Archives de catégorie : France

Une hirondelle ne fait pas le printemps.

Une hirondelle ne fait pas le printemps.(à envoyer à Isabelle)

Nous sommes au milieu des années soixante et les jours sont comptés pour la C-I-J. Elle se bat avec courage, mais comment survivre. Nous regardons trop souvent , nous collectionneurs , ces modèles C-I-J avec tendresse, mais la clientèle de l’époque ne s’intéresse déjà  quasiment plus à la reproduction d’utilitaires.

Même Dinky Toys ne l’a pas compris, qui s’entête à investir dans de couteux moules  de camions.  Solido la bien mieux perçu, en diversifiant  son catalogue. Ainsi  une gamme militaire et  une série dédié aux automobiles des années trente , »l’âge d’or » voit le jour.  Le fabricant d’Oulins limite ses nouveautés poids lourds au strict minimum…à la demande existante en fait.

Quand la C-I-J va se retrouver avec un stock de pièces  détachés et autres accessoires en provenance de JRD, elle va gérer cela au mieux. Elle a en sa possession un stock de carrosserie de Citroën 2cv ’61 camionnette. Peut être voit elle dans le nouveau logo de la poste, apparut en 1960,  dû au crayon de Guy Georget, une hirondelle, un espoir de retrouver un nouveau printemps florissant.

Ainsi la C-I-J va t’elle produire une version que la JRD n’a jamais mise à son catalogue. Elle appliquera sur les premiers exemplaires un autocollant transparent  sur le châssis avec les lettres « C-I-J » en rouge, afin de tenter de masquer la gravure JRD.. De plus, une petite publicité réalisé en papier est appliquée sur les flancs de la fourgonnette, vantant la banque postale.L’auto a fier allure. Petit bémol, la teinte utilisé est très pâle, trop par rapport à la réalité.

Elle sera distribué d’abord dans des boîtes JRD récupérés sur place sur lesquelles a été été appliqué une étiquette dactylographié, comme pour les Citroën 1200Kgs (voir le blog consacré au Citroen 1200Kgs C-I-J). Ensuite une boîte générique C-I-J Europarc sera utilisé jusqu’à épuisement des carrosseries. Le modèle est rare.

C-I-J a surement été inspiré par la version produite par Dinky Toys quelques temps auparavant. Pourtant, il est  assez étonnant que Dinky Toys n’est pas pensé  à reproduire  avant 1963, cette version postale de cette si célèbre auto.Meccano va faire cela à l’économie, en gardant le capot 1951, sans ni aménagement intérieur, ni vitrage.

Elle a désormais beaucoup de charme, mais à l’époque elle a dû rebuter quelques acheteurs.

Ces deux versions très rustiques n’ont pas eu le succès qu’elles ont désormais. Il faudra attendre la Renault 4L fourgonnette Solido, pour enfin avoir une reproduction d’un véhicule postale de grande qualité. La poste est un thème très attachant et il permet de voyager de manière fort agréable tout en restant derrière ses vitrines. Chaque pays ayant ses couleurs, sa longue histoire et ses véhicules typique. La Citroën 2cv camionnette en fait parti.

L’étui de la Dinky Toys participe beaucoup à l’intérêt du modèle. la mise en scène  est habile, comme toujours avec les étuis décorés de chez Dinky Toys france qui sont de véritable invitation au rêve. Ils arriveraient presque à nous faire oublier la rusticité de l’objet.

Une Simca de renommée mondiale

Une Simca de renommée mondiale

Quel point commun entre les USA, l’URSS, le Portugal, l’Argentines, le Danemark, l’Espagne et la France? J’avoue que si on m’avait posé la question je n’aurai surement pas trouvé.

Tous ces pays ont eu une firme de jouet qui a inscri dans son catalogue une reproduction d’une Simca cabriolet. De la Simca 8 sport à la Simca Océane. Henri Pigozzi aurait surement été fier de ce fait. Une Simca de renommée mondiale…en miniatures . On sait que cette auto, malgré les efforts de son patron n’aura jamais le succès escompté. Monsieur Pigozzi aurait  pu se consoler en voyant que les fabricants de miniature avaient été plus sensible aux charmes de ses autos que les automobilistes.  (voir le blog consacré  à ce sujet).

C’est bien sûr de France que sont venus les premières reproduction à l’échelle du 1/43. Dinky Toys, très sensible à la firme de Poissy, sera le premier à étudié les plan d’une Simca 8 et ce dés  Octobre 1950 (voir la genèse de la Simca 8 Sport Dinky Toys).  La miniature est superbe.  Une autre Simca 8, très inspiré par celle produite par Dinky Toys vit le jour aux USA chez Irwin. Elle est en vinyle, matière qui commençait tout juste à être utilisé pour la fabrication de jouets. On peut dire qu’Irwin l’employa bien avant la fameuse firme Norvégienne , Tomte lardal . Je me souviens fort bien du premier exemplaire que je dénichai à Chicago. En Amérique, personne ne connait cette auto. Peu de gens ont fait le lien avec le modèle Dinky Toys. Par contre, le collectionneur français voit de suite le lien de cette auto avec la firme de Bobigny. C’est surtout le montant vertical du pare brise, de forme d’un triangle isocèle qui fait le lien. Pourtant, une analyse montre que si Irwin s’est fortement inspiré du modèle Dinky Toys, il a modifié certain détail et notamment la calandre, plus fidèle à la réalité que la Dinky Toys. Pourtant , Bobigny a envisagé en 1951 une calandre similaire qui restera à  l’état du plan. Etrange miniature, qui me parait des plus intéressantes.

En fait, toutes les reproductions

Et la publicité arriva

Et la publicité arriva 

 

Dans l’ouvrage de Jacques Greilsamer, de nombreuse CD figurent en photos. Les Renault utilitaires figurent sous l’appellation « 40cv ». Nous avons pris cette dénomination pour argent comptant. Un minimum de recherches prouve qu’il n’en est rien. En effet la dénomination 40cv vise des autos de luxe. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été choisie par les présidents de la République comme véhicule de fonction. La 40cv est apparue en 1908 et sa carrière ira jusqu’en 1928. On comprend bien qu’une version utilitaire, commerciale ou sanitaire n’a pas pu être conçue sur ce type de châssis et avec cette brillante mécanique. C’est bien sûr le célèbre capot, si caractéristique qui a provoqué la confusion. En fait il semble que ce type de camionnette soit une PR de 2000Ks. Ce modèle date de 1927. La date correspond bien aux créations de chez CD. Mais par respect pour le travail de ces pionniers j’aime bien conserver pour ces camionnettes l’appellation, même erronée de « 40cv ». Elles constituent un ensemble avec toutes les déclinaisons de carrosserie proposées par CD, dont la fameuse « coupé chauffeur ». Ce travail de déclinaison de carrosseries sur un même châssis a déjà été vu ailleurs. Tootsietoys, à peu près à la même époque, avait proposé dans sa série nommée « GM » toute une série de carrosseries ayant en commun le même châssis. Nous reviendrons  plus longuement sur cette série de Renault 40cv et sur ses  carrosseries différentes .

L’association de formes contrastées donne au véhicule un charme indéniable : le capot moteur, typique de la marque Renault, est tout en courbe et rondeurs, alors que la caisse est franchement cubique. Comme très souvent, CD a composé son modèle en deux parties injectées en plomb. Cela a permis au fabricant de réaliser un jouet de qualité aux formes justes. Un autre détail a son importance, c’est celui de l’échelle choisie. Nous sommes dans une échelle de reproduction proche du 1/50, bien supérieure à ce qui se faisait dans les années vingt. SR injectait de manière monobloc en plomb ses miniatures à l’échelle du 1/75 environ. C’est donc une première que d’avoir des autos reproduites à cette échelle. Quelques années plus tard, en 1934, les premières Dinky Toys seront reproduites à une échelle similaire. Il s’agit de la série 22. N’oublions pas que la première camionnette appartenant à cette série 22 ne reproduit qu’une auto générique. En reproduisant pour la première fois des autos réelles, CD pourra ainsi proposer à Renault d’appliquer une publicité sur les flancs de sa fourgonnette afin de promouvoir un produit dérivé, les « Huiles Renault ». La réalisation est de toute beauté qui irradie une collection. CD ouvrira ainsi le concept d’objets promotionnels en proposant à des firmes d’apposer comme avec les « huiles Renault » leur publicité sur les flancs de la miniature.

« Saponite »et « Rossi » suivront. La CD aux couleurs « Rossi » est somptueuse. On appréciera la publicité reprenant le logo de la firme d’alcool. L’exemplaire photographié a été acquis auprès d’un collectionneur, représentant d’une marque de spiritueux. Lors d’une de ses tournées, il avait remarqué chez un client cette miniature. Au bout d’un certain nombre de visites, il a finalement réussi à repartir avec. J’imagine bien l’excitation à chaque visite chez ce client. J’ai eu bien du mal à la récupérer ensuite. Nul doute, c’est un des fleurons de notre collection de part son intérêt historique et sa rareté.

Il est dommage que les collectionneurs ne sachent plus toujours apprécier ce type de pièce. Certes, elles sont rares. mais il arrive encore que quelques exemplaires de CD soient proposés à la vente.

Ménage à trois

Ménage à trois

 

Dés le début de notre intérêt pour la firme C-I-J, au milieu des années soixante dix, j’ai été fasciné par l’incroyable saga de cette marque. Et surtout du rapport qui exista entre la firme automobile Citroën, et les industriels du jouets que furent C-I-J et JRD. Un ménage à trois.

Remontons l’histoire. Fernand Migault reprend en 1919 l’entreprise  de jouets créait par son père en  1878. Il approche André Citroën en 1922. Ce dernier voit dans la fabrication de qualité, des répliques en jouets de ses autos un vecteur extraordinaire pour intéresser les enfants de ses clients, qui plus tard seront des consommateurs.  Mais, la mauvaise santé financière des automobiles Citroen et la reprise en main  par Michelin en 1935 va faire se rapprocher la C-I-J  de Fernand Migault à Louis Renault. Ce dernier  étant tout content de récupérer ce type de fabrication à son ancien rival André Citroën. Parallèlement, on assistera, au même moment à  la création de JRD, fondée par monsieur Rabier, ancien responsable de la fabrication des « Jouets Citroen » à Briare. C’est ainsi que JRD, pour simplifier, reprendra à son compte ,appelons cela  « la fabrication de reproduction d’automobiles Citroen », pour les différencier des vrais jouets Citroën d’avant 1935. Les deux firmes de jouets vont  ensuite cohabiter prés de trente ans, jusqu’au jour où JRD va tomber  en 1963 dans le giron de la société Jex (produits ménagers), eux même absorbé par le géant américain Johnson, qui ne conservera que les marques ayant un lien avec son activité principale: les produits ménagers. C’est à la C-I-J que l’on va naturellement penser pour reprendre le stock. les liens de monsieur Rabier, créateur de JRD avec ses anciens collègues de Briare n’ont surement pas été étranger à ce rapprochement. Ainsi, après avoir été séparé, les deux firmes vont de nouveau se trouver liées pour une fin programmée. Quel curieux destin.

Les modèles Citroen de chez JRD se retrouvant chez C-I-J ont donc une forte valeur symbolique. C-I-J va ainsi distribué des Citroen 2cv camionnette, des 11cv traction et le 1200Kgs. La DS19 (voir le blog consacré à la Citroën DS19 berline) ,la version cabriolet mais aussi l’Ami 6,  la 2cv berline et le T55 ne connaitront pas une seconde vie chez C-I-J.

Contrairement à ce que les gens ont pensé, et j’ai eu l’occasion d’en parler (voir le blog consacré à la Citroën traction de chez C-I-J) la C-I-J n’a pas racheté les moules. Non, elle a récupéré surement pour un prix très modeste, tout le stock de pièces détachés (jantes, décalques, carrosseries, châssis et même boîte vide!) de chez JRD.

Ainsi, dernièrement j’ai eu le plaisir de trouver un exemplaire du Citroën 1200Kgs police en boîte JRD, mais avec étiquettes surchargés  et renumérautés  provenant de la C-I-J. Une analyse plus profonde prouve le bienfondé des descriptions ci-dessus. Le modèle est équipé d’un plancher JRD ! ce qui veut dire que jusqu’à épuisement du stock de châssis mais aussi de boîte provenant de la JRD, il a d’abord été produit ainsi.Ensuite, C-I-J créera un châssis en tôle, lisse, sans inscriptions et une boîte Europarc générique.  Par contre, il semble toujours être équipé de jantes en aluminium de chez C-I-J. Cette dernière conservant le stock de jantes en zamac produite par JRD pour équiper sa Citroën 2cv camionnette postes et aussi bien sûr la Citroen Traction 11cv. On constate la même chose au niveau des décalques. Ils proviennent de chez JRD puis une fois épuisé ce sont ceux du charriot de police  qui feront affaire. Même le gyrophare, d’abord en plastique translucide de couleur jaune , verra sa matière (plastique opaque ) et sa couleur viré au saumon. Dernier détail, mais d’importance. La C-I-J a voulu marqué de son emprunte cette version police. Dés le début de sa nouvelle fabrication, elle l’a affublé d’un panonceau en plastique placé devant le gyrophare et décoré d’une décalcomanie police provenant du charriot de police. Ce modèle étant de suite identifiable par rapport au modèle JRD qui en est dépourvu.

C’est un modèle des plus intéressant. Il est à mettre en parallèle avec la version Brandt qui connaitra strictement la même logique (des jantes C-I-J, d’abord un châssis JRD, puis lisse de provenant de la C-I-J et enfin une boîte surchargé avec une étiquette dactylographie, qui sont la signature des dernieres productions de Briare)

 

Comment  C-I-J  pouvait elle espèrer vendre des Citroën 1200Kgs police en 1966 quand on voit ce que Dinky Toys proposa en 1966 avec son superbe 1200Kgs Currus et son gyrophare électrique ?

En fait, ces modèles  C-I-J étant distribué dans des réseaux  et des zones d’habitation très différente, ils ne rencontraient que rarement de manière frontale cette concurrence. L’une était vendue dans les bazars et autres marchands de couleur à la campagne alors que l’autre était l’apanage des marchands de jouets en ville. Par contre, ces C-I-J devaient être  en concurrence avec les Minialuxe et autres Norev bien moins chers. De plus le plastique commençait a être accepter par les consommateurs et n’était plus un repoussoir

Désormais, ces C-I-J sont de vrais raretés. J’ai un souvenir ému quand j’en parle. En 1980, je rêvais devant  les ouvrages de monsieur Nakajima. Dans un de ses nombreux ouvrages (j’en connais au moins cinq) il avait décidé de classé une partie de sa collection par thème. Il y avait donc un chapitre consacré aux véhicules de police du monde entier. Figure page ??? trois versions de ce rare C-I-J. Nous avions déjà du mal en a en avoir un à l’époque ! j’étais et je le suis toujours admiratif d’une telle collection. Il nous a fallu 30 ans pour réunir nous aussi ces versions !Petit clin d’oeil à monsieur Nakajima, le dernier exemplaire que j’ai trouvé en boîte possède une étiquette de prix en Yen ! Ces modèles furent donc  vendus jusqu’au Japon !

 

L’appel de la forêt.

L’appel de la forêt.

Enfant, habitant à l’orée de la forêt de Compiègne, j’ai été marqué ,  par le grandiose spectacle de la forêt. Chaque saison avait son charme. Cette grande forêt est constituée principalement de chênes.

l’Homme a tracé à travers cette dense végétation des routes reliant quelques village parsemés au milieu de cette océan végétal. J’ai  souvenir, de ces routes bordées de ces immenses chênes, si haut qu’ils finissaient par se rejoindre et ne former qu’un. La nuit, à  la lueur des faisceaux des phares , ces  arbres bordant la route  semblaient former comme dans une cathédrale, des arches gothique .

Désormais ce spectacle n’est quasiment plus possible. Pour divers  raisons. Suite a  la tempête de 1999, et  au principe de précaution, un   abattage  important a eu lieu, défigurant une partie de la forêt.

C’est ce même principe de précaution qui a poussé certain préfets a abattre un grand nombre de platanes le long de nos nationales. Cela m’a attristé. Ces arbres faisant parti de nos vies. Le platane a mauvaise presse au niveau de la sécurité routière. Ces arbres ont toujours constitué un danger , au même titre que les fossés , ravins et autres obstacles naturels. Désormais nos routes sont défigurés sous le prétextes du principe de précaution. Cela me fait penser à ces quelques vers de Georges Brassens extrait « Des funérailles d’antan »

« L’autre semain’ des salauds, à cent quarante à l’heur’
Vers un cimetièr’ minable emportaient un des leurs
Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis
On s’aperçut qu’le mort avait fait des petits »

En conséquence je vais donc consacrer cette page, non sur les ambulances , ce qui donnerait raison à ceux qui louent l’abattage des platanes et autres arbres bordant nos nationales  mais aux camions fardiers, transportant ces troncs abattus.

Les fardiers, ou grumiers ont toujours eu une place importante chez les fabricants de jouets français. Amusez vous à comparer  avec les fabrications britannique ou italienne. En fait de toute évidence ce sont bien évidemment les pays qui possèdent de grands espaces boisés qui ont un rapport avec l’industrie du bois. La scandinavie par l’intermédiaire de Tekno ou Vilmer a offert une grande variété de fardiers. La France n’est pas en reste. Je me souviens, avec une certaine émotion, d’un vieux monsieur venu me vendre quelques jouets de son enfance. Cet homme habitait les Vosges. Il avait eu enfant le Citroên T45 semi remorque fardier. C’est à travers ce jouet qu’il m’expliqua d’où il venait . Originale entrée en matière. Je pense toujours à lui en voyant ce jouet que j’ai conservé religieusement. Il m’expliqua qu’un certain nombre était chenillé. C’est de plus la version la plus crédible qu’a réalisé JRD. Le traction chenillé devant être un sérieux atout en terrain boueux et dénivelé. Cette version prend tout son sens.

Georges Brassens « Le grand chêne »

Il vivait en dehors des chemins forestiers
Ce n’était nullement un arbre de métier
Il n’avait jamais vu l’ombre d’un bûcheron
Ce grand chêne fier sur son tronc
Il eût connu des jours filés d’or et de soie
Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient
Des roseaux mal pensant, pas même des bambous
S’amusant à le mettre à bout
Du matin jusqu’au soir ces petit rejetons
Tout juste cann’ à pêch’, à peine mirlitons
Lui tournant tout autour chantaient, in extenso
L’histoire du chêne et du roseau
Et, bien qu’il fût en bois, les chênes, c’est courant
La fable ne le laissait pas indifférent
Il advint que lassé d’être en but aux lazzi
Il se résolu à l’exi(l)
A grand-peine il sortit ses grands pieds de son trou
Et partit sans se retourner ni peu ni prou
Mais, moi qui l’ai connu, je sais qu’il en souffrit
De quitter l’ingrate patrie
A l’orée des forêts, le chêne ténébreux
A lié connaissance avec deux amoureux
Grand chêne laisse-nous sur toi graver nos noms
Le grand chêne n’as pas dit non
Quand ils eur’nt épuisé leur grand sac de baisers
Quand, de tant s’embrasser, leurs becs furent usés
Ils ouïrent alors, en retenant des pleurs
Le chêne contant ses malheurs
Grand chên’, viens chez nous, tu trouveras la paix
Nos roseaux savent vivre et n’ont aucun toupet
Tu feras dans nos murs un aimable séjour
Arrosé quatre fois par jour
Cela dit, tous les trois se mettent en chemin
Chaque amoureux tenant une racine en main
Comme il semblait content ! Comme il semblait heureux
Le chêne entre ses amoureux
Au pied de leur chaumière, ils le firent planter
Ce fut alors qu’il commença de déchanter
Car, en fait d’arrosage, il n’eut rien que la pluie
Des chiens levant la patt’ sur lui
On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons
Chaque fois qu’un arrêt de mort était rendu
C’est lui qui héritait du pendu
Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis
Le coupèrent en quatre et s’en firent un lit
Et l’horrible mégère ayant des tas d’amants
Il vieillit prématurément
Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu
Le passa par la hache et le mit dans le feu
Comme du bois de caisse, amère destinée
Il périt dans la cheminée
Le curé de chez nous, petit saint besogneux
Doute que sa fumée s’élève jusqu’à Dieu
Qu’est-c’qu’il en sait, le bougre, et qui donc lui a dit
Qu’y a pas de chêne en paradis
Qu’y a pas de chêne en paradis