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Les mains dans le cambouis

Les mains dans le cambouis

Depuis quelque temps, la chaine de télévision Arte accompagne les films qu’elle diffuse en première partie de soirée d’une petite présentation d’Olivier Père intitulée “Trois bonnes raisons”. Il s’agit de trouver trois arguments pour nous convaincre de rester devant notre poste de télévision. Cela sert surtout à placer, avant et après la séquence, un écran publicitaire au bénéfice du sponsor de la présentation.

A mon tour, de trouver trois bonnes raisons de vous présenter la photo de Patrice Habans pour “Paris Match” intitulée “Jacques Chirac, le plus jeune ministre du Gouvernement” qu’a utilisé la Revue des deux mondes.

La première est que la légende de la photo a peu de rapport avec ce que l’on a sous les yeux. Jacques Chirac, dans le moteur d’une Peugeot 403 fixe l’objectif du photographe, presque surpris qu’on le dérange en pleine partie de mécanique.

Quoique, a bien y regarder on peut trouver quelques liens avec la fonction ministérielle de M. Jacques Chirac.

Nous sommes donc en 1967. Le 8 mai, Jacques Chirac a été nommé secrétaire d’Etat à l’emploi. Sur la photo, notre homme est en curieuse posture. Eclairé par une lampe baladeuse accrochée au capot, il a “les mains dans le cambouis”, expression populaire pour signifier qu’il a personnellement pris les choses en mains face à une situation difficile et ce de manière efficace.

D’ailleurs à voir le diamètre de la clef qu’il tient dans la main droite, on se doute que la panne est grave.

Finalement, cette photo annonce bien les déboires que vont connaître ses successeurs à ce poste. La fonction ministérielle est soulignée par la chemise blanche, aux manches retroussées certes, ainsi que par la cravate, rentrée dans la chemise pour la circonstance.

On se doute que Mme Chirac ne va pas rire en voyant rentrer son mari la chemise maculée de graisse.

La seconde raison est ce détail troublant. A l’époque, ce type de photo ne soulevait aucune polémique. Mais le futur président qui se détourne de son labeur pour nous regarder droit dans les yeux a une cigarette aux lèvres. Il sera bientôt impossible pour un homme politique de paraître ainsi dans la presse. La cigarette sera bannie des photos officielles. Pourtant, n’était elle pas un moyen de rendre populaire un homme politique ?

J’ai gardé le meilleur pour la fin, la troisième raison d’apprécier la photo. Observez bien le mur du garage.

Au fond, à droite, une publicité Simca avec ce slogan imparable : 2 ans de garantie ! Quel homme politique proposerait dans son programme une telle assurance ?

Cette photo a un côté désuet. La communication n’avait pas encore pris les hommes politiques en otage. Réfléchissez. En 1967, la Peugeot 403 n’existe plus au catalogue du constructeur. Elle a disparu en 1966 après des années de bons et loyaux services. D’ailleurs l’affiche avec les photos des Simca 1301 et 1501 derrière notre homme confirme que ce cliché a bien été pris en 1967.

Choisir cette auto de 1955 pour se faire photographier en 1967 révèle un amateurisme bon enfant. La Peugeot 404 qui a succédé à la 403 était présente depuis 1960.

Est-ce une auto de fonction ? peut-être . Dans ce cas sa couleur claire est étonnante. Ce type d’auto était généralement fini de couleur noire

Afin de revenir dans la norme, je vais vous présenter quelques Peugeot 403 reproduites en miniature et finies en teinte “administration”, c’est à dire en noir.

A tout seigneur tout honneur commençons par le modèle Dinky Toys. C’est un petit chef-d’oeuvre. Le plan est daté du 17 juin 1955.

Le prototype en bois est fini de couleur noire. C’est une découverte assez récente pour moi. L’échelle de reproduction est confirmée au bas du plan : 1/43.

Cette couleur sera, avec le bleu “Natier” la première couleur offerte au public. La couleur grise remplacera la couleur noire assez rapidement,en raison sans doute des difficultés à appliquer la teinte. Il faut dire que le noir ne pardonne pas les imperfections. A cette époque il y avait un vrai contrôle qualité.

La version noire est donc moins fréquente que la bleue ou la grise. Signalons que sa courte carrière l’empêchera de se voir équipée de la découpe à l’arrière du plancher, servant à recevoir le timon pour accrocher la caravane.

Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé
Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé

En tout état de cause on n’a jamais vu un ministre partir en congé avec une caravane.

Avant de quitter la firme de Bobigny, il faut mentionner la version break de la 403 (dénommée  “403 limousine commerciale” sur le plan du 11/1/1957  pour éviter un anglicisme).

On ne peut l’oublier. Un détail n’a pas pu échapper à votre vigilance. Cette auto est programmée en 1958. Elle fait partie des 13 nouveautés de l’année.

Sur la couverture de ce catalogue ainsi que sur la dernière page elle figure en noir, couleur qui ne sera jamais réalisée. Cependant, l’illustrateur du catalogue a bien dû travailler avec un exemplaire de cette couleur et quelques modèles ont sûrement été réalisés.

Sur l’édition italienne de ce même catalogue sortie un an plus tard, elle est bleue, couleur qui sera la sienne en production.

Il faut ici mentionner le modèle, fortement inspiré de la Dinky Toys, et produit en Espagne par Invicta. Je ne connais pas de couleur noire pour ce produit.

Quiralu sortira ce modèle en noir ainsi qu’en version bicolore, grise et noire. L’unicolore semble être toujours sortie sans vitrage alors que la bicolore est disponible dans les deux finitions. Après avoir vu la Dinky Toys quasi parfaite, la Quiralu a le charme désuet des jouets de bazar. Avec le temps, les amateurs sont devenus indulgents envers ce type de reproductions.

Il faut mentionner la version produite pour Jomat, le fabricant de circuit électrique. Ce dernier se contentait d’acheter des caisses peintes chez Quiralu, plaçait un moteur électrique et un châssis de sa fabrication et glissait le tout dans un précieux coffret contenant des éléments de piste et un transformateur.

je n’ai jamais vu le modèle fonctionner. Le poids de l’ensemble devait handicaper fortement le bon fonctionnement de la voiture. La 403, solide berline, n’était pas un foudre de guerre sur la route, comment aurait-elle pu faire des étincelles sur un circuit routier électrique ?

Punch, qui était un distributeur un peu comme Marx aux Etats-Unis, récupérera un certain nombre d’outillages chez Quiralu. Plus tard cette entité lancera la marque Eria.

En attendant, Punch va distribuer l’ex-modèle Quiralu dans un boîtage particulier. Les modèles sont à ma connaissance toujours équipés de vitrage. Ils bénéficient d’une finition unicolore et sont facilement reconnaissables du fait de l’absence de l’inscription “Quiralu” sur le châssis en tôle. Par contre je n’ai jamais vu de Peugeot 403 Punch finie de couleur noire.

Peu de temps après, Punch renoue avec la Peugeot 403 grâce à la distribution de la marque Eria. Cette dernière est une création. Elle est réduite à l’échelle du 1/50 environ. Dans la mémoire collective Punch reste associé à certaines enseignes de la grande distribution (Monoprix entre autres).

Voyant le créneau de la reproduction de la 403 berline quelque peu saturé C-I-J jettera son dévolu sur la version break. Avec ou sans vitrage, avec ou sans aménagement intérieur, il n’y aura pas de version noire.

Par contre, l’amortissement du moule se fera avec la création d’une version équipée d’un gyrophare électrique. Une version police verra donc le jour, de couleur noire comme l’étaient à l’époque les voitures de la police française.

Enfin, Solido a inscrit une jolie Berline 403 dans sa gamme Junior, démontable, au 1/32 environ. Elle est reconnaissable à son pavillon découpé. Il n’y a pas de teinte noire mais il existe une rare version anthracite métallisé.

Enfin, tout le monde connaît la version cabriolet qui ne peut laisser indifférent. Malgré une certaine lourdeur héritée de la berline, elle possède un charme unique et semble vraiment à part dans l’univers du cabriolet de ces années là. Dans la gamme Solido, c’est de loin mon cabriolet préféré. Pas de couleur noire bien sûr.

Dans un prochain blog nous examinerons les versions de la Peugeot 403 injectées en plastique, “l’autre matériau” utilisé à l’époque par les fabricants de jouets. Cette auto peut à elle seule devenir un thème de collection, tant sont nombreuses ses reproductions.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

Des Gak à l’infini

Des Gak à l’infini

Le Berliet Gak, ce populaire camion qui a sillonné les routes durant les années soixante et qui symbolisait cette période de forte croissance a logiquement connu  un beau succès  chez les fabricants de jouets français.  Il prend la suite du Berliet GLB qui pour le grand public était “le camion” par excellence. Le “Gak” prend la relève pour la génération suivante.

Fort logiquement, les fabricants de jouets ont compris l’intérêt d’inscrire le Berliet Gak à leur catalogue.

Solido est le seul fabricant français de jouets à n’avoir pas cédé aux charmes du Berliet Gak.

Il faut dire que la firme d’Oulins avait déjà inscrit à son programme d’autres Berliet, dont le TBO (voir le blog consacré à ce camion) puis le révolutionnaire Stradair  avant de conclure, au début des années 70 avec le TR300.

Berliet ne refusait jamais de fournir les plans de ses véhicules aux  fabricants de jouets. Paul Berliet trouvait là une reconnaissance et une publicité à moindres frais, fort valorisante pour ses produits. Il n’hésitait pas à commander des séries, reconnaissables à leur boîtage, et distribuées dans son réseau de garages.

Dans un article précédent, nous avons vu les versions reproduites en zamac (voir l’article consacré au Berliet Gak en zamac). Le Berliet Gak a également eu droit à de très nombreuses versions injectées en plastique. Le choix du matériau, et donc du prix de vente, dépendait de la clientèle visée.

Le plastique avait un coût de revient très inférieur au zamac. Pour cette même raison c’est en plastique qu’a été réalisée la grande majorité des modèles promotionnels.

Passons sur le Norev qui reproduit la superbe grande échelle. Le choix de la carrosserie “double cabine” de Norev a interdit toute réutilisation du moule. En tout état de cause le fabricant de Villeurbanne avait déjà un camion de tonnage équivalent au Berliet Gak à son catalogue, un Saviem. Il se dispensera logiquement de tomber dans le piège du doublon.

Minialuxe a décliné de très nombreuses versions du Berliet Gak, de facture honnête. Certaines sont venues garnir de jolis coffrets.

J’ai sélectionné celui qui fut réalisé pour la société “Bâches Saint Frères”. Les couleurs sont particulièrement harmonieuses. On appréciera le boîtage qui valorise l’ensemble. Le fabricant de bâches se devait de présenter son produit sous le meilleur jour. Minialuxe a donc conçu cette bâche en simili toile plastifiée qui a un rendu satisfaisant. La bâche “plastique” de la version Dinky Toys a un rendu inférieur.

Le budget alloué à ce produit promotionnel devait être limité, et de toutes les façons le modèle de Bobigny ne serait sûrement pas rentré dans le budget de cette entreprise picarde.

Je ne pouvais passer sous silence la version créée lors du lancement de ce camion avec sur la boîte la photo du camion à l’échelle 1 et les caractéristiques techniques. Il est fort possible qu’il ait également été distribué dans le réseau Berliet.

Vapé-Bourbon proposa aussi un Gak. Il remplaçait avantageusement le GLR et modernisait ainsi l’offre de ce fabricant. Pour l’occasion Bourbon a repensé sa conception. Le modèle précédent, le GLR n’existait qu’en version citerne car il s’agissait d’une version monobloc. Ceci limitait considérablement la possibilité de voir appliquer sur ce type de carrosserie une publicité d’un commanditaire qui ne soit pas dans les produits pétroliers.

Pour diversifier son offre, Bourbon a donc créé une cabine et plusieurs moules de carrosserie : tracteur, porteur, plateau brasseur, citerne, ridelles sur lesquelles on peut appliquer une bâche.

Cependant, le plus grand nombre de modèles publicitaires est consacré aux versions citernes, héritage sans doute de la version précédente. On appréciera tout de même la version équipée d’une benne aux couleurs de la marque d’engrais “Engrais azotés”.

ll y a bien sûr des publicités rares sur les versions citernes, notamment celle réalisée au Portugal pour “Sonap”.

Mais ma préférée est celle aux couleurs de …BP…Calais ! Plus précisément la station BP Socoda située au 8/10 boulevard Lafayette à Calais , ville de mon épouse.

On sait que Bourbon démarchait astucieusement les stations-service de France et de Navarre afin que chaque gérant commande une série de véhicules arborant la raison sociale et l’adresse de la station service qu’il tenait. Le coût ne devait pas être bien important. L’adresse est toujours figurée d’un seul côté. Cela peut constituer un thème de collection !

Plus sérieusement, il m’est arrivé d’en acquérir au seul motif que l’adresse figurant sur la citerne était celle d’ une ville qui m’est chère et ce doit être la même chose pour tous les amateurs de ce type de produit !

Si vous aimez le Berliet Gak, c’est bien avec la série Sésame que vous pourrez vous laissez aller aux variantes.

Ce n’est pas, loin s’en faut, la meilleure reproduction de ce camion. Mais avant de commencer vous devez savoir que vous n’arriverez jamais au bout de la collection car il est impossible d’établir une liste exhaustive. C’est un aspect  intéressant de la collection de miniatures, cela rend modeste.

Les versions de base sont assez faciles à se procurer et sont aussi très peu onéreuses. Ces modèles étaient distribués sur les marchés et dans les bazars. Ils sont restés à vendre jusque dans les années 80, quand j’ai commencé à m’intéresser à la collection. J’avais l’impression de remonter le temps en traquant ces modèles !

Une fois lancé dans l’aventure, ce sont les versions hors commerce qui vont séduire l’amateur. Le type de support de la publicité, lithographie ou décalcomanie, donne une indication sur la quantité produite : tôle lithographiée pour une quantité importante et au contraire décalcomanie pour une petite production.

Il semble que le fabricant devait toujours avoir en stock une quantité de véhicules de couleur blanche (plastique pour la cabine et le châssis et tôle pour la caisse). C’est cette couleur qui domine nettement dans ce type de modèles avec publicités en décalcomanie.

J’ai le souvenir d’avoir partagé avec M. Dufour un très important lot lors du salon Rétromobile il y a une vingtaine d’années. Nous étions heureux comme des enfants avec toutes ces versions qui nous étaient pour la plupart inconnues et que nous n’avons quasiment jamais revues !

Un dernier aspect me séduit particulièrement avec ces camions Sésame. C’est qu’ils véhiculent les enseignes de petites firmes ou de magasins de taille réduite qui n’auraient jamais pu espérer voir appliquer leurs noms sur un autre modèle réduit. Pas besoin de gros budget publicitaire. Ce sont des publicités locales et cela change de “Coca Cola” ou de “Nestlé”.

Comme pour le modèle Bourbon, un camion Sésame portant le nom d’une ville qui vous est chère ou évoquant des souvenirs peut prendre une importance démesurée à vos yeux de collectionneur. Ce côté subjectif est à prendre en considération dans les recherches.

Le Berliet Gak de chez Sésame, équipé ou non d’une friction en fonction du budget du commanditaire, reste un produit assez soigné. L’alliance du plastique et de la tôle lui confère un petit côté luxueux, par rapport à des productions de jouets tout en plastique. Cet aspect a dû peser bien des fois chez les commanditaires.

Ce camion peut largement occuper une vie de collectionneur, elle sera  compliquée et semée d’embûches

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

 

lettre au père Noël

Lettre au Père Noël

Je n’ai pas souvenir, enfant, d’avoir écrit au Père Noël afin de formuler une demande particulière ou de l’orienter vers le jouet de mes rêves. Cela ne se faisait pas. Par contre, je me souviens bien lui avoir écrit pour lui préciser que, malgré quelques petits dérapages, j’avais été assez sage. Ce jugement n’engageait que moi, mais ainsi, j’étais bien certain de lui avoir rappelé que je méritais un petit paquet sous le sapin. La lettre avait eu l’effet escompté.

J’ai grandi. Par la suite, je n’ai plus rendu de comptes à ce Monsieur sur ma conduite.

La technique a d’ailleurs évolué. Désormais on ne formule plus ses demandes par courrier postal, on utilise le courrier électronique.

Dernièrement, Monsieur Malric m’a donc adressé un mail, un peu comme on s’adresse au Père Noël, en m’expliquant qu’il serait “opportun” de consacrer un article à “son camion préféré”, celui de son enfance, le Berliet Gak, en cette année anniversaire. Ce camion a en effet été lancé en 1958. Moi aussi je l’aime bien. Comme pour Monsieur Malric, il synthétise ma découverte du monde des poids lourds.

Je m’interroge cependant sur l’opportunité de présenter ce camion. Il me semble en effet que trop d’articles de la presse spécialisée sont réalisés sur des sujets qui n’apportent rien car ils ont déjà été traités de nombreuses fois. Comment éviter le piège de la redondance ?

Je vais donc vous présenter des Berliet Gak qui, chacun, pour des raisons qui lui sont propres présentent une originalité. J’ai sélectionné un ensemble de modèles “made in France”. J’ai scindé en deux parties cette étude, la première partie traitera des modèles injectés en zamac et la seconde partie des modèles en plastique.

Prenons le modèle réalisé par Dinky Toys, en zamac. C’est une superbe reproduction. Cela tout le monde le sait. Mis à part la version dépanneuse, peu crédible, à laquelle on a greffé l’arrière du Bedford TK provenant de Liverpool, tous les modèles sont des réussites.

Mon préféré est la grande échelle…je n’ai jamais pu l’avoir enfant et, dans la vitrine du marchand de jouets située à quelques mètres de la boutique de chaussures de mes parents, sa boîte richement illustrée me fascinait. Je revois très bien la vitrine murale située à l’extérieur du magasin. Je m’étais contenté de la version produite par Norev, qui est, ma foi, fort réussie. Il faut dire que le “vrai” camion était en service là où j’habitais.

Il y a également la version distribuée chez Tafanel, le brasseur parisien, aux couleurs de “Kronenbourg”. Je me souviens , il y a quelques années, avoir eu entre les mains un catalogue  qu’éditait ce brasseur, contenant les articles aux couleurs “Kronenbourg” distribués à travers son réseau de vente (blousons, tee-shirts, cendriers…).  Figuraient  aussi le Dinky Toys mais également le Berliet Stradair de chez FJ. Ces modèle étaient donc en vente à travers le réseau de distribution  “Kronenbourg”.

Je ne peux vous présenter qu’un seul modèle qui sort de l’ordinaire. Il s’agit de la pré-série de la benne basculante. Ce modèle possède une benne entièrement lisse. On peut imaginer que Dinky Toys a rencontré des problèmes avec son moule et qu’un nombre important de rebus a conduit la direction a le modifier rapidement. Les rainurages ont facilité l’injection du zamac lors de la fabrication. J’ai eu cet exemplaire auprès de M. Chaudey, avant d’en trouver un second, bien plus tard dans une salle des ventes. Il était en vrac avec d’autres modèles en état d’usage. Logiquement d’autres exemplaires devraient finir par apparaître un jour. En effet une certaine quantité a dû être réalisée avant la modification du moule (rainurage).

Chez JRD, si je dois retenir un modèle, ce serait le très original tracteur Tak semi-remorque panier avec ses 90 bouteilles de gaz, à installer une à une : elles étaient livrées dans un sachet. A chaque fois que j’ai eu à installer ces bouteilles, j’ai pu constater que JRD, généreusement en mettait deux de plus. Il faut dire que l’on cassait facilement les anses en les installant.

Bien évidemment ce sont les couleurs rares (argent ou bleu métallisé) qui sont les plus convoitées. Mon père et moi, nous les avons traquées avec assiduité. Cela a pris du temps.

Celle de couleur rouge, la plus fréquente, est aussi la plus réaliste et la plus réussie. La flotte des véhicules aux couleurs d’Antar était ainsi décorée.

Appréciez celle équipée de pneus en caoutchouc blanc, au dessin si particulier. La couleur des ces pneus n’est certes pas crédible mais ils s’harmonisent parfaitement avec les décalcomanies. Je ne me lasse pas de voir en vitrine ces objets acquis il ya près de 40 ans.

A Marseille, FJ a logiquement inscrit ce populaire camion à son catalogue. L’échelle de reproduction est atypique dans le paysage des productions françaises de jouets de l’époque. Il est reproduit au 1/60 environ. Celui qui me paraît le plus intéressant, et le plus rare est le brasseur aux couleurs de Coca-Cola.

Le plus original est bien sûr la version porte-fer. Il faut savoir qu’ FJ produisait ces modèles en tronçonnant aux 2/3 la cabine d’un modèle de base. Il y a là un côté artisanal qui sied bien à cette petite entreprise provençale. Une pièce en tôle permettait de fermer la cabine.

Le brasseur “Coca-Cola” a un charme désuet. Il est fini dans la couleur jaune orangé qui avait été choisie par la firme d’Atlanta après la guerre pour habiller sa flotte de véhicules.

C’est assurément de cette même couleur qu’aurait été peint le Renault 3500kg de chez Dinky Toys de 1961. Ce projet dont il ne reste que le plan n’a pas abouti. (voir le blog consacré aux plans Dinky Toys). Dans le milieu des années soixante, la livrée rouge et blanche a remplacé la couleur jaune. A voir le nombre important de jouets aux couleurs de Coca-Cola on réalise que dès l’après-guerre le service marketing de Coca-Cola avait compris l’importance de conditionner les jeunes clients.

Pour une raison que j’ignore la version “Coca-Cola” avec le Berliet Gak est rare. Je crois bien ne l’avoir revue que deux fois. FJ transfèrera cette déclinaison “brasseur” sur sa nouveauté le Berliet Stradair. Comme ce dernier , le Berliet Gak est équipé de jantes en plastique, ce qui est rare pour ce camion.

Il faut dire que le Stradair, dans la réalité, avait une suspension “Airlam”. Il était tout destiné au transports de marchandises fragiles.

Cette version benne à ordures distribuée à Lille aux couleurs de la capitale nordiste me semble être digne d’intérêt. Monsieur Dufour en possède également un exemplaire.

La version pompier est peu crédible. Cependant le jouet a un charme certain.

Enfin, il semble opportun de citer dans un article consacré à ce camion les versions publicitaires aux couleurs du” savon pâte  Arma”. La localisation  géographique de cette firme, Marseille, comme FJ  explique surement la réalisation de ce modèle. Il est fort réussi. Je pense qu’il a connu une distribution promotionnelle .

Finalement M. Malric a bien fait de faire sa demande en amont de Noël. Il a été entendu. Je vous invite également l’année prochaine à faire vos commandes d’articles bien en avance pour permettre au Père Noël d’étaler sa charge de travail.

 

Les Cargo à tonton

Les Cargo à tonton

La famille cherchera à savoir. Et lors des repas de fin d’année un petit neveu osera peut-être cette question : “Alors Tonton, tu l’as cette 2cv ?”

C’est que le grand public a pu découvrir, ébahi, à la une du journal “Antiquité Brocante” du mois de septembre 2018, une magnifique Dinky Toys 2cv “Philips” et surtout son prix : 12 000 € …sans les frais précise-t’-on ! Le commentaire imparable qu’on trouve en couverture est ici reproduit :

“A  ceux qui estimaient que les collections de véhicules miniatures Dinky Toys évoluaient désormais tel un astre mort, la vacation du 5 juillet, à l’hôtel des ventes de Nîmes(30) a dû les faire tomber de l’armoire”.

Minialuxe panneau Philips
Minialuxe panneau Philips

C’est bien le genre d’article qui transforme le tranquille collectionneur de Dinky Toys en héros. Tous les collectionneurs de Dinky Toys ont finalement un morceau de cette 2cv.  Cette enchère a redoré le blason, un peu terni, de l’amateur de Dinky Toys.

Elle a donné un statut social à leur collection.

Pour beaucoup d’entre eux, les modèles «Chinois» (Atlas) avaient porté préjudice à l’image de leur collection de «vraies Dinky Toys».

Il faut bien trouver un responsable à la baisse de certaines cotes, même s’il serait plus judicieux, à mes yeux, d’évoquer, entre autres, la baisse du pouvoir d’achat des collectionneurs.

Revenons à notre repas de fin d’année. Vous pourrez toujours expliquer que cette 2cv  Philips vous l’avez en partie. Je m’explique. Ce fameux modèle, cette 2cv camionnette «Philips» semble bien avoir été réalisée sur la base de la version postale et décorée avec les décalcomanies empruntées au Citroën 1200Kg Philips. Qui n’a pas les deux modèles ?

Plus sérieusement, c’est bien ici que réside le manque d’intérêt de ce modèle, et ce malgré les commentaires enthousiastes du journal. Le Citroën 1200Kg Philips est sorti en 1964. C’est un produit sophistiqué. Tout le contraire de cette 2cv camionnette qui est en fin de carrière : elle n’a ni vitre ni aménagement intérieur. Quel contraste avec le 1200Kgs. J’avoue avoir du mal à comprendre la logique de la gestation de cette 2cv « Philips ». D’autre part, Philips aurait certainement souhaité pour sa promotion une fourgonnette un peu plus en phase avec l’actualité automobile.

On pouvait penser qu’il s’agissait d’un modèle réalisé par le bureau d’étude pour la firme Philips mais ce raisonnement ne tient plus dès lors qu’on a découvert un second exemplaire. Or le bureau d’étude n’a pas vocation à produire plusieurs exemplaires d’un modèle.

Hasard des trouvailles, au moment de la diffusion de l’article j’ai mis la main sur d’étranges modèles qui m’ont également laissé interrogateur. J’en ai tiré l’enseignement selon lequel, tout comme Dinky Toys, la marque Sésame possède aussi ses mystères.

De quoi s’agit-il ? de Simca Cargo. Jusque là, rien de particulier. Ce camion a marqué le début de l’histoire de la firme, mais les modèles dont je vous parle aujourd’hui se distinguent par une finition aléatoire. C’est le moins que l’on puisse dire.

Les parties vitrées sont mal ébarbées, les accessoires en tôle joignent mal et les couleurs sont inhabituelles.

Enfin, les châssis sont en plastique et portent la gravure «Volvo», ils ne sont pas en tôle comme ceux de la série de base et ne possèdent pas de moteur à friction. Il est facile de constater qu’ils n’ont pas les standards de qualité qu’arborent habituellement les miniatures de cette marque.

On pourrait, au premier regard penser à des modèles réalisés au Maghreb. Plus étrange encore, les versions citernes affichent des compagnies pétrolières inconnues chez Sésame France comme Mobil et Fina.

J’avoue ne pas en savoir plus. Philippe Cazaniga m’a cédé un exemplaire équipé d’une benne décorée aux couleurs “transsahara” comme les Sesame français. Cependant, l’intérieur de la benne est de couleur verte.

J’ai également trouvé une version ambulance qui est proche de la version française. En attendant d’éclaircir le mystère , je vais vous présenter quelques Sésame plus traditionnels, d’origine française.

Le Simca Cargo sera le premier camion choisi par Sésame. C’est à mes yeux le plus réussi. Les formes rondes de la cabine associées à celles, à angle droit, de la caisse en tôle lui vont à merveille.

Ainsi, vous pourrez répondre à vos amis ou à votre famille qui ne comprennent pas vos choix de collectionneur que Sésame est une firme à prendre en considération.

Et à la fin du repas, au lieu de montrer cette 2cv Dinky Toys que vous n’avez pas ( moi non plus je vous rassure) vous pourrez leur dévoiler votre incroyable collection de véhicules Sésame et leur expliquer tout l’intérêt de réunir cette série.

Et si le neveu persévère :

« Dis Tonton, pour le prix de la 2cv on a combien de camions Sésame? »

Il vous faudra prendre une calculatrice, pour ne pas faire d’erreur de calcul, mais vous arriverez à une quantité dépassant très largement le nombre de modèles existants.

« Oh là  là ! cela en fait beaucoup ! tu n’en as pas autant ! »

Et là, vous serez bien obligé d’acquiescer.

(voir le blog consacré  au Simca Cargo de chez Dinky Toys)

 

“Tant pis pour l’exactitude”

“Tant pis pour l’exactitude”

“C’est un effet de vignes que j’ai vu à Arles. J’y ai mis des Bretonnes. Tant pis pour l’exactitude”. Ces mots sont de Paul Gauguin dans une lettre qu’il adresse au peintre Emile Bernard qu’il avait rencontré à Pont-Aven.

Ensemble, ils avaient développé une théorie inspirée des estampes japonaises basée sur la simplification et les couleurs.

Pour Gauguin, l’important dans son tableau intitulé “Misères humaines” ou “Les vendanges à Arles” c’est l’effet de couleurs. Plus tard, dans sa période tahitienne, il prendra encore plus liberté. Ainsi le public le moquera pour son tableau “Ararea” l’un des plus célèbres, et pour le chien rouge placé au premier plan.

Dans l’histoire de l’art, nombreux sont les artistes qui ont suscité la polémique avant d’accéder à la reconnaissance. C’est inévitable. Le public a besoin de temps pour apprécier et comprendre ces évolutions. Le collectionneur russe Sergueï Chtchoukine, amateur éclairé dont nous avons pu admirer il y a peu de temps une partie de la splendide collection achetait notamment des oeuvres de Picasso.

Cependant il déclarait ne pas toujours le comprendre. Il avait eu cette phrase que j’aime beaucoup : “C’est probablement lui qui a raison et pas moi”.

“Tant pis pour l’exactitude” disait donc Paul Gauguin. Cent ans plus tart, on comprend la portée de la phrase tant le sujet est ailleurs dans son tableau.

Certes, il y a peut-être une forme de provocation chez l’artiste dans le fait de placer des bretonnes à Arles, pour faire les vendanges. Mais on sait que quelques mois auparavant il sillonnait les routes du Finistère et que ses carnets étaient remplis de croquis de paysannes pris sur le vif. Il est probable que la posture et l’authenticité des ces paysannes l’avaient inspiré au point qu’il ait souhaité les recycler et les replacer en Provence.

La direction des “Jouets Citroën” semble avoir tenu le même raisonnement quand elle a décidé d’offrir aux enfants des reproductions de Citroën T23 semi-remorque chenillé. “Tant pis pour l’exactitude, ils sont si beaux ces tracteurs semi-remorques !” aurait pu s’écrier le directeur commercial des Jouets Citroën.