Archives de catégorie : France

Berliet et Côtes-du-Rhône

Berliet et Côtes-du-Rhône

Gulliver livrera les premiers exemplaires peints de couleur rouge ou bleue. Je n’ai jamais vu le camion Berliet GDR 7D de couleur verte, comme le car PCK 7D.(voir l’article sur les cars Berliet PCK7D)

Je pense enfin que la version brute, la version économique, est arrivée ensuite dans l’idée de le proposer à un moindre coût. Je n’ai pas eu l’occasion de voir des versions mécaniques en finition brute.(voir l’article sur les Berliet GDR7D bâché première partie)

La version mécanique, plus luxueuse, allait de pair avec les versions peintes. Le traitement de la bâche subira des évolutions au fil de la production, dans le but également d’en baisser le coût.

Une version promotionnelle pour une firme de distribution alimentaire « La Ruche » sera produite, sur une base brute.

Enfin, une version beaucoup plus rare a été produite, dans l’idée sans doute de trouver de nouveaux débouchés et d’amortir  l’outillage.

Il s’agit d’un plateau brasseur que l’on doit peut-être à la proximité du siège de Berliet avec la vallée du Rhône  et ses vignobles. Un simple plateau en bois, peint de la couleur de la carrosserie fait office de plateau brasseur.

Il aurait été difficile de faire plus économique. Il est équipé de quatre barriques …peut-être  du Crozes-Hermitage  ou du Saint-Joseph.

Le modèle est équipé d’un petit mécanisme à remontage à clef, très plat, totalement différent de celui du bâché qui est en position verticale. Ce mécanisme est le même que celui des Willys de chez Polichinelle. Je connais deux finitions de couleur rouge ou bleue.

Il est évident qu’outre l’usage publicitaire pour Berliet, les jouets Gulliver ont aussi été distribués en magasins de jouets, avec un succès tout aussi limité.

Il est vrai que l’apparition de la gamme des camions Ford et Studebaker de chez Dinky Toys a donné à ces jouets un air d’antiquité. (voir l’article consacré aux camions Ford plateau brasseur 25 H).

Il est désormais difficile de s’en procurer en bon état de conservation, la peinture sur l’aluminium étant des plus fragile.

 Ils ont un charme indéfinissable et sont incontournables dans toute vitrine axée sur l’immédiat après-guerre.

 

Un Berliet indémolissable

Un Berliet indémolissable

 

Les publicitaires ont parfois des difficultés à trouver des messages  qui accrochent. En voilà un qui aurait pu servir à la maison Berliet pour ses poids lourds : « Un Berliet indémolissable ». C’est la mention qui figure sur l’étiquette du couvercle de la boîte du Berliet GDR 7D  des jouets Gulliver.

 

François Laurent est un passionné des poids lourds français,  son nom revient régulièrement dans le blog. Il m’a amené il y a quelque temps un document. Il s’agissait d’un extrait de la revue interne de Berliet destinée aux clients et aux concessionnaires de la marque, « Berliet Service ». L’article était daté d’octobre 1947. Au milieu des informations juridiques relatives à l’évolution du droit du transport figurait, en bas de page, la présentation d’un jouet Gulliver représentant le nouveau car Berliet PCK 7D (voir l’article sur le car Berliet PCK 7D de chez Gulliver).

L’auteur entendait saluer la sortie du Berliet GDR 7D que je vous présente ce jour. Il vantait la fidélité de reproduction, mais surtout le fait que le modèle  « soit pratiquement incassable » (dans le texte).  J’aurais pour ma part renchéri en rajoutant qu’il était à l’image du vrai véhicule !

Les concessionnaires étaient ensuite invités à commander des exemplaires auprès d’un bureau lyonnais, la « société FADAM » 6 rue Émile-Zola à Lyon,  dont on imagine qu’il représentait la marque Gulliver, afin de les offrir à leurs clients.

On apprécie toute la ruse de Berliet qui laisse aux concessionnaires la charge de commander et de payer les cadeaux qui seront ensuite offerts à leurs clients, les transporteurs. Dans ces années d’après-guerre la maison Berliet a une conception bien particulière de la publicité.

L’auteur termine son article par une précision : les miniatures peuvent être équipées d’un mécanisme de remontage à clef, qui, selon ses dires  est un réel plus.

Le succès ne sera pas au rendez-vous. L’époque est  difficile, nous sommes au sortir de la guerre. C’est une rude période  aussi pour la maison Berliet qui doit s’expliquer sur la fabrication de véhicules durant l’occupation. Quant au monde du transport routier, tout est à reconstruire et les jouets auront moins de succès que les vrais camions ! Les préoccupations n’étaient pas d’ordre promotionnel, ces objets sont arrivés trop tôt. Ils devaient de plus être coûteux, en témoigne la boîte en carton fort, luxueuse,  dont on imagine le seul coût.

« Le modèle est coulé en aluminium » dixit l’article de Berliet Service. Malgré l’éloge de la qualité du jouet, force est de constater que le modèle Gulliver s’apparente plus à une caricature du Berliet  GDR 7D qu’à une maquette.

En fait, on identifie le véhicule par les décalcomanies de la calandre et de l’arête du capot moteur. Ces dernières sont très fidèlement reproduites  et contrastent avec la rusticité de l’ensemble. La vue d’un  Berliet Gulliver en état de jeu qui a perdu ses décalcomanies confirme ce fait. L’objet perd tout son charme.

Au niveau des proportions, la cabine  du Berliet Gulliver manque de hauteur. La gravure n’est pas fine.  Le jouet est composé de deux parties. La ridelle est articulée permettant de le  transformer en benne basculante…après avoir enlevé la bâche bien sûr !

Lire la suite au prochain numéro.

 

Avez-vous la 4cv Dinky Toys ? 

Avez-vous la 4cv Dinky Toys ?

C’est la question que m’a posée, il y a fort longtemps, un monsieur qui était entré dans ma boutique. Il cherchait  sa madeleine de Proust.

Comme vous le savez, Dinky Toys n’a malheureusement jamais reproduit ce véhicule. Pourtant, sûr de lui, il finit  par me prendre de haut, tant il était persuadé d’avoir eu cette miniature dans sa jeunesse. Il est difficile de ne pas vexer un interlocuteur qu’on contredit lorsque ce dernier est aussi péremptoire . J’essayais donc d’être pédagogue. Sans succès.

J’ai dû  aller chercher le livre de Jean-Michel Roulet et l’ouvrir à la page où apparaît la référence 24 E de la Renault Dauphine. Sous cette référence, ce dernier indique que la  Dauphine est la première « Renault »  à avoir eu l’ honneur d’être reproduite par le fabricant de Bobigny.

La Dauphine ayant succédé à la 4cv, j’avais bien  entre les mains la preuve de mon affirmation. La personne changea de ton et s’excusa. Il est vrai  qu’elle était presque devenue désagréable  et m’avait pris pour un incompétent.

Depuis ce jour, je me  méfie des souvenirs personnels liés à l’enfance. J’ai souvent constaté qu’ils étaient enjolivés ou bien éloignés de la réalité.

Voci donc le troisième volet de la saga des Renault 4cv de chez C-I-J. (voir le premier volet consacré  à la Renault 4cv de chez C-I-J  équipée de roues en zamac) 

(voir le second volet consacré à la Renault 4cv de chez C-I-J en version mécanique)

Nous sommes toujours avec le premier moule et la calandre à 6 barres. La pénurie de caoutchouc est désormais finie. C-I-J peut donc utiliser des jantes plates en acier équipées de pneus blancs. Ces mêmes jantes serviront fort logiquement à la Panhard Dyna X, de dimensions similaires

Certaines versions, que l’on peut qualifier d’intermédiaires sont équipées de châssis provenant des versions mécaniques. Elles en ont la découpe  mais sans l’équipement spécifique. Encore une fois, on voit que chez les industriels rien ne se jette ! Ainsi   j’ai  récemment récupéré deux modèles équipés du châssis en tôle chromée utilisé sur les tout premiers modèles. On peut d’ailleurs noter que ces deux modèles sont peintes dans  deux couleurs très peu fréquentes dans cette variation : bleu ciel et vert pâle.

C-I-J va ensuite équiper tous ses modèles de jantes en plastique, sans doute pour des raisons d’économie. Il est évident que les jantes en plastique devaient revenir moins cher que celles en acier. Elles assureront la transition avec la nouvelle calandre à 3 barres que nous étudierons la prochaine fois. Ainsi de nombreuses couleurs répertoriées avec la calandre à 6 barres et équipées de jantes en plastique rouge, poursuivront leur carrière avec les mêmes jantes en plastique rouge  mais avec la nouvelle calandre et le châssis riveté.

Une des plus représentatives est celle de couleur noire. Elle me tient à cœur. Ce fut ma première voiture  ! Je me souviens qu’elle me servait de support publicitaire avec l’affiche de mon magasin collée sur les vitres arrières !

Puis en 1986, notre fils est né. En ramenant la maman et le couffin de la clinique à notre domicile, je me suis dis que cette auto n’était plus recommandée pour transporter un nourrisson.   Il était temps de changer d’auto. C’est ce que j’ai fait mais j’ai gardé la C-I-J  !

La valse des zéros

La valse des zéros

« C’est le tango du temps des zéros
J’en avais tant des minces des gros
Que j’en faisais des tunnels pour Charlot
Des auréoles pour Saint-François »

Ces paroles de Jacques Brel sont extraites de la chanson « Rosa ». Il y décrit avec tendresse son univers scolaire et ses premiers émois amoureux qui présagent de relations complexes avec les femmes. (voir la vidéo de la chanson de Jacques Brel « Rosa »https://youtu.be/v6rLLE48RL0)

Aujourd’hui, le zéro est mieux perçu par nos contemporains. Si dans le passé il était synonyme d’échec scolaire, il évoque aujourd’hui le prix astronomique d’un objet.

Désormais, lorsqu’on me parle en millions d’euros de certaines autos anciennes, je suis perdu, je n’arrive pas à me représenter la réalité de la somme. Mon unité de mesure étant le prix de ma maison, j’en suis réduit à tout ramener au prix de mon habitat.

Au hasard d’une conversation avec des collectionneurs, j’apprenais ainsi que le 24 juin 2017, un Saviem JM240 tracteur semi-remorque « Transcontinental express » de chez C-I-J avait été enlevé pour 10 000,00€ au marteau, dans une salle des ventes. Avec les frais, cela faisait plus de 12 000,00€. Ce genre de résultats suscite toujours bien des commentaires, plus ou moins avisés, mais souvent empreints de jalousie.

Cet événement m’a rappelé mon histoire personnelle de collectionneur. Mon père et moi étions sur les rangs pour le premier exemplaire mis en vente en 1983, dans une salle des ventes de l’Eure, à Vernon précisément. On peut même dire que c’est à ce moment-là que le modèle fut officiellement référencé par les amateurs de C-I-J. J’ai conservé la coupure d’un journal local annonçant l’événement.

Le journaliste avait titré : « Un mini »bahut » à un maxi prix » ! Il devait être en mal d’inspiration. On voyait en photo le camion dans les mains du commissaire priseur. Les vacations dispersant cette importante collection s’étaient étalées sur plusieurs week-ends. Le journaliste annonçait fièrement que celle du 11 décembre 1983 allait en être le moment fort. Le camion était estimé entre 12 000,00 et 15 000,00Francs  (1830,00€ et 2286,00€). ce qui était à l’époque une très belle somme pour un jouet.

Mon père était bien décidé à ramener l’objet à la maison, pourtant, ce ne fut pas le cas. Contre toute attente, le camion atteignit le prix de 50 000,00Frs (7500,00€), somme considérable. J’ai appris ce jour que rien n’est jamais gagné aux enchères !

Il nous fallut patienter jusqu’au 30 aout 1988 pour trouver un exemplaire neuf en boîte auprès de Jean Bernard Sarthe pour 10 000Frs (mille cinq cents euros). On notera le gros écart de prix avec celui de la vente aux enchères vu plus haut.

Toujours en 1988,  une autre salle des ventes proposa des modèles C-I-J provenant de la valise d’un ancien représentant de la marque. Au vu de son contenu, on comprenait que son propriétaire avait connu la fin de l’aventure C-I-J.
Les véhicules proposés à cette vente étaient des échantillons destinés à être montrés aux marchands de jouets en vue d’éventuelles commandes. Parmi les modèles figurait la présérie du fameux Saviem décrit plus haut.

Il était donc bien antérieur au modèle commercialisé et avait été fabriqué sur la base d’une calandre à 3 barres et non à une barre comme celui vu plus haut.

Le plus étonnant était le schéma de couleurs inversé par rapport à celui retenu en série.

Le système d’accrochage de la remorque n’avait pas encore bénéficié des améliorations vues sur la version définitive.

La C-I-J avait dû se rendre compte qu’elle n’avait pas assez de pièces récupérées chez JRD pour concevoir son système d’attelage. N’oublions pas que ce modèle, de toute fin de production, était  l’assemblage d’un tracteur de fabrication C-I-J et d’une remorque récupérée lors de la cession du stock de pièces détachées de JRD. La décalcomanie est également issue de chez JRD ; elle décorait à l’origine le Simca Cargo tracteur semi-remorque en tôle reproduit à une échelle bien supérieure.

Par miracle, elle s’adapte parfaitement sur les flancs de la remorque recevant normalement la décalcomanie « Kronenbourg ».

La finition est digne d’un modèle de série, ce qui permet de penser qu’une petite série a été fabriquée dans cette première mouture, au moins pour les représentants.
Il ne fallait pas laisser passer l’occasion d’acquérir une telle pièce. C’est toujours à ce jour le seul exemplaire connu. Mon père ne l’a pas laissé passer ! Il fit 17 500,00 Frs. soit  2668,00€.

La première constatation c’est qu’il est parti pour un prix inférieur à celui du premier modèle mis en vente alors qu’il était encore plus rare. Cela donne à penser que les scores des ventes aux enchères sont le résultat d’une étrange alchimie.
J’avoue avoir souri au résultat de l’enchère du 24 juin 2017. Il me conforte dans l’idée que j’avais fait un bon choix trente ans auparavant.

Je pense aussi à l’enchérisseur qui, ce 24 juin 2017, a dû laisser filer l’objet convoité. Combien de temps lui faudra-t-il attendre pour en trouver un autre ? Sera-t’-il encore intéressé, à quel prix ? L’échec d’un jour conduit parfois à l’abandon. Saura-t-il persévérer ?

Ce fut notre cas. Nous n’avons jamais baissé les bras lorsqu’un autre emportait le modèle convoité. Bien au contraire, cela décuplait notre motivation. La logique est imparable : celui qui l’a emporté ne sera plus sur les rangs la prochaine fois que le modèle sera proposé !
Parfois cependant, de nouveaux collectionneurs entrent dans la compétition.

L’échec n’est finalement pas bien grave, le plus important est d’apprécier la collection déjà construite.

Voir l’autre article consacré à l’autre version du Saviem JM240 tracteur semi remorque tôle « Kronenbourg »

 

Gulliver, le faux ami anglais

Gulliver, le faux ami anglais

 

Récemment une très ancienne collection continentale s’est trouvée dispersée en Grande-Bretagne. On sait combien les Anglais sont connaisseurs, et lorsque ils réalisent des catalogues de vente, ils n’hésitent pas à demander conseil afin d’établir un outil de qualité permettant aux acheteurs de se faire une idée précise des objets proposés.

Ainsi, plus d’une fois, j’ai été contacté par des salles de vente anglaises afin de donner mon avis de collectionneur sur des produits français. Nos amis anglais sont généralement compétents pour leurs produits « made in England ».

La lecture du catalogue de cette vente m’a réservé une belle surprise. Du fait de son origine, cette collection contenait bien évidement des véhicules issus de chez AR, CD, JRD, Gasquy,  et Märklin. Pourtant, le responsable de l’édition du catalogue avait choisi de commencer la vente par les productions britanniques. C’est un choix comme un autre. C’est donc Dinky Toys Liverpool qui ouvrait le bal. Il est déjà intéressant de constater que cette firme emporte toujours l’adhésion, bien qu’il y ait de plus en plus d’amateurs pour les Corgi Toys et les Spot-On.  Il y eut une première petite entorse à la logique géographique qui semblait guider le concepteur du catalogue.

Après les productions de Binns Road vinrent celles de Bobigny, ce qui tend à prouver que pour bon nombre d’Anglais, les productions Dinky Toys qu’elles soient produites en France ou en Angleterre sont avant tout  des Dinky Toys et donc anglaises.

Le catalogue revenait ensuite aux Taylor and Barrett, Minic, Spot-On et Corgi Toys, toutes marques britanniques.  Un petit chapitre que l’on pourrait résumer par « marques diverses ayant pour origine le Royaume- Uni »  clôturait  cette première partie. On y trouvait des Morestone, des BudgieToys  …et  un Gulliver !

La photo d’un splendide car Berliet PCK7D ne laissait aucun doute. C’était bien notre Gulliver national que s’était approprié le responsable de cette salle des ventes.

A  ma connaissance, Berliet n’a jamais exporté ce type de véhicule en Grande-Bretagne, et on ne comprend pas comment un fabricant de jouets anglais aurait pu jeter son dévolu sur ce beau Berliet, d’autant que le pays regorgeait de constructeurs de cars.

La confusion ne peut s’expliquer que d’une manière. Elle vient du roman satirique « les voyages de Gulliver » écrit en 1721 par l’Irlandais Jonathan Swift.

En faisant des recherches, j’ai appris que l’auteur avait écrit ce livre après avoir été ruiné dans la spéculation d’actions « compagnie des mers du sud ». Il transposait ainsi cette idée d’accroissement et de diminution des gains à celle de la taille de ces personnages et en profitait pour régler ses comptes avec à la société. Imprégné par ses lectures enfantines, le concepteur du catalogue a intuitivement pensé que seule une firme anglaise pouvait s’appeler Gulliver.

Sans aucune rancune mais avec une grande satisfaction, j’ai acquis ce beau car, afin de le ramener dans son pays d’origine.

Gulliver a produit des versions chromées, des versions unicolores et bicolores. Les vitres sont soulignées à la peinture. Il faut ajouter à ces variantes le fait qu’elles sont ou non équipées d’un système de remontage par clef. Les versions équipées de ce système sont perforées sur le flanc gauche. Les jantes sont en buis, peintes de couleur argent.

Il s’agit pour moi d’un des plus beaux jouets français.  Je reviendrai sur cette marque la semaine prochaine. (voir l’article sur le Berliet bâché de chez Gulliver)