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J’ai testé la Versailles de Jean Sunny, au 1/43.

J’ai testé la Versailles de Jean Sunny, au 1/43

Norev a raté le coche avec Jean Sunny. Lorsque le fabricant de Villeurbanne a décidé de proposer le coffret de montage avec sa Simca Versailles, il aurait pu profiter des exploits du cascadeur et proposer un coffret « cascadeur » avec la Versailles de Jean Sunny.

Le coffret de montage de la Simca Versailles n’a pas eu le succès escompté. Ce coffret est rare. Je ne l’ai que rarement vu. Je ne collectionnais pas les Norev quand je l’ai trouvé au milieu des années quatre-vingt mais j’ai eu l’intuition de le garder plutôt que de le mettre en vente.

Je me rappelle que M. Gillerau en avait trouvé un autre qui différait par la couleur de l’emballage. Je ne connais ce coffret qu’avec la version classique de la Simca Versailles, dépourvue de la friction.

Pour reproduire les exploits du cascadeur la version équipée d’une friction me paraît tout indiquée.

Cependant, ces petites aides à la propulsion montraient très vite leur limites. Norev proposa sur une partie de sa gamme une finition « Mécanique ». Outre la friction visible à l’intérieur de l’habitacle, la version « Mécanique» se différenciait des modèles normaux par ses jantes de couleur noire.

Ces jantes seront ensuite écoulées sur les modèles équipés de suspensions jusqu’à épuisement des stocks qui étaient, il faut le dire, conséquents.

Minialuxe, autre firme française à concevoir ses miniatures en plastique imitera Norev en équipant aussi sa reproduction au 1/43 de Simca Versailles d’une friction.

Cette dernière est de meilleure qualité que celle du fabricant lyonnais. Elle assure la plupart du temps un roulement impeccable.

Les lignes de l’auto sont moins fidèlement reproduites que sur la Norev. L’absence de parties chromées nuit au rendu de la miniature. Elle possède cependant du charme. Nous avions déjà évoqué son histoire dans un blog ancien. (voir l’article consacré à la Simca Versailles de chez Minialuxe).

Une autre firme a proposé une Simca Versailles équipée d’une friction. Il s’agit de la marque Gégé. Cette firme est plus connue pour ses poupées et ses modèles au 1/20. Les modèles réduits au 1/43 sont nettement moins fréquents. Les modèles étaient très luxueux et vendus plus cher qu’une Dinky Toys. Ils étaient livrés en coffret, à monter avec un petit tournevis.

Certes, ce sont de très belles miniatures. J’oserai même dire trop belles en ce qui concerne la Versailles.

La Simca Versailles se voulait être une « petite» américaine. Gégé l’a justement chargée de chromes, notamment au niveau de l’entourage du pare-brise.

Certes la Versailles était richement chromée mais, sans être fardée comme une « vraie » américaine et Gégé en a peut être -trop fait.

Je préfère nettement le traitement plus sobre, plus réaliste de la Norev. C’est une question d’appréciation personnelle.

La friction de la Gégé fonctionne parfaitement. Plus tard, pour rentabiliser son moule Gégé créera une version pour circuit électrique.

Il faut dire qu’avec son prix de vente élevé le modèle avec friction n’a pas rencontré le succés escompté. Pour l’occasion, elle perdra ses chromes de pare- brise.

C’est dans un coffret Rallye de Monte-Carlo qu’elle trouvera place, à côté d’une Citroën DS19, cette dernière étant nettement plus appropriée pour ce type de coffret.

La Simca Versailles a peut être brillé dans des rallyes régionaux, mais contrairement à la Citroën DS19 elle n’a pas laissé de souvenirs au palmarès du Monte-Carlo.

La firme Jomat a aussi édité un coffret de circuit électrique, intitulé « “circuit casse-cou” Jean Sunny ».Le programme figurant sur le couvercle du circuit est des plus alléchants :

« Auto-rodéo, saut au tremplin, mur de la mort » et autres acrobaties sont au programme . La Simca Versailles, bardée de stickers « Jean Sunny »est ici réduite au 1/32.

Avec son autre gamme de circuit électrique, intitulée « électro route  » et qui utilise des miniatures au 1/43, Jomat aurait pu proposer un autre coffret cascade.

L’entreprise possédait dans sa gamme de miniatures deux Versailles empruntées à Norev et à Quiralu.

Mais iI faut avouer que ces miniatures, très lourdes devaient avoir du mal à avancer correctement. Alors de là à les faire décoller d’un tremplin !

Une dernière firme a proposé une Simca Versailles équipée d’un mécanisme. C’est Solido, dans sa série Junior. Le modèle est équipé du dernier type de moteur, à plat, à remontage à clef.

Ce dernier ne présente pas les contraintes du précédent qui était vertical. Il est moins encombrant, plus facile à loger. C’est une belle réalisation.

La carrosserie est monobloc, la finition assurée grâce à des pochoirs. Le pavillon est en plastique. Le mécanisme à remontage à clef est puissant.

C’est celle-ci que je choisirai  pour tenter de la mettre sur deux roues. J’attends juste que ma petite-fille grandisse un peu pour tenter l’expérience. Je ne manquerai pas de vous tenir informés de mes tentatives.

Je ne suis pas sûr que M Pigozzi, patron de Simca appréciait les cascades et l’image qu’elles véhiculaient. On y voyait pourtant une auto très équilibrée capable de parcourir de longues distances sur deux roues.

Le fabricant de pneus « Kleber-Colombes » tira profit des acrobaties de Jean Sunny en adoptant ce slogan imparable « Toutes les audaces  en toute sécurité ».

Mais l’image du cascadeur, capable de toutes les audaces au volant de sa Versailles, au risque de la détruire, ne colle pas avec la clientèle petite bourgeoise de cette paisible berline.

M. Pigozzi préféra se servir des exploits de son auto et de son record à Miramas : 200 000 kms parcourus à plus de 100km/h de moyenne. Simca se servira de l’exploit pour sa publicité dans les journaux et donnera même le nom de “Miramas” à une version de sa gamme. Mais aucune miniature ne commémora ce record.

Il nous reste comme témoin de ce record une transformation de Raymond Daffaure sur une base Norev.

Au delà de ses modèles en bois, on sait que l’artiste de Marmande était connu pour de nombreuses transformations sur base plastique (Norev, Minialuxe) ou même, ce qui est moins connu, sur zamac.

Ces transformations sont boudées par beaucoup d’amateurs qui n’en perçoivent pas encore l’intérêt. Pour ma part je les affectionne .

Celle de l’Ariane des records de Miramas est assez émouvante. Elle reste un beau témoignage, contemporain du record. Et cela lui donne bien plus de force qu’à toutes les productions clinquantes actuelles.

 

Versailles sur deux roues

Versailles sur deux roues.

Sur la photo, l’homme apparaît concentré. A le regarder, on comprend que la démonstration requiert de la dextérité. Il tient entre les mains une reproduction miniature d’une Simca Versailles.

Il est en train d’expliquer la technique peu orthodoxe qui lui permet de conduire une automobile sur deux roues, le plus longtemps possible : le public est conquis.

Cet homme c’est Jean Sunny. Il a connu la célébrité grâce à de nombreux records du monde automobile de distance parcourue sur deux roues à travers la France. Son nom sera associé à des spectacles de cascades automobiles, très apréciées jusque dans les années 80. Le concept est importé des Etats-Unis, à l’image des courses de stock-cars apparues en France également après-guerre (voir le blog consacré aux courses de stock car) .

C’est le programme de son spectacle, avec photos, trouvé à Reims lors du salon « Les Belles Champenoises» qui m’a inspiré cet épisode du blog. J’ai été séduit par la photo où il simule avec des reproductions miniatures de Simca Versailles, auto avec laquelle il réalisait une partie de son spectacle, sa technique pour mettre une auto en équilibre sur deux roues.

Les photos semblent tirées d’un reportage que la télévision lui aurait consacré. Cela explique la mise en scène. On remarque en premier lieu que les miniatures ont été floutées. Dinky Toys? Norev ? (voir le reportage diffusé à la télévision et disponible grâce à l’INA…12 minutes de bonheur !)

Combien d’enfants ont été tentés, après avoir vu le reportage, de reproduire les gestes du champion avec leurs miniatures, du haut de la table de la cuisine ? Après une chute de 80 cm ils pouvaient ainsi tester la solidité des modèles.

Ensuite, tout dépendait du revêtement au sol. Moquette ou parquet, et la peinture émaillée de votre Dinky Toys n’avait pas trop souffert.

Carrelage ou béton, dans ce cas, mieux valait avoir tenté l’expérience avec une Norev en Rhodialite.

« Rhodialite », qu’est ce que c’est ?

En feuilletant les pages des annuels professionnels consacrés au monde du jouet, il est instructif de voir comment les sociétés de raffinage de pétrole, principalement installées dans la vallée du Rhône ont tenté de donner une image positive et avantageuse de leurs produits dérivés.

Le plastique ayant très vite été associé à une image de qualité médiocre, peu solide, Rhône-Poulenc va contourner le problème et créer la dénomination « Rhodialite ». Elle va bien sûr déposer le nom de ce type de plastique.

Ainsi votre miniature Norev n’est pas en plastique, mais en « Rhodialite », ce qui change tout.

Il faut dire que la dénomination « plastique » est bien trop générale. Elle englobe une multitude de produits en fonction de leur degré de raffinage.

Dans un premier temps, les publicitaires à la solde de Rhône-Poulenc, vont employer leur talent à convaincre les fabricants de jouets des qualités du produit et de sa parfaite adaptation à ce type de fabrication.

Ils vont ensuite convaincre les commerçants pour leur diffusion. Il reviendra à ces derniers la charge d’expliquer à leur clientèle les avantages de ces nouveaux produits et de combattre les préjugés liés au plastique.

Il est vrai que cette matière a beaucoup de qualités. La solidité en fait partie bien évidemment.

Monsieur Véron a même osé ce slogan au dos d’un des premiers catalogues de la marque: “stop les quelconques bagnoles”. On appréciera la photo avec les modèles maquillés, empruntés à la game Norev !

La semaine prochaine: ” J’ai testé la Versailles, au 1/43, de Jean Sunny”.

 

Prague au printemps, le temps de l’insouciance.

Prague au printemps, le temps de l’insouciance.

“Aviez-vous vu la date ? Mai 1968 ! ” Je viens de la découvrir sur la languette de la boîte de la Tatra de la marque Tchèque Igra que j’ai entre les mains.

Igra Tatra 603 avec caravane (boîte 29/056/1968
Igra Tatra 603 avec caravane (boîte 29/056/1968

« Bien sûr me répond M Haas en riant, j’étais à Prague à ce moment là ! Nous sommes même allés sur le tournage d’un film de Truffaut aux studios Barrandov”.

Pour les Français, mai 1968, cela évoque le chaos social, la “chienlit” pour reprendre le mot de notre Président de la République de l’époque. Mais à l’Est, en Tchécoslovaquie, soufflait alors un vent d’espoir. Depuis le début de l’année, on s’acheminait vers “un socialisme à visage humain”.

M Haas avait-il voulu prendre un bol d’air en cette difficile année 1968 ? Voulait-il apprécier sur place les réformes d ‘Alexander Dubček, à la tête du pays depuis le 5 janvier 1968 ? Il ne m’en dira pas plus.

C’est lors d’un “grand” rangement chez lui, qu’il a remis la main sur plusieurs boîtes à chaussures, dont une contenant une petite vingtaine de jouets en plastique provenant de son voyage en Tchécoslovaquie. En l’ouvrant, comme par enchantement, les souvenirs lui sont revenus à la mémoire.

Autant vous le dire tout de suite, M Haas n’accordait pas un grand intérêt à cette boîte et à ces modèles. Il les avait acquis en 1968, plus par curiosité que par passion pour ce type de jouets.

Il faut dire qu’il était un collectionneur averti de Micro Models, Tekno et Buby. On comprend que ces petits jouets pouvaient lui sembler désuets.

Peut-être fut-il un peu surpris du fait que parmi les quelques boîtes exhumées ce soit celle contenant les modèles de l’Est qui m’attira le plus. C’est en effet une collection où j’ai encore beaucoup à découvrir. Et cela fut bien le facteur  déterminant qui me fit choisir cette boîte parmi les autres !

Le premier modèle que j’ai pris en main était un petit coffret. Le graphisme évocateur de la boîte m’a immédiatement transporté à Prague en 1968. On pourrait y ajouter cette légende ” Après un dur labeur, des vacances bien méritées”.

On y voit une Tatra 603 tirant une petite caravane. Il souffle un vent nouveau à l’Est.

Si le thème du caravaning et donc des vacances nous est familier, je pense que c’est la première représentation de ce sujet à travers un jouet produit de l’autre côté du rideau de fer. Le décor est idyllique, avec cette auto filant sur la route bordée d’arbres,.

Dans le même registre, j’avais acquis un autre coffret intéressant produit en Roumanie. La grande différence, à mes yeux, est que ce coffret est une reprise de modèles fabriqués en Allemagne de l’Ouest par Jean.

On y voit un cabriolet (!) , une “Ford Fairlane”, une caravane et même un petit avion de tourisme. Le vrai socialisme à visage humain ! Ce coffret a été produit pour le marché roumain, et non pour un quelconque marché occidental comme sa thématique pourrait le laisser penser.

Il m’a semblé intéressant de montrer qu’à travers le prisme de la fabrication de jouets, on pouvait mesurer l’ouverture d’un pays vers l’extérieur.

Si en URSS il a existé des reproductions d’autos occidentales, elles émanent de reprises d’outillage italien (Politoys, Mebetoys) ou français (Norev). Mais il n’y a pas eu de création d’outillage pour reproduire des autos européennes ou américaines.

Par contre dans les pays satellites de l’URSS, j’ai trouvé quelques exemples. En Roumanie j’ai découvert une Renault 16 au 1/43 créée sur place par I.I.S Metaloglobus en 1969.  Certes les formes sont approximatives, mais on reconnait l’auto. C’est un produit très rare. On appréciera le boitage,  avec le coq dessiné , très loin des standards occidentaux.

En Tchécoslovaquie, Smer fabriqua une série d’autos occidentales dont une Citroën DS21, une Ford Capri, une Volkswagen 1600TL et même une Renault 12. On peut parler d’une véritable ouverture sur l’occident. Cette gamme comprenait naturellement quelques Skoda locales. L’unité de style est assez intéressante à observer.

Smer a également produit une étrange “Chevrolet Corvair”. J’en dois l’identification à M. Dufour. Les faces avant et arrière font certes penser à cette auto, mais le volume de l’auto la rapproche plutôt d’une Ford Galaxie ! Peut-être faut-il l’interpréter comme un croisement des deux! Cette auto symbolise l’auto américaine “moderne.”

Plus classique et identifiable, la Mercedes 220 qui est l’auto”occidentale” par excellence. Deux versions, avec ou sans friction.

La marque Rotor a elle aussi produit une caricature d’auto américaine comme en témoigne cette “Ford Fairlane” en bakélite avec ses lignes approximatives.

Igra, l’autre grand fabricant Tchéque a aussi proposé une Mercedes break qui semble n’avoir connu qu’une version sanitaire.

La Ford Consul Cortina est très réussie. Elle est aussi plus tardive. Elle est injectée en plastique et non en bakélite comme la Mercedes.

Au- delà des modèles décrits ci-dessus, c’est avec plaisir que je vous présente un échantillon d’autos Tchèques et Russes produites sur place par Igra et Smer.

Mais revenons à l’histoire, le 21 aout 1968, l’intervention des troupes du pacte de Varsovie réduit à néant l’espoir de liberté entrevu en début d’année.

Que sont devenus ces petits jouets qui symbolisaient si bien ce vent de liberté ?

Au début des années soixante Igra proposait un coffret étrange par sa composition : il contenait une ambulance, une Skoda et une automitrailleuse. Ces autos bénéficiaient d’éléments interchangeables (châssis avec mécanisme).

C’était une bien curieuse prémonition des événements qui allaient venir. .

Pour finir sur une note plus joyeuse, dans la boîte de M. Haas se trouvait une intruse, une auto qui n’avait rien à faire là : une auto d’origine mexicaine dans une boîte consacrée à des modèles Tchèques. M. Haas n’arriva pas à trouver une explication logique à sa présence.

De plus, sa taille imposante, du vrai 1/43, ne la faisait pas passer inaperçue au milieu des miniatures Tchèques plus  proches du 1/50 .

Il s’agissait d’une Dodge Royale policia produite au Mexique. J’ai consacré un blog il y a fort longtemps à la version taxi. (voir le blog Dodge Royal Taxi à Mexico).

M. Haas l’avait récupérée lors d’un voyage au Mexique ! Merci M. Haas d’avoir ramené au gré de vos voyages ces superbes témoignages d’une époque.

Orgueil et préjugés

Orgueil et préjugés

C’est au milieu d’une banale conversation avec Thierry Redempt, un des anciens rédacteurs du magazine “Passion 43”, que j’ai appris l’arrêt de ce journal. La nouvelle m’a laissé totalement indifférent.

Compte tenu de la manière dont j’avais été écarté de sa réalisation, cela aurait dû me réjouir, j’aurais dû y voir comme une revanche. Il n’en a rien été. Il faut avouer que la nouvelle était attendue depuis un certain temps.

Du contenu fantomatique de la revue n’émergeaient plus que les articles de M. Dufour. Il est resté sur le pont jusqu’au bout, comme le capitaine dont le navire fait naufrage.

Les erreurs qui altéraient les publications antérieures ont été reproduites. Même cause, même effet. Les belles intentions du départ se sont vites évanouies, amateurisme et clientélisme ont bien vite dominé l’aventure.

j’ai vu des similitudes avec l’histoire d’une marque automobile : je veux parler ici de la firme automobile espagnole Pegaso.

Elle a comme point commun avec ce magazine le fait d’avoir été créée par une personne mégalomane qui disposait de moyens financiers certains mais qui ne connaissait pas le marché. Et tout s’est terminé comme pour le journal précité par un incroyable gâchis.

Reprenons l’histoire. Elle commence après la seconde guerre mondiale, dans l’Espagne franquiste, coupée du monde. Le pays manque de tout. C’est peu dire que la guerre civile a laissé des traces dans la population et dans l’économie. Le réseau routier est calamiteux, ce qui ne favorise pas le transport des biens et des personnes. Le pays a donc besoin de camions et de cars.

C’est dans ce contexte très difficile, que l’Instituto Nacional de Industria (INI), le ministère de l’économie franquiste, suit les conseils de l’ingénieur Wifredo Ricart et crée en 1946 la ENASA (Empresa Nacional de Autocamiones S.A.), sur les ruines du constructeur Hispano-Suiza. L’entreprise d’Etat a pour mission de produire camions et cars. C’est sa priorité absolue . De l’autre côté du rideau de fer, on aurait parlé d’un plan quinquennal. Finalement, sous deux régimes politiques opposés on trouve une même approche de l’économie.

En 1948, Wilfredo Ricard, lance un projet utopique. Il a c’est vrai un passé glorieux. Il a c’est certain du talent. Lorsque qu’a éclaté la guerre civile en Espagne, en 1936, il était à Milan. Il travaillait chez Alfa Romeo sur des projets de monoplaces où il avait le titre de chef des études spéciales. C’est dans ce contexte qu’il a eu un différent avec Enzo Ferrari. De retour en Espagne en 1945, il est donc à l’origine de la création de la ENASA.

Cependant, quand on a connu les belles mécaniques sportives, travailler sur des camions, aussi beaux soient-ils, peut sembler une régression. Il réussit donc à convaincre quelques ingénieurs de la ENASA de se mettre à étudier un coupé sportif.

L’orgueil et l’esprit de revanche sur Ferrari semblent être les moteurs du projet. Il réussit à convaincre le pouvoir politique, l’Etat franquiste de se lancer dans cette folle aventure. Comme on l’a vu en Allemagne ou en Italie, les dictateurs ont toujours eu besoin de recourir à l’image toute puissante de l’automobile pour affirmer leur suprématie.

Et c’est ainsi que dans cette Espagne qui manque de tout, le pouvoir franquiste va donner son accord à l’ENASA pour épauler Wilfredo Ricard dans la construction d’une auto de sport. Ce sera La Pegaso Z 102. Gilles Bonnafous dans un excellent article de 2004 publié dans Motor Legend qui m’a grandement aidé pour la réalisation de ce blog, en raconte la genèse. la Lettre Z, en espagnol se prononce Céta. Et le CETA (Centro de Estudios Tecnicos de Automocion) est le bureau d’étude créé par Ricart en 1946. Le chiffre 2 indique qu’il s’agit du second projet. Le premier était celui d’une berline V12 qui ne verra jamais le jour . 84 exemplaires de la Z 102 sortiront des chaines. Un fiasco.

Fierté de toute une nation, cette auto connaitra bien sûr quelques reproductions en miniature. Le coupé sera immortalisé par Anguplas à l’échelle du 1/87. Mais c’est la version de Rico qui est la plus connue. L’auto est reproduite à une échelle légèrement supérieure au 1/43. Le fabricant espagnol a choisi une version rare, la cabriolet. La miniature est équipée d’une petite friction. Cet accessoire à la mode à l’époque, n’apporte vraiment rien au jouet, mais il n’en a pas déformé les lignes .

Rico déclinera aussi toute une série de camions Pegaso Z-207 “Barajas”, tous plus beaux les uns que les autres. Leur réalisation soignée les place au niveau des plus belles reproductions de jouets de l’époque. J’apprécie cette technique très particulière qu’ont utilisée les fabricants espagnols de jouets, qui consistait à peindre les carrosseries injectées en plastique.

La technique est peu fréquente mais confère au jouet une finition de grande qualité. Norev s’y essaiera, le temps d’un test en vue des futures Jet-Car. Les fabricants espagnols étaient fort habiles dans l’art d’utiliser les pochoirs. Pour d’évidentes raisons de coût de production et pour rester dans des gammes de prix abordables dans ce pays à reconstruire, Rico n’a pas injecté en zamac, mais a choisi le plastique. Le zamac arrivera en Espagne, plus tard, quand le pays commencera à se relever économiquement. Les modèles Pegaso n’étaient déjà plus fabriqués. Il faudra cependant attendre pour voir du zamac de belle qualité. Les premiers modèles injectés souffrent aujourd’hui de métal fatigue.

Une autre reproduction, d’origine espagnole sans doute, est à signaler. Il s’agit d’un bel et très éphémère coupé Z103. Réalisé en plastique, à une échelle proche du 1/40. Je ne me rappelle plus où j’ai acquis cette miniature il y a 40 ans, mais le mystère entourant cet objet (modèle publicitaire?) m’a convaincu de la conserver. Je ne regrette pas ce choix aujourd’hui. Même M. Dufour, familier des productions espagnoles, grand connaisseur en la matière n’avait jamais vu ce jouet.

J’ai commencé cet article en citant une conversation que j’avais eu avec Thierry Redempt. C’est par une autre conversation avec M. Gillet, amateur éclectique, passionné de l’Espagne et de son histoire que je le terminerai. Cette conversation m’a conduit à m’intéresser à un autre détail, des plus intéressants, relatif à la marque Pegaso. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, pour la suite de cette aventure, qui va se révéler être un véritable chemin de croix.

Miracle à Milan

Miracle à Milan

C’est le titre du film de Vittorio de Sica et de Cesare Zavattini qui remporta la palme d’or à Cannes en 1951. Dans ce conte fantastique empreint de poésie deux mondes s’opposent : celui des gens cupides et celui des pauvres. Le miracle s’accomplit à la fin du film quand la fée Lolotta vient chercher les habitants d’un bidonville promis à la destruction en raison de la découverte d’un gisement de pétrole et les emmène au paradis. La fin du film est célèbre : gueux et mendiants survolent la cathédrale  de Milan à cheval sur un balai.

Je vous rassure, je n’ai pas enfourché un balai pour survoler le Duomo. Non, c’est un miracle bien plus modeste qui m’est arrivé à Milan.

La Citroën Ami 6 de chez JRD est un classique. Ce n’est pas ma reproduction favorite de cette célèbre berline car je préfère celle de Solido (voir le blog consacré à la Citroën ami 6 de chez Solido).

Il faut dire que Solido a été pragmatique en renonçant à reproduire le capot ouvrant. Incurvé en son milieu, il représente un véritable casse-tête.

Il est quasiment impossible de le fermer correctement sans laisser d’espace disgracieux au niveau horizontal du capot et sur les côtés. Solido a su éviter un piège dans lequel Dinky Toys, Norev et JRD sont tombés. Parmi ces derniers c’est JRD, et de loin, qui s’en est le mieux sorti. Longtemps, deux combinaisons de couleurs ont été répertoriées.

La très classique et très conventionnelle bleu pâle avec pavillon blanc et la plus rare orange avec pavillon blanc.

La rencontre avec un ancien représentant de JRD m’a fait découvrir au milieu des années 80, une superbe et rarissime version vert tilleul avec pavillon blanc. Je n’en ai jamais revu d’autre .

Mais revenons à la bourse de Milan, édition de décembre 2016.La manifestation était bien entamée, elle commence pour les exposants à 6H30. Je détaillais les miniatures sur la table d’un vendeur. Manifestement, j’avais devant les yeux une petite collection constituée d’époque, composée des grands classiques de la miniature. Des Märklin, des Corgi Toys ,des Quiralu, des Mercury des Solido, les reproductions des principales autos européennes des années soixante. Le collectionneur avait semble- t-il acheté une seule reproduction de chaque auto. Pas de doublon.

Parmi les miniatures figurait une Citroën Ami 6 berline bleu très pâle unicolore. Il s’agit d’une couleur classique chez Solido. Cependant, l’échelle de reproduction du modèle posé sur la table m’a permis d’identifier très rapidement un autre fabricant de miniatures. La silhouette proche du 1/41 ne pouvait être que celle d’une JRD, la Solido respectant strictement, elle, le 1/43. Cette variante de couleur m’était inconnue jusque là.

Un examen approfondi me confirma l’authenticité du modèle. C’est un plaisir certain que de découvrir après 40 ans de collection des couleurs inconnues, qui plus est chez un fabricant avec lequel on a des affinités.

Quelques mois plus tard, toujours à la même manifestation , et toujours en fin de matinée, alors que j’étais dans l’allée centrale de la manifestation, quelle ne fut pas ma surprise de voir un Saviem LRS pelleteuse dans les couleurs du Renault 120cv.

Il y a quelques années j’avais récupéré la version équipée d’une flèche treillis de couleur orange équipée de cette cabine Saviem LRS. Nous sommes en présence de modèles de transition qui empruntent les couleurs du Renault 120cv, et sont équipés de la cabine Saviem. (voir le blog consacré  à ce Saviem C-I-J …le chainon manquant).

Un dernier élément est venu depuis éclairer ma lanterne. On sait qu’avec la Dauphine, la Régie Renault a rompu le contrat d’exclusivité qui la liait à la C-I-J (voir le blog consacré à ce sujet avec la Renault 4cv).

Récemment, j’ai eu la chance de récupérer deux documents destinés aux revendeurs avec des listes de prix. Un détail m’a profondément choqué. La mention “Renault” a disparu du nom de tous les modèles, sauf pour la 4cv et encore.

extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres
extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres

Celle-ci est décrite comme “4cv Renault “et non” Renault 4cv”. C’est subtil mais il faut le souligner, on sent que Renault n’est plus en odeur de sainteté chez C-I-J.

Le nom Saviem lui est bien présent dans les catalogues. C’est fort étrange, car Saviem était la branche poids lourd de Renault. Il se peut que la C-I-J ait négocié, non pas un contrat d’exclusivité mais au moins un contrat l’autorisant à reproduire des “Saviem”. Pour être complet sur ce sujet, on note que le nom Simca apparaît également dans ce catalogue, mais que tous les autres noms de constructeurs sont absents. Simca et Saviem avaient sûrement dû accepter que la “C-I-J europarc” reproduise leurs modèles.

J’avance donc l’hypothèse selon laquelle la “C-I-J Europarc” a utilisé au plus vite l’accord de Saviem. Pour ce faire elle a remplacé la cabine Renault par celle du Saviem LRS qu’elle avait déjà en production sans même attendre que la nouvelle cabine Saviem JM240 plus moderne soit prête.

Pour le collectionneur français que je suis, fort sensible à ces deux firmes, la JRD et la “C-I-J Europarc”, ce sont désormais deux petits miracles qui se sont accomplis à Milan. J’attends désormais le troisième.