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monoplaces, endurance, records de vitesse

30 Octobre 1965.

30 octobre 1965.

“Au pied d’une montagne”. Voilà l’image qui me vient à l’esprit au moment d’aborder le sujet du jour. Et quel sujet ! Raymond Daffaure, vous connaissez ?

Pour résumer rapidement, on estime que ce dernier a produit entre 3500 et 4000 modèles différents sur une période s’étalant de 1959 à 1978.

Contrairement à ce que raconte la légende, ces modèles ont été produits en petite série.

Certaines sont uniques mais ce sont des exceptions. D’autres, comme la Ferrarri 250 GTO ont été reproduites à près de 250 exemplaires.

Qu’est ce qu’une RD Marmande ?

Ces modèles sont en bois (sapin). Raymond Daffaure utilisait des tuteurs de tomates (Marmande est le pays de la tomate) mais aussi des couvercles de boîtes d’allumettes et des morceaux de rhodoïd pour confectionner ses autos.

Comme nul autre, ce nom divise,et a toujours divisé les amateurs de modèles réduits. Pour Michel Sordet, à l’origine de la série “MaCo” c’est le plus génial maquettiste ayant existé, alors que d’autres n’y voient que des reproductions approximatives. En aucun cas ce nom ne laisse indifférent.

Comme une révélation.

C’est dans le sous-sol d’une maison du Pas-de-Calais que j’ai eu le déclic pour la collection de RD Marmande. C’est peut-être la réponse de mon interlocuteur qui a déclenché l’étincelle.

Ce dernier m’expliquait en effet qu’il avait acquis ces miniatures auprès d’un individu qui avait été en relation avec Raymond Daffaure au début des années soixante.

Ma question fusa naturellement : avait-il conservé la correspondance de ce dernier avec Raymond Daffaure ? La réponse affirmative suscita chez moi une réelle excitation. Au point qu’au moment de négocier le lot, j’ai avoué à mon vendeur que ce lot de lettres et de listes m’intéressait autant que les miniatures.

A  Arnaud Guesnay, collectionneur de RD Marmande qui me demandait il y a fort longtemps pourquoi je ne collectionnais pas de manière plus intensive les miniatures de cette marque, je me souviens avoir répondu que devant l’ampleur de la tâche, seule l’acquisition d’une importante collection aurait pu me convaincre de me lancer dans l’ aventure. J’étais désormais dans ce cas de figure : un peu plus de 900 RD Marmande d’un coup. J’hésite. Je réfléchis.

Dois-je me contenter de compléter les quelques thèmes qui me lient à cette marque, voitures de record et voitures « bleues » et revendre le reste ou dois-je me lancer dans une nouvelle collection ?

Après quelques atermoiements, c’est décidé, j’y vais, je me lance dans une nouvelle aventure : les  RD Marmande.

Un détail me permet de mesurer l’immensité de la tâche. J’avais auparavant réuni environ une centaine de RD Marmande à travers les deux thèmes précités. J’ai été fort étonné de ne croiser qu’une dizaine de modèles que je possédais déjà dans ces 900 nouveaux modèles. Je suis bien au pied d’une montagne.

La lecture de sa correspondance m’aide à mieux cerner le personnage et sa production, mais aussi les raisons du succès de cet artiste atypique. A travers quelques unes de ces lettres je vais tenter de vous initier à l’univers RD Marmande.

Lettre du 30 octobre 1965.

Ce jour, Raymond Daffaure écrit une petite lettre qu’il va insérer dans un colis. C’est un rituel.  Chaque mois il envoie à ce collectionneur nordiste 5 à 6 modèles, une lettre, et parfois une liste. Plus tard , dans les années 1972 la cadence passera à 10-12 modèles par mois.

Il prend des nouvelles de son client qui vient d’avoir la grippe. Il lui parle de la Lohner Porsche pour laquelle il a réuni quelques documents, mais pas assez à son goût. Enfin, il signale qu’il va renvoyer les documents que ce dernier lui a confié.

On a dans cette lettre quelques éléments intéressants. Tout d’abord la proximité qu’il entretient avec ses clients. On saisit également son intérêt pour reproduire des voitures inédites.

Aviez-vous déjà entendu parler de cette Lohner Porsche ? moi pas.

On trouve également dans ce document la preuve qu’il ne s’aventurait pas dans la reproduction  d’une miniature sans quelques éléments solides.

On comprend bien que c’est son client qui lui a suggéré la reproduction de cette auto particulière, ainsi que la Porsche 901 et la 356 de Storez-Buchet.

Raymond Daffaure devait d’ailleurs posséder une très grande culture automobile et une documentation importante.

Mais le plus intéressant, à mes yeux se trouve ailleurs. Dans la liste des autos que ce dernier envoie à son client se trouve la Ferrari 25O LM 1965 .

Nous sommes en octobre 1965. La course s’est déroulée les 19 et 20 juin de la même année. Quatre mois après, le collectionneur peut déjà placer en vitrine l’auto qui a remporté la course !

C’est une des forces de Raymond Daffaure, la rapidité d’exécution. On imagine l’excitation des amateurs qui pouvaient s’enorgueillir de placer dans leurs vitrines les reproductions miniatures de voitures originales qui venaient à peine de franchir la ligne d’arrivée.

C’est en établissant l’inventaire de cette collection que j’ai compris que l’on pouvait scinder en deux la production RD Marmande.

Les miniatures reproduites durant l’année même de l’apparition de l’auto que Raymond Daffaure nomme sur ses listes “série moderne”.et celles que je qualifierais « d’historiques » qui ont plus de deux ans d’existence qu’il appelle “série modèles anciens”.

On notera une différence de tarif d’1 Franc, entre les modèles figurant sur les deux “catalogues” de 1965 : ceux de la “série modèles anciens ” sont plus chers.

Il m’a semblé judicieux de faire cette remarque car cela aide à mieux comprendre et aussi à replacer RD Marmande dans le monde des fabricants de miniatures. Sa réactivité est un des ses points forts.( J’ai scindé en deux  groupes de photos les nouveautés de 1965, les “modernes” et les “modèles anciens”.)

Les fabricants industriels arriveront, petit à petit à réduire les délais de conception et de fabrication d’une miniature.

Il n’empêche que lorsque Mercury sort sa Ferrari 250LM en 1966, Ferrari  a déjà lancé sa P3.  RD Marmande collant à l’actualité , propose les modèles qui viennent juste  de participer à l’épreuve mancelle!

“Tout ce qui brille n’est pas or”.

“Tout ce qui brille n’est pas or”.

Ne dit-on pas qu’il faut se méfier de l’ éclats trompeur du précieux métal ? Pourtant c’est bien d’or que le cigarettier Player’s habilla les monoplaces Lotus de Formule 1 : Gold Leaf (1968 à 1971) et J.P.S  (1972 à 1978).

Premier sponsor n’appartenant pas à la sphère automobile il sera suivi par Yardley (cosmétiques) avant que d’autres cigarettiers s’engouffrent dans la brèche.

L’intrusion de cet annonceur a modifié à tout jamais le sport automobile.

Peut-être aurait-il fallu se méfier de cette manne. Elle a rompu un équilibre fragile. A partir de cet évènement, les budgets vont augmenter chaque année, avec pour conséquence la mise en péril des écuries les moins fortunées. L’écart ne fera que se creuser.

Trouver un sponsor va bientôt être une activité à part entière pour chaque directeur d’équipe. Viendront ensuite les pilotes “payants”, choisis davantage pour leur portefeuille bien garni que pour leur talent au volant.

Elles sont belles pourtant ces Lotus 72 aux couleurs J.P.S. Elles ont marqué les esprits et toute une génération.

Pour ma part, j’avais doté ma mobylette d’une décoration “J.P.S”. Malheusesement cela ne la fit pas avancer plus vite.

Il faut avouer que la Lotus 72 était déjà une très belle monoplace, avec ses formes en coin et ses radiateurs positionnés sur les flancs.

Avec l’écurie Tyrrell, Lotus va se partager les titres pilote entre 1968 et 1973. Les années paires à Lotus et les impaires à Tyrrell. Il en ressort un léger avantage pour Lotus qui remportera un titre constructeur de plus (En 1973, si le titre pilote revint à Jacky Stewart sur Tyrrell , celui récompensant la meilleur équipe reviendra à Lotus).

(voir le blog consacré à la Tyrrell 001)

La Lotus 72 apparue en 1970 aura une carrière exceptionnelle qui devait s’arrêter fin 1973. Pourtant, Colin Chapman, le directeur de l’écurie Lotus dut la “ressortir du garage” plusieurs fois tant ses remplaçantes n’arrivaient pas à la supplanter.

Une première fois en 1974 où la nouvelle Lotus 76 s’avéra moins compétitive que son aînée. Cette année-là, la Lotus 72 sortie du musée remporta trois Grand-Prix aux mains de Ronnie Peterson. Pas mal pour une retraitée.

On fit encore appel à elle en 1975 : ce fut l’année de trop. Les Lotus 72 furent cette fois totalement dépassées par les Ferrari 312T et les Mac Laren M23.

Je vais pourtant vous présenter une miniature, ou plutôt le projet d’une miniature qui n’a jamais vu le jour mais qui prouve combien cette Lotus 72 avait une place à part dans le coeur du public.

En 1977, c’est la Lotus 72 au 1/43 que choisit Safir Champion pour son éphémère série de Formule 1 apparue cette année- là !

Elle devait accompagner la Ferrari 312T, la Ligier JS5 et bien sûr les Tyrrell P34. C’est dire combien cette auto avait de l’importance pour la direction de Safir Champion. Soyons franc, sa livrée noir et or a fait beaucoup pour sa notoriété.

Il s’agit de l’empreinte d’enfonçage destinée à créer le moule. C’est donc au tout dernier moment que Safir Champion a décidé d’annuler ce projet.

C’est dans la cave de monsieur Juge que j’ai découvert cette empreinte qu’il m’a cédée plus tard. Elle trône sur mon bureau avec l’autre projet abandonné par Champion à la même époque, la Porsche 935.(voir le blog consacré à ce sujet)

Un musée en or.

C’est dans un musée que j’ai découvert l’autre modèle du jour. Cette “Lotus d’ or” fait partie d’un collage intitulé “tir à la raquette-séance galerie J.1961”.

Je doute que son auteur, Niki de Saint Phalle, ait délibérément choisi une Lotus pour l’inclure dans son œuvre. Non, c’est l’idée de créer des œuvres avec des objets usuels qui l’a guidée.

Au milieu des années soixante, à l’instar de Martial Raysse, les artistes de « l’école de Nice» ont choisi d’incoporer dans leurs oeuvres des morceaux de vie de la “société moderne”, notamment des jouets : baigneur, araignée en plastique, petits soldats.

Mamac Nice le journal
Mamac Nice le journal

Ils symbolisent notre société de consommation, sans en être la critique pour autant. L’artiste a ainsi placé quelques miniatures de la marque Clé ou Norev dans ses compositions. Ici, vous avez reconnu une Lotus 18, mais aussi une Peugeot 203 au 1/60 de chez Clé ou une Citroën 15cv de chez Norev.

Elles ont reçu, comme l’ensemble de l’œuvre, un voile de peinture or renvoyant ainsi aux objets de culte.

Cette œuvre est au Mamac à Nice. Reconnaissante envers la ville qui a symbolisé pour elle sa renaissance après une grave dépression, Niki de Saint Phalle fera une importante donation au musée. C’est le moment où,comme elle l’expliquera plus tard, plus sûre d’elle grâce à son compagnon Jean Tinguely, elle prit conscience de ses capacités artistiques.

Pour illustrer ce propos, je vous présente quelques autres versions de cette Lotus de chez Clé, moins fréquentes que le modèle de base  : celle distribuée en cadeau chez Familistère (Famy) et celle distribuée par Esso, dans son sachet plastique aux couleurs du pétrolier. La version chromée étant une version”luxe”, moins courante du fabricant du Jura.

Pour celle de la composition, je vous invite à aller au Mamac de Nice où l’œuvre est exposée Il faut bien apprécier qu’elle soit offerte aux yeux de tous et non enfermée dans une collection privée.

«Tout ce qui brille n’est pas or», voilà bien une phrase à méditer..

 

Le crépuscule

Le crépuscule

A peine sorti de la mégapole new-yorkaise, la nature est omniprésente. Moins de vingt minutes se sont écoulées depuis l’aéroport de Newark, et l’on a déjà oublié les gratte-ciel et la civilisation.

Le changement est même assez brutal. Il est plaisant de sortir de l’univers bétonné pour retrouver la nature. Les forêts sont nombreuses sur la route qui traverse le New Jersey vers la Pennsylvanie et, en ce début novembre, le spectacle est grandiose .

Le ciel bleu vient rehausser cette impression. Pourtant, à bien y regarder, l’automne se meurt. Les couleurs ont subtilement viré du jaune et rouge flamboyant à un ocre et brun qui annoncent l’arrivée prochaine de l’hiver.

Ce sont des détails mais la nature s’apprête à un long sommeil. Ce n’est pas la température encore presque estivale qui pourrait faire croire à cela.

Pourtant, comme me dit un autochtone à l’hôtel, dans dix jours il y aura peut-être 20 cm de neige ! On pourrait croire à une blague, mais l’automobiliste averti que je suis a bien reconnu le crissement particulier des pneus hiver sur le parking de l’hôtel où je viens d’arriver.

Chaque automne, je guette ce moment si particulier où la nature perd son éclat et glisse vers l’hiver. C’est souvent imperceptible, petite touche par petite touche, un coup de vent par ci, une journée de pluie par là, la nature fait le reste. C’est le crépuscule de l’automne.

Quand la commission sportive internationale a autorisé la publicité sur les automobiles de course, elle ne sait pas encore qu’elle a ouvert la boîte de Pandore. Mais cela va se faire par petites touches, comme pour l’arrivée de l’hiver.

Dans un premier temps, seuls les pétroliers sont autorisés à apposer leur logo sur les flancs des autos de course. Ces derniers participaient activement à la vie des différentes équipes de formule 1 ou de “sport prototypes” avec pour seul retour, la possibilité de communiquer sur les résultats par le biais des publicités dans la presse.

“Esso” et “BP” éditaient également chaque année de belles publications reprenant les différents succès des autos qu’ils avaient “aidées” financièrement au cours de l’année.

On appréciera cette publication d’Esso de 1956 où le pétrolier n’hésite pas à placer la Jaguar Type D victorieuse au Mans cette même année à côté d’une Peugeot 403 en pleine attaque dans un rallye hivernal.

Puis ce fut au tour des équipementiers d’avoir le droit de s’afficher sur les autos : pneus, éclairage, bougies, essuie-glaces. Jusque-là, rien d’extraordinaire.

Cela faisait sûrement grincer des dents les amateurs purs et durs pour qui une auto devait concourir sous la seule couleur du pays qui l’engageait. Il a fallu faire preuve de pédagogie, expliquer qu’il était nécessaire à la survie de toutes ces équipes d’introduire un peu de publicité.

Sans le savoir, le monde de la course automobile va se trouver bouleversé par cet événement. Le sport automobile ne sera jamais plus comme avant.

Les sponsors vont bientôt exiger une meilleure visibilité de leur investissement : cela entrainera l’arrivée de la télévision. En vendant son âme, la course automobile n’a-t’-elle pas perdu  de son intérêt ?

Lotus, un constructeur innovant sur le  plan technique et financier.

Le début de la saison 1968 fut terrible pour l’écurie Lotus. Elle a vu son pilote numéro un, l’Ecossais Jim Clark, disparaitre dans une épreuve mineure de formule 2 à Hockenheim.

Puis c’est Mike Spence qui trouve la mort aux essais d’Indianapolis. Ce dernier remplaçait l’Ecossais dans le baquet de la Lotus.

Hasard du calendrier, c’est dans cette période catastrophique que l’écurie a introduit le premier sponsor étranger au monde de l’automobile, j’ai nommé le cigarettier “Gold leaf”.

Le Premier Grand Prix de la Lotus 49B sous ces nouvelles couleurs à Jarama pour le Grand Prix d’Espagne sera une première victoire. On imagine que ce succès mit un peu de baume au coeur à tous les membres de l’écurie.

Le second Grand Prix à Monaco sera une seconde victoire. La saison se révélera difficile mais Graham Hill pilote numéro un de l’écurie Lotus sera couronné d’un second titre de champion du monde.

Cette version du Grand prix de Monaco 1968 est celle qu’avait choisi de reproduire Dinky Toys. Je me souviendrai toute ma vie, et je pèse mes mots, de cette découverte chez un ancien du bureau d’étude qui avait eu l’intelligence de sauver quelques pièces d’une destruction programmée. Cette version est facilement identifiable avec son carénage moteur incorporant un petit aileron.

 

Pour l’amateur de Dinky Toys et de voitures de course que j’étais,voir côte à côte la Porsche 917 et la Lotus 49B, projets abandonnés, reste un des plus beaux souvenirs de ma vie de collectionneur. Je me souviens combien j’étais excité à l’idée de relater cette découverte auprès des amateurs de la marque. (voir le blog consacré à la Porsche 917 de chez Dinky Toys

Il est facile de comprendre pourquoi Liverpool a mis son veto à cette opération. La firme anglaise avait décidé de reproduire également une Lotus 49B.

A cette époque, Dinky Toys Grande-Bretagne s’était déjà égaré dans des projets sans intérêt. Celui de la Lotus 49B de la saison 1969 au 1/32 fait partie cette liste.

Pourquoi avoir changé l’échelle de reproduction ? Etait-on à ce point à court d’idée  outre-Manche pour se différencier des autres fabricants ?

La reproduction produite est moyenne. la gravure épaisse. Pourquoi avoir choisi un rouge métallisé ? C’est bien un modèle de fin de règne. On apprécie néanmoins le boîtage et le diorama, ainsi que la planche de décoration.

Elle reproduit la version avec laquelle Graham Hill remporte le dernier Grand prix de sa carrière et son cinquième succès à Monaco en 1969.

La couleur du bolide ne devait pas déplaire au responsable de Bobigny à l’époque, on sait combien ce dernier appréciait le rouge. Dernièrement, un ancien du bureau d’étude m’a confirmé cette anecdote que Jean-Michel Roulet m’avait déjà racontée : lors d’une présentation de palette de couleurs, un membre du bureau d’étude, par plaisanterie, avait cru bon de n’amener que des autos finies en rouge.

ll est intéressant de constater que la monoplace qui remplacera dans le catalogue cette Lotus abandonnée sera aussi de couleur rouge, confirmant si nécessaire l’intérêt de la direction de Dinky Toys pour cette couleur. Le choix d’une Surtees TS5 qui plus est de formule 5000 semble bien établir que c’est la couleur de l’auto qui a dicté ce choix plus que le palmarès de la monoplace qui est demeuré très modeste.

Copains comme cochons

Copains comme cochons.

Notre homme est confortablement assis dans son fauteuil. C’est le soir, la journée de travail est finie. Pipe en main, verre de whisky posé sur la table basse, il savoure enfin ce moment qu’il a espéré toute la journée.

Ce matin, la postière lui a déposé au cabinet dentaire un petit colis ficelé et enrobé de papier kraft. Il commence par lire la lettre qui se trouve à l’intérieur puis se plonge avec gourmandise dans l’étude du catalogue qui y est joint.

“Catalogue”, c’est ainsi que Raymond Daffaure, l’expéditeur a dénommé les deux feuilles ronéotypées. Ce sont les nouveautés 1971. Il en a les yeux qui brillent. Ce n’est pas la boisson alcoolisée mais bien la liste des modèles proposés par « l’artiste de Marmande » qui a sur lui cet effet.

Depuis plusieurs années ce “Porschiste”, comme le nomme affectueusement Raymond Daffaure dans les courriers que j’ai pu me procurer, est aux anges. En juin 1971, Porsche remporte sa seconde victoire mancelle et quatre mois plus tard, Raymond Daffaure envoie à ses clients les reproductions des autos qui ont marqué cette édition.

1/ Rapide comme l’éclair.

Cette remarquable rapidité d’exécution est une des caractéristiques de notre artiste du sud-ouest. Il joue dessus. Dans un courrier daté du 24 avril 1966, adressé à notre amateur de Porsche, il indique lui avoir envoyé d’office la Carrera 6 (906) qu’il venait de créer, sans même demander son assentiment et certain qu’il sera ravi de cette initiative. Rappelons que la course s’est déroulée les 5 et 6 février 1966. Moins de trois mois après, l’auto est en vitrine chez notre amateur.

Nous sommes donc en septembre 1971. Quelques exemplaires de la toute nouvelle revue du Club Porsche France trainent sur la table.

C’est un stratagème. Un piège. Un moyen d’orienter la conversation des notables venus diner chez notre homme sur “LE” sujet qui le passionne : la voiture de sport.

C’est le grand désespoir de Madame, qui elle, proche de Monsieur le curé, préférerait que son mari s’investisse un peu plus dans le bénévolat et la cause des plus démunis. Mais une fois la conversation embrayée sur le sujet, notre amateur de vitesse sait que sa femme ne pourra plus solliciter les invités pour qu’ils participent à la prochaine kermesse de la paroisse.

Il faut dire que pour les lots de la tombola, ses napperons en crochet ont bien du mal à rivaliser avec le demi cochon offert par le charcutier.

2/ Cochon qui rit

Justement, en cette belle soirée de septembre, il y a réception. Régulièrement les notables de la ville s’échangent des invitations. Notre homme, l’humour potache, choisit de sortir devant les convives, la dernière miniature que Raymond Daffaure lui a concoctée en tant que “spécialiste Porsche”, la fameuse Porsche 917/2O dite “cochon rose”.

C’est surtout sa décoration qui fera parler d’elle. S’agissant des résultats on compte deux courses et deux abandons (3 Heures du Mans 1971 et 24 Heures du Mans 1971).

Madame qui ne goûte pas l’humour de son mari, y voit une allusion au charcutier concurrent et choisit de planter là ses invités. Les femmes du nord ont un caractère bien trempé.

Qu’à cela ne tienne, Maitre Pierre, le notaire, lance l’idée d’aller à l’hôtel des trois faisans pour “ripailler” entre hommes. Cela leur rappellera de bons souvenirs. Le temps où jeunes étudiants, après avoir bu quelques pintes chez la “grosse Adrienne de Montalant”, légèrement éméchés, ils allaient chanter, devant l”‘hotel des trois faisans”, restaurant huppé de la région cette chanson empruntée à Jacques Brel: “Les bourgeois c’est comme les cochons…”

3/ arrêt brutal

Quelques années se sont écoulées. Les premières limitations de vitesse sont arivées. Nous sommes en 1974. Verbalisé à plusieurs reprises notre homme ressent soudain comme un ras-le-bol de l’automobile. Son désamour est à la mesure de la passion qu’il avait entretenue pour la vitesse, l’automobile et ses reproductions miniatures. Il laisse tout tomber.

C’est ainsi qu’ont pris fin son contact avec Raymond Daffaure, et sa collection de miniatures. Il a revendu sa Porsche 911S et sa Ferrari. La collection de miniatures a été mise au placard. Bien plus tard il l’offrira à son “petit” voisin , lui racontera toute son histoire.

C’est cette collection que je viens d’acquérir. 900 RD Marmande. Au fil des semaines je vais essayer de vous faire découvrir l’artiste qu’était Raymond Daffaure et comment il a su par ses reproductions miniatures faire partager sa passion de l’automobile.

Pour illustrer ces lignes, j’ai choisi quelques Porsche de cette collection. Au fil des lettres, on comprend que Raymond Daffaure avait de l’ affection pour cette marque. Je les ai disposées de manière chronologique.

Depuis l’acquisition de cette collection, j’ai entrepris un travail de référencement. Je consigne tous les détails, années de la voiture, année de réalisation par Raymond Daffaure et numéro de série. De manière étrange cette Porsche 917/20 ne porte pas de numéro de série. N’en aurait il réalisé qu’une seule ? .

Cet article m’a fait faire un bond de plus de 40 ans en arrière. Avec mon père, nous étions attirés par les miniatures Porsche. Nous avions acheté dès 1977 des RD Marmande. Plein d’optimisme, mon père recherchait tout ce qui pouvait se faire. Les RD Marmande faisaient donc partie du champ d’investigation. Nous ne savions alors absolument rien de l’étendue de la production.

PS: Si vous  avez des RD Marmande à vendre ou à échanger contactez-moi sur autojaune@orange.fr ou au 01 42 40 61 23. Je suis preneur.

” A l’américaine !”

” A l’américaine !”

Dans “Jour de fête”, film de Jacques Tati, il y a une réplique dont je ne me lasse pas :

“Le François, il fait sa tournée à l’américaine !” Le tout dit avec un savoureux accent berrichon.

L'affiche de "Jour de fête" Jacques Tati
L’affiche de “Jour de fête” Jacques Tati

Jacques Tati était un citadin qui a découvert la campagne lors de sa démobilisation. En 1943, il s’installe dans le village de Saint-Sèvère-sur-Indre où la vie tranquille à la campagne, rythmée par les saisons le séduit. C’est ici qu’il écrira le synopsis de son film et qu’il reviendra le tourner.

Dans “Jour de fête”, c’est l’arrivée de la caravane des forains qui vient troubler la vie paisible du village.

Jacques Tati dresse un constat grinçant des effets du progrès technique sur le rythme du travail. Il a sans doute pensé au personnage de Charlot dans “Les temps modernes”. Toujours plus vite semble être le seul credo.

Un cinéma en plein air est installé sur la place du village. La projection d’un documentaire sur les méthodes employées par la poste américaine pour le ramassage et la distribution du courrier, symbole des progrès venant des Etats-Unis est l’élément déclencheur. Tous les moyens sont bons pour aller plus vite semble dire le documentaire.

François, le facteur du village est légèrement éméché. Il est moqué par les forains. Piqué au vif, il se lance alors à bicyclette dans “une tournée à l’américaine”, avec ses modestes moyens. Toute la mécanique burlesque de Jacques Tati se met alors en place.

La scène où il pédale tout e