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Celle qui a mal tourné

Celle qui a mal tourné.

Lorsque vous entrez dans la salle, elle vous fait face. Verticale, compressée, martyrisée. C’est une oeuvre d’Arman. Il l’a pensée en 1960 mais n’a pu la réaliser qu’en 1970, faute de presse adéquate. C’est une Renault Dauphine ou plutôt ce qu’il en reste.

En voyant cette oeuvre, j’ai tout de suite pensé à la Dauphine de mon père. C’était sa première auto.

1/Vous avez peut être une oeuvre d’art entre les mains !

Vu la tenue de route assez désastreuse de la Renault Dauphine, de nombreux utilisateurs, sans avoir le génie d’Arman, ont ainsi créé des “oeuvres d’art”. Mais ces dernières ont généralement fini à la casse et non dans un musée, comme celle que je vous présente ce jour et qui est au Mamac de Nice (Musée d’art moderne) que je vous conseille vivement d’aller visiter.

Dinky Toys Renault Dauphine "PKZ" (vétements ) marché Suisse
Dinky Toys Renault Dauphine “PKZ” (vétements ) marché Suisse

Celle de mon père était également de cette couleur. Il m’a raconté qu’elle avait un peu viré avec le temps et qu’il avait dû la passer au polish avant de la revendre afin qu’elle retrouve de manière provisoire, un peu de son lustre d’antan.

Le pigment rouge a le défaut de quelquefois virer à la lumière. Il suffit d’observer une partie de la gamme des véhicules pompiers produits par Dinky Toys Liverpool. On ne rencontre jamais ce défaut sur la production française, ce qui laisse à penser que le problème pouvait être contourné. La qualité des pigments entrant dans la composition de la couleur joue sans doute sur sa bonne tenue dans le temps.

Très longtemps, la fabrication des pigments permettant d’obtenir la couleur rouge vermillon résultait d’une alchimie délicate, ce qui a donné à cette teinte un côté sulfureux, voir maléfique. Le rouge était peu utilisé chez les Romains. A cette époque, le seul pigment efficace était le cinabre, extrait du mercure, il avait un coût très élevé.

C’est au Moyen-Age qu’on doit la découverte du rouge vermillon utilisé dans la peinture. Il était obtenu en transformant à l’aide d’un feu intense du sulfure et du mercure. Il en résultait, après la combustion, un bloc solide. En meulant le plus finement possible on obtenait un vermillon intense. J’ai trouvé ces renseignements  dans un passionnant ouvrage “L’histoire de la couleur dans l’art” de Stella Paul chez Phaidon.

Contrairement au noir, qui a toujours véhiculé les mêmes valeurs, le rouge a vu sa symbolique évoluer en fonction des époques.  (voir le blog consacré  à la couleur noire).

Au début du 20 ème siècle le rouge symbolisera la révolution bolchévique. Pour Stella Paul, l’auteure de l’ouvrage précité, le rouge a été utilisé lors des événement insurrectionnels pour exprimer la force, la puissance du mouvement ainsi que la passion. Un sulfureux mélange.

L’oeuvre de El Lissitzky “Frappez les blancs avec le coin rouge” de 1919 est des plus évocatrices. La couleur blanche étant celle des contre-révolutionnaires.

2/ la Dauphine, une auto révolutionnaire?

L’idée m’est donc venue de vous présenter la Renault Dauphine, une auto qui, loin d’être révolutionnaire sur le plan technique, le sera à travers la reproduction de son image.

C’est avec cette auto que cessa le contrat liant la régie Renault à la C-I-J pour l’exclusivité du droit à la reproduction en miniature (voir le blog consacré à ce sujet). Désormais, il suffit au fabricant de jouets de demander l’autorisation à la Régie Renault.

En écho à cette affiche politique, j’ai choisi trois firmes qui ont décliné la Dauphine en blanc et  en rouge : Dinky Toys , Norev et la C-I-J bien sûr. J’ai limité mon choix aux modèles équipés d’un vitrage.

3/ Un grand classique

Dinky Toys est bien sûr le grand bénéficiaire de cette ouverture à la concurrence pour reprendre une expression à la mode. On imagine bien que pour la direction de la Régie Renault, être absent du catalogue du “fabricant” de miniatures le plus renommé à l’époque devait être un créve -coeur.

Les premières versions équipées d’un vitrage reprennent les couleurs des dernières versions qui en sont dépourvues. Logique de rentabilité. Dans cette même logique, ces modèles de transition, sont conditionnés dans des étuis de la référence 24 E (version sans le vitrage) surchargés d’une étiquette en papier portant la nouvelle référence 524.

Disons le franchement, la version blanche équipée d’un vitrage est très peu fréquente. On constate une petite nuance au niveau de la teinte selon que le modèle est équipé ou non d’un vitrage. Cette version blanche sera très vite remplacée par la version de couleur turquoise.

4/Fin de règne

La Dauphine produite par C-I-J est aussi nettement plus rare avec un vitrage. La firme de Briare semble avoir mis du temps à équiper son modèle de cet accessoire.

Comme chez Dinky Toys, celle de couleur rouge est un modèle de transition. Cette teinte existait déjà sur un modèle sans vitrage. Il existe deux nuances de rouge, la distinction est nette en réalité mais la photographie a du mal à la restituer.

Celle finie en blanc a également connu deux variantes, dont une nuance rosée qui laisse penser que la peinture blanche a été appliquée sur une première couche de couleur  rouge. J’ai rencontré au moins trois exemplaires ainsi finis, il ne s’agit donc pas d’un “accident de production”.

Ces versions, certes peu spectaculaires sont bien plus rares que les versions bénéficiant d’une finition   métallisée (bronze et verte). Elles les précédent et ont été éphémères,

5/Variantes méconnues

Enfin, j’ai gardé pour la fin le modèle produit par Norev. Les couleurs rouge et blanche sont communes.

Par contre, certaines variantes sont, rares et peu connues.

Prenons la première variante. Comme sur la vraie voiture, Norev a créé une plaque d’immatriculation amovible. Comme vous le savez, cet accessoire servait de trappe d’accès à la roue de secours. Norev aurait sûrement aimé placer aussi une roue de secours dans le compartiment…Cette version aura une durée d’existence très courte. Le moule sera vite modifié, et la plaque d’immatriculation sera intégrée dans le châssis.

La deuxième variante équipée d’une friction est également rare. Ce sera avec la Citroën DS19 les deux derniers modèles du catalogue ainsi équipés. Elle partage avec cette dernière la particularité d’avoir un châssis en plastique et non en tôle comme les autres modèles “mécaniques”. Cet accessoire ne faisait plus recette auprès des enfants, qui lui reprochaient sa faiblesse de motorisation. Le problème venait souvent de la poussière qui contrariait la bonne marche du petit moteur.

Il existe enfin une troisième variante également moins fréquente. Dans une quête permanente d’amélioration de ses produits, Norev installera une suspension. On peut reconnaitre cette version à ses jantes le plus souvent  de couleur noire. En effet Norev trouva là un moyen de liquider son stock de jantes conçues au départ pour les versions mécaniques ce qui permettait de différencier au premier coup d’oeil les modèles équipés ou non de friction.

Cependant, comme chez tous les fabricants de jouets, il y a toujours des exceptions. Ainsi, je peux vous présenter une version équipée de suspension et de jantes de couleur rouge, celles qui équipaient les modèles de base. Je peux également vous présenter une version équipée de jantes de couleur noire mais dépourvue de suspension ou de friction ! La dauphine de couleur blanche à jantes noires que je vous présente ce jour ne possède ni suspension, ni friction.

Il faut enfin que je vous présente un autre modèle qui a un lien avec le sujet. La version “Europe N°1”, de couleur rouge clair .

Finalement , cette banale Renault Dauphine se trouve être une auto révolutionnaire à plus d’un titre. Quelle  auto peut s’enorgueillir d’être à la fois dans un musée d’Art moderne et dans vos vitrines ? Vous allez sans doute me répondre que la Renault Dauphine partage cet honneur avec le coupé Cisitalia qui se trouve au MoMA à New York. Comme la Dauphine d’Arman cette Cisitalia 202 coupé est de couleur rouge ! 

 

 

 

 

Les mains dans le cambouis

Les mains dans le cambouis

Depuis quelque temps, la chaine de télévision Arte accompagne les films qu’elle diffuse en première partie de soirée d’une petite présentation d’Olivier Père intitulée “Trois bonnes raisons”. Il s’agit de trouver trois arguments pour nous convaincre de rester devant notre poste de télévision. Cela sert surtout à placer, avant et après la séquence, un écran publicitaire au bénéfice du sponsor de la présentation.

A mon tour, de trouver trois bonnes raisons de vous présenter la photo de Patrice Habans pour “Paris Match” intitulée “Jacques Chirac, le plus jeune ministre du Gouvernement” qu’a utilisé la Revue des deux mondes.

La première est que la légende de la photo a peu de rapport avec ce que l’on a sous les yeux. Jacques Chirac, dans le moteur d’une Peugeot 403 fixe l’objectif du photographe, presque surpris qu’on le dérange en pleine partie de mécanique.

Quoique, a bien y regarder on peut trouver quelques liens avec la fonction ministérielle de M. Jacques Chirac.

Nous sommes donc en 1967. Le 8 mai, Jacques Chirac a été nommé secrétaire d’Etat à l’emploi. Sur la photo, notre homme est en curieuse posture. Eclairé par une lampe baladeuse accrochée au capot, il a “les mains dans le cambouis”, expression populaire pour signifier qu’il a personnellement pris les choses en mains face à une situation difficile et ce de manière efficace.

D’ailleurs à voir le diamètre de la clef qu’il tient dans la main droite, on se doute que la panne est grave.

Finalement, cette photo annonce bien les déboires que vont connaître ses successeurs à ce poste. La fonction ministérielle est soulignée par la chemise blanche, aux manches retroussées certes, ainsi que par la cravate, rentrée dans la chemise pour la circonstance.

On se doute que Mme Chirac ne va pas rire en voyant rentrer son mari la chemise maculée de graisse.

La seconde raison est ce détail troublant. A l’époque, ce type de photo ne soulevait aucune polémique. Mais le futur président qui se détourne de son labeur pour nous regarder droit dans les yeux a une cigarette aux lèvres. Il sera bientôt impossible pour un homme politique de paraître ainsi dans la presse. La cigarette sera bannie des photos officielles. Pourtant, n’était elle pas un moyen de rendre populaire un homme politique ?

J’ai gardé le meilleur pour la fin, la troisième raison d’apprécier la photo. Observez bien le mur du garage.

Au fond, à droite, une publicité Simca avec ce slogan imparable : 2 ans de garantie ! Quel homme politique proposerait dans son programme une telle assurance ?

Cette photo a un côté désuet. La communication n’avait pas encore pris les hommes politiques en otage. Réfléchissez. En 1967, la Peugeot 403 n’existe plus au catalogue du constructeur. Elle a disparu en 1966 après des années de bons et loyaux services. D’ailleurs l’affiche avec les photos des Simca 1301 et 1501 derrière notre homme confirme que ce cliché a bien été pris en 1967.

Choisir cette auto de 1955 pour se faire photographier en 1967 révèle un amateurisme bon enfant. La Peugeot 404 qui a succédé à la 403 était présente depuis 1960.

Est-ce une auto de fonction ? peut-être . Dans ce cas sa couleur claire est étonnante. Ce type d’auto était généralement fini de couleur noire

Afin de revenir dans la norme, je vais vous présenter quelques Peugeot 403 reproduites en miniature et finies en teinte “administration”, c’est à dire en noir.

A tout seigneur tout honneur commençons par le modèle Dinky Toys. C’est un petit chef-d’oeuvre. Le plan est daté du 17 juin 1955.

Le prototype en bois est fini de couleur noire. C’est une découverte assez récente pour moi. L’échelle de reproduction est confirmée au bas du plan : 1/43.

Cette couleur sera, avec le bleu “Natier” la première couleur offerte au public. La couleur grise remplacera la couleur noire assez rapidement,en raison sans doute des difficultés à appliquer la teinte. Il faut dire que le noir ne pardonne pas les imperfections. A cette époque il y avait un vrai contrôle qualité.

La version noire est donc moins fréquente que la bleue ou la grise. Signalons que sa courte carrière l’empêchera de se voir équipée de la découpe à l’arrière du plancher, servant à recevoir le timon pour accrocher la caravane.

Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé
Dinky Toys Peugeot 403 chassis ou non évidé

En tout état de cause on n’a jamais vu un ministre partir en congé avec une caravane.

Avant de quitter la firme de Bobigny, il faut mentionner la version break de la 403 (dénommée  “403 limousine commerciale” sur le plan du 11/1/1957  pour éviter un anglicisme).

On ne peut l’oublier. Un détail n’a pas pu échapper à votre vigilance. Cette auto est programmée en 1958. Elle fait partie des 13 nouveautés de l’année.

Sur la couverture de ce catalogue ainsi que sur la dernière page elle figure en noir, couleur qui ne sera jamais réalisée. Cependant, l’illustrateur du catalogue a bien dû travailler avec un exemplaire de cette couleur et quelques modèles ont sûrement été réalisés.

Sur l’édition italienne de ce même catalogue sortie un an plus tard, elle est bleue, couleur qui sera la sienne en production.

Il faut ici mentionner le modèle, fortement inspiré de la Dinky Toys, et produit en Espagne par Invicta. Je ne connais pas de couleur noire pour ce produit.

Quiralu sortira ce modèle en noir ainsi qu’en version bicolore, grise et noire. L’unicolore semble être toujours sortie sans vitrage alors que la bicolore est disponible dans les deux finitions. Après avoir vu la Dinky Toys quasi parfaite, la Quiralu a le charme désuet des jouets de bazar. Avec le temps, les amateurs sont devenus indulgents envers ce type de reproductions.

Il faut mentionner la version produite pour Jomat, le fabricant de circuit électrique. Ce dernier se contentait d’acheter des caisses peintes chez Quiralu, plaçait un moteur électrique et un châssis de sa fabrication et glissait le tout dans un précieux coffret contenant des éléments de piste et un transformateur.

je n’ai jamais vu le modèle fonctionner. Le poids de l’ensemble devait handicaper fortement le bon fonctionnement de la voiture. La 403, solide berline, n’était pas un foudre de guerre sur la route, comment aurait-elle pu faire des étincelles sur un circuit routier électrique ?

Punch, qui était un distributeur un peu comme Marx aux Etats-Unis, récupérera un certain nombre d’outillages chez Quiralu. Plus tard cette entité lancera la marque Eria.

En attendant, Punch va distribuer l’ex-modèle Quiralu dans un boîtage particulier. Les modèles sont à ma connaissance toujours équipés de vitrage. Ils bénéficient d’une finition unicolore et sont facilement reconnaissables du fait de l’absence de l’inscription “Quiralu” sur le châssis en tôle. Par contre je n’ai jamais vu de Peugeot 403 Punch finie de couleur noire.

Peu de temps après, Punch renoue avec la Peugeot 403 grâce à la distribution de la marque Eria. Cette dernière est une création. Elle est réduite à l’échelle du 1/50 environ. Dans la mémoire collective Punch reste associé à certaines enseignes de la grande distribution (Monoprix entre autres).

Voyant le créneau de la reproduction de la 403 berline quelque peu saturé C-I-J jettera son dévolu sur la version break. Avec ou sans vitrage, avec ou sans aménagement intérieur, il n’y aura pas de version noire.

Par contre, l’amortissement du moule se fera avec la création d’une version équipée d’un gyrophare électrique. Une version police verra donc le jour, de couleur noire comme l’étaient à l’époque les voitures de la police française.

Enfin, Solido a inscrit une jolie Berline 403 dans sa gamme Junior, démontable, au 1/32 environ. Elle est reconnaissable à son pavillon découpé. Il n’y a pas de teinte noire mais il existe une rare version anthracite métallisé.

Enfin, tout le monde connaît la version cabriolet qui ne peut laisser indifférent. Malgré une certaine lourdeur héritée de la berline, elle possède un charme unique et semble vraiment à part dans l’univers du cabriolet de ces années là. Dans la gamme Solido, c’est de loin mon cabriolet préféré. Pas de couleur noire bien sûr.

Dans un prochain blog nous examinerons les versions de la Peugeot 403 injectées en plastique, “l’autre matériau” utilisé à l’époque par les fabricants de jouets. Cette auto peut à elle seule devenir un thème de collection, tant sont nombreuses ses reproductions.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

Heureux comme un Saviem dans l’eau

Heureux comme un Saviem dans l’eau

Comme me dit mon frère, spécialiste en communication, l’important, c’est de faire le “buzz”. Traduisez par l’événement. Ainsi, désormais, sur les réseaux sociaux, on assiste à une véritable surenchère de photos et de vidéos. C’est à celui qui réussira à attirer le plus grand nombre de visiteurs sur son compte et pourra ensuite s’en glorifier.

Les médias ne sont pas en reste, ils comptabilisent les visites sur les réseaux sociaux des hommes politiques ou du spectacle. C’est à cela qu’on mesure l’importance de telle ou telle personnalité. Le contenu importe peu, c’est le chiffre qui compte.

Prenons la photo que mon frère a postée sur Facebook. Une explication s’impose. Nous avions acheté quelques jours auparavant une collection. Ayant loué un étal à la bourse de Houten aux Pays-Bas, nous avons profité de notre arrivée la veille de l’événement pour déballer la marchandise et l’étiqueter. L’hôtel est un superbe établissement situé à quelques centaines de mètres du hall d’exposition où se déroule l’événement. Les chambres sont spacieuses, voire luxueuses, mais le week-end, l’hôtel pratique des prix plus abordables. Mon frère a tout de suite répéré la baignoire avec jacuzzi. Comme j’avais un rendez-vous avec un marchand anglais, je le laissai seul et je l’habilitai à faire un rapide nettoyage de la marchandise. En effet, la personne à qui j’avais acheté le matériel avait subi une inondation. Comme elle n’avait pas jugé utile de jeter les cartons mouillés une odeur d’humidité forte et tenace avait imprégé les modèles.

Quelle ne fut pas ma surprise à mon retour de trouver mon frère dans un bain de mousse géant, entouré des Saviem CIJ qui bénéficiaient ainsi d’un nettoyage à grande eau.

 

Amoureux de la marque, le vendeur en avait rassemblé huit, tous dans la même variante, calandre à une barre, cabine bleue et benne rouge foncé.

Aprés avoir immortalisé la scène, mon frère avait posté la photo sur sa page Facebook !

C’est ainsi que j’ai vu dans ce cliché l’opportunité de vous parler d’un modèle qui n’aurait peut être jamais eu l’honneur du blog. Il faut avouer que ce camion dans sa version de base est commun. C’est un grand classique de chez C-I-J. L’idée du fabricant d’équiper la cabine Saviem d’une benne de type charbonnière est excellente.

Les fabricants de jouets préférent bien souvent reproduire des bennes carrières équipées d’une casquette. Pourtant ces dernières semblent moins fréquentes dans la réalité que celle de type charbonnière. Elles circulent souvent en circuit fermé dans des carrières à ciel ouvert, à l’abri des du regard des automobilistes.

Ce n’est pas le cas des bennes de type “charbonnières”. Ayant grandi en Picardie, mes saisons ont été rythmées par celles des campagnes betteravières. Ce sont ces bennes de type “charbonnières” qui étaient utilisées lors des récoltes se déroulant durant l’automne et l’hiver.

Elles faisaient “la joie” des automobilistes. Chargés de manière déraisonnable ces camions laissaient tout au long du parcours les conduisant à la sucrerie de larges traces d’une terre grasse qui rendait la chaussée glissante et maculait les flancs des automobiles.

Aussi, sur le plateau, à la sortie de Compiègne, après Venette, pour rejoindre l’autoroute A1, je les ai souvent maudits ces camions. Il faut ajouter au désagrément l’odeur très particulière s’échappant des sucreries. Je retrouve ces mêmes effluves lorsque partant pour la Grande- Bretagne j’arrive à l’aube au niveau dit du “Camp du drap d’or”, juste avant Calais. Au loin j’aperçois alors le halo des projecteurs illuminant la sucrerie et ses cheminées qui recrachent de longs panages blancs dont l’inclinaison s’est souvent révélée prometteuse d’une traversée agitée.

Et j’ai fini par éprouver une certaine sympathie pour ces camions qui me rappellent tant de souvenirs.

La première cabine Saviem, de type LRS a connu une vie sans histoire. Il n’y a pas de couleurs vraiment rares. La cabine qui lui a succédé, équipée d’une calandre verticale de forme rectangulaire à 3 barres horizontales est également assez facile à se procurer. Il a été produit une version équipée d’une casquette en tôle incorporée dans un sympathique coffret dénommé “Sablières de la Loire”. Il est certain que le surplus produit a été distribué en étui individuel.

Dans cette variante, ce sont les couleurs des jantes qui font la différence. Pour faire simple,  celles de couleur argent sont fréquentes, toutes les autres sont peu fréquentes.

Pour qui collectionne les C-I-J, la vraie difficulté est de se procurer les dernières productions. Lorsque Saviem a simplifié sa calandre en ne conservant qu’une barre horizontale, C-I-J a collé à l’actualité en modifiant son moule.

Cependant, il est assez difficile pour le collectionneur de répertorier toutes les dernières variantes. Tombée en décrépitude, la firme assemblait ses modèles avec ce qui restait à sa disposition. Cela se vérifie au niveau des assemblages de couleurs mais également aux jantes de couleurs variées qui les équipent.

C’est un pur bonheur et une véritable aventure qui attendent l’amateur intéressé. J’ai donc photographié les modèles que j’ai obtenus. Il y en a d’autres bien sûr.

La C-I-J a choisi des couleurs vives pour habiller ses modèles. Dans la réalité, la couleur grise était souvent de mise. Il faut dire que la couche de boue recouvrant les véhicules au bout de quelques trajets à la sucrerie rendait les couleurs difficilement identifiables.

Mon frère en train de nettoyer des Saviem C-I-J
Mon frère en train de nettoyer des Saviem C-I-J

Est-ce le souvenir de la Picardie de son enfance et de ses routes boueuses qui a incité mon frère à mettre les miniature CIJ dans son bain moussant?    

 

voir le site de mon frère.    http://autojaunejunior.com/

 

 

L’apparition

L’apparition

Un vrai miracle. En ce week-end pascal, c’est bien le mot qui me vient au sujet de l’histoire que je vais vous conter et du modèle concerné. Ce samedi de Pâques, j’ai connu la surprise, l’interrogation et finalement la joie, toute la palette des sentiments qui font le charme de la vie d’un collectionneur.

Catalogue Dinky-toys Hudson Dobson 1956-1957
Catalogue Dinky-toys Hudson Dobson 1956-1957

La veille, le vendredi, je me rendais à Rotterdam afin d’acheter des Dinky Toys chez un collectionneur néerlandais. Je rentabilisais ainsi le voyage qui me conduisait à la bourse aux jouets de Houten, dans la banlieue d’ Utrecht, prévue le lendemain. Le vendeur avait apporté les modèles dont il souhaitait se séparer dans les bureaux de sa compagnie de transport situés dans le labyrinthe de la zone portuaire. Impressionnant.

Toute la Chine débarque ici ses produits manufacturés. La zone est également occupée par la compagnie Shell qui raffine ses produits sur place. Mon GPS a peiné pour localiser l’adresse.

Une fois l’achat conclu, je me suis souvenu que dans le passé, je me rendais dans une boutique de jouets située à l’entrée de la ville qui avait un petit rayon de modèles d’occasion. Cependant, en repartant de mon rendez-vous, je n’ai pas réussi à reconnaitre le chemin qui me conduisait à cet endroit. La fatigue venant, j’ai préféré rentrer directement à mon hôtel d’Utrecht.

Coincidence, le lendemain, à la bourse aux jouets, je me suis trouvé justement en face de la table de ce marchand de Rotterdam. Il avait amené quelques Lion Car. Il n’y en avait pas beaucoup, une dizaine. Il s’agissait des premières versions. Au vu des déclinaisons, des couleurs et de l’état de conservation, ils étaient tous légèrement patinés, j’ai compris qu’ils venaient d’une même collection. Tous les Lion Car du début de production étaient là, sauf les Renault. Je questionne le marchand sur l’absence de ces derniers. A ces mots, sa fille qui était venue l’aider se penche et prend d’un carton de dessous la table un fourgon de couleur rouge. Comme elle sortait le modèle, son père prononce une phrase en néerlandais. Elle reprend le modèle et le remet sous la table. Le marchand s’adresse alors à moi en anglais et me dit “it’s sold”.

Je reste quelques secondes abasourdi. J’ai eu le bon pressentiment, il y avait bien une version postale dans cette petite collection. Mais une question me taraude.

J’ai eu le temps de voir le modèle quelques secondes, et le pavillon n’était pas noir. Or, la version Lion car est toujours bicolore. Le modèle aurait-il été repeint ? Etrange, car la dizaine de véhicules présents sur la table sont tous en peinture d’origine. Y aurait-il une autre version inconnue jusqu’ici ? Je demande à mon vendeur la permission de revoir le modèle.

Et là, le temps s’arrête. Je suis en présence non pas d’un modèle Lion Car, mais d’un C-I-J totalement inconnu. Une version d’un 1000kg qui n’a jamais été répertoriée. Comment, ce samedi 31 mars 2018, un tel modèle a -t’il- pu refaire surface ? On peut parler d’un petit miracle. D’une apparition en quelque sorte.

Je n’ai pas eu besoin de très longtemps pour confirmer l’authenticité du modèle. Il reprend tout simplement le schéma de la version française de la poste. Le filet noir qui ceinture le fourgon est réalisé au pochoir. Il est strictement identique à celui de couleur jaune qui décore la version française. C’est aussi la même décalcomanie. Les amateurs que vous êtes auront repéré qu’il est équipé des premières jantes, de type convexe. A ce niveau là, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec l’autre version postale destinée à un marché spécifique, je veux parler de la Deutsche Bundespost. Ils sont contemporains et ils partagent un autre point commun des plus intéressants.

La version pour le marché allemand est peinte de couleur jaune. La nuance est très particulière et n’a rien à voir avec le jaune de la version Astra ou Teinturerie. Non, il s’agit d’un jaune emprunté à la version Shell. Cette version néerlandaise emprunte, elle, la couleur rouge assez foncée du fourgon “Shell”. Ceci est logique. La version Shell a commencé sa carrière très tôt et les premiers exemplaires sont aussi équipés de ces jantes convexes.

A ce moment du récit, je dois faire une mise au point. Le vendeur m’a décrit le modèle comme étant “une sorte” de poste belge. Il n’en est rien. La C-I-J a bien réalisé une version aux couleurs de la poste belge, mais un peu plus tard. J’avance même l’hypothèse selon laquelle c’est ce ballon d’essai néerlandais qui a incité la C-I-J à mettre à son catalogue la version belge. J’ai interrogé sur place quelques collectionneurs anciens. Personne n’a entendu parler de ce modèle.

Je lance donc un appel aux collectionneurs néerlandais. Avez-vous déjà rencontré ce fourgon que l’on peut qualifier de “fourgon poste pour les Pays-Bas”.  La quantité  produite a dû être minime, si réduite qu’elle n’a pas justifié la réalisation d’une décalcomanie spécifique.

Un pochoir comme celui de la version “Boucherie”, plus tardive, permettant de peindre  le pavillon dans une couleur différente de celle de la carrosserie, aurait pu être conçu pour la version hollandaise. Mais là encore, la très faible quantité produite pour le marché néerlandais n’a pas justifié la création de ce pochoir spécifique. Mais là encore, la très faible quantité réalisée pour le marché néerlandais n’a pas justifié la réalisation de ce pochoir particulier. C-I-J a produit cette version en adaptant ce qu’elle avait à disposition, avec les moyens du bord.

A ce moment de l’histoire, j’ai le véhicule en main, mais il ne m’appartient pas. C’est ici qu’intervient un deuxième miracle. Le nouveau propriétaire se trouve en fait à côté du vendeur. Il semble être ami avec ce dernier. Après quelques questions sur ses motivations de collectionneur, je commence par lui confirmer l’authenticité de son acquisition et m’empresse de lui expliquer ma motivation pour acquérir son modèle. Par chance, il me connait et rajoute même qu’il est déjà venu au magasin. Il me demande de lui faire une offre. J’ai vu l’étiquette mentionnant le prix d’acquisition. Une misère. Nous nous entendons et c’est avec un sentiment de joie intense que j’enveloppe précieusement ma nouvelle acquisition, savourant à l’avance le récit que je vais pouvoir en tirer.

Lorsqu’à nous autres, collectionneurs anciens, on pose la question “Alors, vous avez tout maintenant ? ” nous répondons mécaniquement qu’il nous reste heureusement encore bien des choses à découvrir.

Ce samedi confirme ce fait, et de manière éclatante. Ce fut une véritable apparition. Par quel hasard ce petit véhicule a- t-il atterri dans ce carton ? Qu’est-ce qui m’a incité à poser la question qui a fait surgir ce jouet comme une apparition ? Voilà bien des mystères auxqels je ne saurais répondre.

Miracle à Milan

Miracle à Milan

C’est le titre du film de Vittorio de Sica et de Cesare Zavattini qui remporta la palme d’or à Cannes en 1951. Dans ce conte fantastique empreint de poésie deux mondes s’opposent : celui des gens cupides et celui des pauvres. Le miracle s’accomplit à la fin du film quand la fée Lolotta vient chercher les habitants d’un bidonville promis à la destruction en raison de la découverte d’un gisement de pétrole et les emmène au paradis. La fin du film est célèbre : gueux et mendiants survolent la cathédrale  de Milan à cheval sur un balai.

Je vous rassure, je n’ai pas enfourché un balai pour survoler le Duomo. Non, c’est un miracle bien plus modeste qui m’est arrivé à Milan.

La Citroën Ami 6 de chez JRD est un classique. Ce n’est pas ma reproduction favorite de cette célèbre berline car je préfère celle de Solido (voir le blog consacré à la Citroën ami 6 de chez Solido).

Il faut dire que Solido a été pragmatique en renonçant à reproduire le capot ouvrant. Incurvé en son milieu, il représente un véritable casse-tête.

Il est quasiment impossible de le fermer correctement sans laisser d’espace disgracieux au niveau horizontal du capot et sur les côtés. Solido a su éviter un piège dans lequel Dinky Toys, Norev et JRD sont tombés. Parmi ces derniers c’est JRD, et de loin, qui s’en est le mieux sorti. Longtemps, deux combinaisons de couleurs ont été répertoriées.

La très classique et très conventionnelle bleu pâle avec pavillon blanc et la plus rare orange avec pavillon blanc.

La rencontre avec un ancien représentant de JRD m’a fait découvrir au milieu des années 80, une superbe et rarissime version vert tilleul avec pavillon blanc. Je n’en ai jamais revu d’autre .

Mais revenons à la bourse de Milan, édition de décembre 2016.La manifestation était bien entamée, elle commence pour les exposants à 6H30. Je détaillais les miniatures sur la table d’un vendeur. Manifestement, j’avais devant les yeux une petite collection constituée d’époque, composée des grands classiques de la miniature. Des Märklin, des Corgi Toys ,des Quiralu, des Mercury des Solido, les reproductions des principales autos européennes des années soixante. Le collectionneur avait semble- t-il acheté une seule reproduction de chaque auto. Pas de doublon.

Parmi les miniatures figurait une Citroën Ami 6 berline bleu très pâle unicolore. Il s’agit d’une couleur classique chez Solido. Cependant, l’échelle de reproduction du modèle posé sur la table m’a permis d’identifier très rapidement un autre fabricant de miniatures. La silhouette proche du 1/41 ne pouvait être que celle d’une JRD, la Solido respectant strictement, elle, le 1/43. Cette variante de couleur m’était inconnue jusque là.

Un examen approfondi me confirma l’authenticité du modèle. C’est un plaisir certain que de découvrir après 40 ans de collection des couleurs inconnues, qui plus est chez un fabricant avec lequel on a des affinités.

Quelques mois plus tard, toujours à la même manifestation , et toujours en fin de matinée, alors que j’étais dans l’allée centrale de la manifestation, quelle ne fut pas ma surprise de voir un Saviem LRS pelleteuse dans les couleurs du Renault 120cv.

Il y a quelques années j’avais récupéré la version équipée d’une flèche treillis de couleur orange équipée de cette cabine Saviem LRS. Nous sommes en présence de modèles de transition qui empruntent les couleurs du Renault 120cv, et sont équipés de la cabine Saviem. (voir le blog consacré  à ce Saviem C-I-J …le chainon manquant).

Un dernier élément est venu depuis éclairer ma lanterne. On sait qu’avec la Dauphine, la Régie Renault a rompu le contrat d’exclusivité qui la liait à la C-I-J (voir le blog consacré à ce sujet avec la Renault 4cv).

Récemment, j’ai eu la chance de récupérer deux documents destinés aux revendeurs avec des listes de prix. Un détail m’a profondément choqué. La mention “Renault” a disparu du nom de tous les modèles, sauf pour la 4cv et encore.

extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres
extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres

Celle-ci est décrite comme “4cv Renault “et non” Renault 4cv”. C’est subtil mais il faut le souligner, on sent que Renault n’est plus en odeur de sainteté chez C-I-J.

Le nom Saviem lui est bien présent dans les catalogues. C’est fort étrange, car Saviem était la branche poids lourd de Renault. Il se peut que la C-I-J ait négocié, non pas un contrat d’exclusivité mais au moins un contrat l’autorisant à reproduire des “Saviem”. Pour être complet sur ce sujet, on note que le nom Simca apparaît également dans ce catalogue, mais que tous les autres noms de constructeurs sont absents. Simca et Saviem avaient sûrement dû accepter que la “C-I-J europarc” reproduise leurs modèles.

J’avance donc l’hypothèse selon laquelle la “C-I-J Europarc” a utilisé au plus vite l’accord de Saviem. Pour ce faire elle a remplacé la cabine Renault par celle du Saviem LRS qu’elle avait déjà en production sans même attendre que la nouvelle cabine Saviem JM240 plus moderne soit prête.

Pour le collectionneur français que je suis, fort sensible à ces deux firmes, la JRD et la “C-I-J Europarc”, ce sont désormais deux petits miracles qui se sont accomplis à Milan. J’attends désormais le troisième.