Archives par mot-clé : Claude Thibivilliers

L’air de rien.

L’air de rien.

“L’aérodynamique, c’est pour ceux qui ne savent pas construire de bons moteurs”. Cette phrase lapidaire est d’Enzo Ferrari.

Il était coutumier de ce genre de déclarations, quitte à expliquer plus tard, voyant qu’il avait fait fausse route :

“C’est en perdant que l’on voit avec plus de clarté les raisons de la défaite, alors qu’il est beaucoup plus difficile de comprendre les améliorations à apporter sur un modèle victorieux”.

Au début de l’année soixante, l’ingénieur Ferrari, Carlo Chiti, fait installer une soufflerie à Maranello. La concurrence est rude. Les constructeurs anglais ont infligé à Ferrari de lourdes défaites en Formule 1 et dans la catégorie “sport”, Maserati devient menaçant avec ses Birdcage.

Les résultats sont là dès 1961, avec les TR61 qui marquent un vrai changement. Désormais les prototypes Ferrari entrent dans l’ère de la modernité.

François Hurel dans son livre “Ferrari au Mans 1961-1967” estime que les Bugatti victorieuses au Mans avant la guerre étaient pourvues d’un Cx aérodynamique bien supérieur aux premières Testa Rosa, qui plafonnaient à 255km/h dans les Hunaudières.

Comme les constructeurs français qui utilisent des mécaniques de petite cylindrée DB, VP, ou Panhard, Porsche a toujours oeuvré dans l’efficacité aérodynamique  C’est le moyen de compenser le manque de chevaux du moteur, notamment au Mans, dans l’interminable ligne droite des Hunaudières. Ainsi dès 1956, Porsche présente des 550 en carrosserie coupé. (voir le blog sur la Porsche 550 de Solido).

La Porsche Carrera 6 va également faire l’objet d’une étude poussée dans le but de compenser son handicap moteur par rapport aux surpuissantes Ford MK2 de 7 litres de cylindrée ou aux Ferrari 330 P3. Les Carrera 6 utilisent des moteurs de 2 litres (1991cm3).

Il n’est pas question d’aller chercher ces autos en performance pure bien sûr, mais de de gommer une partie du handicap de puissance en travaillant intelligemment sur le Cx de la carrosserie pour l’adapter à la physionomie du circuit du Mans.

Porsche va se présenter au Mans en 1966 avec 6 autos. Trois sont engagées en catégorie sport, catégorie pour laquelle la Porsche Carrera 6 a été homologuée au départ. Les trois autres sont engagées en catégorie prototype, Porsche ayant adopté sur ses 6 cylindres une injection Bosch et un allumage électronique lui faisant gagner10cv (voir le livre de François Hurel “Sport et prototypes Porsche au Mans 1966-1971).

Ces trois autos arborent une carrosserie très différente. Elles sont équipées d’une carrosserie longue queue et d’un capot avant plus long, plus effilé. François Hurel avance un gain de 15Km/h par rapport aux modèles Carrera 6 engagés en sport. En ligne droite, la vitesse passe effectivement de 280Km/h à 295Km/h .

Discrètes aux essais, elles vont surprendre plus d’un observateur en course. Songez. Nous sommes en plein combat Ford-Ferrari. Chaque constructeur a engagé une armada. Ferrari va sombrer totalement. Ford triomphe avec les trois premières places mais, derrière, Porsche accroche les 4ème, 5 ème et 6 ème places.

Les autos ont tourné sans encombre et ont surclassé leurs concurrents en catégorie 2 litres. Porsche remporte l’indice de performance, et aussi la catégorie Sport avec la Carrera 6 courte. La toute nouvelle 911 fraîchement homologuée remporte elle aussi sa classe. Le public retiendra la victoire de Ford bien entendu, mais les spécialistes ont bien compris que désormais il allait falloir compter avec Porsche.

Il faudra attendre que le fabricant de kits en white metal, Mini Racing mette le modèle à son catalogue au début des années 80 pour que les collectionneurs puissent placer dans leurs vitrines une reproduction de ces fameuses versions longues.

Près de 40 ans plus tard, Spark proposera aux amateurs l’intégralité des Porsche Carrera 6 au départ de l’édition 1966. Comme très souvent avec ce fabricant d’origine marseillaise exilé en Chine, le résultat est exceptionnel.

Pourtant, les collectionneurs auraient pu avoir une reproduction de cette auto bien avant celle de Mini Racing.

Lors d’une rencontre avec Claude Thibivilliers à la suite de l’article sur le Berliet Stradair en plastique (lire cet article) j’ai eu la chance de découvrir un projet que ce dernier avait soumis à la direction de Bobigny.

Rappelons que Claude Thibivilliers a été projeteur maquettiste de février 1965 à décembre 1968 et chef de recherches de janvier 1969 jusqu’à son départ en février 1971.

Le projet n’est pas daté. Cependant, Claude Thibivilliers a gardé les photos de l’auto parues dans la presse et deux feuilles de croquis réalisés sur un bloc aux couleurs de l’imprimerie Henon dans le 20ème arrondissement, l’endroit même où étaient imprimés les boîtes et les catalogues !

Sur ces croquis, il a consigné les modifications à apporter au modèle de base : un capot avant plus effilé et surtout, le capot arrière long équipé de deux stabilisateurs. A la vue des croquis et des mesures qu’il a prises, on suppose qu’il était sur place au Mans. Le dessin du capot court, capot de secours, aperçu sans doute au fond du camion atelier ou dans l’enceinte de ravitaillement accrédite cette hypothèse. Claude Thibivilliers le réalisera également. Voulait-il proposer à la direction un modèle avec les deux capots interchangeables à la manière des gadgets que proposait Corgi Toys à l’époque ? On ne le saura jamais.

Claude Thibivilliers avait également gardé un châssis sur lequel il avait indiqué au marqueur les modifications à apporter afin de montrer à sa direction la charge de travail à effectuer.

Le plus surprenant est ailleurs. L’auto reproduisant cette fameuse longue queue portant le numéro 31 est injectée en plastique (rouge) puis peinte de couleur blanche. Il s’est servi de cette dernière pour réaliser son modèle. On peut donc imaginer que plusieurs exemplaires ont été injectés. Que sont-ils devenus ?

Il reste heureusement cet exemplaire et ces croquis. C’est une belle découverte que cette auto, surtout pour l’amateur de Porsche de ces années-là que je suis. (lire le blog précédent consacré à la Porsche Carrera 6)

P.S: Geoff  Goodson, lecteur assidu du blog et fin collectionneur d’outre-Manche,  me signale que Claude Thibivilliers avait publié dans le numéro  66 de Modélisme une photo de ce modèle. Monsieur Greilsamer s’était empressé d’ acquiescer à l’idée.  Merci Geoff pour ce complément d’informations fort intéressant.

 

le bruit des castagnettes

Le bruit des castagnettes

Si des Calaisiens vous parlent du pont castagnettes,  ne le cherchez pas sur un plan de la ville de Calais, vous ne le trouverez pas.

Faisons un peu d’histoire.

Le 27 septembre 1944, les allemands font sauter plusieurs ponts de Calais. Lorsque la ville est libérée, le génie militaire installe un pont portatif de type “Bailey” afin de remplacer le pont Gambetta. En 1966 ce pont portatif est finalement installé de manière provisoire pour enjamber le canal d’Asfeld. Il y restera en place jusqu’en 1982.

La structure était fatiguée, les planches disjointes claquaient tellement au passage des véhicules que les habitants l’ont très rapidement nommé “Pont castagnettes”.

Le pont des castagnettes à Calais
Le pont des castagnettes à Calais

Ce pont  permettait de rentrer de la plage les jours d’affluence en évitant les embouteillages. Pour les Calaisiens, le bruit des castagnettes était donc associé à la plage. Cela vous fera peut être sourire. Calais n’a pas l’image d’une station balnéaire. Pourtant avec sa grande étendue de sable fin et ses chalets en bois peint, la plage de Calais déploie un charme bien particulier. Les journées y sont rythmées par les sorties des ferries qui partent pour Douvres. Il est toujours impressionnant de voir ces navires sortir du port et longer la plage à quelques centaines de mètres du rivage. Le temps n’est pas toujours clément, mais il est  bien agréable de manger un cornet de frites, au chaud dans sa voiture en regardant ce ballet. Les jours de beau temps, on peut toujours opter pour une glace « Diego » comme l’ont fait des générations de vacanciers.

Désormais cependant, l’arrivée à la plage se fait en silence.

C’est également cette impression de silence que j’ai ressenti  lorsque ma grand-mère m’a offert un jour de 1970 une Ferrari 312P de chez Dinky Toys. Je me souviens  très bien avoir été surpris par la vitesse et le silence de l’auto lorsque je l’ai lancée. Ce premier lancement finit d’ailleurs tragiquement contre la plinthe  de la chambre, endommageant l’avant de l’auto avant même  que les décalcomanies soient apposées.

Bien plus tard, en lisant les livres de Jean-Michel Roulet consacrés aux Dinky Toys, j’ai appris que l’auto était montée sur des axes aiguilles. Finis les gros axes en acier bouterollés, les jantes en zamac ou   en acier, qui, par leur friction, freinaient le roulement de la miniature.

Je ne savais pas encore que ce type d’axes allait révolutionner le monde de la miniature automobile et marquer la fin des belles miniatures. Je reviendrai, dans le prochain blog sur ce bouleversement avec une surprise de taille pour tous les amateurs de Dinky Toys France.

En attendant, cette Ferrari 312P barquette est de toute beauté, fidèle à l’original à quelques détails prés. Elle reproduit la version engagée par la Scuderia Ferrari en 1969 à Brands Hatch pour l’équipage Pedro Rodriguez et Chris Amon qui termina à la quatrième place.

 

Il est fort intéressant de constater que le prototype en bois que j’ai récupéré reproduit la version qui effectua, une semaine après les 12 heures de Sebring,  les 29 et 30 mars 1969,  les essais préliminaires des 24 heures du Mans 1969 avec le numéro 18.

(voir la vidéo des essais préliminaires où figure cette barquette Ferrari 312P)

En  effet, la version qui avait couru dans le Kent était équipée de deux stabilisateurs supplémentaires au-dessus des passages de roue avant. Ce dispositif assez disgracieux n’a pas été retenu par Dinky Toys. Les prototypistes de chez Dinky Toys  avaient peut être déjà travaillé sur le modèle vu à Sebring,  en début de saison, dépourvu de cet appendice. Ou   alors, il s’est avéré difficile de reproduire de manière réaliste les stabilisateurs, qui dans la réalité n’étaient que deux plaques en acier rivetées à la carrosserie. Les deux explications sont acceptables mais ce ne sont que des hypothèses.

Une rencontre avec un ancien employé du bureau d’étude de chez Meccano m’a éclairé sur la façon de travailler. Il m’a raconté  qu’au cours des années concernées par  la réalisation de cette Ferrari il avait effectué un voyage en Grande-Bretagne avec la personne en charge du marketing. Il se souvenait avoir visité deux écuries de formule 1 : Lotus et Surtees.

On comprend que le bureau d’étude travaillait de manière rigoureuse avec le souci de proposer des autos conformes aux vraies, y compris dans leur décoration.

Notre Ferrari est reproduite fidèlement, le bureau d’étude a fort bien travaillé. Dinky Toys a choisi de proposer les portes ouvrantes, s’épargnant la réalisation du moteur. Ils n’ont pas oublié le rétroviseur et l’arceau de sécurité. Enfin, on peut remercier Dinky Toys France de n’avoir pas cédé aux jantes monobloc en nylon.  Les axes aiguilles qui sont apparus sur les miniatures à cette époque ont poussé les fabricants de jouets à standardiser leurs roues. Dinky Toys nous a gratifié de belles jantes fidèles en plastique chromé, chaussées de pneus en caoutchouc rainuré du plus bel effet. Lorsque le moule arrivera en Grande-Bretagne,  la miniature sera affublée de roues monobloc très laides en plastique.

Signalons enfin une version équipée d’un pilote que j’ai récupérée chez un autre dessinateur du bureau d’étude, M. Malherbe. C’était une bonne idée.

(voir l’article sur un autre prototype vu aux essais des 24 heures du Mans 1969, la Porsche 917L)

Mea Culpa

J’ai été contacté il y a quelque temps par Claude Thibivilliers. C’est toujours un plaisir de s’entretenir avec une personne qui a travaillé chez Meccano France. M. Thibivilliers a tenu un rôle important au bureau d’étude entre 1965 et 1971. Il a un avantage par rapport aux autres personnes que j’ai eu la chance de rencontrer : c’est un passionné qui possédait à son entrée chez Meccano une culture automobile solide. Il suffit de voir ses créations personnelles dans la revue Modélisme pour le comprendre.

Portes-clefs Stradair
Essayez la gamme stradair

Pourtant, l’appel de M. Thibivilliers fut comme une douche froide pour moi. Le ton était sec, il souhaitait aborder deux sujets : la Citroën DS19 présidentielle et son cortège et le Berliet Stradair, deux modèles dont j’avais parlé dans dans les blogs 205, 206, 207 et 35.

S’agissant de la Citroën DS19 présidentielle, il contestait l’authenticité du modèle présenté dans le blog. Claude Thibivilliers possèdait encore l’exemplaire photographié dans Modélisme, et pensait qu’il n’existait qu’un seul exemplaire. Il estimait que le blog remettait en question l’authenticité de son modèle. J’ai bien relu ce texte, pour vérifier qu’il ne lui portait pas préjudice. Or, j’avais bien signalé que manifestement deux autos au moins existaient. La seule chose que je pouvais affirmer était que celle en ma possession venait de la rue du Maroc. Je n’ai jamais eu l’intention de contester l’authenticité de la DS de M. Thibivilliers.

Beaucoup plus intéressantes furent les précisions qu’il m’apporta au sujet du Berliet Stradair. J’avais écouté les commentaires de Robert Goirand et d’autres collectionneurs de la première heure et j’en avais déduit que ce Stradair benne, comme l’autobus Berliet parisien ou le Saviem porte-fer avaient été injectés en plastique pour tester le moule avant d’éventuelles corrections. Il n’en est rien. M. Thibivilliers m’a expliqué en détail le procédé de fabrication. Je lui ai offert de publier un texte qu’il écrirait sur le sujet mais il ne l’a pas souhaité. Je me propose donc de vous livrer aujourd’hui toutes les précisions qu’il m’a données.
Pour cela, il faut se pencher sur la carrière de M. Thibivilliers. Elle commence chez Gilac, au bureau d’étude. Il connaissait donc la technique de fabrication des moules destinés à injecter du plastique. Fort de cette expérience, il est parti aux USA où vivait un membre de sa famille. Il y a trouvé du travail dans une entreprise qui fabriquait des maquettes plastiques. Là-bas, il a appris à travailler le polystyrène étiré. De retour en France, il est aussitôt embauché par Meccano. La direction a été séduite par ces nouvelles techniques d’ébauche des prototypes, elle y trouvait son intérêt. En effet, cela coûtait bien moins cher de payer un salarié que de devoir retoucher les moules une fois gravés lorsqu’ils présentaient un défaut. Il faut aussi comprendre que cette époque est favorable aux modèles sophistiqués. M. Thibivilliers m’expliqua qu’il avait réalisé le Stradair benne présenté dans le blog 35 avec des feuilles de polystyrène étiré d’épaisseurs diverses et de couleur blanche, le tout avec une tolérance de 0,5 mm par rapport au plan définitif. Cette réalisation révéla un défaut de fabrication qui empêchait la benne de bien fonctionner. Il précisa que sur le bus Berliet ce fut bien pire.

Il s’agit donc d’un véritable travail d’orfèvre, et non comme je l’ai indiqué par erreur d’une injection en plastique. C’est également Claude Thibivilliers qui a réalisé la version teckel, celle du Stradair surbaissé. Un document paru dans le « Charge Utile » hors série Berliet 1967 montre des photos du camion. Sur l’une d’entre elles, mon regard a été attiré par un détail : l’adresse de l’entreprise inscrite sur les portes du véhicule. Cette dernière, spécialisée dans les transports spéciaux, était établie avenue Henri-Barbusse à Bobigny. Claude Thibivilliers à qui je rapportais cette précision se souvint qu’un collègue lui avait suggéré cette déclinaison après avoir vu ce camion tout près de chez Meccano. Le projet a tourné court. D’ailleurs, la cabine n’a même pas été modifiée alors que ces « Teckels » avaient un capot moteur bien plus court que les autres modèles. Je profite de la présentation de ce prototype pour vous montrer une autre couleur qui ne fut pas retenue par Meccano. Il existe aussi une version de couleur bleue. J’adresse tous mes remerciements à M. Thibivilliers pour ces intéressantes précisions et les rectifications qu’il m’a permis d’apporter.

Dinky Toys Citroën DS présidentielle

Le projet ressuscité de DS présidentielle

Je me suis replongé dans l’article de la revue « Modelisme » où figurait cette DS présidentielle. Le numéro 51 était consacré à la seconde exposition de miniatures organisée par le Mini Auto Club dans les locaux de Simca, sur les Champs-Élysées.

Modelisme DS présidentielle
Modelisme DS présidentielle

A en croire Jacques Greilsamer, alors à la tête de Modélisme, revue et boutique, la manifestation a eu un grand succès. C’est grâce à de telles initiatives, qui ont permis la rencontre des grands noms du modélisme, que la passion du modèle réduit s’est développée.

Il faut ici rendre hommage à Jacques Greilsamer qui savait si bien mélanger les genres. On pouvait voir des vitrines consacrées à de belles maquettes en plastique de voitures américaines en cotoyer une autre retraçant l’histoire de l’automobile, puis plus loin un espace autour du thème des autos de rallye, sans oublier une unité consacrée aux jouets anciens. Le panorama était complet.

Parmi les célébrités présentes figurait un certain Claude Thibivilliers. La revue indique à son sujet qu’il « présentait ses remarquables transformations : Mercedes 600 du Pape, 204 Peugeot coupé Ducarme, Rolls-Royce Phantom V de la reine d’Angleterre, Bugatti Royale cabriolet Esders, Renault 8 Gordini type Tour de Corse et le majestueux cortège des DS présidentielles, à partir des Citroën Dinky Toys de série qui obtint un vif succès ». Ce reportage est particulièrement intéressant puisqu’on voit se dessiner des projets dont certains vont aboutir chez Meccano, comme la Gordini. Meccano va également exploiter le thème des autos des grandes personnalités.

Citroên DS Présidentielle prototype et boîte bleue
Citroên DS Présidentielle

Le projet de la DS présidentielle sur la base de la berline référence 530 ne verra pas le jour, mais nous savons ce qu’il adviendra avec la superbe DS spéciale créée en 1970. Il y a fort à parier que ce genre d’exposition a permis à Meccano de déterminer ses futurs choix. Lorsqu’on lit le reportage et qu’on regarde les photos qui l’agrémentent, on comprend très bien le succès remporté par le cortège présidentiel et l’empressement de Meccano à reproduire par la suite les toutes nouvelles voitures de l’Elysée. La 204 coupé sera, elle, abandonnée.

Je pense, sans pouvoir l’affirmer, que Claude Thibivilliers rentrera chez Meccano avec ses projets juste après l’exposition. Les productions du personnage sont difficiles à appréhender. En effet, ce dernier était, comme nous venons de le voir, un collectionneur habile et passionné. La frontière entre ses productions personnelles et celles qu’il a réalisées pour Meccano en tant que salarié est assez floue.

La DS présidentielle que je présente ce jour vient du bureau d’étude de Meccano. Elle a donc été réalisée par les soins de Claude Thibivilliers, en tant que salarié. La miniature est dûment rivetée. Cependant, lorsqu’on regarde la photo du magasine Modélisme, on relève des différences entre les deux modèles, notamment la baguette latérale et les phares supplémentaires. L’exemplaire que je vous présente ne comporte aucune trace de colle. On peut penser que Claude Thibivilliers devenu salarié chez Meccano a repris certaines idées qu’il venait d’expérimenter à titre de collectionneur. Il proposa peut-être aussi le coupé Peugeot 204. Un détail vient étayer cette thèse. Je vous ai dit que l’exemplaire récupéré était riveté. J’ai trouvé, par une autre source un autre modèle qui peut être relié à cette auto présidentielle. Il s’agit d’une berline DS, portant la référence 530, arborant une finition noire avec pavillon ivoire. La finition de cette dernière est identique à un modèle de série.

Mon idée est que Meccano a réalisé une série de Citroën DS 19 noires, afin de fournir des bases à Claude Thibivilliers pour exécuter un autre cortège par exemple, dont le seul exemplaire qui nous serait parvenu serait l’exemplaire présenté ce jour. A cette occasion, sachant que la fabrication d’une teinte spéciale doit se faire en un certain nombre d’exemplaires d’autres mariages de couleurs auraient été envisagés, dont cet exemplaire noir et ivoire.

M. Hulot et la Simca break

Pour illustrer ce merveilleux film « Playtime », j’aurais pu vous proposer des Simca 1300 et 1500 sorties de chez Norev. Il faut convenir que le fabricant de Villeurbanne n’a pas été très inspiré par ces miniatures Simca. La version break et la 1501 viendront heureusement relever le niveau. Je vais donc me tourner vers Bobigny.

le modèle retrouvé au bureau d'étude
le modèle retrouvé au bureau d’étude

Dinky Toys a reproduit fidèlement la Simca 1500 berline. En choisissant de limiter le choix à un modèle avec la malle ouvrante, le fabricant a épargné aux amateurs les défauts rencontrés sur les modèles de cette époque avec les portières ouvrantes (Ford Taunus 12 M par exemple). L’auto est donc de bonne facture. Les feux et les phares en strass donnent une finition luxueuse. Il faut signaler l’existence de deux bleus très différents, le plus foncé étant le moins fréquent. Le modèle sera produit chez Poch en Espagne. Pour l’occasion il recevra une plaque d’immatriculation arrière de couleur argent et non noire, comme sur le modèle produit en France. Les pneus reçoivent un marquage « Pirelli ». Signalons enfin que j’ai découvert sur l’étal d’un marchand, une version avec un aménagement intérieur de couleur noire. L’ensemble était d’origine, la couleur étant injectée en plastique.

Le Simca break 1500  de Dinky Toys est également de bonne facture. Le hayon arrière bascule, laissant apparaître le coffre que Simca avait astucieusement équipé d’une table de camping servant également de fond à ce dernier.

Il faut ici parler de trois modèles particuliers. Le premier est un essai de couleur, fini en bleu marine. L’intérieur est injecté en plastique de couleur beige. Le modèle est riveté. Il possède une finition au pochoir similaire à celle des modèles de série. Par contre, il est équipé de jantes en plastique chromé qui ne furent jamais utilisées dans le commerce, Meccano se réservant ces jantes pour ses essais. Elles ont un aspect plus flatteur que celles de série, souvent ternes. Le deuxième modèle est une version enjolivée équipée de phares supplémentaires dans la calandre. Il pourrait s’agir d‘une proposition de variante « 1501 break » du bureau d’étude. Contrairement à la version berline, la version 1501 break ne subira pas de profondes modifications de face avant et arrière. La présence des phares additionnels est une piste. L’auto reçoit une jolie peinture « prune ». Elle doit être l’œuvre de Claude Thibivilliers, habile maquettiste de Bobigny. Sa finition maquette est bien sa signature. Elle reçoit un intérieur en plastique injecté de couleur ivoire qui ne sera jamais réalisé en série. Elle possède aussi, logiquement les jantes en plastique chromé.

Le dernier modèle présenté ce jour possède une histoire singulière. Claude Thibivilliers, cité précédemment, était un familier de la boutique Modélisme, boulevard Sébastopol à Paris. Amateur éclairé de miniatures, il fréquentait cet endroit incontournable pour les amateurs de modélisme et que son propriétaire, Monsieur Greilsamer, tenait d’une main de maître. Ce dernier proposa de diffuser, de manière confidentielle, hors listings, une série de modèles sur base Dinky Toys France.

Cette diffusion a notamment concerné une Renault 4L « PTT », une Peugeot 404 « pompiers de Paris », une Ford Galaxie « police » et bien sûr cette Simca 1500 « police ». Pour les collectionneurs, qui sont arrivés sur le marché 10 ans après l’événement se pose la question de la pertinence de ces modèles. Dinky Toys ou non ? Depuis l’été dernier, j’avoue que mon avis a évolué. En reprenant contact après de très longues années de silence avec un ancien collaborateur de Meccano, j’ai eu la surprise en allant lui rendre visite de voir ce modèle de Simca 1500 « police ». Ce monsieur avait eu l’intelligence de sauver de la destruction, nombre de modèles et de prototypes lors du démantèlement de la rue du Maroc dans le 19eme arrondissement. C’est la preuve incontestable que ce modèle a bien été étudié par Meccano. Comme la Renault 4L « PTT » qui sera elle, reprise en série, la 1500 « police » fut bien étudiée. Il doit en être de même pour les autres modèles distribués chez Modelisme. On peut alors conclure que Claude Thibivilliers aurait simplement écoulé de petites séries de projets avortés.

L’exemplaire présenté ne possède pas et n’a jamais possédé de gyrophare malgré la perforation du pavillon. Le vitrage n’a pas été perforé !