Vanité

Vanité.

Les publicités placardées sur le kiosque à journaux du rond-point de la place Gambetta, située sur mon trajet quotidien à vélo sont souvent source d’inspiration.

Aujourd’hui, c’est « la Gazette de Drouot », journal dédié aux ventes aux enchères qui a retenu mon attention. « Si à 50 ans t’as pas une horloge du 18 ème t’as raté ta vie ». En cela elle paraphrase Jacques Seguela et sa malencontreuse déclaration de 2009 :  » Si à 50 ans on n’a pas de Rolex, on a raté sa vie ».

si à 50 ans t'as pas une horlogr du 18 ème t'as raté ta vie" Gazette de Drouot
si à 50 ans t’as pas une horlogr du 18 ème t’as raté ta vie » Gazette de Drouot

Dans ces années là, en France, un courant politique libéral, incarné par le Président de la République Nicolas Sarkozy, tente d’imposer un modèle venant d’Outre-Atlantique. Il s’agit de « décomplexer l’argent ». Il est de bon ton d’afficher sa réussite. La montre de luxe en est le symbole.

La phrase de Jacques Séguela est révélatrice de la période. Elle a provoqué un raz-de-marée médiatique. Qu’est-ce que réussir dans la vie ou plutôt de réussir sa vie ? Pour ce mouvement libéral la réponse est claire : gagner beaucoup d’argent.

Pour le journal « La Gazette de Drouot », ce serait donc de posséder un objet rare, que l’on imagine forcément très cher. Bien sûr c’est un clin d’oeil. Cependant, on constate une fois de plus que le monde des enchères ne sait bien souvent communiquer que par le prisme de l’argent.

Dernièrement une salle des ventes française a publié sur Facebook une photo annonçant une de ses prochaines ventes de jouets. On y trouvait : une Citroën BB Lorrain, un Citroën Baroclem, des essais de couleur Dinky Toys , un C-I-J Saviem S7 brasseur Préfontaines….et j’en passe.

Le premier commentaire posté par un dénommé « Fab. Gallahan » était « Quelle photo à plusieurs milliers d’euros ! » Pas un seul mot par contre sur la rareté des pièces ou leur intérêt historique.

La firme la plus en vue dans les années cinquante, c’est bien sûr Dinky Toys. Lors du lancement de la Rolls Royce Silver Wraith, la firme a communiqué sur les qualités de sa miniature : la suspension, le vitrage, et la calandre rapportée chromée.

On présenta la miniature comme une pièce hors du commun, à l’instar de l’auto qu’elle reproduisait. Cela fonctionna. Comme le raconte Jean-Michel Roulet dans son ouvrage consacré aux Dinky Toys France, l’auto équipée de son châssis « assemblé en France » fut rapidement épuisée et Bobigny se contenta ensuite d’importer la version « made in England » .

Pour le lancement de cette Rolls Royce, auto symbolisant la réussite sociale, on aurait déjà pu utiliser le slogan:

«  Si vous n’avez pas encore votre Rolls Royce Silver Wraith, spécialement importée de Grande-Bretagne, c’est que vous avez raté votre collection ! »

J’ai choisi le vouvoiement de politesse, car en 1959 Dinky Toys n’aurait jamais tutoyé son petit client ! Après 1968, cela devient possible.

Dinky Toys a mené une grande campagne pour annoncer ce « cadeau » de Liverpool. Partout en Europe, les importateurs ont communiqué sur le lancement de la Silver Wraith. Celui des Pays Bas, par exemple, choisit d’utiliser la presse nationale. L’illustrateur a su mettre la miniature en valeur, pourtant, avec cette finition en deux tons de gris, elle est triste comme un jour sans pain.

Pendant ce temps, la course aux améliorations techniques entre les fabricants italien, anglais et français s’intensifie, ce qui a pour effet de démoder très rapidement la miniature. Phares scintillants, portes ouvrantes, peinture métallisée, aménagement intérieur, capot ouvrant, moteur détaillé, dossiers de siège rabattables apparaissent très vite après la sortie de cette Silver Wraith qui n’a à offrir que sa calandre et son pare-chocs chromés.

Ce modèle fut à mes yeux révélateur de l’impuissance de Dinky Toys à réagir face à la concurrence. Le marketing gomma une partie des carences du produit. Mais face au raz-de-marrée des nouveautés techniques le modèle a vite sombré dans l’oubli.

Dinky Toys France Rolls Royce Silver Wraith
Dinky Toys France Rolls Royce Silver Wraith

Quiralu osa à la même époque une autre solution. Dépassée sur le plan technique la firme de Luxeuil se démarqua en offrant à sa petite clientèle une Rolls Royce, ici une Silver Cloud , hors du commun. Une version carrossée par Hooper : la Silver Cloud I Empress saloon.

Contrairement aux autres modèles de sa gamme qui connurent plusieurs type de finitions (avec ou sans vitrage, unicolore ou bicolore) la Rolls Royce ne connut qu’une finition : de luxe, bicolore, mais sans vitrage !

Une version unicolore a  cependant été découverte, il y a peu de temps. Cette version est rare, je n’en connais qu’un exemplaire.

Quiralu n’était pas à une approximation près comme le dessin sur la boîte qui représente une version classique de la Silver Cloud et non la version Hooper, ou encore l’orthographe (Silver avec un y en place du i) sur la fiche publicitaire. (voir l’article consacré à Quiralu et à ses approximations) 

boîte de la Quiralu Rolls Royce Silver Cloud ...classique mais point du modèle que Quiralu créa carrossée par Hooper
boîte de la Quiralu Rolls Royce Silver Cloud …classique mais point du modèle que Quiralu créa carrossée par Hooper

S’agissant des couleurs, Quiralu offrit de nombreuses déclinaisons de teintes bicolores toutes plus joyeuses les unes que les autres, contrastant avec le modèle produit par Dinky Toys.

Le bas de caisse peut être fini de couleur crème ou gris clair. Le pavillon et le capot étant eux peints de couleur rouge, bleu canard, gris ardoise, ou vert. Il existe une version fort réussie en couleurs inversées : les flancs sont verts et le pavillon crème. Je ne connais pas d’autres schémas de couleurs inversées.

La firme de Luxeuil aurait pu communiquer auprès de sa jeune clientèle sur le pédigrée de l’auto. « Vous rêvez de devenir milliardaire ? commencer par acheter la Rolls Royce Quiralu reproduisant celle carrossée par Hooper pour le milliardaire Nubar Gulbenkian »

Ce dernier possédait une Silver Wraith carrossée par Hooper assez similaire esthétiquement, mais avec le pavillon en plexiglass. Quiralu n’a sûrement pas eu les moyens financiers pour proposer cette version encore plus marquante.

La Rolls Royce est bien évidement un symbole de la réussite sociale, tout comme la montre de luxe. Leur fonction première est détournée.

La montre n’est qu’un objet qui mesure le temps, comme un sablier. Les « Vanités » du XVII ème siècle avaient pour but de montrer la fragilité de la vie.

Georges de la Tour " Madeleine pénitente"
Georges de la Tour  » Madeleine pénitente »

Les artistes représentaient sur leur toile des objets symbolisant notre court passage sur terre. Le sablier, ou la flamme d’une bougie représentaient respectivement le temps qui passe, et le temps qui reste à vivre.

Un objet luxueux, comme un coquillage venant d’une lointaine contrée, symbolisait lui, la richesse, mais aussi la vanité.

Comme la montre de luxe ou l’horloge du 18ème.

Habits de noce.

Habits de noce.

Les photos de jeunes mariés, immortalisés en studio, ont une dimension particulière. Ces derniers comprennent que l’instant est important et que, durant des décennies, cette image servira de repère, pour le meilleur ou peut-être pour le pire.

Ils posent fièrement et n’ont pas peur de défier le temps et les événements à venir, comme les jeunes matelots qui se faisaient photographier avant leur départ pour Terre-Neuve, encore inconscients de ce qui les attendait.

J’ai retrouvé cette dimension dans les clichés de Yann Arthus-Bertrand. Une exposition à Nice était consacré à ce photographe-réalisateur.

Le personnage est atypique, sa vie pleine de rebondissements. Un brevet de pilote d’avion, l’amour de la nature, des animaux, et la passion de la photographie ont façonné l’artiste que nous connaissons. Nous avons tous en mémoire les images aériennes de la planète qu’il a publiées dans son livre « La terre vue du ciel » en 1992.

Les photos aériennes ne sont pas le seul centre d’intérêt du photographe. Il peut aussi se mettre au niveau de son sujet et immortaliser sur la pellicule la complicité entre l’homme et l’animal.

Il utilise pour ce travail un accessoire, une bâche tendue, qui lui sert de studio. Cet accessoire deviendra sa marque de fabrique, et dès lors il l’utilisera pour tous ses portraits. Pour l’occasion il travaille avec de la lumière artificielle et des assistants.

Ces clichés ne peuvent laisser indifférents. On perçoit la force de la relation entre l’homme et l’animal. On devine la fierté, mais aussi la tendresse. Pour l’occasion, comme on le fait pour toute photo importante, les protagonistes ont revêtu des vêtements qui les mettent à leur avantage et honorent leur compagnon. L’un et l’autre s’en trouvent magnifiés.

J’ai retenu six photos que le conservateur du musée de la photographie Charles Nègre à Nice a judicieusement accrochées. Ces clichés qui se mettent en valeur les uns les autres ont pour point commun le cheval et son cavalier.

L’artiste a choisi un cadre très large, qu’il a dénommé « bâche décalée » montrant l’installation de la fameuse bâche mais au milieu d’un décor naturel, immédiatement identifiable. Ainsi « Parouss » étalon karatchaï monté par Roussian Liskanitch est photographié au milieu d’un décor moscovite tandis que « Valur » étalon islandais monté par Linda Run est au centre d’un paysage volcanique.

On se sent tout petit au milieu de ces photos. L’adage qui dit que le cheval est la plus noble conquête de l’homme semble ici prendre tout son sens.

Mais pour assouvir sa soif de conquête, l’homme a trouvé un autre moyen, plus rapide, plus fiable pour se déplacer. Et petit à petit, le chemin de fer a supplanté le cheval.

Au point que l’homme a conçu des wagons pour le transporter, d’un point à un autre, comme une simple marchandise. Aurait-on imaginé au milieu du 19eme siècle ce type de transport ?

Le transport des chevaux apparaît comme une nécessité pour consolider la conquête de l’Ouest américain. Mais lors de la première guerre mondiale, il faudra aussi emmener rapidement les équipages sur les champs de bataille.

La paix revenue, les courses hippiques vont conduire l’homme à carrosser de beaux et luxueux camions. Les anglais se sont montrés experts dans cet art et cela s’est traduit dans les reproductions de camions miniatures.

Le camion Maudslay de chez Dinky Toys, luxueusement carrossé en transport de chevaux est somptueux. Il est le parfait exemple du soin que l’homme a pris pour concevoir des véhicules « confortables » pour déplacer les chevaux.

La première mouture du jouet est aux couleurs de la British Railways, l’équivalent de notre « SNCF » en Grande-Bretagne, prouvant bien toute l’importance du ferroviaire pour ce type de transport. Le camion ne vient qu’au bout de la chaîne du transport.

Ce formidable jouet a une histoire singulière. Le début de sa production coïncide avec la guerre de Corée (1950-1953). Quel rapport me direz-vous ? le gouvernement anglais impliqué dans les forces onusiennes va, temporairement, rationner l’utilisation du zamac dans l’industrie britannique.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les Matchbox ont vu le jour : Lesney a utilisé astucieusement sa ration de matière première (le zamac) pour fabriquer des modèles au 1/75 au lieu des modèles au 1/43 ou au 1/20. Dinky Toys, lui, expérimentera l’aluminium.

Notre Maudslay servira avec le camion Studebaker citerne, et l’Avro Vulcan à l’expérimentation de l’aluminium afin de combler le manque de zamac. En main le camion est très léger. Un des inconvénients de l’aluminium est la mauvaise tenue de la peinture aux chocs car elle n’accroche pas aussi bien que sur le zamac.

Ce camion est aussi singulier pour une autre raison. Une version sera réalisée pour le marché américain, sans la mention « British Railways » qui n’évoque pas grand chose pour le petit américain mais avec celle d’ « Express Horse Van Hire Service ». Il conserve cependant sa belle robe bordeaux. Fait très rare chez Dinky Toys, une autre numérotation sera appliquée et une boîte spécifique sera créée avec la nouvelle numérotation. Cela se reproduira aussi pour la MG TF.

Ce camion marque le point culminant de la relation entre le mythique importateur américain Hudson Dobson et la firme de Liverpool.

Je m’explique. Après guerre en 1946-1947, à la reprise de l’ activité économique, une très grande partie de la production est envoyée outre-Atlantique. La Grande-Bretagne, comme l’Europe, est économiquement sinistrée. Il faut faire rentrer des devises.

Outre-Atlantique, les importateurs savaient déjà,  négocier durement et tordre le cou aux fabricants. L’importateur exigeait des conditions tellement avantageuses qu’il devenait difficile pour Dinky Toys de produire une boîte spéciale et une décoration spécifique tout en préservant son profit.

Bien plus tard, Dinky Toys relancera son modèle selon une technique qui semblait inusable, mais qui finira par trouver ses limites : une finition bicolore, certes du plus bel effet, gris perle et jaune pâle, et deux chevaux …en plastique ! le tour était joué.

Dinky Toys avait créé avant guerre, puis repris après, un petit coffret d’animaux de ferme avec deux superbes chevaux que l’enfant pouvait placer dans son Maudslay à la sortie du wagon à bestiaux Hornby.

Ce beau Maudslay fut si célèbre que d’ autres fabricants anglais, lui consacrèrent une reproduction. Tout d’abord Charbens. L’échelle est plus proche du 1/55. Il n’a certes pas l’élégance du Dinky Toys mais il est bien plus rare. Le trouver avec une boîte peut demander du temps. De plus, il souffre parfois de métal fatigue.

Morestone livrera également une version, mais à l’échelle du 1/87 qui n’est pas très fréquente.

Preuve que ce type de transport a toujours passionné nos amis anglais, Budgie proposera lui un Bedford TK équipé d’une carrosserie spécifique. Il se caractérise par sa capucine et ses portes latérales et arrière ouvrantes permettant à l’enfant de faire descendre les petits chevaux en plastique.

J’ai gardé pour la fin ce modèle de fabrication inconnue. Il est réduit au 1/50. C’est aussi une carrosserie spécifique qui ne pourra resservir à une autre déclinaison. On devine l’attachement du fabricant envers ce type de véhicule !

J’ai laissé de côté les tracteurs semi-remorque et leur remorque spécifique simulant de vrais « box ambulants ». Ils sont bien sûr de conception plus moderne, un peu trop moderne pour moi.

Citons Matchbox dans sa gamme au 1/60 qui proposa un beau Dodge aux couleurs de la fameuse course d’Ascot avec ses inévitables petits chevaux en plastique qui devaient bien souvent être l’élément déclencheur du choix de l’enfant.

Et enfin, le plus spectaculaire, le Bedford TK, tracteur de Corgi Toys aux couleurs du cirque Chipperfields qui sera ensuite décoré aux couleurs de « Newmarket racing stables ». Ce dernier sera ensuite remplacé par un Berliet. Mais nous approchons des années 80.

Le discours d’un chef

Le discours d’un chef.

25cv. 1131cm3. 4cyl. 750Kg. Voilà les données du problème.

En cette année 1948, les ingénieurs se doivent de résoudre l’équation suivante : avec un modeste moteur 4 cylindres de 1131cm3 développant 25cv, le seul disponible de toute façon, comment concevoir un véhicule utilitaire de 750kg de charge utile ?

Pour le patron de Volkswagen, Heinz Nordhoff, nommé le 1er janvier 1948 directeur général par les forces anglaise d’occupation , l’idéal serait d’utiliser le châssis de la berline. C’est ce qui sera fait sur le premier prototype, très vite modifié car le véhicule montre d’inquiétantes distorsions au bout de quelques centaines de mètres. La rationalisation a des limites ! les ingénieurs reverront leur copie en renforçant le châssis de barres d’acier et en le soudant à la caisse, au lieu de simplement le boulonner.

Dans un souci d’économie d’échelle, le véhicule doit emprunter le maximum de pièces de la berline. Ainsi il sera équipé de suspensions à roues indépendantes comme cette dernière. C’est une première à l’époque pour un utilitaire, et cela lui confère un confort de conduite indéniable.

Des emprunts à la berline, le plus problématique est celui de l’implantation mécanique à l’arrière. Une partie du volume est ainsi condamnée ainsi que l’accessibilité par l’arrière.

Lors du discours de présentation à la presse le 12 novembre 1949 avec un peu de provocation, le grand patron balaiera tous les doutes :

« Nous aurions placé le moteur à l’avant sans la moindre hésitation si nous avions pensé qu’il s’agissait là d’une meilleure solution ».

Autant d’assurance dans l’affirmation a pu paraître présomptueux.

Pourtant, si l’on se rappelle l’équation de départ, c’est à dire le rapport puissance-charge utile et la nécessité d’utiliser les pièces de la berline, l’architecture du Combi, avec son implantation mécanique en porte-à-faux arrière est logique, et disons-le intelligent : la charge à transporter se situe au milieu, entre le poids de la cabine et du conducteur, et celui du moteur.

Afin de légitimer ses choix techniques auprès des futurs acheteurs, la firme de Wolfsburg fit appelle à Wiking, établi à Berlin, pour concevoir une miniature originale. De mémoire, aucune firme automobile n’avait pensé à proposer une reproduction d’un de ses véhicule de façon « éclatée ».

Wiking a découpé son modèle en deux parties afin de montrer aux futurs acheteurs du Combi toute la fonctionnalité et l’habitabilité de ce dernier. C’est la ligne horizontale de la caisse qui a servi à délimiter la découpe. Wiking se sert astucieusement de cette ligne qui, à l’avant, au-dessus du pare-chocs, forme un « V »entre les deux phares.

La miniature est composée de deux parties. La partie supérieure qui incorpore une partie de la face avant, est réalisée en plastique transparent sur les premiers modèles, laissant ainsi apparaître le volume disponible. L’effet est saisissant, notamment sur la version familiale.

Ce dernier, rappelons le, avait pour fonction d’être équipé de deux banquettes démontables. Un vrai mono-space modulable avant l’heure. La miniature reprend l’esprit du catalogue publicitaire. Les personnages semblent sortis tout droit du catalogue sur lequel Volkswagen n’avait pas eu peur de placer 8 adultes et des bagages !

…Wiking non plus ! la firme berlinoise trouva même l’espace pour rajouter un chien entre la porte coulissante et la première banquette ! Ce chien disparaîtra sur les versions suivantes de même qu’un des 8 adultes remplacé par un enfant. Ouf ! Wiking avait sans-doute  exagéré les capacités du véhicule et le Combi a dû se sentir un peu allégé…

Le véhicule eut un succès rapide et planétaire ! C’est bien la preuve que le produit correspondait à une attente. Il faut dire qu’à la sortie du conflit de 1939-1945, le parc automobile européen est à reconstruire. L’ évolution du véhicule, programmée en 1967, fut un véritable cauchemar pour le bureau d’étude. Comment faire évoluer une icône ? (voir le blog consacré au Volkswagen T2 prototype)

Les collectionneurs de miniatures éclectiques peuvent dénombrer dans leurs vitrines nombre de modèles dont les fabricants sont de nationalités différentes : Danemark, Norvège, Belgique, France, Grande-Bretagne, Portugal, Hong Kong, Iran, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Espagne, Chili, Brésil, USA et bien sûr Allemagne. J’en oublie certainement.

Le succès a reposé sur des valeurs simples que le grand patron a su mettre en place : qualité de fabrication, économie à l’usage, fiabilité, et densité du réseau du service après-vente. Il faut ajouter une offre diversifiée avec des modèles adaptés à quasiment tous les corps de métier (pick-up, échelle, nacelle, ambulance, double cabine pick-up…).

 

 

« Qui parle anglais ici ? »

« Qui parle anglais ici ? »

Vous connaissez sans doute cette réplique si vous avez vu le film de Claude Zidi, « Le pistonné ». C’est le maréchal des logis Ferraci, interprété par Georges Géret qui promet de mater les jeunes recrues les plus rebelles, et qui prévient :

« Un conseil, ne jouez pas au plus con avec moi, vous n’êtes pas sûr de gagner ».

Sur sa lancée, il continue et demande « Qui parle anglais ici ? » un jeune appelé, interprété par Guy Bedos lève timidement le doigt, c’est le seul de la chambrée à se manifester. Le maréchal des logis lui demande alors s’il le parle « bien ». Ce dernier répond par l’affirmative. Cela lui vaudra d’effectuer la corvée de nettoyage des water closet !

le maréchal des logis ponctuant la scène par un « j’aime pas les vantards » devenu culte.

la corvée !
la corvée !

La scène est truculente et rappellera bien des souvenirs à ceux qui ont fait leur service militaire.

En règle générale, le français n’est pas très doué pour l’apprentissage des langues. Le graphiste de chez Quiralu qui a réalisé la notice du catalogue 1959 et l’étui de la Simca Marly devait lui aussi être un peu fâché avec la langue de Shakespeare.

Il faut dire que Luxeuil, siège de la firme de figurines et de miniatures, située entre Vesoul et Belfort, dans la France profonde, est bien éloignée de la perfide Albion.

T'as voulu voir Vesoul ! et Jacques Brel
T’as voulu voir Vesoul ! et Jacques Brel

Ce dernier a en effet orthographié « Rolls Royce Sylver Cloud » sur la notice et « Simca Marly breack » sur l’étui de la miniature en place de « silver » et « break ».

Dans le feuillet publicitaire glissé dans les boîtes pour promouvoir la gamme, les responsables ont préféré choisir comme dénomination « la fourgonnette Marly », qui ne correspond d’ailleurs pas à ce modèle. Avaient-ils un doute sur l’orthographe de « break » ?

D’autres détails interrogent. La boîte de la Marly décrit « une voiture avec roue de secours amovible ». Ne la cherchez pas, il n’y en a pas.

Il semble que Quiralu ait présumé de ses capacités d’innovation. Sur les étuis suivants la mention sera surchargée.

Autre curiosité qui nous ramène en Grande-Bretagne, le dessinateur a représenté sur une des faces de la boîte, une Simca Versailles avec le volant à droite !

Son interprétation de la Simca Marly sur l’étui est également assez libre: le break Marly fait plus penser à un bolide filant dans les Hunaudières qu’à un break paisible et luxueux.

La qualité du carton utilisé est déroutante par sa médiocrité, comme les couleurs d’impression utilisées. On comprend que ces modèles ont plutôt été distribués dans les bazars et les marchands de couleurs.

Le prix de vente des Quiralu, élevé, correspondait-il au standard de ces boutiques ?

Si la firme excellait dans la reproduction des figurines, sachant leur donner vie, il faut avouer que la qualité de reproduction des deux Simca est assez quelconque.

Les lignes de la Marly et surtout celles de la Versailles sont approximatives. Elles ne peuvent soutenir la comparaison avec les Dinky Toys ou les Norev.

publicité Quiralu glissé dans les étuis individuels annonçant fièrement "l'exactitude de leur reproduction" ...
publicité Quiralu glissé dans les étuis individuels annonçant fièrement « l’exactitude de leur reproduction » …

Pourtant la publicité glissée dans les premières boîtes Quiralu relève comme atout : « L’exactitude de leur reproduction, les dessins étant fournis par les constructeurs » (sic) « .

Je me suis demandé si les constructeurs, en dehors des dessins, avaient aussi fourni les plans avec les cotes.

Après ce tableau peu flatteur, vous allez peut-être vous demander quel intérêt on peut trouver à rassembler ces modèles en 2022 ?

Plus de 60 ans après leur création il s’en dégage un charme certain. Dans les années 80-90, pour les raisons décrites ci-dessus, les collectionneurs ont d’abord boudé ces miniatures.

Pourtant, une poignée d’amateurs ont suivi le chemin tracé par M. Nakajima qui n’a pas n’hésité à consacrer des pages de ses ouvrages à cette firme, au même titre que les Dinky Toys ou C-I-J.

Avec Jean-Bernard Sarthe et quelques autres, mon père  a été parmi  les premiers à s’intéresser aux variantes de couleurs, très nombreuses, des Quiralu. Il faut dire que les prix étaient bien modestes. Désormais, elles ont acquis leurs lettres de noblesse, même si les rééditions dans les années 1990-2000 ont marqué un arrêt temporaire dans la hausse des prix.

Comme pour les modèles Mercury, il est quasiment impossible de lister les teintes réalisées par Quiralu sur les Simca Marly ou Versailles. En cette année 2022, j’ai encore trouvé plusieurs Simca Marly dont une originale, argent avec un pavillon vert.

De sa grande expérience dans les figurines la marque a gardé son sens de la décoration. Elle maîtrise parfaitement les teintes bicolores et les détails. Les argentures sont nombreuses mixant la technique du pochoir à celle du pinceau.

Les étuis sans pareil participent désormais au charme du jouet ancien.

Afin d’étoffer son catalogue de miniatures, Quiralu avait choisi de multiplier les variantes de finitions. Au départ elle jette son dévolu sur les berlines françaises. La Peugeot 403 sera disponible simultanément en 4 finitions, avec 4 tarifs différents : unicolore ou bicolore, avec ou sans vitrage.

La Simca « Vedette » sera, elle, disponible en finition unicolore (Trianon), ou bicolore avec deux découpes différentes permettant de réaliser une « Versailles » ou une « Régence ». La Simca Marly sera proposée en version avec ou sans vitrage, puis en ambulance.

L’improvisation, et son corollaire, les ratés lors de la création de la gamme, la volonté de se démarquer des autres fabricants de jouets, grâce à ces versions optionnelles démultipliées, ont participé à la création d’une identité forte.

Désormais on les regarde comme des « jouets anciens » oubliant l’accueil timide de la clientèle lors de leur lancement. Cette firme tient donc une place à part dans l’univers de la collection.

Voilà quelques bonnes raisons de reconsidérer ces miniatures. Les prix abordables sont aussi un argument à prendre en considération. Quel plaisir pour un amateur que de trouver une couleur non encore référencée à un prix modeste ! Cela n’est plus possible pour les Dinky Toys ou la moindre variante de taille de jante, de volant soulève des discussions, des palabres et des hausses de prix !

Le collectionneur de Quiralu sait qu’il n’est pas au bout des surprises et cela je peux vous le confirmer.

(à suivre)

Où allons-nous ?

Où allons-nous ?

La mention « simple, robuste et bien français, ces deux derniers mots soulignés, sur la publicité, ne manque pas de questionner.

C’est ainsi que Renault présente en 1950, son nouveau tracteur agricole.

Il faut flatter le sentiment national dans cette période d’après -guerre. Pour les concurrents étrangers de Renault, au regard des perspectives de ventes, le marché du tracteur en France est perçu comme un Eldorado. La France est en retard dans la mécanisation des outils agricoles. Tout est à faire. Les concurrents, allemands notamment, sont aux aguets. Cette mention sur la publicité est loin d’être anodine. La perspective du traité de Rome en 1957, avec l’union douanière et la libre circulation des biens s’apparente à une menace pour les petits fabricants nationaux de tracteurs, français, allemands ou italiens.

D’ailleurs en 1962, la régie Renault va acquérir la branche agricole de Porsche, « Porsche Diesel ». La Régie profitera de cette ouverture pour exporter en Allemagne ses tracteurs. C’est à cette occasion qu’une partie de la production des tracteurs Renault passera du traditionnel orange au rouge.

Jean-Marc Bougan, amateur de miniatures agricoles m’avait raconté que Porsche était fort implanté en Alsace. Renault avait donc choisi, pour une partie de sa production, de reprendre la couleur des tracteurs Porsche, le rouge, afin de ne pas déboussoler une clientèle fidèle. Je ne sais si cet artifice a suffi à rassurer.

Parallèlement, Renault modifie l’orange de sa production initiale. Il s’éclaircit pour devenir saumon. Ses concurrents français, Vendeuvre et surtout Someca, le bras armé de la Fiat dans le secteur agricole avaient également choisi l’orange comme identifiant visuel. En modifiant sa teinte initiale, Renault se démarque de ses concurrents.