Passe le temps,il n’y en a plus pour très longtemps

Passe le temps,il n’y en a plus pour très longtemps

Au milieu  des années quatre-vingt, j’ai eu l’occasion de rencontrer un ancien membre du bureau d’étude de Meccano. Un jour, il me lâcha le nom d’un de ses collègues qui, comme lui, avait gardé des Dinky Toys. Pour diverses raisons, il ne souhaitait pas me donner  son adresse. En revanche, comme dans un roman d’espionnage, il m’indiqua une petite annonce  dans une revue réservée aux professionnels du jouet. Il s’agissait d’une recherche d’emploi.  J’ai écrit au journal un petit mot d’explications et j’ai joint un pli destiné à l’auteur de l’annonce ainsi qu’une enveloppe timbrée pour sa réponse.

Quelques semaines plus tard, le téléphone a sonné au magasin : c’était mon homme ! En fait, comme mon informateur, il avait été  licencié de chez Meccano  et recherchait du travail. La conversation s’engage et il m’explique en quoi consistait son travail chez Meccano : plutôt spécialisé dans l’élaboration des trains miniatures Hornby, il avait cependant participé à l’élaboration de bon nombre de Dinky Toys. Il m’indique qu’il a principalement gardé des trains Hornby et peu de Dinky Toys.

Il a tout de même conservé quelque chose  de très intéressant et de totalement méconnu. Il m’explique alors  que Dinky Toys France avait projeté de reproduire des miniatures au 1/70, comme les Matchbox, me précise-t’-il. Il a conservé ces miniatures. Pour l’instant,  il souhaite les garder. Fin du premier épisode.

Quand Jean-Michel Roulet fit son livre je lui parlai de cet entretien qui remontait déjà à bien longtemps. Je n’avais malheureusement plus de nouvelles.

Les hasards de la vie, l’aide de Jean-Michel Roulet,  et un heureux concours de circonstances ont fait que, quelques trente années plus tard, j’ai retrouvé ce Monsieur.

Comme je me rappelais bien notre dernière conversation, l’excitation était à son comble lorsque je me suis rendu chez lui.  Alignés dans une petite boîte, il y avait 18 prototypes au 1/75 environ.

Les modèles étaient en bois laqué. En les retournant, on distinguait une petite perforation laissant penser qu’ils étaient présentés sur un socle. A la vue de l’ensemble, on ne peut que penser aux Hot Wheels américains. D’ailleurs, la plupart sont équipés de roues Hot Wheels ! On voit bien que les fabricants s’intéressaient de près à ce que proposaient les concurrents. L’Abarth 2000 et la Carabo Bertone sont très facilement identifiables.

Il en est de même  pour l’Opel CD vue chez Politoys au 1/43. D’autres modèles sont purement et simplement sortis de l’imagination du bureau d’étude de chez Meccano.  Il s’agit donc de voitures de salon,  ou de projets de bureaux d’étude automobiles.

Après avoir acquis ces modèles, j’ai envoyé des clichés à Jean-Michel Roulet. Collectionneur éclectique et fin connaisseur de Hot Wheels, il a confirmé mon analyse, en me précisant que pour lui, ces autos dataient du début 70.

J’ai contacté M. Thibivilliers, qui a quitté Meccano  en février 1971. Il n’avait pas de souvenir  de ces modèles. Pourtant, mon interlocuteur est formel et se rappelle parfaitement avoir vu ces autos dans le « laboratoire » de Claude Thibivilliers. Ce dernier m’a promis qu’il consulterait ses cahiers dans lesquels il consignait ses travaux.

A cette occasion, Jean-Michel Roulet, me rappela le succès très rapide des toutes premières Hot Wheels. Elles reproduisent des  autos américaines de sport, dites aux USA « muscle car » (Corvette et Mustang).  Matchbox a  réagi assez vite en adaptant dans un premier temps  sa gamme existante et en l’équipant de roues rapides. Les « vraies » premières nouveautés, totalement inédites dites « Weirdies » datent de 1972.

La conclusion qui s’impose est que, en 1970, Dinky Toys France était dans le bon timing. On peut penser  qu’il est heureux que Meccano France n’ait pas  sorti ces modèles.

Ces miniatures ne sont pas très belles et supportent mal la comparaison avec les superbes modèles que cette firme a offert aux enfants et aux collectionneurs.

Cependant, cela allait dans le sens de la demande de la clientèle…Cela aurait-il pu aider Dinky Toys à survivre ?

(voir l’histoire d’une des dernières Dinky Toys France équipée d’axe aiguille)

Une chose est sûre, la découverte de cet ensemble est importante pour celui qui s’intéresse à l’histoire de Dinky Toys France. Cela donne un éclairage supplémentaire sur la période troublée que rencontrait alors Meccano France.

Vous pouvez participer à l’identification de ces autos.

(Solido a t’-il aussi succomber à cette simplification? lire la suite)

Mise à mort

Mise à mort

« L’attelage entra par le pont tournant des Tuileries. Dehors, le peuple avait choisi le silence pour marquer son mépris et sa colère. Un vaste silence. La lourde berline allemande roulait, funèbre ». Ces phrases sont extraites de l’émission de Karine Le Bail diffusée sur France Musique le dimanche 2 juillet 2017 et consacrée  au silence.

Elle décrivait ainsi le retour de Louis XVI à Paris après sa fuite avortée à Varennes, parlait d’excommunication du silence,  de mise à mort cérémonielle de la monarchie.

Le retour du roi aurait pu s’accompagner de vociférations et  de cris de colère. C’est tout le contraire qui se produisit.

 

Je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec une autre mise à mort, celle des miniatures  automobiles qui étaient apparues dans les années vingt et qui reproduisaient des véhicules réalistes.

Le silence résultant du roulement des roues en plastique montées sur des axes aiguilles a révolutionné le paysage des miniatures automobiles. Revenons en arrière. En 1967, Mattel, un des leaders mondiaux de la fabrication de jouets lance une branche dénommée « Hot Wheels ». Les autos sont reproduites à une échelle inférieure au 1/43, elles sont environ au 1/70. Mais ce n’est pas là que réside l’innovation. La première résulte du choix des véhicules. Nous sommes en pleine révolution culturelle et idéologique. Les premières miniatures reproduisent des autos sportives américaines, que l’on appelle familièrement « muscle car » : Corvette et Mustang figurent au catalogue. Au milieu des années soixante, la Californie voit l’apparition des beatniks et de leurs drôles de véhicules qui cherchent à se démarquer de l’idéologie bien pensante. Hot Wheels s’affirme alors comme une entreprise californienne décomplexée et lance une série de miniatures reproduisant des véhicules provocants.

Le paysage routier est bouleversé :  jeunes et moins jeunes transforment leurs motos en chopper, les autos d’avant-guerre en « hot rod » ou les décorent avec des fleurs et les messages pacifiques des Kombi Volkswagen. Hot Wheels va surfer sur cette transformation du parc automobile californien.

La seconde innovation c’est l’utilisation de ces fameux axes aiguilles et l’emploi de roues monobloc en plastique qui assurent aux miniatures un roulement sans friction et des vitesses de déplacement jamais vues. Le succès est immédiat. Très bien implantées aux Etats-Unis, Matchbox et Corgi Toys observent la chute de leurs ventes et comprennent  très rapidement le changement qui s’opère.  Elles réagissent plus vite que les autres firmes européennes, moins ancrées au pays de l’oncle Sam. Elles adapteront dans un premier temps leurs modèles aux axes aiguilles. Le mouvement est irréversible. Il va s’accélérer. Une petite analyse montre que les fabricants de jouets, outre l’obligation de s’adapter à la demande, ont tout intérêt à aller dans ce type de fabrication. Les miniatures sont plus économiques à fabriquer. Finie la course aux gadgets. Finis les modèles avec toutes les parties ouvrantes, finies les innovations coûteuses comme la direction au volant et l’éclairage intérieur. Les fabricants  ont  également tout intérêt à opter pour une standardisation des roues.

On peut même dire que c’est de manière inespérée  qu’ils voient le marché se transformer.  Les gamins des années soixante-dix  réclament des couleurs métallisées criardes, des roues en plastique monobloc, des chromes exubérants, des moteurs simplistes et apparents. Bref,  même  dans le domaine de la miniature automobile nous assistons  à une vraie révolution culturelle ! Pour ma part je n’ai jamais réussi à m’adapter ! Cela reste même du domaine de l’incompréhension. Comment trouver du charme à ces objets ? Encore aujourd’hui, je regarde cela avec étonnement.

Comment le mauvais goût a-t-il pu s’imposer à ce point alors que les fabricants nous régalaient de miniatures de plus en plus attrayantes. Fallait-il faire table rase du passé ?  Casser ce que l’on avait adoré ?

Certaines firmes vont résister et refuser la facilité. Encore une fois, Solido peut sortir grandi de cet épisode. Ici, la méfiance qu’avait M. De Vazeilles pour le marché américain a peut-être joué. Bref, en 1969, Solido continue son bonhomme de chemin, imperturbable. La Porsche 908 L produite cette année-là est donc équipée de jantes en zamac, fidèles à celle de l’auto, et de pneus rapportés. On note la présence de coussinets  en nylon  au niveau des moyeux des roues pour parfaire le roulement …Les portes ouvrantes (ingénieux système d’ouverture) et l’aileron stabilisateur sont les deux « plus » que Solido  offre à ses petits clients.

Fin 1968,  Solido avait déjà pensé à reproduire cette auto. La décoration prévue sur l’affichette ne fait aucun doute. Elle est aussi listée  ainsi sur le catalogue .  C’est la version vue  à Montlhéry et vainqueur de ces mêmes 1000 km de Paris 1968, numéro 12, avec Stommelen et Hermann.

Puis fut prévue la version des 24 heures du Mans 1968. Le catalogue Solido l’atteste.  Cette version sortira en fin de production sous la marque  Top 43 dans les années 1980.

Mais finalement l’arrivée spectaculaire des 24 Heures du Mans 1969 a dû précipiter le choix de cette version . L’auto y sera battue sur le fil par la Ford GT40 de Jacky Ickx. Aujourd’hui encore la course continue de marquer les esprits.(voir la video de l’arrivée des 24 heures du mans 1969) .

C’est aussi dans cette course qu’est apparue la nouvelle Porsche, la 917 qui a laissé son empreinte dans l’histoire (voir le blog consacré à la Porsche 917 Dinky Toys).

Jean de Vazeilles a dû regretter d’avoir trop attendu : la 908 est sortie un peu tard, alors que l’avenir appartenait désormais à la 917 ! Solido proposera la  version courte qui remporta l’édition  1970.  La firme d’Ivry -la-Bataille  aura été plus réactive et proposera une reproduction de toute beauté. Du très grand Solido. Deux superbes Porsche en peu de temps.

La décoration de la 908L (« L » pour Lang Heck – longue queue) est exacte. Elle doit être finalisée à l’aide d’une planche complémentaire.

La miniature finira sa carrière, assez brève, au Brésil. Elle ne semble pas avoir été produite chez Dalia en Espagne dans une décoration différente de celle vue en France.

Solido a résisté à la déferlante roues rapides tandis que Matchbox, Corgi Toys puis Politoys, Mebetoys et même Märklin   succombaient à cette mode basée sur la simplification. Et Dinky Toys ? Les Anglais sont déjà très mal en point, ils vont suivre bien sûr.

Et Dinky Toys France ? Ne manquez pas le blog de la semaine prochaine pour savoir ce qui s’est passé à Bobigny. Une surprise, de taille vous attend. Vous pouvez en attendant  revoir le blog sur la Ferrari 312 P  de chez Dinky Toys France ,miniature contemporaine à la Porsche 908 du jour.

(voir article  suivant  et la surprise de Bobigny)

Comme dans un rêve

Comme dans un rêve

Ce mercredi 23 août 2017 j’allai à l’hôpital rendre visite à mon père. Il avait subi une intervention chirurgicale deux jours  auparavant et il était encore en service de réanimation.

Je pensais ne rester  que quelques minutes afin de ne pas le fatiguer. ll avait plutôt bien récupéré et, finalement, ma visite s’est prolongée. Comme les collectionneurs sont incorrigibles, très rapidement, la discussion a bifurqué  sur notre passion commune, les miniatures automobiles et mes nouvelles  acquisitions.

Et là, bizarrement, sur son lit d’hôpital, il me fit une confidence, celle d’un regret. Il déplorait de ne pas avoir acquis en son temps le C-I-J Renault 2,5T Galion « Préfontaines » qui avait été mis en vente aux enchères en 1988.

Ce modèle faisait partie du contenu de la fameuse valise  du fils du directeur de l’époque, représentant de la C-I-J, contenu que ce dernier avait confié à une salle des ventes.

Je le réconfortai en lui rappelant qu’à l’époque nous avions eu l’autre pièce phare de cette vente, et qu’il fallait y voir le point positif. On comprend cependant que le fait de manquer ce type de pièce exceptionnelle marque la vie d’un collectionneur passionné.

(voir l’article  consacré au Saviem semi remorque fourgon « Transcontinetal Express »)

Le lendemain, jeudi 24 août, comme tous les matins, la factrice m’a déposé  mon courrier au sein duquel se trouvait, bien identifiable une pochette en papier craft contenant  un catalogue de salle des ventes. C’est le genre de courrier que j’aime ouvrir, la perspective de découvrir une belle pièce à vendre donne toujours un petit coup d’adrénaline. Comme toujours, j’ai parcouru les pages du catalogue en quelques minutes, avant d’en faire une lecture plus approfondie. Je regarde principalement les pages consacrées aux productions françaises Solido, C-I-J  et autres modèles d’avant-guerre.

C’est alors que le lot 331 a retenu mon attention.  Il s’agissait de la photo  d’un camion Renault 2,5T Galion  « Préfontaines ». Bien évidemment, je ne pouvais que repenser à la conversation que j’avais eue la veille avec mon père.

J’avoue avoir d’abord  pensé que c’était l’œuvre d’un amateur qui aurait  pris pour modèle l’exemplaire mis en vente en 1988. La description de l’étude abondait dans ce sens. De plus, on imagine bien que le possesseur de ce modèle exceptionnel ne l’aurait pas donné à vendre sans commentaires. Pour information, en 1988, il avait atteint l’enchère de 38 000,00 Frs sans les frais. Cependant, j’eus quand même un doute. J’ai toujours aimé garder une trace des modèles rares qui m’ont échappé. Ainsi, en quelques minutes je retrouvai le catalogue de la salle des ventes de 1988. Mieux encore, j’avais également gardé un article réalisé après la vente, avec les commentaires au sujet du modèle !

Là, je restai sans voix, le cœur battant. Le modèle mis en vente en septembre 2017 était bien celui de 1988. Pas de doute. On retrouvait la même trace blanche sur le pare-chocs, bien visible, résultat d’un pochoir baladeur sur le devant du modèle.

De plus, les jantes en plastique de couleur verte équipant le modèle sont uniques. Celui qui collectionne la marque C-I-J le sait. Il est donc impossible de se procurer ce type de jantes.

J’ai compris alors que le propriétaire ne devait plus être de ce monde.

Ce qui m’a perturbé c’est l’incroyable conversation de la veille, avec mon père au sujet de ce modèle, comme une prémonition.  En fin d’après midi, j’allai rendre visite à mon père. Après m’être enquis de sa santé, je lui demandai s’il se rappelait  notre conversation de la veille. Ma question l’a surpris, il a souri. A ce moment j’ai su qu’il m’incombait de ramener le véhicule dans notre collection. Il ajouta: « Tu l’auras pour rien ». Ce à quoi je lui répondis que si l’étude était passée à travers, il restait à affronter tous les amateurs de C-I-J ! Il suffisait  qu’un seul le repérât !

Le jour de la vente, je devais absolument être en Grande-Bretagne. Mon épouse se proposa pour faire la vente aux enchères. Equipée de deux ordinateurs pour prévenir tout incident technique mais sans doute bien moins stressée que je ne l’aurais été, elle s’acquitta au mieux de la tâche. Personne n’avait repéré l’objet. Mon père avait raison, il fit 130,00€ au marteau.

Que dire? On mesure bien l’importance de la documentation et des témoignages. Ce camion, chaînon important dans l’histoire de la C-I-J ne figure pas en photo dans les livres sur cette marque.

Comme me le fera remarquer M. Dufresne après la vente, il fait néanmoins l’objet d’une photo  couleur de grande dimension dans l’ouvrage de Mick Duprat sur les jouets Renault.

Une chose est certaine, le modèle a acquis sa notoriété et l’histoire ne se reproduira pas deux fois Le jour où notre collection sera dispersée, il ne passera plus inaperçu.

 

Un GBO au Bois d’Amour

Un GBO au Bois d’Amour

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez ressenti de l’émotion devant un tableau ? Pour ma part je me souviens fort bien de mon premier choc artistique.

C’était au lycée, avec un professeur d’histoire-géographie. Nous étions au mois de juin, à la fin de l’année scolaire. Le soleil brillait derrière les vitres de  la classe et  la pression des résultats  était retombée. Il arrive, que dans des circonstances telles que celles-ci, on découvre une autre face du professeur qui a délivré son enseignement au cours de l’année.

Fini le personnage terne et grognon, qui répétait sans cesse que nous étions des ignares par rapport aux élèves de la génération précédente.

Notre professeur nous a donc présenté la reproduction d’un tableau de Paul Sérusier, « Le bois sacré ». Nous avons tout de suite senti combien ce type de  peinture le passionnait. C’est cette passion communicative qui m’a touché. Il nous posait des questions, nous demandait ce que nous voyions.

Il voulait notamment nous faire comprendre comment le tableau était construit, comment les arbres structuraient l’espace de la toile et attiraient les yeux du spectateur vers le ciel. Leur position, leur silhouette élancée, leurs troncs dépouillés,  tout cela n’était que calcul. Ce fut un déclic, j’étais transporté.

C’est ainsi que j’ai découvert les « Nabis », ceux qui avaient  fui Pont-Aven et ses colonies de peintres, pour se réfugier au Pouldu, plus tranquille. Entre ces villages se trouve une petite forêt qui porte le joli nom de « Bois d’amour ». Elle a inspiré nombre de peintres dont bien sûr Paul Sérusier, Georges Lacombe, Paul Gauguin.  Parfois la forêt peut sembler inquiétante,  souvent elle est mystique. Sa représentation s’inspire des estampes japonaises dont les Nabis ont emprunté les codes, l’arbre a une place majeure.

Si des artistes ont su transformer de simples troncs d’arbre en chef- d’œuvre, on ne pas dire que ce fut le cas de Quiralu  avec son fardier. Le chargement composé de madriers n’était pas taillé pour le succès.

Toute l’originalité de la reproduction d’un camion fardier repose sur la façon dont le fabricant de jouets a traité son chargement de bois

Il y plusieurs écoles. Avec son Willème, Dinky Toys, a choisi la véracité. Ce sont des grumes en branches de noisetier qui sont chargées. C’est simple, efficace  et beau.

D’autres comme Tekno, FJ ou Quiralu ont choisi du bois travaillé en scierie. C’est plus « propre », il n’y a ni défauts ni aspérités et sans doute moins de charme.  Il y a quelque chose d’aseptisé et cela conviendrait parfaitement à des jouets actuels.

Dans les années quatre-vingt les américains d’ERTL ont choisi une troisième solution. Les troncs d’arbre sont injectés en plastique : ils ont ainsi réglé les problèmes de bois vermoulu et le prix de revient est imbattable. Le contrôle de gestion a dû passer par là.

Quiralu avait déjà bien du mal à amortir l’outillage de son camion Berliet GBO bâché (voir l’article sur le Berliet GBO bâché). La version tribenne ne suffisant pas à relancer les ventes (voir l’article sur le Berliet GBO benne), l’entreprise  tenta sa chance dans une troisième et éphémère version. Pour cela l’investissement fut des plus raisonnables : deux ranchers et la commande de madriers calibrés. Il devait y avoir de nombreuses scieries aux environs de Luxeuil. Bien évidement, le prix élevé du véhicule fut un frein à sa diffusion.

Aujourd’hui c’est une rareté. Il n’est pas très esthétique mais il a une place de choix dans le panthéon des collectionneurs de jouets français.

Berliet et Côtes-du-Rhône

Berliet et Côtes-du-Rhône

Gulliver livrera les premiers exemplaires peints de couleur rouge ou bleue. Je n’ai jamais vu le camion Berliet GDR 7D de couleur verte, comme le car PCK 7D.(voir l’article sur les cars Berliet PCK7D)

Je pense enfin que la version brute, la version économique, est arrivée ensuite dans l’idée de le proposer à un moindre coût. Je n’ai pas eu l’occasion de voir des versions mécaniques en finition brute.(voir l’article sur les Berliet GDR7D bâché première partie)

La version mécanique, plus luxueuse, allait de pair avec les versions peintes. Le traitement de la bâche subira des évolutions au fil de la production, dans le but également d’en baisser le coût.

Une version promotionnelle pour une firme de distribution alimentaire « La Ruche » sera produite, sur une base brute.

Enfin, une version beaucoup plus rare a été produite, dans l’idée sans doute de trouver de nouveaux débouchés et d’amortir  l’outillage.

Il s’agit d’un plateau brasseur que l’on doit peut-être à la proximité du siège de Berliet avec la vallée du Rhône  et ses vignobles. Un simple plateau en bois, peint de la couleur de la carrosserie fait office de plateau brasseur.

Il aurait été difficile de faire plus économique. Il est équipé de quatre barriques …peut-être  du Crozes-Hermitage  ou du Saint-Joseph.

Le modèle est équipé d’un petit mécanisme à remontage à clef, très plat, totalement différent de celui du bâché qui est en position verticale. Ce mécanisme est le même que celui des Willys de chez Polichinelle. Je connais deux finitions de couleur rouge ou bleue.

Il est évident qu’outre l’usage publicitaire pour Berliet, les jouets Gulliver ont aussi été distribués en magasins de jouets, avec un succès tout aussi limité.

Il est vrai que l’apparition de la gamme des camions Ford et Studebaker de chez Dinky Toys a donné à ces jouets un air d’antiquité. (voir l’article consacré aux camions Ford plateau brasseur 25 H).

Il est désormais difficile de s’en procurer en bon état de conservation, la peinture sur l’aluminium étant des plus fragile.

 Ils ont un charme indéfinissable et sont incontournables dans toute vitrine axée sur l’immédiat après-guerre.

 

Auto Jaune Le Blog de Vincent Espinasse collectionneur