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D’où venons-nous ?

D’où venons-nous ?

Vous avez sûrement un album de photos de famille. A l’intérieur, on y trouve un concentré de notre vie, de la vie de ceux qui nous entourent. En le feuilletant, vous croiserez peut-être des photos de vos aïeux prises à la campagne, dans une ferme. Nous avons tous des ancêtres paysans.

La France fut longtemps un pays rural. Lors du recensement de 1906, 44% de la population vivait de la terre. En 1954, il n’y en avait plus que 31% . Ce chiffre n’a cessé de diminuer. L’exode rural s’est stabilisé en 1975. En 2021 l’INSEE considérait que 2% de la population active travaillait la terre. Ces statistiques me ramènent  à la chanson de Jean Ferrat « La montagne » qu’il enregistra en 1965.

« Ils quittent un à un le pays

Pour s’en aller gagner leur vie,

Loin de la terre où ils sont nés

Depuis longtemps ils en rêvaient

De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné »

Le paysage rural de la France a longtemps été constitué de petites exploitations familiales. Les travaux étaient peu mécanisés et les rendements faibles. Le paysan français était bien souvent propriétaire de sa terre, ce qui peut expliquer qu’il aura du mal à la quitter, du moins mettra-t-il bien plus de temps que ses voisins européens à le faire.

La mécanisation apparaît après la guerre de 1914, afin de pallier le manque de main-d’oeuvre. Elle s’accélère après la seconde guerre mondiale de 1939.

C’est aussi à cette période qu’apparaît l’utilisation intensive des engrais. Les rendements vont devenir une priorité : il faut nourrir le pays qui connait une hausse de la natalité après la guerre.

Cet état des lieux du monde agricole français après la seconde guerre mondiale avec sa faible mécanisation et l’utilisation de la traction animale trouve écho dans la production des jouets. Les fabricants français vont multiplier les réalisations d’attelages hippomobiles, en plomb, en aluminium, puis en plastique sans véritablement s’intéresser aux tracteurs.

C’est aux fabricants de figurines que va revenir la charge de reproduire les différents instruments aratoires. L’échelle de reproduction utilisée par ces derniers est le 1/32. C’est tout naturellement cette échelle qui sera conservée plus tard pour reproduire des tracteurs.

Il y aura en France une grande tradition de fabrication de figurines de qualité. Quiralu dominera ce marché grâce ses produits robustes (aluminium). La firme de Luxeuil diversifiera son offre et  proposera des instruments originaux comme ce râteau à pommes de terre ou ce semoir. Quiralu disposera d’un bon réseau de distribution lui permettant de diffuser aux quatre coins du pays.

De nombreuses petites firmes ont gravité autour de Quiralu. Mais leurs méthodes de fabrication sont plus artisanales et leurs prix de vente plus élevés ce qui freine la diffusion. Moulés en plomb,  donc plus fragiles à l’utilisation, les produits de la firme CL ne manquent pourtant pas de charme.

On appréciera notamment ces attelages menés par des boeufs, spécificité française. L’âne, animal souvent associé aux petites exploitations n’est pas oublié par ces fabricants de figurines. Il assure la liaison de la campagne au marché citadin.

Quiralu proposera un tracteur, décliné en deux versions (chenillard ou avec roues). Son dessin libre peut interroger.

Il s’agit d’une réelle volonté de proposer un tracteur générique que l’enfant ne pouvait pas rattacher à une marque. Il faut sans doute y voir la volonté de s’épargner la demande d’un droit de reproduction auprès d’un fabricant de tracteurs.

D’ailleurs, dans ces années là (1950), Solido fera de même pour ses tracteurs, mais également pour les automobiles. Dans ses mémoires, M. De Vazeilles indique qu’au début de l’aventure Solido, son père Ferdinand, avait fait ce choix pour éviter des démêlées judiciaires avec les constructeurs automobiles.

La firme d’Oulins semble bien consciente du potentiel de vente des jouets agricoles. Elle développera de somptueux coffrets qui permettent à l’enfant de transformer son tracteur en chenillard et d’adapter toute sorte d’accessoires dont une faucheuse, un triple rouleau ou une très belle remorque fourragère. L’échelle retenue est bien sûr le 1/32…là encore il faut s’adapter au marché des figurines !

On ne recherche pas l’harmonisation avec le reste de la production qui se situe au 1/50 pour les camions et au 1/40 pour les autos de cette période. Les petits amateurs d’autos liés au 1/43 ne peuvent incorporer ces engins, bien trop gros dans leur univers de jeux.

On peut se demander si dans la volonté de ne pas reproduire un engin d’une marque identifiable, Solido, Quiralu ou Aludo n’ont pas cherché à ménager la susceptibilité des petits acheteurs attachés à la marque du tracteur familial.

Le marché de la machine agricole est particulier. L’implantation d’un concessionnaire dynamique dans une région fait que la marque qu’il représente est omniprésente dans son périmètre. C’est la qualité de la relation entre ce dernier et le paysan qui prédomine par rapport à la marque du tracteur qu’il représente.

(la suite dans 15 jours)

Une étape décisive.

Episode 4. Une étape décisive.

Pour  mieux comprendre et analyser l’histoire de nos miniatures automobiles, il faut d’abord connaitre l’histoire de ceux qui les ont conçues.  Qu’ils soient industriels, petits entrepreneurs ou même, dans les années soixante modestes artisans.

Après les exemples des miniatures produites par SR, CR, CD (voir le blog il était une fois)  et les Jouets Citroën,  (voir le blog l’odysée en C4 ), le modèle suivant va marquer une  véritable révolution . 1932 va être une année décisive.

1932 est  l’année de la  première utilisation du zamac, en France, par Solido pour injecter des miniatures automobiles.

Cette avancée technique mérite à elle seule l’incorporation des modèles de la série Major dans cette liste de 10. La qualité de fabrication , de finition (chromage) et l’aspect ludique (carrosserie démontable et modulable) sont aussi des éléments à mettre au crédit de ce choix. Solido par ce choix technique révolutionne aussi l’assemblage du jouet qui se faisait par agrafe ou par soudure.

Vous pouvez relire le blog « le gout du luxe »retraçant le parcours de Ferdinand de Vazeilles. Un autre élément est à prendre en considération  pour appuyer ce choix et bien comprendre l’étape décisive que fut l’apparition de ces modèles démontables de la série Major.

1932 marque l’ apparition des autos de « petite » taille chez les marchands de jouets, qu’il faut bien différencier des bazars, et des autres marchands de couleurs. 

Jean de Vazeilles, le fils de Ferdinand, le créateur de la marque  l’a lui même  raconté. Lors du lancement des fameuses Major , Ferdinand de Vazeilles est lui-même allé placer ses jouets dans la fameuse boutique du Nain Bleu rue Saint-Honoré.

Pour cela il a dû créer ses fameuses boîtes. Les coffrets . Avant cela les marchands de jouets n’avaient guère envie de distribuer des miniatures conçu pour une vente au comptoir comme c’était le cas dans les bazars. Il faut penser à la conception même de ces magasins de jouets. Souvent une grande vitrine donnant sur la rue.  Mettre en évidence et donner envie d’acheter  des autos de petite taille  est un casse-tête pour le commerçant. D’où la création de présentoirs ou de de coffrets de grande taille. Dans ces cas, ils peuvent faire concurrence aux jouets en tôle de grande taille.

Un autre point est à prendre en considération. L’arrivée des Solido en magasin de jouets coincide avec un prix de vente conséquent.

Ces rares magasins ne distribuent que des articles de haut de gamme . Le prix d’un coffret Solido peut donc concurrencer un modèle de la marque Jep en tôle. En feuilletant les catalogues d’étrennes des grands magasins du milieu des années trente, les coffrets Solido sont les seules petites autos représentés au milieu des autos en tôle de chez Jep, CIJ et autres. Les Major et leurs dérivés plus accessibles  Junior et Baby ont donc une place primordiale dans ce panthéon de l’histoire des miniatures française.

Plus de 20 ans se sont écoulés entre la Major Solido et le modèle suivant. La guerre est passée par là. Il est à noter que Solido a réussi à produire un peu durant la guerre.

Nous sommes en 1954. C’est aussi à mes yeux une étape très importante. L’arrivée du plastique . Un plastique de qualité, la Rhodialite développée par Rhône-Poulenc.

Ce n’est pas la première utilisation du plastique  en France pour produire des jouets. Ce qui justifie mon choix c’est l’utilisation de cette matière, souvent associée à des jouets bas de gamme, avec l’idée de fabriquer un jouet de qualité, détaillé, fidèle, et comble du luxe vendu avec un étui individuel.

J’ai choisi la Simca Aronde Norev, car elle débuta la série. Elle sera mise en vente avec une belle boîte illustrée. En comparaison, la Simca Aronde de Dinky Toys sera le premier modèle de Bobigny a, enfin, recevoir un étui individuel avec la Buick Roadmaster et le Peugeot D3A Mazda.

Quel tour de force de la part de Norev de pouvoir offrir une auto comportant autant de pièces rapportées avec un prix de vente si bas.

N’oublions pas que nos belles Dinky Toys sont monoblocs. Les détails sont soulignés au pochoir. Il faudra attendre plus de 10 ans pour voir des Dinky Toys avec des pare-chocs rapportés (Ferarri 275GTB) !

Les frères Véron auront réussi un beau tour de force en lançant des modèles de grande qualité accessibles à tous. Le succès sera au rendez-vous auprès des enfants, même s’il faudra attendre longtemps, les années 1990- 2000, pour une reconnaissance de la part des collectionneurs qui longtemps dédaigneront les Norev du fait de leur carrosserie en plastique.

Le dernier modèle du jour est aussi une Solido. Elle porte la référence 121. C’est la Lancia Flaminia.

Elle synthétise toutes les  innovations technique de la firme d’Oulins. Avec l’arrivée de la série 100, en 1957, Solido n’a cessé d’innover. cela perdurera durant toute cette série. Aprés  avoir été le premier fabricant au monde à équiper ses miniatures de suspensions (voir le blog sur la Jaguar Type D) Solido sera aussi le premier à équiper une miniature de portes ouvrantes (voir le blog sur la Lancia Flaminia). Solido collectionnera les  premières .

Difficile ne pas parler des blindés et leurs fameuses chenilles. Solido ajoutera aux innovations la qualité.

Difficile aussi de ne pas commenter le choix , souvent judicieux des modèles. Solido a compris très vite l’intérêt de sortir des modèles de sport et de course, au contraire de Dinky Toys qui n’a pas vu le changement arriver

Solido mérite bien, à mes yeux, d’apparaitre deux fois au palmarès des dix miniatures  françaises les plus marquantes de l’histoire. 

Vous pouvez aussi relire le premier épisode expliquant la genèse de cette histoire.

Il était une fois…

Episode 2. Il était une fois…

La vente de jouets a longtemps été une vente saisonnière liée aux étrennes. Pour essayer de convaincre les commerçants que la vente de jouets pouvait constituer une vente régulière, les fabricants devront s’armer de pédagogie, user de courriers persuasifs et d’encarts publicitaires dans les revues spécialisées. Cela prendra du temps.

De ce fait, même à Paris au début du vingtième siècle, les magasins de jouets sont rares. Ils ne diffusent que des produits luxueux, réservés à une clientèle aisée, comme le fameux « Nain Bleu »  qui ouvre en 1836.

Les grands magasins comme la Samaritaine, le Bon marché, Le Printemps ont aussi un rayon jouets que l’on imagine modulable au moment des fêtes de fin d’année. Ils éditent en fin d’année de luxueux catalogues qui sont de précieuses sources d’information pour les amateurs de jouets anciens.

Parallèlement à ces jouets luxueux, il existe une autre production de jouets beaucoup plus ordinaire, plus abondante qui est écoulée chez les marchands de couleurs, dans les bazars et les établissements diffusant des articles bon marché ainsi que par les camelots sur les boulevards.

Ces jouets sont de taille plus réduite, leur finition est simple. Ils ne peuvent être comparés à ceux diffusés dans les magasins de jouets.

C’est dans cette catégorie de jouets de bazar que vont apparaitre les premières « petites autos » en France, ancêtres de nos miniatures.

Elles sont l’oeuvre de SR (Simon et Rivollet). L’échelle se situe entre le 1/70 et le 1/90. Elles sont injectées dans un alliage composé de plomb et d’étain.

Les carrosseries sont de type monobloc et, prouesse pour l’époque à cette échelle, possèdent des roues à rayons, montées sur des axes en acier d’une finesse surprenante.

A l’origine ce sont des petits objets distribués comme prime avec la confiserie ou même parfois comme fève dans des gâteaux d’anniversaire ou de mariage. On les trouve également dans les rayons réservés aux objets de décoration (sapins de Noël, cheminée) ou  comme accessoires de jeux de société. Dans la littérature anglo-saxonne on leur donne le nom de « novelties » (ce nom apparaît chez Dowst à Chicago, firme qui créera la marque « Tootsietoys » en 1924).

C’est l’idée de reproduction à une échelle très réduite, lilliputienne, qui semble séduire les acheteurs. A bien y regarder, ces premières petites autos sont des reproductions en miniature, non pas des automobiles que les enfants voient dans les rues mais des beaux jouets en tôle qu’ils ne peuvent qu’admirer dans les catalogues édités pour les étrennes.

A côté des automobiles, on trouve des bateaux, des avions (le fameux Blériot), des trains à vapeur mais aussi bien sûr du mobilier de poupée également reproduit dans cet esprit de « jouet parodié ». Il est à noter que ces thèmes (petit train, bateau, accessoire de poupée) perdureront chez les fabricants de jouets jusqu’à la seconde guerre mondiale, même chez les plus grands comme Dinky Toys, Solido, ou Tootsietoys en Amérique ! Preuve qu’ils ont marqué les esprits de plusieurs générations d’enfants.

Ces SR sont très fines et facilement identifiables. La gamme comporte des bus, des automobiles, des taxis, des attelages hippomobiles, des petites charrettes… La gravure de ces jouets est assez exceptionnelle et n’a rien à envier aux modèles reproduits 50 ans plus tard. Seul bémol, afin de réduire le coût de fabrication, ils ne reçoivent qu’une couche de peinture unicolore (souvent de couleur or)  assez épaisse d’ailleurs, ne mettant pas en valeur leur qualité ou alors subissent un traitement leur donnant un aspect cuivré. Je commencerais donc mon musée avec ce peu fréquent mais très abordable taxi yellow cab.

Le second objet choisi serait une production CR .

En 1894, CR est la première firme en France à proposer une reproduction en jouet d’une automobile. Elle fonctionne à l’alcool. C’est un phaéton reproduit au 1/20 environ. C’est un jouet luxueux destiné aux beaux magasins.

Parallèlement à ces beaux jouets, cette marque va fabriquer des jouets bon marché, à taille réduite, 1/43 environ, qui rentrent donc dans mes critères de sélection . C’est donc cette version que je choisis dans mon panthéon.

C’est une caractéristique de nombreux industriels du secteur du jouet que de produire pour ces deux créneaux. Tous les fabricants de jouets, tenteront l’expérience. On pense aussi à Dinky Toys et ses Junior, Solido et ses Mosquito, AR et ses 301 camionnettes, Champion et ses Racing , Norev et ses Baby, etc…

CR proposera donc une série de miniatures, réduites au 1/43 pour les autos et au 1/70 environ pour les bus De Dion.

On peut même créer une sous-division dans cette catégorie. Les plus économiques sont en tôle peinte et possèdent une petite perforation sur le devant du châssis afin que l’enfant y attache une ficelle. Ce sont des jouets dits « de parquet ». Ils sont à traîner.

Certaines versions plus luxueuses étaient en tôle lithographiée et possédaient un moteur à inertie consistant en une roue moulée en plomb, fixée sur un axe traversant le jouet et entrainant deux roues.

La marque aura affaire à une forte concurrence sur le marché français avec les jouets importés d’Allemagne produits par Meier, Fisher et autres. Ces jouets allemands étaient souvent plus sophistiqués, plus luxueux.

CR a cependant innové en étant le premier fabricant au monde, en 1888 à mettre au point l’assemblage par agrafage en place des soudures, nocives pour les ouvriers. Plus tard, toujours dans le souci de réduire la toxicité et de remplacer la peinture, CR achètera le brevet de la décoration par procédé d’impression lithographique.

Difficile de choisir entre le double phaéton et le bus De Dion pour ne conserver qu’un modèle…

Le troisième modèle à mettre dans ce panthéon imaginaire serait une des Delahaye de la marque CD produites vers la fin des années 20.

Cette miniature marque une étape importante. Ce fabricant injecte ses modèles en plomb. Les qualités de gravure et d’injection sont excellentes, si on les compare aux fabrications étrangères de la même époque.

Autre jalon important, leur échelle de reproduction se situe aux environs du 1/50. Elles se caractérisent par deux innovations majeures : l’utilisation d’un châssis commun à plusieurs modèles et le fait qu’elles reproduisent des modèles d’une marque identifiée et reconnaissable par l’enfant (gravure du nom du constructeur sur le châssis ).

Sur la Delahaye, outre son inscription sur le châssis, CD a reproduit un triangle sur la grille du radiateur, commun à tous ses modèles. Sous la marque « Delahaye » l’enfant avait le choix entre une camionnette, une berline, une limousine ou un coach.

La distribution de ces jouets reste mystérieuse. Je penche pour une distribution assez ordinaire, chez les marchands de couleurs ou d’autres enseignes bon marché.

Dans deux semaines, suite de l’aventure et des modèles de fabrication française qui ont marqué à mes yeux l’histoire. (lire l’article d’introduction à cette histoire de la miniature française publié il y a 15 jours )

Un pari fou.

Episode 1. Un pari fou.

Mon trajet quotidien à bicyclette, de quelques 30 kilomètres, est ponctué d’arrêts aux feux rouges. J’en profite pour reprendre mon souffle, surtout dans la montée de la rue des Pyrénées, mais aussi pour lever le nez de mon guidon et observer la ville. Les gens, leur chien, les frontons des immeubles, les arbres, et bien sûr les affiches des kiosques et des panneaux publicitaires.

Ce matin-là, c’est la une du magazine, « Entreprendre », sur le kiosque situé place Gambetta qui attire mon attention.  » DOMINIQUE ROMANO – IL INVESTIT SUR DES PROJETS FOUS . Vente-privée, start-up , Seine St-Denis, La Pérouse…

Entreprendre Dominique Romano Il investit sur des projets fous
Entreprendre Dominique Romano Il investit sur des projets fous

Le feu passe au vert et je repars, tout ébouriffé encore par ce titre. Les héros sont désormais des capitalistes entrepreneurs. De mon temps c’était Tintin. Autre époque, autres références.

Le même jour, en fin d’après-midi, une personne avec des lunettes noires entre discrètement dans la boutique. Il reste 10 minutes à scruter minutieusement les vitrines, et pose une question. Au son de sa voix je le reconnais : Edmond Magne, un ancien confrère qui était établi à Drancy au milieu des années 80. Edmond est un passionné. C’est le genre d’amateur qui a du mal à contenir sa passion et qui, parfois, s’est laissé entrainer par ses pulsions d’achat. Certains ont ainsi gardé de lui des souvenirs mitigés.

Edmond indique avoir accumulé 70 000 modèles. Il a fondé une association: AAMAATOL .  J’admire chez Edmond la volonté qu’il a, et ce depuis que je le connais, d’ouvrir un musée. C’est son objectif, depuis près de 40 ans. A chacune de nos rencontres, je lui demande des nouvelles de son projet, le sujet revient comme un serpent de mer.

Cet aprés-midi, je renouvelle ma question. Et là, Edmond retire ses lunettes noires, me regarde dans les yeux et me répond : « Cela va se faire ! »

« J’ai acquis un terrain de 600 m2 » me dit-il. Et il continue à m’exposer son projet .Monter un complexe, dans la région de Troyes : un musée et une petite salle de spectacle…A ce niveau du récit, je me dois de préciser qu’Edmond a changé de métier et qu’il il est désormais dans le show business. Il programme des chanteurs et des groupes de musiciens.

Comme je m’inquiète de la restauration il me répond du tac au tac : « C’est prévu !  Et ce sera de la gastronomie française !  »

Aux détails et arguments qui étayent la réponse, je comprends qu’Edmond est assurément un fin gourmet voire un peu cordon bleu. Quel projet !

Certes c’est ambitieux mais je suis médusé et admiratif d’un tel enthousiasme. Le soir en vélo, je revois l’affiche et je ne peux n’empêcher de faire le lien entre le titre du magazine et l’ambitieux projet d’Edmond. J »imagine sa rencontre avec M. Romano.

Je me dois cependant ici de mettre en garde Edmond. C’est un projet que j’ai envisagé un moment, il est assez utopique. Le collectionneur prend facilement sa collection pour un musée. Or la collection est une démarche personnelle, sa constitution répond aux goûts et aux choix de ce dernier. Une collection personnelle n’est pas faite pour recevoir la visite du public. Quant au musée, il se doit d’éveiller la curiosité du spectateur, il a un rôle pédagogique.

Une récente visite au musée du Louvre, au département des arts de l’Islam m’a inspiré ces quelques idées. A l’entrée du département le musée a installé quelques vitrines avec des oeuvres phares qui permettent au grand public de mieux appréhender la visite. Ces quelques pièces maitresses sont replacées dans le temps et dans l’espace avec une carte. C’est simple et efficace.

Comme moi, Edmond est amateur de jouets français. Il aura d’ailleurs cette phrase : « Mon truc, c’est la France ! » il voulait bien sûr parler des fabrications françaises.

Cher Edmond, voilà ce que tu pourrais faire à l’entrée de ton musée : un classement chronologique des 10 modèles réduits d’automobiles de fabrication française qui ont marqué l’histoire par leur  innovation technique, le matériau utilisé ou la fonction ludique . Je te fournis ma liste :

  1.   SR Unic taxi (plomb)

2.   CR double phaeton (tôle)

3.  CD Delahaye (plomb)

CD Delahaye limousine
CD Delahaye limousine

4.  jouet Citroën, Citroën C4 (plastiline/tôle)

"Les jouets Citroën" Citroën C4 berline
« Les jouets Citroën » Citroën C4 berline

5.  Solido coffret d’autos Major démontables (zamac)

Coffret Solido Major pour le marché anglais
Coffret Solido Major pour le marché anglais

6.   Norev Simca Aronde (plastique/tôle)

Norev Simca Aronde premier modèle première boîte "lapin"
Norev Simca Aronde premier modèle première boîte « lapin »

7.   Solido Lancia Flaminia (zamac)

Solido Lancia Flaminia (rare couleur)
Solido Lancia Flaminia (rare couleur)

8.   RD Marmande. Panhard Levassor 13,6 L course 1902 (bois)

RD Marmande Panhard Levassor 13,6L course 1902
RD Marmande Panhard Levassor 13,6L course 1902

9.   Champion Lola T70 (plastique/zamac)

Safir Champion maquette bois Lola T70
Safir Champion maquette bois Lola T70

10.    AMR Porsche RSR turbo Martini Le Mans 1974(white metal).

Lors des  quatre prochains épisodes, je donnerai  et développerai les explications sur mes choix. Que ceux qui s’alarment de ne pas voir leur marque favorite dans cette liste attendent donc un peu pour m’écrire.

Et les Dinky Toys?

Elles ne ne viennent qu’après …en 1970-1980. Ces années marquent l’arrivée du phénomène de la collection de miniatures.

Dinky Toys n’a jamais innové. Si ses modèles ont marqué une époque, une génération, ce n’est pas pour leur innovation technique ni pour les choix audacieux des matériaux entrant dans leur fabrication. C’est la qualité de fabrication et le réseau de distribution (magasins de jouets renommés) qui ont contribué à la légende.

D’ailleurs l’idée de départ de Meccano, celle de créer des éléments d’animation pour les trains Hornby, à l’échelle « O » , donc au 1/43, est sérieusement écornée quand on analyse un peu la gamme des berlines Dinky Toys. Les premières en plomb, matériau déjà obsolète en 1934 sont réduites à une échelle proche du 1/50.

Les deux premières miniatures que l’enfant peut identifier sans se tromper, la Simca 5 et la Peugeot 402 sont également reproduites à des échelles nettement inférieures au 1/43. Il suffit de les comparer avec les modèles JRD en plastiline   ou Rivarossi   en bakélite !

Il faudra attendre la 24 N , la Citroën Traction avant pour avoir une vraie Dinky Toys France au 1/43 !

Dès les années soixante-dix, le modèle aura quelque chose de mythique et passera aux yeux de nombreux collectionneurs pour une pièce rare, malgré le nombre d’exemplaires produits, comme le souligne Jean-Michel Roulet dans son ouvrage.

 

Au pied de la montagne.

Au pied de la montagne.

En 1966, les amateurs de sport automobile n’ont d’yeux que pour le duel qui oppose Ferrari et Ford pour la victoire au Mans.

Après deux tentatives, Ford parviendra-t-il à décrocher la couronne ?

Depuis plusieurs années, la référence en matière de course d’endurance, c’est Ferrari. Lors de la précédente édition des 24 heures, elle a décroché un neuvième succès. Un record.

Pourtant, en 1966, qui pouvait deviner que ce serait sa dernière victoire au classement général ?

Qui pouvait prévoir que la marque qui allait dominer l’endurance les 20 prochaines années, et supplanter Ferrari au nombre de victoires au classement général et au nombre de couronnes mondiales serait Porsche ? Personne ou presque.

Comme le raconte fort bien François Hurel dans son indispensable livre « Sport & prototypes Porsche au Mans 1966-1971 » aux éditions du Palmier, Stuttgart amorce en 1965 une nouvelle organisation. C’est la montée dans l’organigramme d’un certain Ferdinand Piëch, neveu de Ferry Porsche, ingénieur de son état, qui devient le responsable de la compétition.

C’est aussi à ce moment qu’apparaissent les noms des ingénieurs Hans Mezger (moteur), Helmuth Bott (châssis) et Peter Falk (développement). Des noms que l’on va recroiser les vingt années suivantes, et qu’on associe aux sucès de la marque.

Comme l’explique François Hurel, « Ferdinand Piëch ne nourrissait aucun complexe et était dévoré par l’ambition. C’était un gagneur ! ».

Voilà comment Porsche, qui se cantonnait à des victoires de classe, décida de passer à la vitesse supérieure en cette année 66. Avant, seuls les tracés comme la Targa Florio ou Sebring, favorables à des autos légères, maniables et robustes pouvaient convenir pour la victoire au général.

Un des premiers signes de ce changement est symbolique. Le passage à la couleur blanche à la place de la couleur argent adoptée en 1932, sous le régime nazi par Mercedes puis Auto Union. Après la seconde guerre mondiale, les autos de course allemandes, dont les Porsche d’usine, avaient  gardé cette identification. Pourtant, l’Automobile Club de France avait attribué une couleur à chaque pays dès la création des premières compétitions automobiles afin que le public identifie les concurrents. Le sentiment nationaliste était déjà fort présent à cette époque. La couleur blanche fut attribuée aux concurrents Allemands, le rouge aux Italiens le bleu aux Français et le vert aux Anglais…Ce changement de couleur apparaît comme la volonté de Porsche de montrer que l’on repart pour une nouvelle aventure.

En 1966 Porsche est au pied de la montagne. Le chemin est semé d’embûches. Les victoires s’accumulent, mais il faudra quand même attendre 1969 pour savourer la première couronne mondiale et 1970 pour la première victoire au Mans.

En attendant, l’équipe décrite plus haut vient de concevoir la Carrera 6. Elle est superbe et tranche avec sa devancière la 904. Les ingénieurs sont repartis de zéro. Enfin presque.

Comme l’explique François Hurel, c’est « presque » une vraie voiture de course ». Le bureau d’étude en avait la volonté et la capacité, mais Ferry Porsche fit remarquer à ses jeunes ingénieurs qu’un lot de près de 100 suspensions, freins et roues avait été fabriqué en vue d’une seconde série de Porsche 904, qui n’avait pas vu le jour en raison de l’émergence du projet Carrera 6. Il demanda donc qu’on utilise ces produits sur le prochain modèle, la Carrera 6 !

Les ingénieurs vont devoir se plier aux exigences du patron et revoir leur copie. Ainsi la Carrera 6 va être équipée des grandes roues de 15″ de la 904 au lieu des roues de 13″ qui lui auraient conféré un meilleur Cx aérodynamique. Ces révélations de François Hurel expliquent donc la forme et la hauteur des passages de roue. Ces ailes avant, tout en rondeur donnent à l’auto une physionomie agréable, plaisante à l’oeil.

La voiture va devenir pour les fabricants de jouets l’icône de cette période. Il est révélateur que la Porsche Carrera 6 soit l’auto la plus reproduite en miniature malgré un palmarès modeste (une seule victoire au classement général à la Targa Florio 1966). Les vedettes de l’époque décrites plus haut ne connaitront pas ce succès chez les industriels du jouet. C’est un comble, qui trouve son origine dans la volonté de ne pas jeter un stock de pièces.

Le modèle qui succède à la Carrera 6 en 1967, la 907, aura un palmarès plus glorieux et comptera deux victoires au général. Elle sera même en lutte pour le titre jusqu’à la dernière épreuve. Equipée de jantes de 13″ élargies, ses ailes avant, plates et son capot avant, effilé, plus aérodynamique lui confèrent une allure très différente, nettement moins esthétique, mais bien plus efficace au niveau du coefficient de pénétration dans l’air ! C’est une auto de course ! Le volant est passé à droite, comme pour tous les prototypes de l’époque.

On trouve une reproduction de la Carrera 6 chez Corgi Toys, et ce à deux échelles différentes,  comme Gama, Dalia,   et Mercury,  mais aussi chez Siku, Pilen, Nacoral, Joal,  Norev, Vinyl line, Marx, Buby, Blue Box, Dinky Toys, Solido Chiquicars, Clé, Jean, Brosol, Clifford Tootsietoys, Schuco, Zee toys, Joustra, KDN, Ideal…et même un fabricant russe inconnu !

Bref, il est plus rapide de donner l’identité des quelques fabricants de jouets qui n’ont pas inscrit à leur catalogue la Porsche Carrera 6 : Minialuxe, Champion, Politoys, Tekno, Diapet

Mebetoys l’avait programmée ,et la voiture figure au catalogue…face à la concurrence l’entreprise choisira de se replier sur la 910, comme Märklin et Matchbox d’ailleurs. Jouef qui venait de sortir la 904 l’avait également programmée pour ses circuits électriques, avant de se raviser. On note d’ailleurs un succès généralisé chez les fabricants de circuits électriques.