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Un musée imaginaire

Un musée imaginaire.

C’est comme un rituel. A la sortie de chaque exposition, mon épouse redoute que j’achète l’ouvrage qui lui est consacré. A la maison les étagères sont pleines et depuis quelque temps je dois vraiment être sélectif dans mes achats.

Cette fois, fait unique, j’ai acheté l’ouvrage avant l’exposition. C’est dans une librairie, véritable havre de paix au milieu de l’agitation des soldes, que j’ai découvert le livre qui m’a incité à aller voir l’exposition.

C’est la couverture qui m’a attiré. Il faut dire que l’oeuvre de Paul Signac est hypnotisante. C’est d’ailleurs le propre de la technique pointilliste qui joue avec la décomposition des couleurs.

Il s’agit en fait d’une double exposition. Le sujet en est un personnage atypique : Félix Fénéon. Le titre de l’ouvrage donne envie d’en savoir plus : “Félix Fénéon Critique, collectionneur, anarchiste”.

La première exposition lui est consacrée au Musée du Quai Branly, reconstitue une partie de sa collection “d’arts lointains”. Il est à l’origine de cette appellation, remplaçant avantageusement celle “d’art primitif” ou “d’arts sauvages”.

La seconde s’est tenue à l’automne 2019, au musée de l’orangerie. Elle présente sa collection d’oeuvres picturales. Félix Fénéon fut proche de Seurat, Signac, Matisse et Bonnard entre autres. Il a dirigé la galerie Bernheim où ces artistes ont été exposés.

Nous voilà donc partis au musée du quai Branly. C’est déjà tout un plaisir d’emprunter la rampe d’accès aux salles du musée. La projection vidéo, “the river” de Charles Sandison a l’art de vous transporter vers un “ailleurs”.

L’arrivée dans l’espace réservé à l’exposition est un autre enchantement. J’y suis allé curieux de découvrir les objets présentés mais également désireux de connaître la vision du collectionneur qu’était Félix Fénéon. C’est un aspect qui m’intéresse au plus haut point.

Une scénographie remarquable met en valeur les objets. L’association des couleurs sur les cimaises, la subtilité des éclairages, tout est fait pour charmer l’oeil et l’attirer vers les objets. Le spectateur est ainsi en condition pour en apprécier la beauté.

La lecture des textes associés est également importante pour pénétrer dans l’univers particulier de cette exposition..

Je m’interroge sur les choix du commissaire de l’exposition : thématique, liens entre les objets, correspondance et dialogue entre les oeuvres exposées.

Au fil du parcours, je me suis demandé pourquoi on avait retenu tel ou tel objet : intérêt esthétique ou raison historique ?

J’en arrive à mon regard de collectionneur de miniatures. Qu’est ce qui fait qu’une pièce est importante ou pas, belle ou pas…Qu’est-ce qui fait qu’on a envie de l’acquérir ?

En tant que collectionneur, j’ai toujours cherché à privilégier l’histoire de la miniature. Pour cela j’ai donc un vif intérêt pour tous les modèles situés en amont de la production de grande série.

Tous les prototypes, plans, et autres essais de couleurs qui ont précédé la production de masse.

Aujourd’hui je vais vous présenter un exceptionnel ensemble. D’après l’historique du vendeur, ces modèles ont été acquis dans une vente de charité. Ils sortaient bien sûr de Binns Road. Contrairement aux modèles de la série 39, présentés eux dans le livre de Mike Richardson, les modèles de cette série étaient inconnus des amateurs de Dinky Toys des années 90. Ils sont apparus dans une salle des ventes londonienne. (voir le blog consacré aux série 39 prototypes)

On comprend bien que peu de gens sont intéressés par ce type de produits. Ces modèles sont exceptionnels mais il est très difficile pour un amateur intéressé de “plonger” dans cet univers s’il n’a pas déjà quelques exemplaires en vitrine. On peut retrouver ce phénomène avec les Dinky Toys Afrique du Sud. C’est un investissement certain. Alors, pour beaucoup, le fait de ne pouvoir être sûr d’en obtenir d’autres, constitue un frein.

En attendant voici l’ensemble de ces pièces uniques. Certaines ont abouti à une production, vous les reconnaîtrez aisément. D’autres sont restées à l’état de projet.

J’apprécie beaucoup le camion Austin à ridelles. Il trouvera un descendant à l’échelle “Dublo” (1/87) en version équipée d’un châssis court. C’est surtout sa déclinaison de couleurs qui est fort intéressante : cabine rouge et ridelles bleues.L’harmonie des couleurs a dû séduire les dirigeants de Dinky Toys. Ils la choisiront pour le Leyland Comet, camion qui prendra la place de  l’Austin à ridelles dans la production.

Ces véhicules sont dignes d’un musée et j’y réfléchirai un jour si l’opportunité se présente. Cependant, j’ai bien conscience qu’avoir des pièces dignes d’intérêt n’est qu’une étape. Les mettre en valeur en est une autre. C’est pourquoi je reste admiratif du travail des commissaires d’expositions des musées de France. Ils font un travail exceptionnel que le collectionneur que je suis apprécie pleinement.

L’héritier de la Shell

L’héritier de la Shell

La scène se passe sur une plage de Floride. Marilyn Monroe campe “Sugar”, la chanteuse au ukulélé d’une troupe de Chicago constituée de “girls musiciennes”, en tournée dans cet Etat ensoleillé. Le film, c’est “Certains l’aiment chaud !” de Billy Wilder.

(voir la bande annonce du film)

Sugar est à la recherche d’un beau parti. Alors que Sugar a connu bien des déboires sentimentaux auprès de divers musiciens, cette tournée en Floride est pour elle une oportunité, une occasion de dénicher la perle rare. Tony Curtiss, “Joe” dans le film est un musicien sans le sou. Il tombe amoureux de la belle. Comme il connaît les ambitions de la chanteuse, c’est en habit de milliardaire, sur la plage de l’hôtel, qu’il finit par attirer son attention. Il feint l’indifférence. Sugar ne comprend pas qu’on lui résiste, elle s’imagine donc que Joe est très différent de tous les hommes qu’elle a connus auparavant. Elle tente de l’amadouer. Ce dernier se lance dans une improvisation pour lui faire miroiter sa fortune.

Voyant un seau de plage empli de coquillages abandonné par un enfant, il explique alors qu’il collectionne les coquillages, car il est l’héritier de la Shell” (coquillage en anglais) !

Tout cela dit avec le plus grand naturel et avec un accent sud américain des plus charmants. “Sugar” est convaincue d’avoir fait une belle prise.

Mais Joe doit fuir la mafia qui le poursuit. Prisonnier du personnage qu’il joue il ne peut rien révéler à Sugar et lui annonce qu’il doit partir pour le Vénézuela . En larmes, Sugar aura cette phrase

 “Il y a aura toujours une station Shell au coin de ma rue” !

En écho à la réplique de Sugar, je vous présente quelques stations et pompes à essence aux couleurs de la “Shell”. j’ai choisi celles réalisées en bois par Tekno dans les années cinquante. On sait combien Tekno maîtrisait ce matériau. Celui qui voyage en Scandinavie est coutumier des jouets à trainer, des casernes de pompiers et des camions en bois estampillés “Tekno”. Les réalisations vont de la simple pompe aux îlots doubles jusqu’aux garages. Ces produits sont très fragiles, et peu fréquents, surtout en bon état de conservation.

logo Tekno apposé sur le socle de la station
logo Tekno apposé sur le socle de la station

Comme toujours avec les jouets en bois édités par Tekno, une décalcomanie à la base de l’objet rappelle au consommateur qu’il est en présence d’un jouet de cette marque. C’est la griffe “Tekno”.

Pour enjoliver l’ensemble et garder une unité, j’ai mis ces jouets en situation avec les superbes Volvo N88 tracteurs semi-remorque citerne aux couleurs de la “Shell” produits aussi par Tekno. Je vous laisse chercher les variantes des six modèles : décalcomanies (évolution du logo à travers les âges), aménagement intérieur des cabines, trappes sur le dessus des citernes, jantes. Il faut avouer que les harmonies de couleurs sont des plus réussies.

Rien n’est dû au hasard. Les grands groupes pétroliers ont tous une identité visuelle marquée. Esso , le rouge et le blanc, BP le jaune et le vert, Mobil le rouge et Shell le rouge et le jaune.

Pourtant, je vais vous présenter un camion qui aurait troublé le raisonnement de la belle “Sugar” : une citerne “Shell”, mais de couleur bleue et blanche.

De quoi chambouler toute sa logique. Maligne, elle aurait vite compris que la “Shell” c’est aussi des produits chimiques, un empire dans l’empire. Car pour toute compagnie pétrolière, le raffinage du pétrole engendre une industrie chimique en parallèle.

Corgi Toys a réalisé un exceptionnel coffret au début des années soixante à la demande de la branche néerlandaise de la compagnie “Shell”. A voir le luxe déployé dans l’édition de ce coffret, on imagine que le produit a été réalisé pour une grande occasion. C’est selon moi le plus beau produit Corgi Toys et l’un des plus désirables. J’ai mis bien du temps à pouvoir en acquérir un. La décoration, originale en bleu et blanc, est des plus réussies. La peinture bicolore est réalisée au pochoir, et des décalcomanies spécifiques ont été réalisées. La boîte, d’une taille hors du commun pour un objet réduit à l’échelle du 1/50 contenait un calage particulier et des fiches publicitaires enroulées à l’intérieur des cales.

Le grand jeu ! “Sugar” avait bien visé, on a les moyens à la Shell.

On pardonnera donc à la “Shell” de nous avoir troublé avec ce coffret ne reprenant pas les couleurs classiques de la firme. Et pour paraphraser le film de Billy Wilder, je reprendrai la toute dernière et célèbre réplique du film: “Personne n’est parfait !”