui lui a succédé, équipée d’une calandre verticale de forme rectangulaire à 3 barres horizontales est également assez facile à se procurer. Il a été produit une version équipée d’une casquette en tôle incorporée dans un sympathique coffret dénommé “Sablières de la Loire”. Il est certain que le surplus produit a été distribué en étui individuel.

Dans cette variante, ce sont les couleurs des jantes qui font la différence. Pour faire simple,  celles de couleur argent sont fréquentes, toutes les autres sont peu fréquentes.

Pour qui collectionne les C-I-J, la vraie difficulté est de se procurer les dernières productions. Lorsque Saviem a simplifié sa calandre en ne conservant qu’une barre horizontale, C-I-J a collé à l’actualité en modifiant son moule.

Cependant, il est assez difficile pour le collectionneur de répertorier toutes les dernières variantes. Tombée en décrépitude, la firme assemblait ses modèles avec ce qui restait à sa disposition. Cela se vérifie au niveau des assemblages de couleurs mais également aux jantes de couleurs variées qui les équipent.

C’est un pur bonheur et une véritable aventure qui attendent l’amateur intéressé. J’ai donc photographié les modèles que j’ai obtenus. Il y en a d’autres bien sûr.

La C-I-J a choisi des couleurs vives pour habiller ses modèles. Dans la réalité, la couleur grise était souvent de mise. Il faut dire que la couche de boue recouvrant les véhicules au bout de quelques trajets à la sucrerie rendait les couleurs difficilement identifiables.

Mon frère en train de nettoyer des Saviem C-I-J
Mon frère en train de nettoyer des Saviem C-I-J

Est-ce le souvenir de la Picardie de son enfance et de ses routes boueuses qui a incité mon frère à mettre les miniature CIJ dans son bain moussant?    

 

voir le site de mon frère.    http://autojaunejunior.com/