Archives de catégorie : Grande Bretagne

Vous avez aimé John and Betty. Vous adorerez José y Carmen !

Vous avez aimé John and Betty. Vous adorerez José y Carmen !

Ma première méthode d’Anglais racontait la vie quotidienne d’un frère et une soeur. Ils s’appelaient John and Betty. Je me souviens de la prédominance de la couleur verte dans les vignettes. On retrouvait tous les clichés relatifs à la société anglaise. Je suis né en 1963.

Au petit déjeuner, les “baked beans” (haricots blanc sauce tomate) trônaient sur la table avec les céréales, les oeufs au bacon, les toasts et la marmelade.

Je ne me souviens plus s’il y avait un ordre à respecter dans la dégustation, mais la famille était réunie comme pour une cérémonie. Les enfants ne tenaient pas leur bol d’une main et le téléphone portable de l’autre. C’était une autre époque.

Les parents allaient à l’opéra et leur progéniture n’écoutait ni les “Clash” ni les “Sex pistols”mais des disques de Haendel pour les plus roturiers, de John Dowland, célèbre joueur de luth de l’époque Elisabethaine pour les plus mélomanes (petit extrait musical )

Ils étaient bien peignés et habillés avec chic. Je me suis souvent demandé même comment ce grand pays avait pu voir naître la vague punk.

Côté boisson, je me souviens du whisky, bu avec modération, recueillement et régularité, mais uniquement par le papa, installé dans son fauteuil. La bière, il n’en était pas question.

J’ai découvert bien plus tard l’existence des “pubs”, totalement absents des vignettes de ce livre.

Moi, j’avais bien apprécié les dessins représentant le laitier qui déposait la bouteille devant la maison avec son traditionnel camion électrique.

Amateur de véhicules industriels, les formes particulières de la camionnette électrique du laitier m’avaient séduit. Elles représentaient la singularité britannique la plus marquante, bien plus que les bus à deux étages et le traditionnel taxi Austin.

Je n’ai pas appris l’Espagnol mais je me suis toujours demandé si l’ouvrage avec John and Betty avait un équivalent ibérique, un “José y Carmen”.

Les deux pays ont des points communs. Ils ont une monarchie qui n’a aucun pouvoir politique. Ils se déchirent aussi depuis 300 ans pour un territoire de 6,8km2, le rocher de Gibraltar. C’est à peu près tout.

Quand John passe méticuleusement sa tondeuse dans le jardin, José cueille les oranges. Quand Betty s’abrite sous un parapluie dans les brumes londoniennes, Carmen joue de l’éventail dans les ruelles de Séville.

En Espagne, pas de bus à deux étages pour aller à l’école mais le scooter du père. Il peut emmener les deux enfants grâce à sa selle biplace. Lorsqu’ils seront plus grands, il devra s’équiper d’un side pour emmener toute la famille.

Comme la Grande-Bretagne, l’Espagne regorge de véhicules typés associables au mode de vie.

Après la guerre civile de 1936, le pays a été plongé dans une léthargie économique. Il s s’est donc tourné vers des véhicules économiques. Le laitier espagnol est ainsi équipé d’un triporteur Lambretta avec une caisse à l’avant, comme le livreur de bouteilles de gaz ou de boissons.

L’entrepreneur local se sert d’un dérivé du Biscuter Voisin en version fourgonnette ou de l’Isetta équipée d’un plateau. Les rues espagnoles sont ainsi envahies de véhicules simples, aux couleurs bigarrées, dont la motorisation deux temps laisse échapper des gaz d’échappement bleutés.

On imagine la cacophonie régnant dans les ruelles encombrées de ces engins pétaradants.

J’ai un faible pour ces véhicules aux formes simplistes. Le grand fabricant ibère, Dalia, a su capter le charme des versions tricycle. La firme de Barcelone a décliné une multitude de versions, au point qu’on s’y perd.

Au début de ma collection, devant l’ampleur de la tache, je m’étais contenté d’en garder quelques-uns. Et puis j’ai eu l’opportunité d’ acquérir un lot qui en comprenait plus de 40 différents. Je n’ai pas laissé passer cette chance.

Désormais, les Lambretta, les Vespa aux couleurs Obras publicas, Butano, Cruz Roja, policia, Coca Cola animent mes vitrines, et me transportent en Andalousie en quelques secondes.

On peut s’interroger sur la réalité de certaines versions comme Cruz Roja . On imagine l’équipage assumant les urgences en triporteur ou en scooter avec side-car.

Il faut prendre ces versions comme des jouets. Ils établissent combien ces petits véhicules faisaient partie de la vie de tous les jours au point d’en multiplier les variantes même les plus improbables.

les versions “militar” sont là pour nous rappeler la présence du Général Franco à la tête du pays jusqu’en 1975. Certaines versions sont décorées aux couleurs “policia”. La police a toujours eu, en Espagne, ce type de véhicules.

Les Lambretta triporteurs ont permis à Dalia de multiplier les chargements. Lait, vin, soda Coca Cola, bouteilles de gaz et chargements variés sont au catalogue. Pour chaque version Dalia a pris soin de réaliser une cale en carton à la dimension des accessoires contenus dans la benne du triporteur.

Cette astuce des fabricants de jouets consistant à décliner un grand nombre de variantes leur permettait de gonfler leur catalogue à peu de frais et donc d’accroître les commandes des revendeurs. Ces petits modèles fort attrayants devaient être vendus bon marché.

Le scooter c’est aussi l’image de la jeunesse, donc de l’insouciance. Comment interpréter autrement la version”rallye” qui emprunte à la Porsche GT  et l’Aston Martin DB5 leur numéro de course et leur bande tricolore?

Il y a là quelque chose de prémonitoire, comme si Dalia pressentait l’émergence en 1980 de la “Movida” et la sortie du franquisme. Il fallait oser proposer un scooter rallye à côté de la version kaki militaire. Laquelle eut le plus de succès ? il me semble que la version militaire est bien plus fréquente que l’autre, et qu’elle a été produite en plus grand nombre.

Merci à José Andrade pour son aide dans l’acquisition  de ces miniatures. Prochain blog le 25 Janvier 2021.

Jour de fête

Jour de fête.

Vous avez sûrement en tête les images du film “Jour de fête” de Jacques Tati, avec l’arrivée joyeuse du petit cirque dans le village de Sainte-Sévère-sur -Indre. Les enfants du village courent derrière les roulottes. C’est la fête, les forains arrivent.

On retrouvera cette même joie liée à l’arrivée des forains plus tard, dans le film de Jacques Demy, “Les demoiselles de Rochefort” . (voir l’extrait de l’arrivée des forains avec les camions Saviem et les bateaux Rocca !) 

L’arrivée des roulottes symbolise ce moment de fête, de rupture avec le quotidien, comme carnaval au Moyen Âge.

C’est en 1779 que l’on trouve la trace des premiers spectacles de cirque, en Grande-Bretagne en plein air. Puis des structures en dur ont été construites afin d’assurer le spectacle quelque soit le temps. On parle ici de spectacles d’une certaine envergure.

Plus tard, grâce à la traction hippomobile, de toutes petites structures ont sillonné les routes de Grande-Bretagne puis de France. En France, des décrets sont venus réglementer les déplacements et le stationnement des gens du voyage, des saltimbanques.

Pas de chapiteau bien sûr, mais des bancs, une estrade. parfois quelques animaux, un montreur d’ours par exemple. Quelques numéros de jonglage, de clown au son d’un ou deux instruments de musique. Cela suffit pour apporter joie et divertissements dans les petits villages.

Nous sommes bien loin du gigantisme du cirque à l’américaine. Les saltimbanques arpentent les routes toute l’année.

En parallèle, les femmes exercent parfois leurs dons de voyance. Roulottes et diseuses de bonnne aventure vont de pair. Les peintres se sont emparés de cette image d’Epinal.

Certains artistes ont su saisir sur la toile les deux facettes de la vie des gens du voyage : le divertissement et les prédictions d’avenir. Lucien Simon qui était professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris a réalisé une série de toiles mettant en scène un petit spectacle sur une estrade et une diseuse de bonne aventure.

Les scènes croquées par Lucien Simon se déroulent le 15 août dans le Finistère. Chaque année, au jour du pardon de la chapelle Notre Dame De La Joie, un petit cirque, mais aussi des manèges venaient s’installer à Penmar’ch.

Le plus intéressant est celle où le peintre représente à l’arrière plan une petite estrade où quelques clowns amusent la galerie. Au premier plan des bigoudènes se font lire l’avenir dans les cartes par une diseuse de bonne aventure. Les enfants sont apprêtés et fixent le spectateur. Les chevaux sont au repos. La scène contraste avec l’agitation et le brouhaha du fond du tableau.

On y trouve le mélange du profane et du sacré. Ces fêtes du 15 août sont bien sûr d’ordre religieux. Après les célébrations religieuses, les participants assistaient à ces petits spectacles qui permettaient sans doute le temps de quelques heures d’oublier les rudes conditions de vie en Bretagne à cette époque.

On notera la roulotte de couleur verte, le fronton de la scène, les drapeaux tricolores que l’on retrouve sur plusieurs tableaux et sous différents angles, confirmant qu’il s’agit bien du même lieu.

Les cirques de taille importante ont eux aussi développé leurs numéros de voyance et de magie et ce dés le début de la création des premiers cirques. Ces numéros ont toujours fasciné le public. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les belles affiches de la collection du Docteur Frère qui illustrent cette page. Qui n’a pas redouté, un jour, au cirque, d’être choisi par l’artiste pour servir de cobaye ?

Les fabricants de jouets anglais ont toujours montré de la bienveillance envers ce monde ambivalent, n’hésitant pas à proposer à leurs petits clients des reproductions de roulottes de gens du voyage.

La vie de bohème et le monde des saltimbanques n’a pas de connotation péjorative outre-Manche. Ils jouissent d’une certaine reconnaissance, les jouets décrits ci-dessous en sont la preuve. La frontière entre gens du voyage, petits cirques ambulants et cartomanciennes est très mince.

Charbens a crée un magnifique ensemble, au 1/32. Les éléments sont injectés en plomb. La roulotte est d’une taille respectable. l’ensemble se compose d’un gitan, debout, d’une gitane assise tenant un enfant au creux de ses bras, d’un brasero et d’une corde à linge avec des vétements suspendus, donnant vie à l’ensemble. C’est une pièce rare. Nos amis anglais vous expliqueraient que le plus rare, à, part la corde à linge, c’est la boîte, ce qui pour ce type de jouets est une réalité. Il en existe au moins deux, de couleurs différentes.

L’ensemble proposé par Morestone est aussi reproduit à la même échelle, le 1/32, échelle de reproduction la plus usitée en Grande-Bretagne pour ce type de jouets. L’ensemble est splendide. Les couleurs très représentatives. je ne ne connais qu’une couleur. L’ensemble est injecté en zamac, comme tous les modèles de cette firme. Ce qui manque très souvent, lorsque l’on croise ce jouet, ce sont le gitan et la pièce rapportée figurant les petites marches à l’arrière de la roulotte.

En France, il n’en a pas été de même. Si les grands cirques sont adulés, les petites structures sont bien souvent mises à l’index. Il suffit de lire les différents arrêtés pris par les maires ou les préfets.

Pour s’en convaincre regardez comment Minialuxe a traité son sujet. La boîte est certes bien décorée. L’artiste a eu cette belle idée de faire figurer le nom du coffret sur les vêtements étendus sur une corde à linge.

Cela nous renvoie à l’image que Charbens véhiculait plus haut. Le linge au vent, en pleine nature symbolise la vie nomade, la liberté mais aussi le lien avec la civilisation.

Le coffret se nomme : “LES ROMANIS”. Cela se disait autrefois, puis en 1974 c’est le terme “Rom” qui a été adopté. Il est composé de peuples nomades (bohèmiens, tsiganes, gitans).

La roulotte est assez précaire, simpliste. L’illustrateur a choisi de représenter un fer à cheval sur les languettes de la boîte symbolisant la bonne aventure, les cartomanciennes. L’allusion au cirque a disparu totalement.

Cette réalisation n’a pas rencontré un franc succès. Minialuxe réutilisera vite cette petite roulotte en accessoire servant à accueillir les cantonniers entretenant les routes. Le clou sera l’utilisation d’un boîtage accueillant les deux thèmes dans un même coffret. Inutile de préciser la rareté de ce dernier.

Au milieu des années soixante, la série de marionnettes d’animation “Kiri le clown ” créée par jean Image , fut diffusée à la télévision française. Elle synthétise  l’image du petit cirque, de la roulotte, de la vie itinérante. Le bruit des sabots du cheval et le déhanchement de la roulotte m’ont beaucoup  marqué. J’avais oublié. Au moment d’écrire ces lignes, ce souvenir bien enfoui m’est revenu. (voir la vidéo du premier épisode…uniquement pour ceux qui ont connus cette période !) 

Petit bonheur

Petit bonheur

Le contraste est saisissant. Violent même. La lumière artificielle et surexposée des spots renforce cet effet. C’est presque aveuglant.

Vous avez passé non sans mal le contrôle de sécurité de l’aéroport et vous débarquez dans le royaume du “Duty free”. Tout y est luxueux, cela brille, l’or jette ses feux.

A ce moment vous vous demandez même si vous ne vous êtes pas trompé de chemin. Mais non, la route est imposée. Obligé de traverser ce pays de Cocagne pour rejoindre l’avion.

Comme Ulysse vous devez résister aux sirènes du monde du luxe. Elles sont toutes là, plus belles les unes que les autres, rivalisant d’ingéniosité afin de se démarquer des voisines.

Je résiste à la tentation de m’arrêter quand soudain j’entrevois comme une échappatoire, une faille, une ouverture… Une pancarte indique que l’entrée est libre : j’y vais.

Vous n’avez pas rêvé, des oeuvres d’art sont là. Offertes au regard des voyageurs, comme une récompense après les différentes épreuves que vous venez de traverser. Un vrai bol d’air. Je m’y engouffre avec délice.

Cette petite exposition est consacrée à Dina Vierny. Elle fut le modèle d’ Aristide Maillol puis de Bonnard, Matisse et Dufy.

C’est beau et c’est touchant de découvrir la même femme à travers le regard de plusieurs artistes. Chacun avec le style qui lui est propre. Plus tard cette femme ouvrira une galerie à Paris. Saluons donc cette heureuse initiative des aéroports de Paris. Cette exposition était visible dans le terminal 2E hall M.

Vous l’avez compris c’est ce hall que j’ai emprunté afin d’embarquer pour la bourse d’Allentown aux Etats-Unis comme chaque année à pareille époque.

La-bas j’ai eu aussi,  comme à l’aéroport mon lot de désagréments avant l’éclaircie.

Deux camions semi-remorque couchés sur la chaussée, dont un coupé en deux, bloquant le Highway. Plus de 3 heures d’embouteillage pour rejoindre mon hôtel en Pennsylvanie. Plus de connection avec mon téléphone. Puis plus tard une panne de secteur éléctrique : plus de lumière, plus d’ascenseur, d’internet ni de feux de  circulation ! Bref, il a fallu faire face.

Tout est déjà oublié quand la bourse débute ce vendredi. Beaucoup de tables sont encore vides, la bourse commence lentement. Soudain, un éclair. Un exposant que je n’ai jamais vu. La présence devant sa table d’un collectionneur américain de 1/43 de mes connaissances me fait comprendre que le marchand propose sûrement ce type de produits.

J’en ai la confirmation en m’approchant. Dans une vitrine plate sont placées des miniatures de qualité. Ce sont toutes des Corgi Toys. Au vu des prix demandés, le vendeur est un connaisseur.

Placé dans le coin inférieur de sa vitrine plate j’aperçois un intrigant tube en carton  gris. Je n’y aurais sûrement pas prêté attention, s’il  n’avait choisi de le placer avec ses modèles de premier choix. C’est ce détail qui m’a poussé à être curieux et à lui demander ce que contenait le tube.

Le cylindre de  carton est fermé par deux couvercles métalliques. Rien d’excitant. Un papier collé à en-tête commercial et le nom d’un destinataire me font comprendre qu’il s’agit d’un emballage d’expédition.

En l’ouvrant, la surprise est de taille. Le tube coulisse et à l’intérieur se trouvent une Corgi Toys, une petite boite ronde et surtout un ensemble de papiers, catalogues et documents enroulés autour de l’étui du modèle réduit. Une lettre accompagne l’ensemble.

Il s’agit du modèle que Corgi Toys envoyait en cadeau à tout nouveau membre de son club, section américaine. Un certificat numéroté officialisait l’entrée du nouveau membre dans la communauté Corgi Toys.

Sans oublier un catalogue (1969) afin que ce dernier ne se trompe pas de marque de miniatures lors de son prochain achat.

La petite boîte ronde contient le badge que l’heureux propriétaire pouvait arborer à l’école. Un petit livret explique, entre autres, le cheminement d’un modèle, du bureau d’étude à la production.

Venait enfin une petite lettre de bienvenue du secrétaire du club expliquant le choix de la Ford Mustang comme cadeau de bienvenue. Ce dernier rappelait à juste titre, les deux succès de l’auto en championnat Trans-Am (qu’il a rebaptisé Trans America) .

C’est la période d’or des « muscle cars ». Tous les constructeurs automobiles possédant ce type d’auto à leur catalogue  participeront à ce championnat qui intéressa un très large public.

C’est un superbe ensemble. Bien que n’étant pas un grand amateur de Corgi Toys, j’ai été sensible à ce produit, à son exceptionnel état de conservation et à surtout à sa fonction.

C’est un produit des plus originaux. Je ne le connaissais pas .

Il faut reconnaître que commercialement parlant, Corgi Toys était extrêmement habile. Le voyageur que je suis le confirme. C’est le seul fabricant de miniatures automobiles à avoir diffusé ses produits dans le monde entier. Il suffit de regarder les catalogues : la production pouvait s’adapter à tous les marchés. Le succès que rencontre la firme auprès des collectionneurs du monde entier en est la meilleure preuve.

J’en profite pour mettre en avant d’autres types de boîtage  originaux qui, comme ce tube en carton, donnent un intérêt supplémentaires à des modèles classiques.

Voici par exemple quelques variantes de boîtage concernant la série des Morris Mini Cooper Monte Carlo. j’apprécie aussi beaucoup ce boîtage promotionnel pour Dunlop  et cette boîte “temporaire” réalisée en attendant que le réassortiment n’arrive. C’est à ce genre de détails que l’on comprend le succès des Corgi Toys !

 

L’entrée dans le royaume de sa gracieuse majesté

L’entrée dans le royaume de sa Gracieuse Majesté

« A  mesure que l’on s ‘approche de la ville même, l’obscurité – ce fléau de Londres – s’épaissit de plus en plus ; l’on pénètre sous un véritable dôme de fumée (…) et l’on s’avance, à travers une quintuple avenue de navires, faisant une réalité de la poétique image qui nous montre, dans un grand port, une forêt de mâts. C’est par la Tamise, que l’étranger doit entrer à Londres pour la première fois. » Louis Enault.

affiche du salon au Petit Palais
affiche du salon au Petit Palais

Ces phrases étaient  reproduites sur les murs de  l’exposition du Petit Palais “les impressionnistes  à Londres”. Cette exposition avait pour ambition d’évoquer les conséquences de la Commune de Paris sur la vie de quelques peintres français, contraints de s’exiler au Royaume-Uni pour des raisons politiques ou matérielles.

Par la magie  d’une vidéo, nous nous retrouvions à bord d’un navire à vapeur effectuant une traversée agitée, histoire de restituer les conditions difficiles des voyageurs de cette époque.

Je connais bien le Channel. Avant que le  tunnel ne soit construit, j’ai effectué de nombreuses traversées en Ferry. En hiver, elles peuvent être très agitées. Vues du bateau, les falaises de Douvres perdent  parfois toute horizontalité au profit d’obliques plus ou moins inclinées.

Très intelligemment conçue, l’exposition nous amène logiquement, après la vidéo de la traversée, vers les quais de Londres. Ceux par où tout arrive, voyageurs  bien  sûr, mais aussi marchandises. On est impressionné par l’agitation qui règne. On comprend que Londres était le centre du monde. Les artistes ont été nombreux à croquer ces quais et à tenter de restituer leur agitation et leur ambiance parfois malfamée. Au vu du nombre d’oeuvres réalisées,  ils semblent avoir été marqués par cette arrivée dans ce “nouveau monde”. Elle symbolisait pour eux la promesse d’une nouvelle vie.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec nos chers jouets. La Grande-Bretagne a longtemps été un pays qui compensait l’absence de fabricants de  jouets par une importation massive,  avant que n’émerge Meccano, bien sûr. Les soutes des navires devaient transporter des jouets  importés majoritairement  d’Allemagne mais également de France pour qu’enfin les grues les déchargent sur les quais de la Tamise,

Ce n’est pas un hasard si les petits jouets en tôle lithographiée, distribués par des vendeurs aux coins des rues ont pris le nom de “penny toy”. Ils étaient vendus un penny ! Les Allemands se sont fait une spécialité de ces beaux petits jouets.

Un siècle plus tard, leur simplicité et leur côté désuet dégagent un charme extraordinaire.

Comme il devait être bien difficile de vendre un camion militaire avec un soldat équipé d’un casque à pointe à Londres en 1920, les fabricants allemands n’ont pas hésité à produire des lithographies spécifiques, en langue anglaise bien sûr. Cela prouve l’importance du marché constitué par les rues de Londres. Les magnifiques bus à impériale ont logiquement séduit le public anglais. Fisher en a reproduit plusieurs exemplaires différents. Il adaptait ses matrices au marché britannique. C’est ainsi qu’il a réalisé une ambulance avec un marquage aux couleurs de l’hôpital de Londres.

Mon jouet préféré est ce superbe car réalisé par Kellerman (CKO) aux couleurs des “Midland Red Motor Services”. Vous avez bien sûr fait le rapprochement avec le Commer que réalisera Corgi Toys à ses débuts aux couleurs de cette même compagnie.

La camionnette postale aux couleurs de la “Royal Mail” provenant du même fabricant, est également des plus révélatrices. J’en profite pour présenter ce même véhicule, mais reproduit par une autre firme allemande, Erzgebirge.

Tootsietoys  choisira une autre voie. Après avoir exporté directement, elle trouvera un accord avec la société Jo Hill Co. Les modèles issus de cette filière  sont facilement reconnaissables au marquage “made in England” sous le châssis. Identiques à ceux produits aux  USA, les coffrets sont également estampillés “made in England”.

Solido aussi exportera ses Majors du début de sa production  en Grande-Bretagne, ainsi que le prouve ce splendide coffret  en langue anglaise.

SR a également inondé  Londres de ses petits modèles en plomb qui ont inspiré ensuite nombre de fabricants locaux avant de conquérir le monde.

On oublie facilement que SR a inspiré les premières Tootsietoys  et également les premiers jouets japonais  moulés en plomb.

Deux écoles de fabrication  se sont donc opposées pour la reproduction d’automobiles à petite échelle. Londres a été le témoin privilégié de cette compétition. Les Allemands utilisaient la tôle lithographié tandis que les français moulaient en plomb. On sait ce qu’il en adviendra. Les techniques d’injection s’améliorant, le plomb, puis le zamac prendront le dessus. Il faut avouer  que la technique permettait d’aller beaucoup plus loin dans la qualité et l’exactitude  de  la reproduction.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

 

L’affaire du triangle !

L’affaire du triangle !

Quand le bureau d’étude de Bobigny créa le fameux triangle isocèle pour figurer les montant verticaux encadrant le pare-brise de sa Simca 8, il ne savait pas qu’il s’agissait d’une petite révolution et qu’il allait inspirer Liverpool, de l’autre côté du Channel.

Une récente discussion avec un ancien du bureau d’étude m’a ouvert les yeux sur les relations et la tension qui pouvaient exister entre les deux bureaux. Comme l’a montré Jean-Michel Roulet dans ses livres,  Liverpool contrôlait ce que faisait Bobigny, surtout dans les années cinquante. Les exemples sont fort nombreux. Au fil des années,  Bobigny a acquis une certaine liberté dans la création des prototypes.

Mon interlocuteur du bureau d’étude louait la très grande  qualité d’exécution des graveurs  français. Il en résultait un de peu jalousie du côté de Liverpool.  On imagine bien que  le prototype de la Simca 8 y a fait sensation lors à son arrivée.

La découverte de quelques prototypes en bois “made in England” confirme cet état de fait.

Il y  a fort longtemps j’ai eu l’occasion de récupéré le prototype en bois de la Buick Skylark qui venait de Jean-Michel Roulet et qui était ensuite passé chez Jean Vital-Rémy.  La dispersion de la collection  de ce dernier a remis sur le marché bon nombre de raretés.

Curieusement, le modèle que je vous présente ce jour avait été écarté des ventes majeures de chez Christie’s. Je l’ai récupéré dans les fameuses et légendaires ventes “bis” opérées par une petite maison anglaise. L’auto est datée de 1952 avec l’annotation “cancelled” (annulé).

Ce que l’on retiendra, c’est bien sûr la présence de ces fameux  montants en forme de triangle isocèle. L’auto était intéressante. Elle a perdu sa traverse de pare-brise C’est un extraordinaire témoignage  qui confirme tout l’intérêt de Binns Road envers la petite Simca 8.(voir le blog consacré à la genèse de la Simca 8)

 

Un autre prototype en bois provenant d’une autre source, celui de la Packard Clipper, est également révélateur. On y retrouve  ces  fameux montants  de pare-brise verticaux. Ceux-ci seront abandonnés en série.

Entre-temps  Liverpool était passé à la réalisation de pare-brise en plastique transparent. On peut presque regretter qu’il n’ait pas été traité comme  celui de la Simca 8. Certes les enfants ont dû apprécier cet élément réellement transparent qui devait apparaitre comme une modernisation.

La miniature de Binns Road qu’on rapproche le mieux de notre Simca 8 sport est bien sûr l’Austin  l’Atlantic. Elle est postérieure à la Simca 8 Sport. Elle bénéficie aussi de  cette technique de fabrication  consistant à injecter   le pare-brise avec la carrosserie.

 

Sans chauvinisme aucun, il faut  bien reconnaître que le modèle n’est pas aussi fin que la Simca 8. La réalisation est plus empâtée. De plus, la traverse ressemble plus à un arceau de sécurité qu’à un élégant pare-brise de cabriolet. Pour sûr, elle pouvait encaisser les tonneaux !

Ceci dit, la miniature est plaisante. La vraie voiture fut réalisée pour le marché américain. Dans la même logique, Dinky Toys produira pour le compte de l’importateur  américain Hudson Dobson des couleurs  spéciales. Elles  sont rares et belles. Il y a la rouge et les deux bleu moyen.

La rose est une couleur du début de la production. Harmonieuse, elle était vendue par boîtes de six pièces, comme toutes celles équipées de jantes crème qui n’ont normalement été diffusées que sous ce conditionnement.