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les souvenirs de collectionneur de Vincent Espinasse

C’est une fille !

C’est une fille !

Les deux mains sur le haut du volant, elle s’engage, cheveux au vent dans son cabriolet. L’action se situe sur une grande artère d’un centre ville moderne.

La jeune fille semble coquette. Ce n’est pas le petit bouquet qu’elle a accroché à l’angle supérieur gauche du pare-brise qui nous l’indique, mais son rétroviseur intérieur.

On ne voit pas son visage dans le miroir. On en déduit qu’elle s’en est servi pour vérifier sa coiffure et qu’elle a oublié de le repositionner afin de voir ce qui se passe derrière elle.

Cette ville semble neuve. Nous sommes en effet à Moscou, dans le nouveau quartier voulu par Staline et constitué d’immeubles élevés dignes de ceux que l’on trouve l’autre côté de l’ Atlantique. Le titre d’un des tableaux représentant ce quartier est évocateur : “Gratte-ciel résidentiel sur le quai Kotelnitcheskaïa”( Dimitri Tchetchouline).

Dans la logique du « réalisme socialiste » qui se doit de montrer les bienfaits du communisme, l’artiste, Youri Pimenov a représenté cette femme dans son auto, en route vers un avenir radieux. Le titre du tableau : “La nouvelle Moscou”. (1937)

Une chose m’a profondément marqué dans l’exposition “Rouge” du Petit Palais, exposition consacrée à la relation entre le pouvoir politique et les artistes dans l’Union Soviètique après la révolution de 1917.

Il s’agit de la place de la femme dans la société communiste. Elle est représentée à l’égal de l’homme.

Elle exerce les mêmes fonctions que lui. La voici conduisant un tracteur, sautant en parachute, s’entrainant au tir. Mieux, elle prend part comme l’homme aux travaux de construction. Avec un marteau piqueur elle participe à la construction du métro à Moscou.

L’image du corps sain et athlétique n’est pas réservée à l’homme. Dans son tableau “pleine liberté”, Daineka représente un groupe de jeunes filles faisant de la course à pied en pleine campagne.

Les artistes appartenant au courant du “réalisme socialiste” sont donc nombreux à avoir traité dans leurs oeuvres de l’égalité des sexes, propre à l’idéologie communiste.

Le tableau représentant cette jeune femme seule au volant de son auto s’inscrit dans la même veine. Nous sommes en 1937.

Si en 2019, une femme au volant d’un cabriolet n’a rien d’extraordinaire, dans l’iconographie occidentale d’avant- guerre, c’est autre chose.

Le plus souvent la femme est à côté, comme dans ce tableau d’Emile Compard “La montée à 80 ou les automobilistes”.

Une femme au volant avec un homme à ses côtés est une image d’avant garde.

jusqu’à tout récemment, la femme est représentée assise, à droite du conducteur. Mieux, on voit parfois deux hommes aux places avant et les femmes sur la banquette arrière !

Je me suis alors penché sur les représentations en jouet. Pour des raisons pratiques, c’est bien sûr lors de la réalisation d’autos cabriolets que la question s’est posée.

Il est judicieux pour un fabricant de jouets d’équiper son modèle d’un personnage pour le rendre plus vivant.

Cependant, j’ai rencontré de nombreux collectionneurs qui n’appréciaient pas du tout cet accessoire, une miniature devant être représentée statique, à l’arrêt, donc sans personnage. Ainsi pour des raisons esthétiques, ils n’hésitaient pas à le supprimer, notamment sur les cabriolets Solido.

Justement, Solido a créé deux personnages, un homme à casquette et une jeune femme. Sur les cabriolets de la série 100, on peut dégager une tendance. Ainsi la Mercedes 190SL et la Peugeot 403 sont très généralement équipées d’un conducteur, alors que la Renault Floride et l’Alfa Romeo semblent avoir le plus souvent une conductrice. Pour la Simca Océane on ne dégage pas de tendance très nette.

Cependant, il n’y a pas de règle établie. Ainsi sur nos 13 Peugeot 403 cabriolet, une est conduite par une jeune femme.

Malgré sa frêle allure, elle ne semble pas intimidée par la direction, disons virile, de la Peugeot. Ses épaules nues indiquent que nous sommes en plein été.

Pour illustrer ces propos, je me suis amusé à installer dans deux Alfa Romeo cabriolet de la série Junior de chez Solido, des personnages Starlux. Ils étaient destinés à cet usage.

J’aime beaucoup celle avec le couple dont la femme est au volant. Cheveux au vent, elle n’a peur de rien. Par contre, à voir la posture de son compagnon, chapeau vissé sur la tête et bras croisés, il semble redouter le pire.

En fait, très peu de fabricants de jouets ont installé des femmes au volant. Siku l’a fait, avec sa Renault Floride, ce qui semble être un cliché facile. Le caniche à ses côtés renforce cette idée.

Siku, dont les produits semblent avoir été destinés aussi bien aux petits garçons qu’aux petites filles n’a pas hésité à reproduire de nombreux personnages féminins.

On y retrouve des clichés dignes des années cinquante : mère de famille avec landeau, donnant la main à un enfant, ou allongée sur un matelas pneumatique.

Par ailleurs, Siku n’hésitera pas à proposer un très grand nombre de miniatures de couleur rose afin de séduire ses petites clientes, du Messerschmitt à la Porsche 356 en passant par les Opel et autres Mercedes. Cependant, une BMW 501 limousine ou Goliath de couleur rose à de quoi déstabiliser plus d’un collectionneur !

A titre personnel, j’aime beaucoup ce décalage.  M Raschke, auteur des livres sur la marque me l’a souvent répété,  ces couleurs sont rares, prouvant ainsi que l’objectif de Siku ne fut pas pleinement atteint.

En France, avant la guerre, les Jouets Citroën ont reproduit de charmantes Citroën C4 cabriolet avec personnages : un monsieur au volant et une dame tenant un chien sur ses genoux. Quarante après, je ne me lasse pas de ces jouets et du charme qu’ils dégagent.

On peut reconnaitre la”dame” au coup de pinceau figurant son étole flottant au vent.

Par contre il est bien plus difficile d’identifier les personnages des Peugeot 402 et de la rarissime Citroën Traction avant cabriolet de chez JRD. Ils arborent un serre-tête, et rien ne permet de reconnaître qui est au volant.

J’aime à penser qu’il s’agit d’une jeune femme, se prenant pour Anne- Cécile Itier, pilote éclectique d’avant guerre. Coiffée à la garçonne, elle fonce au volant de son cabriolet. Le passager semble médusé par les risques pris.

Tout au long de ma carrière, j’ai recueilli des témoignages de femmes qui m’expliquaient que petites filles, elles jouaient avec leurs petites autos, avec leurs frères ou même toutes seules.

Pourtant, comment expliquer que peu de femmes soient intéressées par la collection de miniatures automobiles ? il y a là un mystère. D’une manière générale, il y a pourtant autant de femmes collectionneuses que d’ hommes.

Il est possible que les femmes coupent plus facilement le lien avec l’enfance. Est-ce dû à la maternité ? peut-être. Les mères sont sans doute davantage tournées vers le futur que vers le passé.

En 2019, l’image de la femme et de l’automobile a bien changé. Désormais, et c’est tant mieux, les femmes partagent le volant et les points du permis !

Ce blog nous l’avons écrit mon épouse et moi pour notre petite fille, Perla qui vient de naître ce mardi 24 Septembre 2019. La roue tourne. Je ne doute pas un instant qu’à l’instar de l’héroïne du tableau russe de Youri Pimenov, elle saura s’émanciper au volant de sa voiture et parcourir les routes d’Italie puisque c’est son pays

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Le taulier

Le taulier.

“Avec les cocos qui arrivent, moi je pars en Suisse”.

“Juge,  je vous donne les clefs et vous allez gérer la taule. J’ai laissé un petit matelas à la banque. Vous avez toute ma confiance.”

C’est en ces termes qu’en 1981 Jacques Greilsamer laissa à Jean-Paul Juge la gérance de Modélisme.

N’allons pas trop vite. Lors de l’épisode précédent (voir le blog “l’excellence française”), nous sommes en 1978 et Safir Champion doit fermer ses portes. C’est la fin des “miniatures jouets”. Jean- Paul Juge ne va pas  rester longtemps inactif.

Un tel personnage doit retrouver une fonction à la hauteur de son talent. Il a été repéré par M. Greilsamer qui vient juste d’abandonner le commerce de détail boulevard Sébastopol pour se lancer dans la fabrication (Eligor) et la distribution (importation des Brumm, Tekno NL… ).

En professionnel compétent, ce dernier a compris que le marché de la “miniature de collection” était non seulement viable mais, mieux, qu’il allait supplanter celui de la “miniature jouet”.

Peu d’industriels ont compris ce changement et je me souviens par exemple de M. De Vazeilles de chez Solido qui n’y croyait pas et jugeait ce marché marginal.

M. Juge va être recruté pour refaire avec Eligor ce qu’il avait fait pour Champion. Ce sera un succès. Mais quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, M. Greilsamer prend peur et part en Suisse.

Pour gérer “la taule”, qui d’autre pouvait -il choisir que M. Juge ?  Ce dernier sans trembler, et avec une poigne de fer gérera les affaires de la Segem, nouveau nom de la société.

L’importation

Comme aime à le raconter M. Juge, avec la marque Brumm, pas de contrat. Tout se passe par accord verbal et poignée de main. M. Tartaletti, patron de chez Brumm savait à qui il avait affaire avec M. Juge.

Les deux hommes étaient moulistes de formation, ils étaient du même sérail. Quand ils parlaient de miniatures, ils savaient de quoi ils parlaient. Il en était de même avec les Allemands Conrad et NZG. Un profond respect reliait tous ces hommes.

Ce que l’on sait moins est que Modelisme importa massivement les premiers kits en white metal de Grande- Bretagne. En bon commerçant, Modèlisme distribua aussi la colle, Cyanolit, pour les assembler.

 

Fabrication

Quand M. Greilsamer a récupéré l’outillage de chez Norev, c’est M. Juge qui a supervisé le volet technique. Il a fallu modifier l’emplacement des injecteurs car Norev et Surber n’utilisaient pas le même type de machine. L’opération sera longue et couteuse mais sera une grande réussite.

Eligor quelques modèles dont une peu fréquente Citroën 5cv "L'Automobiliste"
Eligor quelques modèles dont une peu fréquente Citroën 5cv “L’Automobiliste”

Comme Champion, Eligor choisira de multiplier les décorations. La demande était là, alors pourquoi se priver d’utiliser la “planche à décalcomanies” et les variantes de couleur ?

Ma première visite boulevard Sebastopol.

C’est à ce moment que j’ai rencontré M. Juge, en tant que jeune commerçant. Je venais d’ouvrir ma boutique en septembre 1984. J’avais été introduit par Jean-Marc Teissedre qui, lui, gérait la Boutique Auto Moto, et qui était un gros client de la Segem.

Malgré ce sésame, on n’en menait pas large quand on entrait dans cette institution. J’avoue avoir été dans mes petits souliers la première fois.

Il fallait montrer patte blanche, et le franc-parler de M. Juge en avait remis plus d’un en place. Il était respecté par toute la profession et tout filait droit dans cette boîte.

C’est là que j’avais aperçu sur son bureau la Porsche 935 au 1/43 et quelques autres prototypes de chez Champion jamais réalisés.

Quand 30 ans plus tard ce dernier me les a cédés, je sais qu’il n’a pas mesuré la fierté que j’avais eue à les récupérer. Ces pièces que je voyais sur son bureau sans oser en demander plus, je ne les ai pas mises en vitrine, mais sur mon bureau. Tous les jours, j’ai ainsi un petit souvenir de ces moments qui ont été si importants pour moi.

Lors de sa première année de compétition en 1976, cette Porsche 935 a connu de nombreuses modifications, capot avant et ailes arrières. Au milieu de la saison Porsche a en effet été obligé de revoir sa copie et de modifier son système de refroidissement moteur pour être conforme au règlement. Il en est résulté de profondes modifications de carrosserie. Encore une fois, c’est la “bonne version” que choisira Jean-Paul Juge. Elle ne verra malheureusement pas le jour pour les raisons évoquées dans le premier blog.(voir le blog “l’excellence française”)

Il m’a également cédé cette Lancia Stratos qui aurait sans doute été un gros succès tant il aurait pu multiplier les variantes.

Mais comme pour l’Alpine Renault A441 que je vous présente, Solido fut plus rapide et ces projets restèrent inachevés.

Il reste ces prototypes, magnifiques objets que je suis fier de posséder. Certain ont été conçus au 43 de la rue Cavendish !  (voir le blog le voisin du 43)

Ils marquent une époque extraordinaire.

Finalement, M. Greilsamer a vendu l’affaire. M. Juge avait fait son temps. Arrivistes argentés, les repreneurs ont réussi à couler la boîte en très peu de temps, n’accordant aucun crédit aux conseils d’un homme qui avait consacré sa vie aux miniatures automobiles.

Lorsqu’ il vient me rendre visite, c’est toute une partie de l’histoire du modèle réduit français qui débarque. Fabricant, importateur il aura tout connu de la grande époque. Longue vie à vous M. Juge et un très grand merci pour tout ce que vous nous avez offert.

PS: Bon courage monsieur Juge pour votre opération ce mardi 24 Septembre. Je penserai bien à vous. 

Vous pouvez retrouver toutes ces informations, sur l’excellent site www.supersafir.wifeo.com consacré à l’histoire de la marque “Safir Champion”.

Mon père

Mon père

Le soleil vient de se lever. Il brille déjà. C’est la promesse d’une belle journée de fin d’été. Nous sommes le dimanche 1er septembre 2019. Il est 7h30 et c’est l’heure de mettre en ligne le 541ème blog.

J’ai cependant une émotion particulière en le publiant. Un pincement au coeur. Il marque une étape dans ma vie. Désormais pour moi le blog ne sera plus jamais plus comme avant. Vous pouvez relire ce 541 ème blog consacré aux Fiat 1400, regarder les photos, vous ne trouverez rien de bien différent par rapport aux précédents.  (voir le blog 541).

Ce matin cependant je sais qu’il manquera un lecteur. “Mon” premier lecteur, mon père. Il nous a quitté ce jeudi 29 août 2019.

C’était sa première activité du dimanche : lire le blog.

Ce blog a été créé dans des circonstances bien particulières (voir le blog consacré à ce sujet). J’ai compris assez vite que  je l’avais fait pour lui. C’est pour lui témoigner ma reconnaissance que chaque semaine je publiais ces textes et ces photos toutes issues de notre collection.

Le blog me permettait de lui présenter notre collection sous un autre angle, comme une invitation à la redécouvrir. A 80 ans, il avait gardé un regard d’enfant pour ses vitrines. Jusqu’au bout, il a su admirer ses modèles comme il les admirait au premier jour de leur acquisition. Il nous a transmis, à mon frère et moi, la qualité rare de toujours s’émerveiller et de ne jamais être blasé.

Cette collection a une histoire hors du commun. Mon père est né le 2 septembre 1939, la veille de la déclaration de guerre. Il a eu très peu de jouets : un camion de pompiers Vébé et des soldats Quiralu.

Il n’avait aucun ressentiment par rapport à cette situation. A cette époque, elle était commune à beaucoup de familles.

Le début de cette aventure tient à presque rien, une petite étincelle, un dimanche au marché aux puces de Saint-Ouen. Nous étions en 1974 et j’avais 11 ans. Il nous avait acheté chez un brocanteur du marché Serpette à mon frère et à moi une miniature chacun.

Je ne me rappelle plus celle que mon frère avait choisi mais je me rappelle très bien de la mienne. Il s’agissait d’une Panther Bertone de chez Politoys à 19 francs. Peut-être est-ce la manière dont j’en ai pris soin, la manière dont je l’ai conservée qui a éveillé sa curiosité.

Les parents et les grands-parents essaient souvent de développer chez leurs enfants un intérêt pour la collection : timbres, porte-clefs, minéraux, trains…. Par ce biais, c’est quelquefois sa propre satisfaction que l’adulte recherche. Mon père rêvait peut-être aux jouets qu’il n’avait pas eu.

Nous allions très fréquemment au marché aux puces. Quelque temps plus tard, sur le trottoir menant au marché Jules-Valles, il avait été attiré par un stand de jouets anciens et notamment par les modèles situés dans la petite vitrine plate.

Le fait qu’ils soient ainsi protégés et mis en valeur les distinguait sans conteste des autres miniatures présentées en vrac. C’était le signe évident de leur supériorité. Mon père avait attrapé le virus.

Nous avons choisi ensemble une Renault Etoile filante de chez CIJ, la même que nous voyions à l’époque au pub Renault. La semaine suivante, nous avons commencé la série des monoplaces Dinky Toys Grande- Bretagne et des bolides de la série 100. Puis vint l’envie des voitures de record, des camions citernes, puis des camions publicitaires.

Ne cherchez pas de logique. La seule constante fut le désir d’acquérir les pièces rares et notre apprentissage se fit à l’écoute des plus anciens, des professionnels, et des autres collectionneurs. Nous avons eu suffisamment d’apétit et d’humilité pour acquérir rapidement les bases.

C’est en rangeant sa bibliothèque, en voyant tous les ouvrages auxquels nous avions participé que jai mesurer l’étendue, la diversité et la qualité de cette collection.

Le premier a nous avoir sollicité pour illustrer un ouvrage fut Bertrand Azéma. Il est venu de nombreuses fois à la maison pour ses deux premiers ouvrages. En 1980, nous étions bien peu à collectionner les variantes de couleurs de la série 100.

La première rencontre avec Jean-Michel Roulet date de 1980. Près de 40 ans après notre première rencontre, nous avons eu beaucoup de plaisir à collaborer à son dernier ouvrage. Pouvoir communiquer aux nouveaux collectionneurs des photos, des documents qui les aideront dans leurs recherches a été un réel plaisir.

C’était comme un juste retour des choses : le premier ouvrage de Jean- Michel Roulet paru en 1978 avait guidé nos premiers pas de collectionneurs de Dinky Toys.

Notre collaboration aux ouvrages consacrés aux Tekno et aux productions danoises tient à une anecdote. Une très grande partie des modèles photographiés dans ces livres ont été faites chez mon père.

A chaque voyage à Copenhague, Hans Hedegard, l’auteur de ces livre,  me vendait quelquesTekno de sa collection. J’y allais cinq fois par an. Un jour, en présence de son épouse, il m’a expliqué qu’il était d’accord pour continuer à me vendre des modèles à la condition que j’accepte qu’ils viennent photographier notre collection pour la seconde édition du livre, édition qui se distinguait de la précédente par le passage à la couleur. Ils sont venus faire ces photos deux jours durant. L’opération s’est renouvelée plus tard pour le livre sur les jouets danois.

Quand des collectionneurs toulousains,Thierry Redempt en tête, se sont mis en tête de retracer l’histoire de CIJ et JRD, ils nous ont bien évidement contactés. Ce fut une belle collaboration et un beau succès commercial. Plus tard, ils ont récidivé avec trois ouvrages sur les Dinky Toys, qui offrait aux amateurs de la marque une vision différente de celle qui prévalait. 

A chaque fois, c’est avec plaisir que mon père faisait partager sa collection, avec le le souci louable de donner aux autres ce que nous avions reçu 40 ans auparavant.

Deux semaines avant la disparition de mon père, mon ami Jakob m’a cédé une pièce rare à Houten : un Volvo N88 Titan promotionnel pour le réseau Volvo en Suède, avec sa boîte créée pour l’occasion. Nous en possédions déjà, un, sans la boîte. Il faut dire que cette dernière n’avait jamais été répertoriée.

En le comparant avec l’exemplaire que nous possédions déjà, je me suis apperçu qu’un marquage sur un des cubes différait : “Volvo Viking Diesel ” contre “Volvo Viking”.

Sur le chemin du retour des Pays-Bas, j’avais eu le plaisir de partager cette découverte avec lui au téléphone

C’était un rituel immuable. Sur le chemin du retour de chaque bourse, je lui passais un petit coup de téléphone. J’entends encore résonner sa voix : “Alors, tu as trouvé de belles choses”. Il utilisait la forme affirmative, c’était pour lui une évidence. Je ressentais bien la fierté qu’il avait pour moi.

Le lendemain de sa disparition, un autre Tekno, un Scania 110 semi-remorque citerne “Gulf ” est venu compléter la collection. J’ai ressenti le vide.

J’ai compris que je n’allais plus pouvoir l’appeler  pour lui annoncer ma découverte. Je me suis rendu compte que j’étais seul. Plus personne pour partager le plaisir de la découverte. Je n’avais pas anticipé cette situation.

J’avais 11 ans quand l’aventure a commencé, j’en ai 56 aujourd’hui. Jamais nous n’aurions pu imaginer le destin de cette incroyable collection.

Depuis sa disparition, je me rends compte cependant que sa plus belle réussite est ailleurs, dans le fait d’avoir su souder une famille autour de lui. Désormais c’est à mon frère et à moi de conduire cette famille et de transmettre les belles valeurs qu’il nous a inculquées. C’est pour être digne de lui et de sa mémoire que je m’y attacherai, c’est ce qui me permettra de surmonter ce moment difficile, et de continuer de collectionner

Un Amour de Fiat.

Un amour de Fiat.

Qu’est il en train de lui promettre? Un amour éternel ? Des enfants ? des bijoux ? Une nouvelle automobile ?

A voir la façon dont il s’est habillé on comprend qu’il a une chose importante à déclarer à la jeune fille. Cette dernière n’est pas en reste.

L'élégance italienne : Marcello Mastroianni
L’élégance italienne : Marcello Mastroianni

Nous sommes en Italie, et c’est vrai que l’élégance est une préoccupation quotidienne. Elle est dans les gènes. On est Italien ou on ne l’est pas.

Peut-être sont-ils venus essayer la nouvelle auto du père du jeune-homme. Il est vrai qu’elle est belle cette Fiat. C’est un argument que n’a pas pu ignorer la jeune fille.

Ou alors, en amateur de sport automobile qu’il est, il est en train de lui expliquer qu’il connaît un cousin éloigné, pas très loin de Piacenza, qui dans son petit atelier peut transformer la banale Fiat 1400 en un engin capable de dépasser allègrement les 120km/h.

Et qu’il serait peut-être opportun de profiter de ses talents de mécanicien. Et pourquoi pas d’engager la petite auto aux futures Mille Miglia de 1953, à l’image de la Fiat de Capelli qui a participé à l’édition 1952.

Ces belles images stimulent notre imagination. Une chose est sûre, la photo de ces amoureux est intemporelle. Elle nous replonge dans nos histoires personnelles.

L’image de cette Fiat nous montre combien l’automobile a évolué. La firme Mercury était très liée à la Fiat. Elle injectait pour cette dernière des pièces en zamac (carburateurs, calandres) et a offert en son temps, une belle reproduction de cette auto. Je vais sûrement vous surprendre, mais cette Fiat 1400 est ma Mercury préférée.

La firme turinoise a pourtant, tout au long de son existence, offert nombre de joyaux. La liste, comme celle de Leporello, serait trop longue à établir.

Son échelle de reproduction, proche du 1/40 lui confère une stature qu’elle n’aurait sûrement pas au 1/43.

Les lignes sont particulièrement bien rendues. Il y a dans cette berline, presque banale, un assemblage de courbes que seuls nos amis italiens savent dessiner. Le galbe des ailes et de la malle arrière est particulièrement équilibré.

Cependant, l’élément déterminant demeure le traitement de la calandre. C’est une pièce en zamac chromé au rendu parfait qui donne à la miniature son côté “luxe”.

Le modèle est loin d’être rare. Pourtant, le trouver en bel état de conservation est loin d’être évident. La peinture s’altère vite dans le temps si le modèle n’a pas été conservé à l’abri de l’humidité.

Revenons à nos tourtereaux. Ils sont peut-être en train de prévoir leur voyage de noces. Habitant Rome, ils baignent dans l’histoire et la culture.

Alors pourquoi de pas profiter des qualités routières de la Fiat pour pousser jusqu’à Madrid ? Ils ne seront pas dépaysés par les chefs-d’œuvres du Prado.

Et puis si la Fiat montre quelques signes de fatigue, il existe sur place une «cousine» de notre Fiat : la Seat ! Depuis 1953, cette Fiat est fabriquée sous licence à Barcelone.

Jadali Metamol, une firme à l’histoire compliquée a offert au public une très belle reproduction de cette auto. L’échelle de reproduction comme celle de la Mercury est proche du 1/40. La reproduction est de très belle tenue. On remarquera la surcharge de finitions argentées, d’origine.

Autant la Mercury est d’une grande sobriété, autant la Jadali est chargée d’ajouts argentés.

Il faut reconnaître à nos amis espagnols ce goût «baroque» consistant à affubler les autos de chrome en tout genre, au risque parfois d’enlaidir le modèle. On aime ou on n’aime pas. Ce qui est certain, c’est que ce type de finitions que l’on retrouve bien évidemment sur le modèle réduit de chez Jadali signe son pays d’origine.

La miniature se veut luxueuse. Elle l’est. Il faut la resituer dans l’Espagne franquiste. Le niveau de vie moyen n’était pas celui d’aujourd’hui, et on comprend pourquoi ce jouet est très peu fréquent. Son prix de vente élevé en limitait la diffusion.

En ayant choisi délibérément une échelle de reproduction supérieure au 1/43, Jadali Metamol a cherché à se démarquer de la concurrence.

La boîte, très rare, est luxueuse. Comble du faste, le fabricant a choisi des pneus blancs !

Encore sous le charme de la visite du musée du Prado nos tourtereaux risquent d’oublier d’en ramener un exemplaire au cousin garagiste de Piacenza et préfèreront sans doute lui envoyer une carte postale avec “Les Ménines” de Velasquez ,

 

 

Lennart, une histoire d’amitié.

Lennart, une histoire d’amitié.

C’est un trajet que je redoute. La route qui ramène de Londres en France est semée d’embuches. Il faut prévoir large si l’on veut être à l’heure pour attraper son bateau ou sa navette. A chaque fois c’est une course contre la montre. On a vite fait de rester à quai une heure ou deux en cas d’échec.

En ce samedi 25 mai 2019 cela s’est bien passé. Avec M. Dufour qui m’accompagnait, nous avons même pu avoir la navette précédente. Même lorsque le précieux sésame d’embarquement est enregistré, il faut encore franchir les postes de douane et parfois, la navette s’envole car les formalités ont trainé.

Cette fois c’est bon. Nous avons même cinq minutes d’avance, et le frein à main serré, le moteur arrêté, j’en profite pour sortir mon téléphone. C’est une chose que je ne fais pas en temps normal car j’essaie d’éviter la dépendance à l’outil.

Mais ce jour, j’attends des nouvelles de Patrick l’informaticien qui doit dépanner le site hébergeant le blog. Je me contente de survoler la liste des noms des gens qui m’ont écrit. Là, je vois le prénom d’un ami suédois.

Intrigué, j’ouvre le message. Il m’apprend que notre ami commun, Lennart Elmqvist, est souffrant. Cette nouvelle vient ternir la joie que j’avais éprouvée pour avoir attrapé ma navette au vol. Elle vient me rappeler combien nous sommes fragiles et éphémères et comment il faut savoir relativiser les choses.

Elle me replonge instantanément dans le passé. Celui des belles rencontres que j’ai faites durant mes voyages en Scandinavie. C’est la passion de la marque Tekno qui m’avait poussé à aller chercher sur place ce que je ne trouvais pas ici.

C’est là que j’ai rencontré trois personnes formidables. Elles étaient toujours ensemble. Inséparables.

Gunnar, l’organisateur de la bourse de Göteborg nous a quittés en 2004. (voir le blog “mon ami Gunnar”).

Lars avait pris ses distances avec la collection et évolué vers d’autres centres d’intérêts. Mais la passion des miniatures l’a repris.

Lennart, lui, a continué. Il a constitué une très belle collection . C’est un amateur de belles choses. En fin connaisseur, il sait apprécier nos Dinky Toys France et bien sûr les Tekno.

C’est Lars qui m’a envoyé le message m’annonçant les soucis de Lennart. Et je me mets à réfléchir à la définition que je pourrais faire “d’un ami collectionneur”. Intéressante question. Voyons le contexte.

Désormais, l’argent est roi. Il s’affiche partout. Prenez les revues spécialisées dans le domaine de la collection, les pages sont remplies de chiffres avec des zéros, sans qu’on trouve l’analyse qui pourrait les justifier. Tout est argent.

Les sites de ventes aux enchères en ligne se sont multipliés, permettant à n’importe qui de tirer le meilleur prix des objets qu’il a à vendre et de profiter ainsi de la compétition entre collectionneurs.

Heureusement, le monde de la collection n’est pas encore entièrement contaminé par cette course au profit. Il reste des amateurs qui, lorsqu’ils cèdent une miniature, s’intéressent surtout à l’endroit où elle va aller et au plaisir qu’elle va procurer à l’ami collectionneur.