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les souvenirs de collectionneur de Vincent Espinasse

Mon père

Mon père

Le soleil vient de se lever. Il brille déjà. C’est la promesse d’une belle journée de fin d’été. Nous sommes le dimanche 1er septembre 2019. Il est 7h30 et c’est l’heure de mettre en ligne le 541ème blog.

J’ai cependant une émotion particulière en le publiant. Un pincement au coeur. Il marque une étape dans ma vie. Désormais pour moi le blog ne sera plus jamais plus comme avant. Vous pouvez relire ce 541 ème blog consacré aux Fiat 1400, regarder les photos, vous ne trouverez rien de bien différent par rapport aux précédents.  (voir le blog 541).

Ce matin cependant je sais qu’il manquera un lecteur. “Mon” premier lecteur, mon père. Il nous a quitté ce jeudi 29 août 2019.

C’était sa première activité du dimanche : lire le blog.

Ce blog a été créé dans des circonstances bien particulières (voir le blog consacré à ce sujet). J’ai compris assez vite que  je l’avais fait pour lui. C’est pour lui témoigner ma reconnaissance que chaque semaine je publiais ces textes et ces photos toutes issues de notre collection.

Le blog me permettait de lui présenter notre collection sous un autre angle, comme une invitation à la redécouvrir. A 80 ans, il avait gardé un regard d’enfant pour ses vitrines. Jusqu’au bout, il a su admirer ses modèles comme il les admirait au premier jour de leur acquisition. Il nous a transmis, à mon frère et moi, la qualité rare de toujours s’émerveiller et de ne jamais être blasé.

Cette collection a une histoire hors du commun. Mon père est né le 2 septembre 1939, la veille de la déclaration de guerre. Il a eu très peu de jouets : un camion de pompiers Vébé et des soldats Quiralu.

Il n’avait aucun ressentiment par rapport à cette situation. A cette époque, elle était commune à beaucoup de familles.

Le début de cette aventure tient à presque rien, une petite étincelle, un dimanche au marché aux puces de Saint-Ouen. Nous étions en 1974 et j’avais 11 ans. Il nous avait acheté chez un brocanteur du marché Serpette à mon frère et à moi une miniature chacun.

Je ne me rappelle plus celle que mon frère avait choisi mais je me rappelle très bien de la mienne. Il s’agissait d’une Panther Bertone de chez Politoys à 19 francs. Peut-être est-ce la manière dont j’en ai pris soin, la manière dont je l’ai conservée qui a éveillé sa curiosité.

Les parents et les grands-parents essaient souvent de développer chez leurs enfants un intérêt pour la collection : timbres, porte-clefs, minéraux, trains…. Par ce biais, c’est quelquefois sa propre satisfaction que l’adulte recherche. Mon père rêvait peut-être aux jouets qu’il n’avait pas eu.

Nous allions très fréquemment au marché aux puces. Quelque temps plus tard, sur le trottoir menant au marché Jules-Valles, il avait été attiré par un stand de jouets anciens et notamment par les modèles situés dans la petite vitrine plate.

Le fait qu’ils soient ainsi protégés et mis en valeur les distinguait sans conteste des autres miniatures présentées en vrac. C’était le signe évident de leur supériorité. Mon père avait attrapé le virus.

Nous avons choisi ensemble une Renault Etoile filante de chez CIJ, la même que nous voyions à l’époque au pub Renault. La semaine suivante, nous avons commencé la série des monoplaces Dinky Toys Grande- Bretagne et des bolides de la série 100. Puis vint l’envie des voitures de record, des camions citernes, puis des camions publicitaires.

Ne cherchez pas de logique. La seule constante fut le désir d’acquérir les pièces rares et notre apprentissage se fit à l’écoute des plus anciens, des professionnels, et des autres collectionneurs. Nous avons eu suffisamment d’apétit et d’humilité pour acquérir rapidement les bases.

C’est en rangeant sa bibliothèque, en voyant tous les ouvrages auxquels nous avions participé que jai mesurer l’étendue, la diversité et la qualité de cette collection.

Le premier a nous avoir sollicité pour illustrer un ouvrage fut Bertrand Azéma. Il est venu de nombreuses fois à la maison pour ses deux premiers ouvrages. En 1980, nous étions bien peu à collectionner les variantes de couleurs de la série 100.

La première rencontre avec Jean-Michel Roulet date de 1980. Près de 40 ans après notre première rencontre, nous avons eu beaucoup de plaisir à collaborer à son dernier ouvrage. Pouvoir communiquer aux nouveaux collectionneurs des photos, des documents qui les aideront dans leurs recherches a été un réel plaisir.

C’était comme un juste retour des choses : le premier ouvrage de Jean- Michel Roulet paru en 1978 avait guidé nos premiers pas de collectionneurs de Dinky Toys.

Notre collaboration aux ouvrages consacrés aux Tekno et aux productions danoises tient à une anecdote. Une très grande partie des modèles photographiés dans ces livres ont été faites chez mon père.

A chaque voyage à Copenhague, Hans Hedegard, l’auteur de ces livre,  me vendait quelquesTekno de sa collection. J’y allais cinq fois par an. Un jour, en présence de son épouse, il m’a expliqué qu’il était d’accord pour continuer à me vendre des modèles à la condition que j’accepte qu’ils viennent photographier notre collection pour la seconde édition du livre, édition qui se distinguait de la précédente par le passage à la couleur. Ils sont venus faire ces photos deux jours durant. L’opération s’est renouvelée plus tard pour le livre sur les jouets danois.

Quand des collectionneurs toulousains,Thierry Redempt en tête, se sont mis en tête de retracer l’histoire de CIJ et JRD, ils nous ont bien évidement contactés. Ce fut une belle collaboration et un beau succès commercial. Plus tard, ils ont récidivé avec trois ouvrages sur les Dinky Toys, qui offrait aux amateurs de la marque une vision différente de celle qui prévalait. 

A chaque fois, c’est avec plaisir que mon père faisait partager sa collection, avec le le souci louable de donner aux autres ce que nous avions reçu 40 ans auparavant.

Deux semaines avant la disparition de mon père, mon ami Jakob m’a cédé une pièce rare à Houten : un Volvo N88 Titan promotionnel pour le réseau Volvo en Suède, avec sa boîte créée pour l’occasion. Nous en possédions déjà, un, sans la boîte. Il faut dire que cette dernière n’avait jamais été répertoriée.

En le comparant avec l’exemplaire que nous possédions déjà, je me suis apperçu qu’un marquage sur un des cubes différait : “Volvo Viking Diesel ” contre “Volvo Viking”.

Sur le chemin du retour des Pays-Bas, j’avais eu le plaisir de partager cette découverte avec lui au téléphone

C’était un rituel immuable. Sur le chemin du retour de chaque bourse, je lui passais un petit coup de téléphone. J’entends encore résonner sa voix : “Alors, tu as trouvé de belles choses”. Il utilisait la forme affirmative, c’était pour lui une évidence. Je ressentais bien la fierté qu’il avait pour moi.

Le lendemain de sa disparition, un autre Tekno, un Scania 110 semi-remorque citerne “Gulf ” est venu compléter la collection. J’ai ressenti le vide.

J’ai compris que je n’allais plus pouvoir l’appeler  pour lui annoncer ma découverte. Je me suis rendu compte que j’étais seul. Plus personne pour partager le plaisir de la découverte. Je n’avais pas anticipé cette situation.

J’avais 11 ans quand l’aventure a commencé, j’en ai 56 aujourd’hui. Jamais nous n’aurions pu imaginer le destin de cette incroyable collection.

Depuis sa disparition, je me rends compte cependant que sa plus belle réussite est ailleurs, dans le fait d’avoir su souder une famille autour de lui. Désormais c’est à mon frère et à moi de conduire cette famille et de transmettre les belles valeurs qu’il nous a inculquées. C’est pour être digne de lui et de sa mémoire que je m’y attacherai, c’est ce qui me permettra de surmonter ce moment difficile, et de continuer de collectionner

Un Amour de Fiat.

Un amour de Fiat.

Qu’est il en train de lui promettre? Un amour éternel ? Des enfants ? des bijoux ? Une nouvelle automobile ?

A voir la façon dont il s’est habillé on comprend qu’il a une chose importante à déclarer à la jeune fille. Cette dernière n’est pas en reste.

L'élégance italienne : Marcello Mastroianni
L’élégance italienne : Marcello Mastroianni

Nous sommes en Italie, et c’est vrai que l’élégance est une préoccupation quotidienne. Elle est dans les gènes. On est Italien ou on ne l’est pas.

Peut-être sont-ils venus essayer la nouvelle auto du père du jeune-homme. Il est vrai qu’elle est belle cette Fiat. C’est un argument que n’a pas pu ignorer la jeune fille.

Ou alors, en amateur de sport automobile qu’il est, il est en train de lui expliquer qu’il connaît un cousin éloigné, pas très loin de Piacenza, qui dans son petit atelier peut transformer la banale Fiat 1400 en un engin capable de dépasser allègrement les 120km/h.

Et qu’il serait peut-être opportun de profiter de ses talents de mécanicien. Et pourquoi pas d’engager la petite auto aux futures Mille Miglia de 1953, à l’image de la Fiat de Capelli qui a participé à l’édition 1952.

Ces belles images stimulent notre imagination. Une chose est sûre, la photo de ces amoureux est intemporelle. Elle nous replonge dans nos histoires personnelles.

L’image de cette Fiat nous montre combien l’automobile a évolué. La firme Mercury était très liée à la Fiat. Elle injectait pour cette dernière des pièces en zamac (carburateurs, calandres) et a offert en son temps, une belle reproduction de cette auto. Je vais sûrement vous surprendre, mais cette Fiat 1400 est ma Mercury préférée.

La firme turinoise a pourtant, tout au long de son existence, offert nombre de joyaux. La liste, comme celle de Leporello, serait trop longue à établir.

Son échelle de reproduction, proche du 1/40 lui confère une stature qu’elle n’aurait sûrement pas au 1/43.

Les lignes sont particulièrement bien rendues. Il y a dans cette berline, presque banale, un assemblage de courbes que seuls nos amis italiens savent dessiner. Le galbe des ailes et de la malle arrière est particulièrement équilibré.

Cependant, l’élément déterminant demeure le traitement de la calandre. C’est une pièce en zamac chromé au rendu parfait qui donne à la miniature son côté “luxe”.

Le modèle est loin d’être rare. Pourtant, le trouver en bel état de conservation est loin d’être évident. La peinture s’altère vite dans le temps si le modèle n’a pas été conservé à l’abri de l’humidité.

Revenons à nos tourtereaux. Ils sont peut-être en train de prévoir leur voyage de noces. Habitant Rome, ils baignent dans l’histoire et la culture.

Alors pourquoi de pas profiter des qualités routières de la Fiat pour pousser jusqu’à Madrid ? Ils ne seront pas dépaysés par les chefs-d’œuvres du Prado.

Et puis si la Fiat montre quelques signes de fatigue, il existe sur place une «cousine» de notre Fiat : la Seat ! Depuis 1953, cette Fiat est fabriquée sous licence à Barcelone.

Jadali Metamol, une firme à l’histoire compliquée a offert au public une très belle reproduction de cette auto. L’échelle de reproduction comme celle de la Mercury est proche du 1/40. La reproduction est de très belle tenue. On remarquera la surcharge de finitions argentées, d’origine.

Autant la Mercury est d’une grande sobriété, autant la Jadali est chargée d’ajouts argentés.

Il faut reconnaître à nos amis espagnols ce goût «baroque» consistant à affubler les autos de chrome en tout genre, au risque parfois d’enlaidir le modèle. On aime ou on n’aime pas. Ce qui est certain, c’est que ce type de finitions que l’on retrouve bien évidemment sur le modèle réduit de chez Jadali signe son pays d’origine.

La miniature se veut luxueuse. Elle l’est. Il faut la resituer dans l’Espagne franquiste. Le niveau de vie moyen n’était pas celui d’aujourd’hui, et on comprend pourquoi ce jouet est très peu fréquent. Son prix de vente élevé en limitait la diffusion.

En ayant choisi délibérément une échelle de reproduction supérieure au 1/43, Jadali Metamol a cherché à se démarquer de la concurrence.

La boîte, très rare, est luxueuse. Comble du faste, le fabricant a choisi des pneus blancs !

Encore sous le charme de la visite du musée du Prado nos tourtereaux risquent d’oublier d’en ramener un exemplaire au cousin garagiste de Piacenza et préfèreront sans doute lui envoyer une carte postale avec “Les Ménines” de Velasquez ,

 

 

Lennart, une histoire d’amitié.

Lennart, une histoire d’amitié.

C’est un trajet que je redoute. La route qui ramène de Londres en France est semée d’embuches. Il faut prévoir large si l’on veut être à l’heure pour attraper son bateau ou sa navette. A chaque fois c’est une course contre la montre. On a vite fait de rester à quai une heure ou deux en cas d’échec.

En ce samedi 25 mai 2019 cela s’est bien passé. Avec M. Dufour qui m’accompagnait, nous avons même pu avoir la navette précédente. Même lorsque le précieux sésame d’embarquement est enregistré, il faut encore franchir les postes de douane et parfois, la navette s’envole car les formalités ont trainé.

Cette fois c’est bon. Nous avons même cinq minutes d’avance, et le frein à main serré, le moteur arrêté, j’en profite pour sortir mon téléphone. C’est une chose que je ne fais pas en temps normal car j’essaie d’éviter la dépendance à l’outil.

Mais ce jour, j’attends des nouvelles de Patrick l’informaticien qui doit dépanner le site hébergeant le blog. Je me contente de survoler la liste des noms des gens qui m’ont écrit. Là, je vois le prénom d’un ami suédois.

Intrigué, j’ouvre le message. Il m’apprend que notre ami commun, Lennart Elmqvist, est souffrant. Cette nouvelle vient ternir la joie que j’avais éprouvée pour avoir attrapé ma navette au vol. Elle vient me rappeler combien nous sommes fragiles et éphémères et comment il faut savoir relativiser les choses.

Elle me replonge instantanément dans le passé. Celui des belles rencontres que j’ai faites durant mes voyages en Scandinavie. C’est la passion de la marque Tekno qui m’avait poussé à aller chercher sur place ce que je ne trouvais pas ici.

C’est là que j’ai rencontré trois personnes formidables. Elles étaient toujours ensemble. Inséparables.

Gunnar, l’organisateur de la bourse de Göteborg nous a quittés en 2004. (voir le blog “mon ami Gunnar”).

Lars avait pris ses distances avec la collection et évolué vers d’autres centres d’intérêts. Mais la passion des miniatures l’a repris.

Lennart, lui, a continué. Il a constitué une très belle collection . C’est un amateur de belles choses. En fin connaisseur, il sait apprécier nos Dinky Toys France et bien sûr les Tekno.

C’est Lars qui m’a envoyé le message m’annonçant les soucis de Lennart. Et je me mets à réfléchir à la définition que je pourrais faire “d’un ami collectionneur”. Intéressante question. Voyons le contexte.

Désormais, l’argent est roi. Il s’affiche partout. Prenez les revues spécialisées dans le domaine de la collection, les pages sont remplies de chiffres avec des zéros, sans qu’on trouve l’analyse qui pourrait les justifier. Tout est argent.

Les sites de ventes aux enchères en ligne se sont multipliés, permettant à n’importe qui de tirer le meilleur prix des objets qu’il a à vendre et de profiter ainsi de la compétition entre collectionneurs.

Heureusement, le monde de la collection n’est pas encore entièrement contaminé par cette course au profit. Il reste des amateurs qui, lorsqu’ils cèdent une miniature, s’intéressent surtout à l’endroit où elle va aller et au plaisir qu’elle va procurer à l’ami collectionneur.

Quand Lennart rentra un lot de miniatures provenant de la concession Volkswagen de Stockholm tout nouvellement créée (1963), c’est avec un réel plaisir qu’il a partagé avec moi sa découverte. J’ai encore son courrier.

Collectionneurs de Tekno nous n’avions pourtant jamais entendu parler de ces modèles hors-commerce.

J’ai fait un blog relatant une partie de cette histoire que je vous invite à relire. (voir le blog Scania Vabis).

Avec ce coffret cadeau Scania Vabis, il y avait aussi trois miniatures exceptionnelles. Trois Volkswagen bien sûr. Une 1200 et deux 1500. Les couleurs étaient connues, classiques. Par contre elles portaient chacune une inscription (jour, mois, année) sur le pavillon et l’inscription “Centrum”.

D’après Lennart il semblerait que ces autos aient été distribuées pour l’inauguration de cette très grande et toute nouvelle concession Volkswagen dans la capitale suèdoise, Stockholm. Le nom “Centrum” indique bien l’emplacement du garage.

Pour l’occasion, le propriétaire avait commandé à Tekno une série de Volkswagen  avec  le nom du garage et une date sur le pavillon. On peut peut penser que les festivités ont été organisées à ces dates.

Connaissant ma passion pour cette firme, Lennart accepta de m’échanger deux des trois modèles. Il garda dans sa collection la Volkswagen 1500 de couleur bleue, portant la date du “16.9.1963”.

S’il n’y avait pas eu de l’amitié entre nous, jamais il ne m’aurait cédé ces deux miniatures. S’il avait voulu en faire une question d’argent, il en aurait tiré un beau prix en les mettant aux enchères. Il n’a pas cédé aux sirènes du profit facile.

Mais ces autos, il sait où elles sont, et resteront. Elles lui survivront et me survivront aussi. Elles ont une histoire, elles symbolisent un peu l”amitié entre deux hommes qui va bien au-delà de l’intérêt de ces modèles.

Pour faire honneur à Lennart, qui apprécie ces modèles, j’ai rassemblé quelques autres Volkswagen 1200 pour accompagner la version “centrum”.

C’est une très belle série. En 1958 Tekno a offert une belle version, réduite au 1/43, contrairement à la version de 1954 (vitre ovale) qui était réduite au 1/50 environ.

La version “Centrum” de 1963 est une “mise à jour” de la version de “1958”. Comme sur la vraie voiture, des clignotants sont apparus sur le haut des ailes avant. Les feux arrière ont aussi été modifiés et positionnés plus haut. Enfin Tekno a modernisé sa miniature en adaptant un aménagement intérieur en plastique et une suspension.

Tekno a vu là un moyen habile d’adapter son modèle à de nombreux marchés locaux qui utilisaient cette auto pour leurs services publics : police, services postaux.

Je n’ai gardé dans cet article que les modèles contemporains de cette version “Centrum”, donc équipés de ces fameuses jantes en zamac enjolivées d’un insert en acier chromé. Elles sont la signature du fabricant danois.

La collection est un acte individuel. On collectionne pour soi. Mais dans cet univers particulier, on fait parfois de belles rencontres. Et ce sont elles qui donnent une histoire, comme un supplément d’âme à nos modèles réduits.

Alors, lorsque l’on n’a pas de nouvelles d’un ami, on s’inquiète, on a peur de plus revivre de tels moments . C’est un peu égoïste.

Il est temps de dire à Lennart qu’il est à l’origine de mes plus beaux souvenirs de collectionneur. Merci Lennart.

Ce blog devait paraitre Dimanche 16 Juin. Je voulais l’offrir à Lennart. Il est parti ce 11 juin 2019. Je présente à sa famille mes plus sincères condoléances. j’ai laissé le texte  au présent. C’est celui qu’il devait lire.

Et Dieu créa la femme, puis les RD Marmande !

Et Dieu créa la femme, puis les RD Marmande !

“Ce sont des oeuvres d’art ! Il n’y pas de doute, c’était un artiste. Chaque modèle est unique. A voir les prix que j’ai pu en tirer, j’ai compris que j’avais affaire à des investisseurs ! D’ailleurs, pour tout vous dire, dans mes clients j’ai des collectionneurs suisses !”

Ces propos n’émanent pas d’un négociant d’oeuvres d’art ni d’un conseiller en placements financiers désireux de me faire profiter de juteuses opportunités.

Ils m’ont été tenus par un vendeur qui officie sur le site de ventes aux enchères en ligne d’Ebay. Je l’avais contacté afin de lui faire une offre sur un ensemble de modèles RD Marmande, offre que je n’ai finalement jamais faite.

Sa perception du fabricant m’avait sans doute contrarié. En tout cas, elle ne correspondait pas à la vision que j’avais de ces modèles.

Je ne rentrerai pas dans le débat de savoir si les RD Marmande sont des “œuvres d’art ” ou non.

La mention qui figure sur les étiquettes collées sur le châssis de ces miniatures, “Création RD Marmande” me paraît tout à fait appropriée.

Nous parlerons donc de “création”, il y aurait un manque de modestie à parler “d’œuvre d’art” pour des petites autos.

Uniques les RD Marmande ?

Ces propos tenus au sujet des RD Marmande me sont revenus quelques jours plus tard, au musée d’Orsay, en visitant l’exposition intitulée “Le modèle noir”.

A l’entrée de l’exposition, une habile mise en scène dirige l’œil du visiteur vers le fond de la première salle : une cloison découpée met en évidence l’Olympia d’Edouard Manet.

Deux salles plus loin quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le même tableau. Il ne s’agissait pourtant pas de l’œuvre préparatoire qui figurait à côté de l’original.

Non, c’était une copie. Son format était inférieur à celui de l’œuvre originale, et son auteur bénéficie aujourd’hui d’une notoriété sans doute supérieure à celle de Manet.

C’est Paul Gauguin, fervent admirateur de l’oeuvre de Manet, qui en a exécuté une copie. Modestement, il a porté sur la toile la mention “D’après Manet”. Gauguin emportera à Tahiti la photo de son forfait, la toile restera en France. A une jeune tahitienne qui lui demandait si Olympia était sa femme, il répondit que oui !

“Je fis ce mensonge ! moi le tané (l’amant) de la belle Olympia !” (Noa Noa)”

Paul Gauguin "copie de l'Olympia de Manet" (1891)
Paul Gauguin “copie de l’Olympia de Manet” (1891)

J’ai donc vu deux “Olympia”, dans la même exposition. Seuls quelques détails les différenciaient. La seconde est un hommage à l’auteur de la première.

 

La preuve par deux.

Les modèles RD Marmande sont considérés par beaucoup d’amateurs comme uniques. Je vais pourtant vous montrer un échantillon de modèles réalisés au moins en deux exemplaires, un peu comme “l’Olympia” décrite plus haut, prouvant ainsi que ces miniatures ne le sont pas. Il s’agit en fait de petites séries.

Les modèles RD Marmande réalisés en un seul exemplaire sont exceptionnellement rares. Cela se vérifie par le fait qu’une grande majorité des modèles portent un numéro de série.

La plupart des modèles a été réalisée à plus de 10 exemplaires chacun, certains à plus de 30. Michel Sordet me raconta que la Ferrari 250 GTO 64 avait été réalisée à 150 exemplaires. Effectivement, l’exemplaire que je possède porte déjà le numéro 140. Les autres déclinaisons de Ferrari GTO font chacune partie d’une série distincte.

Raymond Daffaure pouvait étaler sur un an, parfois beaucoup plus, la réalisation d’une série. C’est grâce aux dates indiquées au stylo bille sur les étiquettes que nous pouvons savoir cela. Précisons qu’il a commencé à dater ses modèles à partir de 1963.

Le fait d’avoir eu quelques modèles en double m’a permis de mieux appréhender le processus de fabrication.

Prenons le cas de la Morgan +4 cabriolet de 1950. Dans la collection récemment acquise, notre collectionneur en avait trouvé deux. Il est possible qu’il ait été troublé par les indications que Raymond Daffaure avait portées sur les étiquettes, Morgan+4 et Morgan plus four, puis reportées  sur ses listes de vente qui faisaient office de catalogue.

Dans le cas de notre Morgan il s’est écoulé trois ans entre l’exemplaire numéro 6 et l’exemplaire numéro 10. Il s’agit pourtant bien de la même auto. Quelques petits détails les différencient .

Plus intrigante est la HRG des 24 heures du Mans 1949 qui remporta sa classe (1100-1500cc) cette année-là. Notre collectionneur a pu se laisser abuser par la dénomination erronée de Raymond Daffaure. En effet, ce dernier a d’abord daté l’auto de “1947”. Or, les spécialistes savent qu’il n’y pas eu d’épreuve cette année là. Raymond Daffaure a donc corrigé son erreur et indiqué par la suite 1949. On pouvait croire qu’il s’agissait d’une autre auto. On lui passa ensuite commande d’un second modèle.

Il se trouve que j’en possédai déjà une en collection. Je me suis donc retrouvé avec trois exemplaires, tous différents : trois nuances de vert allant du vert anglais au vert très pâle. Trois  traitement différents de la partie arrières, capot moteur équipé ou non d’une prise d’air, portière carénée ou non. On pourrait croire à trois autos différentes, pourtant il s’agit bien de la même.

A la décharge de Raymond Daffaure, la documentation devait être bien difficile à se procurer, et c’est sans doute la cause de ces quelques errances. Pour s’en convaincre, on s’aperçoit qu’au fil de la production, il corrige ses erreurs. On imagine que les amateurs devaient les lui signaler.

Ainsi observez cette superbe Lagonda sport 12cylindres du Mans 1955. Sur l’exemplaire numéro 4 de 1967, il a positionné le numéro de course sur le capot, à gauche. Or, il était à droite. Sur l’exemplaire numéro 27 de 1975, il figure en bonne place.

On imagine qu’il tenait un fichier avec la progression de ses numéros de série. Il s’est écoulé huit années entre ces deux modèles. On appréciera aussi le traitement très différent des calandres.

La même remarque vaut pour la superbe BNC du Mans 1929. Là, les deux exemplaires ont été produits la même année, cela se ressent dans le traitement des formes qui sont très similaires, aux détails de découpe des portes près. On peut imaginer qu’il les a réalisés en même temps. L’erreur de positionnement des numéros de course a été logiquement rectifiée sur l’exemplaire le plus récent.

Pour la Porsche Sport coupé de la Targa Florio c’est sur la reproduction des pots d’échappement que les rectifications seront opérées. A l’époque où nous faisions des maquettes au 1/43 avec mon père je me souviens comme il était difficile de trouver des clichés des faces arrières des autos de course.

Lorsque Jean-Marc Teisseidre et Christian Moity ont publié en 1978 leur premier annuel consacré aux 24 Heures du Mans, ils ont souligné cette lacune en s’efforçant d’y remédier.

Mais les différences les plus fréquentes entre deux miniatures identiques RD Marmande sont celles relatives aux dimensions. Raymond Daffaure a souvent dû improviser avec les quelques clichés qu’il avait.

Je relisais dernièrement les propos de Jean de Vazeilles, patron de Solido. Il indiquait que les agents du bureau d’étude devaient souvent aller remesurer les voitures à reproduire, car les cotes fournies par les constructeurs n’étaient pas fiables.

Dans ce contexte, qu’il y ait 2 cm d’écart entre les deux CD Peugeot du mans 1967 ne me semble pas si important. La plus grande des deux, plus juste dans son traitement, date de 1968.

Les deux Renault 40cv de record sont plus intrigantes. Leur production s’étale entre 1962 et 1967. On pourrait croire à deux autos différentes . Les indications du record sont érronées, aucune des deux n’est bonne !

On peut faire les mêmes commentaires au sujet de la DB Panhard 196 baptisée “la vitrine”.

Sur les deux Bugatti Type 46, outre la couleur, c’est l’ajout d’un pare-chocs avant qui fait la différence.

Sur certaine autos, comme les deux Amilcar Sport 1936 et les deux Bugatti 4,9 monoplaces, pourtant réalisées toutes les deux avec un an d’écart, les différence sont peu importantes.

On pourrait continuer ainsi pour chaque miniature.

On peut enfin s’interroger sur l’intérêt de collectionner ce type de produits comportant des approximations, des défauts, des erreurs.

Justement, c’est peut être cela le charme des RD Marmande. Si vous recherchez des miniatures parfaites, avec des peintures brillantes, des chromes étincelants, passez votre chemin.

Toutes les RD Marmande ont la même patte. Elles sont reconnaissables, identifiables au premier coup d’oeil. En cela, elles forment un ensemble exceptionnel.

Toutes ces miniatures portent la fameuse étiquette, elles sont le fruit du travail d’un même homme. C’est unique dans l’histoire du modelisme automobile. Du choix du modèle à la recherche de la documentation jusqu’à l’expédition vers le client, Raymond Daffaure faisait tout, seul dans sa cuisine.

Comme il n’y a qu’une Olympia de Manet, chaque miniature Raymond Daffaure est unique, même s’il a produit ses modèles en série.

Pensez-y lorsque vous en tiendrez une en main. Au départ c’est un simple bout de bois, un bout de sapin. A l’arrivée c’est une miniature, que l’on peut identifier avec ses défauts et ses qualités, sans même la retourner pour lire l’étiquette. C’est le résultat d’un savoir-faire exceptionnel.

Je ne connais pas d’autre exemple de miniatures automobiles possédant un tel pouvoir de fascination.

L’excellence française

L’excellence française.

Aujourd’hui, tout homme politique d’envergure s’entoure d’un service de communication. On n’a rien inventé. Louis XIV avait déjà pensé à diffuser dans les cours princières d’Europe des estampes illustrant sa puissance.

Elles avaient pour thème des sujets assez variés : ses victoires militaires et les festivités qui en découlaient, mais aussi des représentations de pièces de Molière ou des feux d’artifice à Versailles. Très fier de sa collection d’art, le souverain n’hésitait pas à diffuser également des reproductions des oeuvres majeures de sa collection.

Ce travail de communication renforçait la grandeur de son règne. Versailles fut “le” modèle de toutes les grandes Cours d’Europe.

Pour cela, il avait fallu recruter des graveurs au talent exceptionnel. La France fournit de grands noms comme Gilles Rousselet, Israël Silvestre ou Jean Lepautre. D’autres vinrent de Grande-Bretagne ou des Pays-Bas .

C’est lors d’une somptueuse exposition au musée du Louvre que j’ai découvert l’univers des métiers de la gravure et toute l’importance qu’elle avait sous le règne de Louis XIV et au cours des siècles qui ont suivi.

Bien souvent la notoriété des oeuvres créées pour le Roi-soleil s’est étendue jusqu’au 19 ème siècle. C’est dire la qualité de la gravure et des estampes.

1/une rencontre décisive

En voyant cette exposition, je n’ai pu m’empêcher de penser à une personne qui habite le quartier de ma boutique, le 19ème arrondissement. Il s’agit de M. Jean-Paul Juge. En tant que graveur, il possède aussi des qualités artistiques indéniables. Sa technique, il l’a acquise à l’école des Arts et Métiers.

Après l’obtention de son diplôme, il a travaillé comme mouliste ( fabrication de moules métalliques). C’est à ce moment-là qu’il fait une rencontre décisive en la personne de M. Béqué. Ce dernier cherchait une machine à injecter afin de produire des modèles réduits d’ancêtres automobiles, dont il avait déjà les moules.

L’histoire est en marche. Le courant passe bien entre les deux hommes. Une confiance réciproque s’établit. M. Béqué propose à M. Juge de doubler son salaire. C’est un argument de poids, il le débauche.

Il sera donc chargé de la “fabrication”. Cette appellation regroupe les postes suivants : injection du zamac, du plastique, mais aussi peinture, montage, conditionnement, et expédition…Il ne fallait pas avoir les deux pieds dans le même sabot pour exercer cette fonction.
Ingénieux, débrouillard, M. Juge relève le défi. Sans tambour ni trompette, il va hisser cette petite firme à une place de tout premier ordre.

Si les Safir Champion n’ont pas la côte des Dinky Toys chez les collectionneurs aujourd’hui c’est simplement parce qu’elles ont connu un véritable succès commercial, et qu’elles ne sont pas rares. Les chiffres de production peuvent faire pâlir de jalousie les responsables de Meccano !