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Pour 19€ tu peux avoir le livre…

Pour 19€ tu peux avoir le livre…

« L’éminent marchand d’art, grand collectionneur et richissime David Nahmad, dont la fortune est estimée à 1,8 milliard de dollars selon le magazine Forbes, a constitué avec son frère Ezra l’une des plus importantes et prestigieuses collections d’art privées du monde. La collection de la famille Nahmad est riche de plusieurs milliers d’oeuvres et chefs-d’oeuvre, signés des grands noms de l’art moderne, depuis les maîtres du pré-impressionnisme et de l’impressionnisme » . Voilà comment le site de vente en ligne, Amazon, présente le livre « Matisse collection Nahmad » édité chez Lienart à l’occasion de l’exposition temporaire au Musée Matisse de Nice 2021/2022.

Musée Matisse à Nice
Musée Matisse à Nice

Ce type de présentation a le don de m’indisposer. Désormais, pour vendre un livre, ou tout autre produit, on ne sait parler d’autre chose que d’argent. Avait-on besoin de parler de la fortune de cette famille pour vendre un livre à 19 euros ? cette présentation rend-elle plus beaux les tableaux et surtout quel lien a-t-elle avec l’exposition ?

le livre à 19€ " Matisse collection Nahmad"
le livre à 19€  » Matisse collection Nahmad »

Après avoir acheté l’ouvrage, dans une « vraie » librairie et lu l’interview croisée entre Claudine Grammont, la directrice du musée Matisse à Nice, et les deux frères David et Helly Nahmad , le sourire m’est revenu.

Loin des propos de la présentation de l’ouvrage par le site de vente en ligne que je qualifierais de vulgaire, David Nahmad se confie sur son métier de marchand d’art et sa passion de la peinture, prouvant bien que les deux ne sont pas contradictoires. Je cite David Nahmad :

« L’art doit être accessible, un tableau se destine au public. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt d’acheter une oeuvre si c’est pour la garder chez soi. La possession, c’est la pire des choses. Le tableau en lui-même n’a pas de valeur, c’est avant tout un document. »

Que dire de plus ? Il faut beaucoup d’expérience et d’humilité à un marchand/collectionneur pour tenir ce type de propos.

Les deux frères n’éludent pas la question de l’argent. Après tout, ils sont marchands. C’est leur métier d’acheter et de revendre. Comme tout commerçant d’ailleurs.

Leur passion pour la peinture de Matisse est palpable dans toutes les réponses faites aux question de la directrice du musée Matisse de Nice. Et si leur savoir est grand, il n’est jamais écrasant pour le lecteur néophyte.

Ils parlent de leurs tableaux avec passion, soulignant les points forts, les détails qui les ont touchés, que ce soit l’exécution du carrelage du tableau « Sur la chaise longue » ou l’importance de la couleur de la ceinture verte de la « Femme au fauteuil ». Ces détails révélés sont comme des confidences que l’artiste nous aurait glissées à l’oreille.

Ces quelques lignes aident le visiteur de l’exposition à mieux appréhender les toiles de Matisse.

Dans la formulation d’une de ses questions la directrice du musée rappelle que les deux frères ont une conception ancienne du métier basée sur la connaissance des oeuvres, historique et esthétique.

Et lorsqu’il faut parler d’argent c’est au travers d’une anecdote ou de l’ histoire d’un tableau et de l’évolution de son cours.

Une crise politique, énergétique, un putsch militaire et le marché s’effondre au grand dam de ceux qui vendent à ce moment-là. David Nahmad rappelle l’effet catastrophique qu’à eu sur le marché de l’art en 1979 la prise d’otage à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran

Il raconte l’histoire d’un tableau de Matisse « Les coucous, tapis bleu et rose,1909 » demeuré invendu en cette année 1979. Après la vente, il le rachète avec un Renoir pour £240 000 pour le revendre à Pierre Bergé et Yves Saint Laurent en 1981. Le tableau sera remis sur le marché lors de la vente de cette prestigieuse collection en 2009, et sera cédé à 35 millions d’euros.

Il est tentant de faire le rapprochement avec le marché du jouet ancien et ses fluctuations. J’ai par exemple suivi l’évolution dans le temps de la cote d’un jouet de fabrication française.

Mon point de départ est l’acquisition par mon père. Depuis 1975, date du début de la collection nous avons toujours consigné nos achats manuellement sur des fiches bristol…

Mon choix s’est arrêté sur un jouet produit par JRD, l’Unic Izoard tracteur semi-remorque-porte wagon Kronenbourg. C’est un modèle tout en contraste. Si la version de base est très fréquente, il existe trois variantes rares.

Le jouet reproduit un véhicule qui a réellement existé. Le wagon et la remorque ne sont pas à la même échelle que le tracteur Unic qui est lui au 1/50. Il faut donc regarder ce jouet avec des yeux d’enfant et non de maquettiste. L’ensemble est cependant fort original.

Décrivons le modèle de base. Sur la première version du porte-wagon, la cabine est finie en deux tons, ivoire et rouge. La remorque peut être de couleur rouge ou argent. Il manque souvent la petite barre qui servait à bloquer le wagon sur sa remorque plateau. Elle se fixe entre le hayon et le crochet d’attelage du wagon. JRD a pris le soin d’imprimer une notice. Les pneus de la remorque souffrent souvent de déformations. Il faut, je pense l’accepter et les laisser plutôt que les changer.

Ce modèle nous l’avions payé 200 Francs le 4 septembre 1980. A titre de comparaison, deux semaines plus tard, le 24 septembre nous avions enrichi notre collection de JRD avec le peu fréquent Berliet Gak feux de forêt, payé 850 Francs et la Peugeot 404 de couleur bleu pâle, acquise elle pour 100 Francs.  Cela vous donne une échelle des valeurs de l’époque.

A ce stade de l’étude, il faut souligner un point qui va sans doute étonner de nombreux collectionneurs actuels. La différence entre un modèle en boîte ou un modèle sans boîte était minime. Le phénomène de la plus value de la boîte va apparaître en France bien plus tard.

En 1984, le 6 juin, mon père a acheté à un marchand parisien, M. Neut, la très rare version promotionnelle réalisée en 1964 pour le tricentenaire de la brasserie. L’harmonie des couleurs est superbe. Le modèle reprend les couleurs Kronenbourg, le rouge et le bleu pour le tracteur et le wagon.

Le décalcomanie utilisée est celle qui était apposée sur les flancs du tracteur semi-remorque Berliet. L’ensemble est superbe. Nous en avions entendu parler, mais ne l’avions jamais vu. Le modèle était neuf en boîte et mon père a cassé la tirelire : 13 000 Francs.  Nous sommes bien loin des 200 Francs de la version de base.

On se rend compte de l’engouement suscité par certains modèles. Un autre élément doit ici être souligné. La génération des collectionneurs précédents s’intéressait surtout aux automobiles. Il suffit de feuilleter les magasines Modélisme pour comprendre.

Encore une fois, les ouvrages de Mr Nakajima ont ouvert les yeux des collectionneurs des années 70-80 et la cote des utilitaires va grimper en flèche.

le 1er décembre 1995 nous avons acquis une autre version, rare, qui n’était pas référencée. Elle emprunte la finition de peinture argent et rouge de la cabine réservée à la version transport de liquide « 60 hectos ».

JRD a sans doute trouvé là le moyen de liquider les cabines prépeintes et non utilisées d’un modèle qui venait d’être abandonné. Je n’ai revu qu’un autre exemplaire ainsi assemblé.

Nous l’avions payé 1 600,00 Francs. Dix mois avant nous avions payé 4 250,00 Francs une Citroën 2cv camionnette Comap neuve en boîte. Nul doute qu’aujourd’hui ce type de variante rare a pris de la valeur.

Plus tard, le 22 février 1984, c’est la version produite par C-I-J qui est entrée dans notre collection. A la fermeture de l’usine, le stock de pièces, les décalcomanies et les boîtes ont été cédés à la C-I-J.

Visiblement le stock de jantes en zamac était peu important et la firme de Briare a dû utiliser ses propres jantes en plastique sur les modèles JRD qu’elle distribuait. Elles peuvent être de couleur rouge ou rose, comme sur le Berliet Gak benne à ordures Genève provenant aussi de chez JRD.

Sur certains exemplaires elles sont même panachées ! La teinte de la cabine est plus claire. C-I-J utilisera les étuis JRD qu’elle surchargera d’une petite étiquette collée sur les côtés. Cela sent la fin. Ce modèle est très peu fréquent. Nous l’avons payé 800,00 Francs le 27 février 1984.

Le 6 juin de la même année, nous avons acquis deux autres C-I-J qui comme ce porte-wagon étaient d’origine JRD. Le Citroën 1200 kg police (version petite décalcomanie) avec sa rare boîte spécifique pour 1 700 Francs et le Berliet Gak benne à ordures cité plus haut, variante à jantes de couleur rose pour 350 Francs.

Il m’a semblé intéressant de m’inspirer du discours des deux frères sur l’évolution dans le temps de la cote d’un tableau et de le transposer dans le monde de la collection de miniatures.

Il faut être un marchand ou un collectionneur averti, avec de l’expérience, pour analyser et comprendre les évolutions du marché. On saisit aussi toute la difficulté de prévoir à moyen terme. Les deux frères n’auraient-ils pas dû garder le tableau de Matisse « Les coucous, tapis bleu et rose de 1909 » qui avait été invendu en 1979 ?

La comparaison avec le monde du jouet s’arrête vite. Nous ne sommes pas dans le domaine de l’art. Même très rares, nos jouets ne sont pas uniques. Comme les deux frères Nahmad, les salles des ventes et les marchands, devraient davantage communiquer sur l’intérêt des objets qu’ils vendent, expliquer leur rareté et leurs intérêt, plutôt que de communiquer sur les prix de vente. Mais il faut pour cela, comme les frères Nahmad, être amoureux des objets qu’on présente.

 

 

 

Où allons-nous ?

Où allons-nous ?

La mention « simple, robuste et bien français, ces deux derniers mots soulignés, sur la publicité, ne manque pas de questionner.

C’est ainsi que Renault présente en 1950, son nouveau tracteur agricole.

Il faut flatter le sentiment national dans cette période d’après -guerre. Pour les concurrents étrangers de Renault, au regard des perspectives de ventes, le marché du tracteur en France est perçu comme un Eldorado. La France est en retard dans la mécanisation des outils agricoles. Tout est à faire. Les concurrents, allemands notamment, sont aux aguets. Cette mention sur la publicité est loin d’être anodine. La perspective du traité de Rome en 1957, avec l’union douanière et la libre circulation des biens s’apparente à une menace pour les petits fabricants nationaux de tracteurs, français, allemands ou italiens.

D’ailleurs en 1962, la régie Renault va acquérir la branche agricole de Porsche, « Porsche Diesel ». La Régie profitera de cette ouverture pour exporter en Allemagne ses tracteurs. C’est à cette occasion qu’une partie de la production des tracteurs Renault passera du traditionnel orange au rouge.

Jean-Marc Bougan, amateur de miniatures agricoles m’avait raconté que Porsche était fort implanté en Alsace. Renault avait donc choisi, pour une partie de sa production, de reprendre la couleur des tracteurs Porsche, le rouge, afin de ne pas déboussoler une clientèle fidèle. Je ne sais si cet artifice a suffi à rassurer.

Parallèlement, Renault modifie l’orange de sa production initiale. Il s’éclaircit pour devenir saumon. Ses concurrents français, Vendeuvre et surtout Someca, le bras armé de la Fiat dans le secteur agricole avaient également choisi l’orange comme identifiant visuel. En modifiant sa teinte initiale, Renault se démarque de ses concurrents.

C-I-J s’adaptera à la réalité. Une partie de ses tracteurs miniatures sera finie de couleur rouge et l’autre de couleur saumon. La firme de Briare s’adaptera également en modifiant les faces avant (radiateur et plaque d’immatriculation). Ces modèles sont peu fréquents et souffrent souvent de métal fatigue.

Les miniatures promotionnelles de tracteurs allemands ne risquent pas, elles, de connaitre ce type de problème. Elles sont toutes injectées en plastique.

Du moins dans la période contemporaine à ces années-là (1950-1965). On peut y voir deux raisons : la grande maîtrise technique de cette matière par les industriels allemands, et le faible coût de revient, ce qui a son importance pour un objet promotionnel.

Au gré de mes voyages en Allemagne, j’ai donc constitué un petit ensemble de tracteurs, avec leur boîte promotionnelle souvent très évocatrices d’une atmosphère. D’un constructeur à l’autre, elles varient, et donnent une indication sur le message envoyé par ce dernier.

L’échelle de reproduction, tourne autour du 1/32, au diapason de ce qui se faisait en France. Encore une fois, ce sont les figurines agricoles qui ont déterminé celle des tracteurs miniatures. Il y a quelques exceptions, le Hanomag et le Fahr de chez Wiking.

Un constat s’impose en voyant ces marques qui étaient encore présentes dans ces années cinquante-soixante, c’est qu’elles ont pratiquement toutes disparues. Elles ont été victimes de restructurations et de regroupements, pour finir au sein d’un groupe de stature mondiale comme John Deere ou New Holland. C’est un exemple de la mondialisation qui n’épargne que peu de domaines économiques.

Des Société Française Vierzon ou des Hanomag, des Renault ou des Lanz, il nous reste ces merveilleuses maquettes promotionnelles. Elles avaient vocation à fidéliser la clientèle. Elles devaient aussi faire rêver l’enfant qui était censé reprendre l’exploitation afin qu’il se souvienne, le moment venu, combien il avait aimé son Hanomag 55 ou son Lanz Bulldog identique à celui du père.

Le titre cette série de trois blogs n’est autre que celui d’une toile de très grand format peinte par Paul Gaugin   » D’où venons-nous? que sommes-nous ?où allons-nous ? ».

Cette oeuvre de Paul Gaugin résume les trois âges de la vie sur une même surface. Il m’est apparu comme une évidence pour décrire la mutation de la civilisation française et l’exode rural du siècle dernier, la lente mécanisation du monde agricole et enfin la disparition des constructeurs de tracteurs de taille moyenne au profit de quelques géants du secteur. Le tout vu par le prisme de la production des jouets agricoles .

Je vous invite à les lire dans l’ordre.

« D’où venons nous ? »  premier épisode

« Que sommes nous? »second épisode

Que sommes nous ?

Que sommes-nous ?

Ils sont jeunes, ils sont beaux. Ils ont la vie devant eux. Nous sommes en 1950. Le ciel s’est éclairci, la guerre est derrière eux.

Ces deux jeunes agriculteurs si fiers qui illustrent la publicité de 1950 du tracteur Renault, semblent sortis d’une agence de mannequins plutôt que de la ferme voisine.

La Régie Renault utilisera cette image d’Epinal pour communiquer sur l’avenir qui se confond désormais avec la mécanisation des travaux agricoles.

La France est en retard dans ce domaine. Les premiers tracteurs sont apparus après la première guerre mondiale. Il fallait suppléer le manque de main d’oeuvre.

En 1950, la France se remet du second conflit, l’exode rural a continué et le manque de bras se fait sentir. Cependant, avec ses petites exploitations, le paysage agricole français ne se prête pas vraiment à la mécanisation.

Il faudra un autre facteur, l’apparition de la notion de rendement à l’hectare pour accélérer la mécanisation.

Ce tracteur Renault E3040 représente l’avenir. En 1950 Renault est le premier constructeur hexagonal de tracteurs avec 58% de parts de marché.

Le contrat d’exclusivité liant Renault, puis la Régie Renault après guerre, à C-I-J, pour la reproduction de jouets estampillés Renault va logiquement conduire la firme de Briare à s’intéresser au matériel agricole. C-I-J reproduira le E3040 à deux échelles différentes, prouvant l’importance stratégique de ce véhicule aux yeux de la Régie. C’est celui au 1/32 qui va retenir mon attention. L’autre modèle est au 1/20 et doté d’un mécanisme à remontage à clef.

Dans une logique entrevue dans le précédent blog , (lire le blog « D’où venons nous ») c’est l’échelle des figurines agricoles la plus utilisée chez les fabricants de jouets, le 1/32 qui a imposé celle des tracteurs miniatures.

La miniature est superbe. Elle est un concentré des points forts de la firme de Briare. La physionomie du tracteur est parfaitement rendue.

Tout d’abord un zamac de qualité finement injecté. La reproduction de la calandre est un petit chef-d’oeuvre. Non seulement les ouïes sont découpées de manière parfaite, mais C-I-J a réussi le tour de force de graver le fin grillage qui protège le compartiment moteur.

La gravure est exceptionnelle. Il fallait posséder des graveurs hors pair pour arriver à ce résultat et maîtriser parfaitement l’injection du zamac pour ne pas encrasser cette grille au fil de la production. Prenez le temps d’admirer le travail.

Le second élément entrant dans la composition du jouet est la tôle. C-I-J possède une très longue expérience de son utilisation. Pour ce tracteur, le choix a été pris de réaliser les garde-boue en tôle afin de rendre leur reproduction plus réaliste. Le galbe est parfait, et les détails en relief, comme sur le vrai tracteur.

On admirera le travail de pressage pour les faire ressortir. La pièce est d’une grande finesse tout en étant très robuste. Les ailes sont astucieusement insérées entre la carrosserie et le châssis du tracteur. Je ne crois pas avoir déjà vu un tracteur E3040 dépourvus de ses ailes arrières. Le système de fixation est bien conçu et efficace.

Le troisième composant entrant en liste dans la réalisation de ce jouet, c’est le plastique. Il est utilisé pour la réalisation du personnage assis au volant. Ce dernier reçoit une finition manuelle.

Comme sur la publicité Renault de 1950, sa physionomie est celle d’une jeune personne, mais plus râblée ! C’est donc bien un paysan français, qui est à la manoeuvre du jouet contrairement à l’illustrateur de la publicité qui avait dû, lui, s’inspirer des GI américains qui étaient encore bien présents dans la France d’après-guerre.

La firme de Briare commercialisera le modèle en étui individuel ou en boîte coffret, attelé à une remorque de type tombereau encore fortement inspirée de celle utilisée en traction animale. Cette dernière est aussi réalisée en tôle, et possède les mêmes qualités de fabrication que les gardes-boue décrits plus haut.

L’arrivée du successeur du E3040, coïncidera avec la perte du contrat d’exclusivité liant la Régie Renault à la C-I-J en 1956. Cela n’empêchera pas la firme de Briare de coller à l’actualité et de proposer une reproduction du E30.

L’échelle de reproduction, le 1/32, est logiquement conservée. Le bureau d’étude a-t-il envisagé une seule seconde de le reproduire à l’échelle de sa gamme poids lourds (1/50) ou automobile (1/43) ?

On peut en douter, tant cela semblait une évidence de coller à l’échelle des figurines agricoles.

Est-il venu à l’esprit des dirigeants de la C-I-J que des enfants auraient apprécié de faire rouler leurs tracteurs Renault avec leurs petites autos? Il semble évident que la réponse est non. Pour la direction, ces tracteurs miniatures appartenaient à un autre univers, celui de la campagne et il n’y avait aucune raison d’harmoniser avec les voitures et les petits utilitaires.

La reproduction est digne du modèle précédent. Les lignes sont bien rendues. L’utilisation de la tôle a été abandonnée pour les gardes-boue arrière qui sont désormais injectés en zamac comme le reste du tracteur.

Avec la volonté de les rigidifier on les a rendus un peu épais et ils manquent de finesse. C-I-J modifiera trois fois la face avant afin de coller à l’actualité du vrai tracteur. Les roues équipant le tracteur connaitront de nombreuses variantes : en zamac, en acier perforé puis en plastique.

La position du volant et du siège a obligé la C-I-J à créer un autre personnage : il a pris quelques années et quelques kilos.

On peut imaginer qu’une précoce calvitie a nécessité de l’affubler d’une casquette ! signe du temps qui passe.

(a suivre )

 

Comme par magie.

Comme par magie.

C’est le titre d’un article du journal « Le Monde » du 12 Janvier 2021 qui m’a inspiré le sujet du jour. « Premier ministre et prestidigitateur ». L’article est signé Eric Albert. Il analyse un documentaire diffusé sur France 5 ce même jour.

Deux journalistes, Walid Berrissoul et Florentin Collomp font le portrait du Premier ministre britannique en exercice, Boris Johnson, et font un parallèle entre son élection et le métier de prestidigitateur.

Ces derniers ont déclaré au sujet de leur travail « On cherchait à répondre à la question : qu’est ce qu’il se passe quand quelqu’un est élu sur un mensonge ? « 

Il arrive que les médias fassent le rapprochement entre le monde féérique de la magie et les déclarations de personnages influents. Sur le ton de la dérision, bien entendu. Comparer un homme politique à un magicien est rarement très flatteur pour ce dernier.

Dans mon activité professionnelle la magie intervient parfois. Il faut savoir ouvrir les yeux. Des choses insignifiantes aux yeux du plus grand nombre ont le pouvoir de vous faire chavirer.

Depuis près de quarante ans j’ai le privilège d’exhumer chez les gens des objets liés à leur passé ou à celui de membres leur famille. Des petits rien.

Dernièrement au fond d’un sac contenant des miniatures j’ai trouvé un badge des années 70, période peace and love offert par Toyota à l’époque où la marque se lançait à la conquête du monde.

Un petit rien mais qui, placé à côté de vos Toyota Cherryca Phenix leur donne une touche personnelle et imprime à la vitrine une identité, la vôtre. La vue de ce badge me ramène à chaque fois au souvenir de sa découverte.

Un autre jour ce fut une simple épinglette Lada, qui m’apparut au milieu de quelques miniatures Norev. Ces objets révèlent les liens qui unissent les gens et les firmes automobiles.

En interrogeant les vendeurs, on ravive leurs souvenirs. On entre peu à peu dans leur vie. La magie d’un objet insignifiant opère donc parfois.

J’ai pu dégager une constante dans ces petites collections constituées dans les années cinquante. Immanquablement, les collectionneurs ont cherché à avoir une représentation des autos populaires qu’ils croisaient dans la rue.

Les Dinky Toys ont su répondre à l’attente de ces jeunes amateurs. Ces apprentis collectionneurs se sont heurté à un obstacle. Vous ne voyez pas ? Où trouver la reproduction d’une Renault 4cv ou d’une Frégate ? Dinky Toys ne pouvait reproduire à cette époque les modèles de Boulogne-Billancourt.

Un contrat liant la Régie Renault à la C-I-J réservait à cette dernière le droit de reproduire les modèles de Boulogne-Billancourt en zamac. Les reproductions en plastique (Norev et Minialuxe notamment) n’étaient pas concernées par cette interdiction (voir le blog consacré à ce sujet).

Norev qui utilisait la Rhodialite a bien entendu inscrit à son catalogue ces modèles populaires. Bon nombre d’amateurs qui ne juraient que par le « métal » des Dinky Toys y virent un sacrilège. Norev a pourtant offert une superbe 4cv et une Frégate très bien proportionnée.

Parfois, j’ai eu la surprise de trouver dans ces collections des années cinquante une petite Frégate en tôle. Ce modèle est rare. Une petite décalcomanie apposée sur la malle arrière au niveau de la plaque d’immatriculation indique « 1952 ». Il est fort possible que ce modèle ait été offert à l’époque dans les concessions Renault. Elle devait être moins chère à produire par rapport à la C-I-J. La régie semble avoir opté pour un ferblantier français inconnu.

Aligner une Renault Frégate ou une 4cv représentait donc un vrai casse-tête pour les collectionneurs en herbe.

Souvent, les gens faisaient l’impasse sur les Renault dans leurs collections, parfois, à contrecoeur, ils se tournaient vers les C-I-J.

Les C-I-J étaient généralement distribuées dans les bazars et les marchands de couleurs. Pour certains amateurs cela leur conférait un côté ordinaire.

La 4cv et la Frégate de chez C-I-J sont parfois présentes au milieu des Dinky Toys. Elles sont souvent mises à part par les vendeurs, du fait de leur finition plus sommaire et de l’absence de marquage sur le chassis.

Les années ont passé, et aujourd’hui encore ces Renault Frégate n’attirent pas trop la convoitise des collectionneurs. Plusieurs raisons peuvent être avancées.

L’échelle retenue par la C-I-J, le 1/45 environ, est sûrement la première d’entre elles. La gamme des coloris également. Il faut dire qu’à la sortie de la seconde guerre mondiale, les coloris offerts par les constructeurs ne sont pas très flatteurs. La Frégate C-I-J en pâtit peut être plus que les autres.

Je me suis pourtant efforcé de rechercher les variantes. Elles sont nombreuses ! Du fait du désintérêt de nombreux amateurs elles sont assez abordables.

La firme de Briare a reproduit les deux types de calandre : celle à barres (1952) et celle ovale (1955). Plus tard (1957), dans sa série Europarc, elle offrira une seconde mouture, plus imposante, au 1/43, dans des finitions bicolores. Si cette miniature est réussie, on peut s’interroger sur la pertinence de la création de ce nouveau moule, pour une auto qui n’a jamais eu la faveur du public.

La première série se distingue, outre sa calandre à barres, par son marquage au pochoir sur le châssis. L’inscription « La Frégate Renault » fait penser à un usage promotionnel, d’autant que le logo C-I-J n’apparaît nullement et n’apparaîtra sur aucune version. Cette circonstance laisse souvent perplexe les vendeurs, quand, 60 ans plus tard, ils doivent identifier le fabricant du jouet. Il se peut que les premiers exemplaires aient été distribués par la Régie Renault comme celle en tôle décrite plus haut. Plus tard l’inscription au pochoir sera remplacée par une inscription en relief.

La Frégate, avec les deux types de calandre, est sortie avec un mécanisme à remontage à clef hérité des jouets d’avant-guerre. On connait les limites de ce type de mécanisme mais cela conférait au jouet un côté « luxe ». Ces versions sont peu fréquentes, notamment celle avec calandre ovale, presque anachronique en 1955.

Les premiers exemplaires sont équipés de jantes en aluminium, qui seront remplacées à partir des modèles équipés de calandre ovale par des jantes de couleur jaune, puis rouge . Elles souffrent souvent de déformations (réaction chimique entre la jante et le pneu nylon)

On notera les variantes de couleurs, grises ou bordeaux, qui connaitront de nombreuses et très subtiles nuances. La version finie en noir est assez rare.

Le modèle équipé de la calandre ovale connaitra des couleurs plus vives, plus joyeuses (bleu France, rouge…).

La rupture du contrat d’exclusivité pour la reproduction des modèles de la Régie par la C-I-J aura un effet inattendu : ne souhaitant pas rester sur un échec, la firme de Briare sortira une nouvelle mouture de la Frégate

Vous pouvez aussi lire l’histoire de Renault Frégate Kemmel de chez C-I-J.

Celle qui a mal tourné

Celle qui a mal tourné.

Lorsque vous entrez dans la salle, elle vous fait face. Verticale, compressée, martyrisée. C’est une oeuvre d’Arman. Il l’a pensée en 1960 mais n’a pu la réaliser qu’en 1970, faute de presse adéquate. C’est une Renault Dauphine ou plutôt ce qu’il en reste.

En voyant cette oeuvre, j’ai tout de suite pensé à la Dauphine de mon père. C’était sa première auto.

1/Vous avez peut être une oeuvre d’art entre les mains !

Vu la tenue de route assez désastreuse de la Renault Dauphine, de nombreux utilisateurs, sans avoir le génie d’Arman, ont ainsi créé des « oeuvres d’art ». Mais ces dernières ont généralement fini à la casse et non dans un musée, comme celle que je vous présente ce jour et qui est au Mamac de Nice (Musée d’art moderne) que je vous conseille vivement d’aller visiter.

Dinky Toys Renault Dauphine "PKZ" (vétements ) marché Suisse
Dinky Toys Renault Dauphine « PKZ » (vétements ) marché Suisse

Celle de mon père était également de cette couleur. Il m’a raconté qu’elle avait un peu viré avec le temps et qu’il avait dû la passer au polish avant de la revendre afin qu’elle retrouve de manière provisoire, un peu de son lustre d’antan.

Le pigment rouge a le défaut de quelquefois virer à la lumière. Il suffit d’observer une partie de la gamme des véhicules pompiers produits par Dinky Toys Liverpool. On ne rencontre jamais ce défaut sur la production française, ce qui laisse à penser que le problème pouvait être contourné. La qualité des pigments entrant dans la composition de la couleur joue sans doute sur sa bonne tenue dans le temps.

Très longtemps, la fabrication des pigments permettant d’obtenir la couleur rouge vermillon résultait d’une alchimie délicate, ce qui a donné à cette teinte un côté sulfureux, voir maléfique. Le rouge était peu utilisé chez les Romains. A cette époque, le seul pigment efficace était le cinabre, extrait du mercure, il avait un coût très élevé.

C’est au Moyen-Age qu’on doit la découverte du rouge vermillon utilisé dans la peinture. Il était obtenu en transformant à l’aide d’un feu intense du sulfure et du mercure. Il en résultait, après la combustion, un bloc solide. En meulant le plus finement possible on obtenait un vermillon intense. J’ai trouvé ces renseignements  dans un passionnant ouvrage « L’histoire de la couleur dans l’art » de Stella Paul chez Phaidon.

Contrairement au noir, qui a toujours véhiculé les mêmes valeurs, le rouge a vu sa symbolique évoluer en fonction des époques.  (voir le blog consacré  à la couleur noire).

Au début du 20 ème siècle le rouge symbolisera la révolution bolchévique. Pour Stella Paul, l’auteure de l’ouvrage précité, le rouge a été utilisé lors des événement insurrectionnels pour exprimer la force, la puissance du mouvement ainsi que la passion. Un sulfureux mélange.

L’oeuvre de El Lissitzky « Frappez les blancs avec le coin rouge » de 1919 est des plus évocatrices. La couleur blanche étant celle des contre-révolutionnaires.

2/ la Dauphine, une auto révolutionnaire?

L’idée m’est donc venue de vous présenter la Renault Dauphine, une auto qui, loin d’être révolutionnaire sur le plan technique, le sera à travers la reproduction de son image.

C’est avec cette auto que cessa le contrat liant la régie Renault à la C-I-J pour l’exclusivité du droit à la reproduction en miniature (voir le blog consacré à ce sujet). Désormais, il suffit au fabricant de jouets de demander l’autorisation à la Régie Renault.

En écho à cette affiche politique, j’ai choisi trois firmes qui ont décliné la Dauphine en blanc et  en rouge : Dinky Toys , Norev et la C-I-J bien sûr. J’ai limité mon choix aux modèles équipés d’un vitrage.

3/ Un grand classique

Dinky Toys est bien sûr le grand bénéficiaire de cette ouverture à la concurrence pour reprendre une expression à la mode. On imagine bien que pour la direction de la Régie Renault, être absent du catalogue du « fabricant » de miniatures le plus renommé à l’époque devait être un créve -coeur.

Les premières versions équipées d’un vitrage reprennent les couleurs des dernières versions qui en sont dépourvues. Logique de rentabilité. Dans cette même logique, ces modèles de transition, sont conditionnés dans des étuis de la référence 24 E (version sans le vitrage) surchargés d’une étiquette en papier portant la nouvelle référence 524.

Disons le franchement, la version blanche équipée d’un vitrage est très peu fréquente. On constate une petite nuance au niveau de la teinte selon que le modèle est équipé ou non d’un vitrage. Cette version blanche sera très vite remplacée par la version de couleur turquoise.

4/Fin de règne

La Dauphine produite par C-I-J est aussi nettement plus rare avec un vitrage. La firme de Briare semble avoir mis du temps à équiper son modèle de cet accessoire.

Comme chez Dinky Toys, celle de couleur rouge est un modèle de transition. Cette teinte existait déjà sur un modèle sans vitrage. Il existe deux nuances de rouge, la distinction est nette en réalité mais la photographie a du mal à la restituer.

Celle finie en blanc a également connu deux variantes, dont une nuance rosée qui laisse penser que la peinture blanche a été appliquée sur une première couche de couleur  rouge. J’ai rencontré au moins trois exemplaires ainsi finis, il ne s’agit donc pas d’un « accident de production ».

Ces versions, certes peu spectaculaires sont bien plus rares que les versions bénéficiant d’une finition   métallisée (bronze et verte). Elles les précédent et ont été éphémères,

5/Variantes méconnues

Enfin, j’ai gardé pour la fin le modèle produit par Norev. Les couleurs rouge et blanche sont communes.

Par contre, certaines variantes sont, rares et peu connues.

Prenons la première variante. Comme sur la vraie voiture, Norev a créé une plaque d’immatriculation amovible. Comme vous le savez, cet accessoire servait de trappe d’accès à la roue de secours. Norev aurait sûrement aimé placer aussi une roue de secours dans le compartiment…Cette version aura une durée d’existence très courte. Le moule sera vite modifié, et la plaque d’immatriculation sera intégrée dans le châssis.

La deuxième variante équipée d’une friction est également rare. Ce sera avec la Citroën DS19 les deux derniers modèles du catalogue ainsi équipés. Elle partage avec cette dernière la particularité d’avoir un châssis en plastique et non en tôle comme les autres modèles « mécaniques ». Cet accessoire ne faisait plus recette auprès des enfants, qui lui reprochaient sa faiblesse de motorisation. Le problème venait souvent de la poussière qui contrariait la bonne marche du petit moteur.

Il existe enfin une troisième variante également moins fréquente. Dans une quête permanente d’amélioration de ses produits, Norev installera une suspension. On peut reconnaitre cette version à ses jantes le plus souvent  de couleur noire. En effet Norev trouva là un moyen de liquider son stock de jantes conçues au départ pour les versions mécaniques ce qui permettait de différencier au premier coup d’oeil les modèles équipés ou non de friction.

Cependant, comme chez tous les fabricants de jouets, il y a toujours des exceptions. Ainsi, je peux vous présenter une version équipée de suspension et de jantes de couleur rouge, celles qui équipaient les modèles de base. Je peux également vous présenter une version équipée de jantes de couleur noire mais dépourvue de suspension ou de friction ! La dauphine de couleur blanche à jantes noires que je vous présente ce jour ne possède ni suspension, ni friction.