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le jeu des sept erreurs

Le jeu des sept erreurs.

Lorsque j’étais enfant j’appréciais les pages des magazines consacrées aux jeux et destinées au jeune public. J’aimais particulièrement ceux qui mettaient l’observation en avant, où l’on devait repérer les différences entre deux dessins qui semblaient pourtant identiques. Ils étaient souvent dénommés « jeux des sept erreurs ».

J’ai grandi, et mon sens de l’observation s’est développé. C’est un sens primordial dans la collection des miniatures automobiles. Il permet par exemple d’aider à mémoriser une nuance de couleur ou à authentifier l’application d’un pochoir de pare-chocs sur une Dinky Toys.

Je vais donc vous proposer un petit jeu qui vous permettra de tester votre sens de l’observation.

JRD avait l’art d’étoffer fort intelligemment un catalogue avec des moyens limités.

Le modèle présenté ce jour est en tout point exceptionnel. Il résulte d’un assemblage ingénieux de sept éléments puisés dans la banque de pièces détachées de la firme de Montreuil. Cela a été réalisé avec talent. Le modèle a son identité propre et ne ressemble à aucun autre modèle de la marque malgré l’emprunt de toutes les parties qui le constituent. Un tour de force.

Ce camion c’est un Unic Izoard dénommé transport de liquide. Je vous laisse observer la photo. A vous de trouver les sept éléments empruntés aux autres modèles de la gamme.

Commençons par le premier, le plus facile. La cabine. C’est bien sûr celle de l’Unic Izoard. Elle a été créée pour l’ensemble porte-wagons. Elle est fidèlement réalisée et bénéficie d’une belle gravure.

Le deuxième élément n’est pas le plus simple à identifier. C’est le plateau qui a été conçu pour recevoir la caisse fourgon. On a vu dans le blog précédent (jouet français) comment JRD avait astucieusement conçu cette pièce qui avait deux fonctions : servir de point de fixation pour la cabine et recevoir la caisse. Dans cette version transport de liquide, JRD l’utilise comme un plateau simple.

Le troisième élément c’est l’essieu double avec roues jumelées qui a été conçu au départ pour l’élément décrit ci-dessus. Rappelons que la première mouture de l’Izoard bénéficiait d’un châssis court et d’un essieu simple. La réalisation du fourgon, donc d’un châssis long, avait entrainé celle de cet essieu.

Le quatrième est facile à identifier. C’est l’utilisation de trois cuves que JRD a créées initialement pour sa version laitier de l’Unic ZU120.

Dans la version 60 hectos, les cuves sont placées de manière longitudinale et non plus de manière transversale comme pour le laitier. Cela a pour effet de donner une physionomie très différente à ce véhicule, certes peu crédible par rapport à la réalité mais plein de charme.

Le cinquième élément n’est pas évident à repérer. C’est l’échelle en tôle fixée sur chaque cuve, provenant du wagon Kronenbourg !

C’est un détail, mais ces échelles habillent les cuves et donnent au jouet  une finition précieuse. Les enfants ont dû apprécier ce triple petit détail.

Je dois ici signaler l’existence d’une variante. L’ échelle fixée sur la cuve grâce à une agrafe se situe devant ou derrière l’orifice de remplissage de la cuve . Ce n’est pas une erreur de montage des cuves. Elles ont toujours le robinet de vidange situé à l’arrière de la cuve. C’est une vraie variante et l’une de ces variantes est vraiment plus rare que l’autre. Je vous laisse deviner laquelle.

Le sixième élément emprunté a la même fonction que celui décrit précédemment. Il contribue à habiller le jouet. Ce sont les deux tuyaux en caoutchouc noir avec leurs embouts en zamac brut créés pour le Berliet gak feux de forêt et placés sur chaque côté du plateau. Ils comblent l’espace entre les cuves et le bord du plateau.

 

Le septième élément est difficile à repérer Mais si vous êtes amateur de JRD vous l’aurez peut être trouvé.

C’est l’association de couleurs, argent et rouge, identique au Berliet Gak benne à ordures. Cela n’a l’air de rien, mais ce sont des économies d’échelle.

Limiter le nombre de peintures utilisées a de nombreux avantages (prix de revient, entretien de la cabine de peinture…)  JRD sera coutumier de ce type de pratique.

Nous retrouverons à un moment le Berliet Tak semi-remorque panier Antargaz  également dans cette finition de couleurs. Plus tard, pour varier un peu son offre, JRD utilisera du bleu métallisé. Ce camion Antargaz en profitera tout comme la benne à ordure décrite plus haut .Voilà comment naissent les couleurs rares !

En dehors de l’étui individuel, la seule chose que JRD a créé c’est une planche de décorations comportant une décalcomanie sur laquelle figure la tare du camion et six autres de forme ronde cerclées de jaune avec mention 60 hectos au centre. L’investissement était modeste. A un certain moment, ces décalcomanies seront appliquées sur un autre modèle de la gamme, l’Unic ZU120 laitier. J’ai eu l’occasion d’en croiser plusieurs, confirmant que ce n’est pas un accident de production.

JRD ne sera pas récompensé de sa bonne gestion et de sa volonté de réduire les coûts. Ironie de l’histoire, bien que nous ne soyons que dans les années soixante, la firme s’arrêtera victime des premiers effets de la mondialisation. Le groupe américain Johnson racheta le groupe français Jex (les tampons). Hasard malheureux, JRD appartenait à ce groupe français. Lors de cette acquisition les américains n’ont souhaité garder que les branches ayant un rapport avec les produits d’entretien. Il n’ont sans doute pas réalisé que l’entreprise JRD, au delà de sa gestion remarquable véhiculait une image de jouets de bonne qualité. L’entreprise fut contrainte de cesser toute activité.

P.S Mes enfants m’ont fait la surprise de publier pour mes soixante ans, grâce à l’aide de monsieur Dufresne  l’intégralité des blogs en version papier.  6 ouvrages, plus de 2000 pages ! Les cinquante exemplaires numérotés ont été vendu en deux heures. Devant le nombre de gens n’ayant pu l’obtenir, ils ont décidé de relancer une série de cinquante exemplaires, non numérotés cette fois. Vous pouvez les contacter aux adresses suivantes:   penelope.autojaune@gmail.com  ou  adrien@autojauneparis.com

voir la video de présentation: https://www.youtube.com/embed/CYy2iFwaJEM

Le Livre ! ...six livres ! plus de 2000 pages de partage de connaissance
Le Livre ! …six livres ! plus de 2000 pages de partage de connaissance

 

 

 

 

« jouet français »

« Jouet Français »

Dans l’histoire de la peinture, pour désigner un courant marquant on parle volontiers de « peinture italienne » ou de « peinture flamande ». On associe donc un pays, une région, à un mouvement pictural.

Ces courants furent si importants, leur durée fut si longue que l’on doit ajouter un marqueur temporel. On parle en siècles : « la peinture espagnole du 17 ème siècle ». Si la période s’avère particulièrement riche comme ce fut le cas ici, on divisera géographiquement, par villes, les différentes écoles : Séville (Velasquez,Zurbaran, Murillo…) ou Madrid .

Dans le domaine du jouet, on peut également opérer un classement en fonction du style, de la qualité, de l’ingéniosité dans la conception, en fonction du lieu de création de l’objet.

Des caractéristiques bien particulières se relèvent en fonction des lieux de production. C’est ainsi que dans les premiers ouvrages de Géo Véran, puis de Jacques Greilsamer, les classements sont organisés par pays de fabrication.

Dans le magazine Pipelette (numéro 8), j’avais souligné comment, dans les années soixante-dix, l’Anglais Cecil Gibson, un autre pionnier de la collection, avait lui aussi dans son livre « Model commercial vehicules » classé les productions par pays, prouvant bien que les jouets ont une identité propre en fonction de leur lieu de création.

Ce dernier avait même intitulé un des chapitres « Fourgons français », et ce dans la langue de Molière.

Les photos sont évocatrices. Outre les publicités de firmes françaises, il se dégage un style de fabrication, de finition, propre à notre pays. Il faut juste ouvrir les yeux. Il est vrai que jusqu’aux années soixante-dix, tous les véhicules, camions et autos avaient souvent déjà une identité liée à leur pays de conception.

Prenons l’exemple du Renault 1000Kg que Lion Car aux Pays-Bas et C-I-J en France ont reproduit. Il est clair que chacun possède une identité liée à son pays d’origine. Le Lion Car, juste de ligne, est réalisé sans génie. Simple, solide, économique, rustique.

Le C-I-J est fin, fragile, ingénieux. Grâce à une technique (gravure du moule) et un savoir-faire inégalé au niveau du façonnage des parties en tôle (portes arrière, marchepied repliable), la firme de Briare a réalisé un modèle quasiment parfait. Si l’on ajoute la qualité de fabrication, d’assemblage et de peinture, on obtient un objet qu’on ne se lasse pas de regarder dans sa vitrine, et ce même dans une livrée classique.

JRD est également digne de posséder le label « jouet français».

Logique, me direz- vous vu le lien existant entre C-I-J et JRD. Rappelons que cette dernière est née de l’arrêt de la fabrication des jouets Citroën avant guerre par C-I-J, qui se tourna vers Renault.

L’histoire du Berliet TLR tracteur semi-remorque Fruehauf à un essieu aux couleurs de la brasserie Kronenbourg, reproduit par JRD est évocatrice de cet esprit de conception. La brasserie alsacienne possédait dans sa flotte plusieurs exemplaires de ce véhicule ainsi carrossé.

La remorque est de conception simple, à l’image de celle qu’elle reproduit : deux portes, une caisse de type parallélépipède rectangle et un châssis en tôle serti à cette dernière.

Elle est finement injectée en zamac. Les flancs des premiers exemplaires sont intégralement striés. Le résultat est parfait. Cependant, l’application et la conservation des décalcomanies posa problème. Ces dernières réclament une surface plane pour une application optimale. JRD modifiera son moule en créant deux grands rectangles plats, du format des décalcomanies.

Ce camion aura une longue histoire, et de multiples variantes de décoration au niveau du décalcomanies apposé sur le fronton de la remorque. On compte pas moins de trois décorations différentes.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. C’est ici que l’ingéniosité et l’art d’utiliser les pièces existantes pour multiplier les variantes interviennent. En gastronomie on parlerait de « l’art d’accommoder les restes avec talent ».

Au même moment JRD avait mis à son catalogue un autre ensemble, original : un camion Unic Izoard tracteur avec une remorque surbaissée et un wagon…aux couleurs Kronenbourg ! (lire le blog consacré à ce modèle)

JRD va créer un cadre sur lequel la caisse de la remorque décrite plus haut va s’adapter parfaitement. L’ensemble est fixé à la cabine de l’Unic Izoard grâce à deux points de sertissage. Voilà comment cet Unic Izoard conçu au départ en tracteur, avec un châssis court se retrouve en porteur châssis long.

Malgré ce bricolage, l’ensemble dégage une certaine crédibilité. De nombreux petits garçons auraient aimé se retrouver au volant d’un tel ensemble. Enfant, j’ai moi-même hérité d’un exemplaire offert par un cousin germain. Quel beau souvenir.

Grace à ce montage, JRD va astucieusement et à peu de frais garnir son catalogue d’un somptueux modèle aux couleurs du pétrolier Hafa. Une des plus belles harmonies de couleur à mes yeux dans l’histoire des modèles réduits de poids-lourds : saumon et bleu roi.

Mieux, elle va aller jusqu’au bout de la logique. En créant un train articulé, JRD va s’offrir aussi une remorque qu’elle pourra accrocher derrière son Unic Lautaret s’offrant un ensemble unique dans l’histoire du jouet.

Elle créera des décalcomanies au format des panneaux rectangulaires : Transports Internationaux. La longue liste des villes desservies par cet ensemble fait rêver. C’est l’Europe avant l’heure.

En fonction des périodes de fabrication, ces ensembles sont équipés de pneus blancs puis noirs. Ces derniers ont un dessin tellement particulier qu’ils participent à la beauté de l’ensemble.

Signalons que la version Transports internationaux fut déclinée en trois combinaisons de couleurs. L’une d’elle, la verte et saumon, pouvait recevoir au gré des fabrications des décalcomanies de couleur orange ou blanc. A l’arrivée, nous avons donc quatre variantes.

Enfin, la remorque fut aussi vendue en étui individuel, mais seulement dans la version orange et blanche.

L’histoire ne va pas s’arrêter là. Nous verrons dans un mois la suite de cette saga.

Mobilité douce

Mobilité douce.

Le décor est minimaliste. Un bureau, une chaise, un fauteuil. Nous sommes au théâtre et nous assistons à un monologue de Fabrice Luchini, capté par la télévision et intitulé « Des écrivains parlent d’argent ». Pas besoin de décor d’ailleurs, l’acteur occupe l’espace à lui tout seul.

Il hypnotise son public, joue avec lui, le fait participer. Il ne se gêne pas pour le caricaturer. Il invente ainsi le personnage de la « guerrière » celle qui lit Télérama, ne rate pas une exposition et traîne son mari, Robert, au spectacle. On sent qu’il aime son public, l’amour est réciproque.

Fabrice Luchini : Un homme heureux à Paris ?
Fabrice Luchini : Un homme heureux à Paris ?

Plus tard, au milieu de son monologue, il évoquera avec respect ses maîtres, Louis Jouvet et Michel Bouquet qui un jour lui avait révélé  » tu crois que tu joues pour les spectateurs mais en fait tu joues avec ».

Soudain, en plein spectacle, il invective des « spectateurs » qui arrivent en retard. Il arrête le cours de son histoire pour aborder les problèmes de transport à Paris. Il semble connaître les problèmes qu’ont rencontrés ces retardataires : les embouteillages inextricables qui empêchent d’arriver à l’heure au spectacle à Paris.

Avec humour, il décrit les difficultés qu’ont désormais les gens à vivre ensemble et à se respecter. Chacun pour soi. Il parle de »mobilité douce » pour reprendre l’ expression à la mode dans les milieux politiques et qui convoque les nouveaux moyens de locomotion destinés à remplacer la voiture : trottinettes, vélos, monoroues…. Il s’en sert même comme d’un leitmotiv.

Se déplacer dans Paris est un enfer quotidien.

Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. Hasard du calendrier, quelque temps après, lors de la manifestation lyonnaise « Epoq’ auto », j’ai fait une découverte que j’ai reliée à ce spectacle et à  » la mobilité douce ».

Le vendeur d’un stand m’a accosté pour m’annoncer qu’il avait peut-être quelque chose pour moi. Il extirpe alors d’un carton une splendide boîte de jeu au titre évocateur : « Panam’auto ».

La présence sur le couvercle du coffret d’une étiquette représentant quelques monuments emblématiques de la capitale : arc de triomphe, tour Eiffel, colonne Vendôme, obélisque, opéra Garnier et des automobiles, prouve ainsi que l’automobile a longtemps fait bon ménage avec la ville de Paris.

Au point même de faire l’association entre ce moyen de locomotion et la ville lumière pour ce jeu de société.

Mais pourquoi avoir choisi le terme, désuet de nos jours, de « Panam’ « ? J’ai trouvé la réponse grâce à un article fort bien documenté signé Claude Duneton qui tenait dans les pages du Figaro une rubrique « le plaisir des mots ».

Cette appellation de « Panam’ » pour signifier Paris fut d’abord péjorative. Elle date de « L’affaire Panama » de 1892. Plus d’une centaine de députés avaient reçu des chèques de la société de percement du canal, destinés à ’acheter les votes. En écho à leur mécontentement, les maraîchers de la banlieue qui devaient chaque jour payer l’octroi lors du passage aux portes de Paris avec leur marchandise, renommèrent la capitale  » Paname » associant ainsi l’image du scandale à la ville.

Comme l’explique Claude Duneton, c’est la première guerre mondiale qui fit évoluer la signification de ce sobriquet quand les soldats partis au front n’avaient qu’une idée en tête, celle d’avoir une permission, de quitter l’enfer, et de revenir à « Paname ». Et c’est ainsi que le surnom prit une connotation joyeuse et le garda jusqu’à Maurice Chevallier.

(lire le blog c’est béton)

(lire le blog il est cinq heures) 

Nous pouvons d’ailleurs dater ce beau coffret du début des années trente. La particularité de celui-ci tient à sa composition. Il est connu et répertorié avec six Renault Nervasport fabriquées par la C-I-J.

Celui trouvé lors du salon est singulier : trois Peugeot 201 torpédo de chez AR dans trois coloris différents et trois incroyables CD : une Renault 40cv coupé, une Delahaye fourgonnette et une Chenard et Walker limousine.

On peut penser que le fabricant du jeu panachait la garniture de ses coffrets avec ce qui était disponible dans le stock des petits fabricants qu’étaient AR ou CD. C’est peut être le prix de vente inférieur des Renault Nervasport qui conduisit l’assembleur à se tourner vers la C-I-J.

Il était sans doute aussi intéressant, pour un jeu, d’avoir des numéros de course assortis (vous aurez noté que les numéros se suivent). L’état exceptionnel des autos qui n’ont jamais servi renforce l’idée d’authenticité du coffret.

Quelle belle découverte ! On appréciera la transition entre ces deux fabricants français. Les CD, bien antérieures aux AR sont certes plus rustiques mais quel charme.

Cette Renault 40cv est en tout point somptueuse. Sa ligne fluide, élégante, équilibrée, en fait la plus belle pièce du coffret.

C’est celle que j’aurais choisie pour participer à ce jeu qui consistait à éviter les embûches de la circulation parisienne.

Au début des années 1930 on évoquait déjà les ralentissements. Le tapis du jeu est révélateur avec ses sens interdits et les injonctions de ralentir. Finalement la circulation dans Paris ressemble un peu à ce jeu de société : une progression semée d’embûches et relevant du hasard .

 

Que sont ils devenus ?

Que sont ils devenus ?

Solido sera le seul fabricant français de miniatures en zamac à ne pas succomber aux charmes de la Simca 1000 lors de la sortie de la petite berline de Poissy.

Elle n’en offrira la reproduction que quarante ans plus tard, dans une gamme dédiée à la nostalgie des années soixante

Solido, qui avait déjà de quoi s’occuper avec son programme de sportives a sciemment laissé les reproductions de voitures de tourisme à Dinky Toys.

Cette dernière offrit une bonne reproduction même si les jantes flottent un peu dans les passages de roue. La Dinky Toys a connu un franc succès auprès du public.

Elle a été déclinée en version économique (Junior), et, fait unique, dans deux couleurs distinctes. La Simca 1000 de Bobigny eut l’honneur d’être produite en Espagne (Poch ) et même en Afrique du Sud (Harris).

Il existe des versions rares, connues en plusieurs exemplaires, qui combinent des carrosseries et des couleurs de modèle de la série Junior, mais avec des finitions (châssis, suspension et aménagement intérieur) de la série 500. On connaît aussi des modèles de la série Junior, donc économique, qui empruntent les couleurs bleu et rouge de la référence 519. Je les ai trouvés auprès de M. Malherbe du bureau d’étude. Ces modèles ont dû servir de test au service marketing pour expliquer aux commerçants ce qu’allait être cette série économique. Avant de créer des teintes spécifiques, la direction a utilisé les teintes existantes.

On observe le même phénomène avec la Panhard qui dans sa couleur de série, mauve, a été testée en série junior et distribuée lors du salon du jouet

Enfin, deux modèles de couleur argent ont été retrouvés par Jean-Michel Roulet rue du Maroc. Ces modèles devaient faire partie d’un ensemble de propositions faites à la direction. Il subsiste au moins ces deux exemplaires qui ont juste pour différence la couleur d’intérieur (noir et vert pomme) Les modèles sont finis comme des modèles de série avec des pochoirs identiques.

JRD a offert une miniature très correcte à une échelle légèrement supérieure au 1/43. Elle possède les capots et malles ouvrants, laissant découvrir un moteur sous-dimensionné… qui aurait inquiété les acheteurs de nos petits concessionnaires. Il est certain qu’un tel moteur devait être frugal.

C-I-J a aussi succombé au charme de la petite berline de Poissy. Le résultat est fort convaincant. Je la préfère à la Dinky Toys. Une série hors commerce limitée à 350 exemplaires sera produite. Elle se distingue par sa planche de bord noire et son marquage numéroté sur le chassis. Pour l’occasion la firme de Briare apposera une étiquette sur une face de la boîte.

Près de dix ans se sont écoulés. La Simca 1000 a subi quelques modifications, mais elle est toujours là.  Seule Norev apportera des modifications à sa miniature suite aux changements esthétiques de 1969.

C’est à cette époque que Chrysler est devenu actionnaire majoritaire de la marque. Matra est arrivé dans le réseau Simca. Une campagne de publicité tente de relancer la marque qui, malgré de bons produits, commence à souffrir du vieillissement de sa gamme et de la concurrence des marques étrangères qui ne se faisait pas sentir durant les trente glorieuses.

En 1974, Simca bénéficie encore d’un capital sympathie auprès de la clientèle. C’est d’ailleurs cet aspect qui est mis en avant dans le texte d’un autocollant distribué dans les concessions Simca : » je suis Simca sympa je suis ! je suis sympa Simca je suis ». Mai 68 est passé par là ! les couleurs criardes semblent avoir été inspirées du courant psychédélique et aussi de celles des Matra-Simca qui se sont imposées trois fois de suite au Mans avec leurs couleurs : bleu et vert.

Le message semble un peu décalé par rapport à la gamme constituée plutôt de familiales. Seule la petite Simca 1000 correspond parfaitement à cette publicité, et plus particulièrement la version sportive Rallye 1 qui connaitra une descendance 2 et même 3.

Dinky Toys avait prévu une Rallye 2 qui figure même dans son catalogue de 1975 sous la référence 520, mais celle-ci ne dépassera pas le stade du prototype.

Et nos petits concessionnaires en herbe de 1961 que sont-ils devenus en cette année 1974 ? Travaillent-ils dans le secteur automobile qui connaît sa première crise énergétique ? Sont-ils devenus fonctionnaires ? Poètes ? Les deux à la fois peut-être.

lire le premier épisode « tu vendras des Simca comme papa ! »

 

Tu vendras des Simca comme papa !

Tu vendras des Simca comme papa !

J’ai trouvé ces textes dans les spams du courrier électronique du site hébergeant le blog :

« Votre argent fonctionne même lorsque vous dormez »

« Pas besoin de s’inquiéter de l’avenir si vous utilisez ce robot financier »

Et lorsque je lis « Faites confiance au robot financier pour devenir riche » je pense à une scène du dessin animé de Walt Disney qui a bercé mon enfance « Le livre de la jungle ». Il s’agit du moment où le serpent Kaa tout en hypnotisant Mowgli pour mieux l’avaler lui répète avec un air sournois « aie confiance »!

Autant dire que ma confiance dans le robot financier est à la hauteur de la confiance que j’avais dans le serpent Kaa !

Cependant, c’est un autre texte qui m’a inspiré, celui qui prétend : « Plus besoin de travailler. Il suffit de lancer le robot.  »

Dans ma famille, mais également à l’école communale, on m’a appris le principe selon lequel l’homme doit travailler pour gagner sa vie. Je ne me rappelle pas avoir entendu parler d’une autre alternative.

Après mai 68, j’ai bien eu conscience d’une évolution dans les mentalités, mais l’idée qu’il fallait travailler pour gagner sa vie demeurait.

Mai 1968
Mai 1968

D’ailleurs, les adultes posaient souvent cette question aux enfants : « Quand tu seras grand, quel métier veux-tu faire ? » L’adulte guettait la réponse, celle qui le replongeait dans son passé en lui donnant la liste des métiers prestigieux et valorisants auxquels il avait lui -même renoncé : aviateur, accordéoniste, vendeur de glaces ou bibliothécaire.

Dans les années soixante, l’automobile faisait encore rêver. Beaucoup d’enfants voulaient être mécanicien, pilote de course, pompiste ou dessiner des autos dans un bureau d’étude.

Monsieur Pigozzi, patron de Simca, comprit l’intérêt qu’il fallait porter aux enfants de sa clientèle. Il se souvint d’André Citroën et de la création des Jouets Citroën, il se souvint également de Louis Renault. Mais il eut une approche tout à fait originale.

Lors du lancement de la Simca 1000, fruit d’un projet Fiat avorté dérivé de la Fiat 600, il fit fabriquer par Novy, en Allemagne une reproduction de cette dernière, distribuée dans les  concessions.

Plus original, il fit réaliser un jeu de découpage, également distribué dans les concessions, où l’enfant se transformait en vendeur de Simca ! Voilà un beau métier. On imagine qu’il donna envie à beaucoup d’enfants de devenir vendeur de Simca 1000 !

Monsieur Pigozzi et son service publicité ne furent pas avares de commentaires louant les qualités de la petite berline. Les points forts de l’auto étaient imprimés sur le carton et le vendeur en herbe n’avait qu’à les apprendre et à les réciter à son papa.

Commençons simplement : « Ses 4 vitesses synchronisées (même la 1ère), assurent à la SIMCA 1000 une souplesse et une facilité de conduite particulièrement remarquables. »

Pour la suite, il fallait être fort en mathématiques : « La superficie totale des glaces représente 1,728m2 et correspond à un angle total de visibilité de 316°. La somme des angles morts n’atteignant que 44°. Ainsi, lorsqu’on lève les 4 glaces, on a l’impression d’être au coeur même du paysage; et quand on  les baisse, on baigne dans une véritable féerie d’air et de lumière. »

Autant d’arguments qui devaient convaincre le papa d’acheter l’auto. En attendant l’enfant pouvait découper les petits personnages et jouer alternativement à l’acheteur et au vendeur. Il fallait y penser.

Une autre originalité du découpage réside dans le fait que le côté « garage et mécanique, » et donc « l’aspect pannes et réparations « est mis au second plan.

On voit bien un pompiste, un peu triste, devant la frugalité de l’auto à la pompe et, en arrière plan, un pont de graissage…rien que de la routine.

De toute façon une Simca cela ne tombe pas en panne.