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Dans le mur !

Dans le mur !

L’actuel président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump, n’a pas son pareil pour se faire remarquer. C’est devenu sa marque de fabrique. Difficile en ce 10 janvier 2019 d’échapper à ses nouvelles déclarations depuis McAllen (Texas) au sujet de la construction du mur entre le Mexique et son pays. Elles ont fait le tour du monde.

Voici le fameux discours

“On dit qu’un mur c’est médiéval. Eh ! bien, une roue aussi ! La roue c’est plus vieux que le mur. Et, j’ai regardé toutes les voitures, même celles vraiment chères des services secrets, et croyez moi , elles sont chères. Je me suis demandé : Est-ce qu’elles ont toutes des roues ? oui. Oh! je pensais que c’était médiéval. La roue est plus vieille que le mur. Vous saviez ça ? Et il y a certaines choses qui fonctionnent. Vous savez quoi ? une roue cela fonctionne et un mur aussi.”

Avec des mots et des images simples le Président américain s’adresse à ses concitoyens pour les convaincre de l’intérêt de la construction d’un mur. Comme l’opposition lui reprochait d’utiliser un moyen d’un autre âge afin de contenir l’immigration il fait la comparaison avec d’autres inventions, comme la roue, plus ancienne encore que celle du mur et qui a toujours son utilité.

Effectivement, on ne peut qu’acquiescer à la remarque du Président américain, toutes les autos ont des roues comme le confirment les photos de ce camion Ford F2 que l’on pourrait croiser sur la frontière mexicaine.

La plus ancienne représentation d’une roue pourrait être celle de jouets en terre cuite vers la fin du Néolithique.

réplique d'une tablette de Nabû-usallim (Babylone) racontant les éventuelles avatars d'un voyage en char d'un prince
réplique d’une tablette de Nabû-usallim (Babylone) racontant les éventuelles avatars d’un voyage en char d’un prince

Longtemps les archéologues ont pensé que la roue était apparue au IV millénaire avant J.C en Mésopotamie. Elle apparait aussi, gravée sur une tablette et “pourrait” être un dérivé d’un tour de potier. Je laisse les experts débattre. Ce que j’ai retenu c’est le jouet en terre cuite.

J’ai pensé que le service de communication du Président aurait pu conseiller à ce dernier d’illustrer son discours en sortant de sa poche une petite miniature. L’apparition de cette dernière aurait sans doute eu plus d’impact que les développements sur les roues des autos des services secrets qui ont introduit beaucoup de confusion.

Ertl Iowa...Made in China !
Ertl Iowa…Made in China !

Mais quelle petite auto choisir ? S’il avait sorti une petite auto de fabrication actuelle de sa poche, ses détracteurs n’auraient pas manqué de lui faire remarquer qu’elle était fabriquée en Chine ! un comble.

Du solide, de l’américain…

Alors pourquoi de pas choisir un jouet automobile de fabrication ancienne, d’une marque américaine ? Dans l’histoire du jouet automobile, les Américains se sont singularisés en proposant des jouets injectés en fonte, dénommés “Cast Iron””.

Ces jouets possèdent les caractéristiques du pays : solides, invulnérables mais pas toujours très fins. Ce matériau n’autorise pas toutes les finesses de gravure que l’on peut obtenir avec des produits injectés en plomb et surtout en zamac.

Arcade et Hubley furent les deux fabricants les plus connus. J’ai sélectionné quelques exemples caractéristiques. La technique de fabrication est particulière : deux coques sont assemblées et maintenues la plupart du temps entre elles par une calandre. Le résultat est assez grossier : la jointure jamais parfaite des deux coques laisse apparaître un vide. Cela déconcerte certains collectionneurs européens peu habitués à ce type de produit.

Ce style de fabrication ne connaîtra pas de succès ailleurs qu’aux Etats-Unis. La seule exception est la firme suédoise AB Skodlund & Olsen, qui malgré une belle dextérité dans la fabrication, n’arrivera pas à convaincre la clientèle suédoise, pourtant très sensible aux produits de style américain.

Notre Président américain risquerait donc également avec ce type de jouets de déclencher railleries et quolibets de la part d’observateurs étrangers.

Made in …Mexico !

Tootsietoys GMC car "Trans America" et Graham
Tootsietoys GMC car “Trans America” et Graham

J’ai pensé alors à une Tootsietoys. Voilà bien une firme américaine qui a rivalisé, avec brio, avec les productions européennes et ce bien avant la seconde guerre mondiale. De plus, elle synthétise la conception américaine de l’industrie.

Baisser les coûts de fabrication en produisant en masse des modèles simples. L’emballage a très tôt fait l’objet d’économies d’échelle. Cela n’a pas empêché la firme de Chicago de nous proposer de beaux jouets.

Oui, mais voilà, bien avant les autres firmes de jouets américaines, Tootsietoys a délocalisé au Mexique pour produire moins cher ! L’entreprise a créé une firme presque homonyme “Tutsitoys” qui reprenait une partie des modèles du catalogue des années soixante.

Les modèles produits ont du charme avec leurs couleurs un brin criardes, et aussi leurs publicités typiquement mexicaines ( par exemple Pemex le pétrolier mexicain ).

Mais au regard de la tension entre les deux pays, cela ne me semble pas un bon choix.

Le plastique “made in USA”, grandeur et décadence.

Alors finalement, pourquoi ne pas sortir devant les journalistes un jouet automobile injecté en plastique ? L’industrie américaine a très tôt utilisé ce matériau dérivé du raffinage du pétrole. Avant la guerre on trouve déjà des modèles en plastique.

Des firmes comme Renwall ou Allied ont produit de superbes modèles en plastique, un brin futuristes, d’une qualité de fabrication digne de jouets en zamac.

Cette technique de fabrication est assez facile à exporter car moins contraignante que celle consistant à injecter du zamac. De ce fait, Marx et d’autres grands distributeurs américains vont très rapidement se tourner vers le Canada  au départ puis vers l’Asie pour produire à bas coût ces jouets en plastique qui iront inonder le marché américain.

Ce sont donc des compagnies américaines qui seront responsables de l’importation massive. Cette déferlante aura pour effet de faire disparaître la plupart des fabricants américains de jouets en plastique.

Renwall, un des plus connus se tournera vers l’injection en zamac, puis disparaitra.

S’il n’en reste qu’une…

Pourtant, il existe des firmes américaines qui ont résisté à la tentation de la délocalisation. Ce ne sont pas les plus importantes, mais Winross est un bon exemple. D’ailleurs sur ses boîtages la firme américaine revendique fièrement: “made in USA” et ce savoureux texte, expliquant  que le modèle reproduit un véhicule circulant sur les routes de “notre grand pays”.

Winross (USA) White 3000 fourgon "Maine Public Service Co" avec boîte "our great country"
Winross (USA) White 3000 fourgon “Maine Public Service Co” avec boîte “our great country”

Ses concurrents américains pour les modèles publicitaires, comme Ertl, ont déserté le pays depuis longtemps. Ertl a suivi Hot Wheels et Road Champ en Asie.

Le Président Trump aurait donc pu sortir de sa poche un camion Winross, c’était un bon choix.

Winross avait d’ailleurs déjà mis un pied dans la politique en 1972, lors de la campagne présidentielle qui avait vu s’affronter les candidats Nixon et McGovern. Elle avait alors édité une série de camions White aux couleurs des deux candidats et de leurs partis respectifs.

Dans une autre logique nationaliste, elle avait produit pour le bicentenaire de l’indépendance du pays en 1976, une série de 50 camions aux couleurs de chacun des Etats qui forment le pays.

L’industrie du jouet est à l’image des autres secteurs de l’économie. La délocalisation de la fabrication des jouets, en Asie, a ainsi fait disparaître une partie des acteurs aux Etats-Unis mais aussi chez nous. C’est ainsi. Tootsietoys produira ce beau produit pour U-Haul  à Hong Kong et  Blue Box cette Oldsmobile indiqué “Cadillac” sur la boîte. On pouvait se permettre ce genre d’approximation dans ces années-là.

Que faire ? Baisser les coûts et augmenter le profit telle est l’équation d’un patron. Tous les moyens sont bons. Certains résistent courageusement. Il fallait juste le souligner.

J’aurais pu commencer par un détail. Regardez la casquette du Président américain. Tout son programme est résumé sur l’avant de sa casquette “Make America great again”. On peut donc sous-entendre que l’Amérique a perdu sa splendeur et qu’il lui faut la regagner.

 

Oh celle-là, elle est moche !

Oh celle-là, elle est moche !

“Oh celle-là, elle est moche ! Je ne comprends pas que l’on puisse l’acheter ! Qu’en pensez -vous ? Ne me dites pas qu’elle vous plait !”

C’est ainsi qu’un client s’exprimait à la boutique au sujet d’une auto, un jouet américain de la marque Barclay, un véhicule en forme de bouteille de lait, réduit à l’échelle du 1/43 environ. En voyant l’objet sur mon bureau, dérouté, cet amateur de Solido et de Dinky Toys s’était laissé aller à émettre cet avis résolument tranché.

Je me suis juste permis de lui faire la remarque suivante : “Il serait plus juste de dire que le modèle ne vous plaît pas” .

En fait cette réaction est des plus logique. Lorsque l’on n’a pas toutes les clefs, on laisse plus facilement parler ses émotions. Devant cet objet inconnu et de forme étrange, notre homme avait eu une réaction de rejet.

“ouvrir les yeux des collectionneurs”

Je me souviens que je n’appréciais pas la peinture du douanier Rousseau. Comme mon client, j’avais de grandes réserves sur l’intérêt de ce peintre.

Pourtant, poussé par la curiosité et par l’envie de comprendre je suis allé au musée d’Orsay découvrir l’exposition qui lui était consacrée il y a quelques temps. Ce fut une superbe découverte. Tout d’abord , il faut saluer le travail des commissaires des expositions de ce musée. Ils rendent passionnante la moindre exposition. Nous sommes repartis emballés par cette visite. Surtout nous  avons découvert l’univers d’un artiste. Sachant qu’il s’inspirait des catalogues des grands magasins de l’époque pour y trouver ses décors, j’ai constaté que pour représenter ses navires, avions ou dirigeables il avait pris pour modèles les jouets figurant dans les catalogues d’étrennes. Ceci n’était pourtant pas mentionné dans les passionnants commentaires.

Le blog est donc un formidable outil pour ouvrir les yeux des collectionneurs sur des produits qu’ils n’auraient pas regardé dans d’autres circonstances. Il ne s’agit pas d’inciter à collectionner tel ou tel produit mais simplement de donner des clefs afin de mieux comprendre. Petit à petit, je constate que de nombreux amateurs s’intéressent à des productions qui leur étaient inconnues.

Pour ma part, ce sont les petits ouvrages japonais de M. Noboru Nakajima, édités au milieu des années soixante-dix qui furent le déclencheur de ma curiosité pour l’univers de la miniature automobile. Ils m’ont révélé la diversité et surtout la dimension abyssale de cet univers. Une vie entière ne suffirait pas à tout étudier.

On est admiratif devant la volonté qu’a eu M. Nakajima de rassembler ces miniatures. N’oublions pas qu’à son époque internet n’existait pas. Il fallait beaucoup de courriers pour concrétiser achats et échanges. On sait que ce dernier a beaucoup pratiqué par échange, comme beaucoup de collctionneurs de cette époque. Et là cela renforce mon admiration.

La course aux “Slush”

Voici donc quelques modèles en “slush” que j’ai acquis récemment, et que je tenais à vous présenter. (voir le blog consacré à ces modèles publié précédemment).

Chaque année, lors de mon voyage outre- Atlantique j’ai pour challenge de complèter ma collection de “slush” (modèles injectés en plomb)

Mes préférées sont les autos de course.(voir le blog consacré  à ce sujet)

Voici quelques exemplaires qui sortent des sentiers battus. Outre les couleurs vives, caractéristiques de ces jouets, c’est l’échelle de reproduction, peu fréquente qui m’a impressionné.

La Miller de chez Lincoln est au 1/41 environ.

L’étrange “Bearcat” de chez Kansas est reproduite à une échelle similaire. Le dessin original et, disons-le, rustique, contraste avec la belle Miller.

La Barclay équipée de son système d’éclairage est également rare. En fait c’est cet équipement qui lui confère sa rareté. On appellera cela “version luxe”.

Enfin, la Tip-Top Toy est une firme des plus intéressantes qui n’a rien fait comme les autres. Toute sa production, de belle qualité, s’identifie facilement. C’est Ferd Zegel qui m’a éclairé sur l’intérêt de cette firme. J’ai bien compris le message et je ne laisse jamais passer l’opportunité d’acquérir un modèle de cette marque quand l’occasion se présente.

Des modèles de taille XXXL

Savoye est également une firme intéressante, comme Tip-Top Toys. Ses productions sont reconnaissables aux jantes en bois peintes de couleur rouge dont le dessin est très particulier.

J’ai découvert le véhicule que je vous présente ce jour dans le livre de M. Noboru Nakajima puis dans celui de Philippe Moro et Mick Duprat consacré aux bus et aux cars en miniature. C’est un ouvrage plaisant à feuilleter dotés de superbes photos où les modèles sont mis en scène au milieu d’autres objets. Les photos prises par M. Duprat m’ont inspiré plus tard pour le blog.

L’objet est un incroyable tracteur semi-remorque …autocar. Sur les flancs de la semi-remorque la gravure “motor coach” est évocatrice. On imagine un intérieur cossu, douillet. Dans la réalité ce type de véhicule n’a pas connu le succès. Il est à rapprocher du Nite à deux étages, tout aussi surprenant. (voir le blog consacré aux modèles futuristes  américains).

Je ne collectionne pas les variantes de couleurs sur ce type de produit. J’ai pourtant fait une exception avec ce modèle. Il m’a été impossible de trancher entre les deux couleurs que je venais de dénicher ! On trouve les excuses que l’on peut pour garder un modèle .

Restons dans les véhicules utilitaires. Ce camion “Mack” équipé d’une caisse fourgon est impressionnant. Il est rare. Cela s’explique aisément. Le fabricant, peut-être Barclay, a dû essuyer de nombreuses pertes lors de sa production. Le modèle réduit est démesuré au vu de la technique d’injection utilisée. Lorsqu’on a le camion en main, malgré sa taille et sa forme compacte on saisit toute sa fragilité.

Le camion citerne “Esso Gas” est aussi de taille conséquente, mais on comprend que la fabricant maîtrisait son sujet. La gravure est acceptable.

Les deux camions de pompiers de chez Savoye sont évocateurs d’une époque. Ils semblent sortir d’un autre âge. Les roues de type artillerie, très hautes, empruntées à du matériel hippomobile leur donnent un aspect désuet.

Ces modèles précédent les Savoye équipées des fameuses jantes en bois décrites plus haut. Là, encore, je me souviens fort bien avoir repéré ces objets dans un des ouvrages de M. Nakajima. Les photos étaient en noir et blanc !

La limousine de chez Barclay est également une rare miniature pour la simple raison qu’elle est  reproduite au 1/43 ! Vous avez peut-être cru reconnaitre une Barclay très fréquente qui lui ressemble, mais qui elle, est reproduite au 1/60 !

Nées pour choquer

Pour finir, j’ai gardé deux modèles. Comme mon client, en les voyant, j’aurais pu dire : “Qu’elles  sont moches !”

Si les modèles dits futuristes ne m’attirent pas plus que cela au plan esthétique, ils m’intéressent au plan historique. Ils annoncent le changement qui s’opérera dans les années 70, avec les Hot Wheels et les autres modèles fantaisistes de chez Matchbox. Comme dans l’art, on peut voir un courant se profiler.

Imaginons la tête du dirigeant de Meccano en voyage aux USA dans les années trente devant ce type de modèles. Comment aurait-il réagi ? Sarcasme, moquerie, haussement d’épaules sûrement.

Pourtant dans les années soixante-dix ce type de véhicules fantastiques, voire démoniaques, seront légion et attireront après 1968 un important public, comme si les évènements de cette année avait fait tomber les interdits.

En les voyant, je m’interroge sur les motifs qui ont conduit les fabricants Erie et Futuristic le bien nommé à concevoir ce type de véhicules. N’y a-t-il pas la volonté de choquer, de provoquer ? Je vois dans ces jouets comme une prophétie de chaos.

Ils sont rares. Je ne pense pas que le succès ait été au rendez-vous. Ce qui est sûr c’est qu’ils avaient quelque chose de précurseur. A ce titre, ils méritent une place dans mes vitrines.

Si ces quelques lignes ont pu éveiller votre curiosité de collectionneur, faire évoluer le regard que vous portez sur tout ce que vous ne collectionnez pas, tout ce qui n’est pas Dinky Toys, elles auront atteint leur but.

PS: le nouveau Pipelette (5) est disponible à la lecture sur la page d’accueil du site de l’Auto Jaune Paris. Bonne lecture.

 

 

 

 

 

La gamme Lemeco: un univers à la Prévert

La gamme Lemeco: un univers à la Prévert

Six modèles empruntés à la concurrence dont un bénéficiant d’une réduction d’échelle ; une carrosserie adaptable ; une seule création et encore, il s’agit d’une remorque. Voilà rapidement décrit l’éphémère catalogue Lemeco : c’est une suite disparate de modèles que n’aurait pas renié Jacques Prévert.

L’origine de la marque est assez obscure. On sait qu’elle est suédoise et qu’il y a eu une branche danoise. Le document emprunté au livre danois auquel j’avais participé, “Danske Modelbiler”, de Dorte Johansen sur les productions de ce pays, le prouve. Il semble que la firme ait également produit du mobilier pour des maisons de poupées.

De chez Dinky Toys, Lemeco a plagié l’Austin Devon, la Frazer Nash, la Willys jeep et bien sûr la Ford Fordor. (voir l’article consacré à la Ford Fordor de chez Lemeco).

L’Austin Devon et la Ford sont de vrais plagiats. Il est frappant de constater que même le châssis en tôle semble avoir été copié. Il possède les mêmes caractéristiques. Le modèle est légèrement plus gros.

Pour la Frazer Nash inspirée du modèle Dinky Toys, Lemeco a rogné les ailes avant et a rebaptisé l’auto “Bristol”. Il faut savoir qu’ à l’origine l’auto est une BMW allemande qui a été ensuite fabriquée sous licence par Frazer Nash et enfin par Bristol, le constructeur d’avions : quel curieux destin pour cette élégante auto.

Elle a été créée avant la guerre et l’a traversée pour réapparaître ensuite en Grande-Bretagne. La comparaison avec le modèle Dinky Toys est assez intriguante. Le lien de parenté  est évident mais contrairement à l’Austin Devon la réplique est plus petite que son modèle.

La Willys est également une copie du modèle Dinky Toys. Mais, sans doute pour étoffer son catalogue, Lemeco a créé en plus une carrosserie tôlée qui tient davantage du bricolage d’amateur que d’une carrosserie homologuée.

Il faut dire qu’après guerre, cette ingénieuse auto a été mise à toutes les sauces. Lemeco a juste créé cette pièce qui se pose dessus et qui est amovible. Pour l’amateur inconditionnel de la Jeep, le modèle Lemeco, ouvert ou fermé est indispensable. Il est très difficile de lister toutes les versions réalisées par Lemeco sur la base de la Jeep.

J’ai conservé en collection les versions qui sont photographiées : croix rouge, armée suédoise, armée américaine et US Navy. J’en ai vu d’autres mais leur état de conservation ne m’a pas incité à les acquérir.

Signalons que les modèles arborant des finitions au pinceau sont d’origine. En bout de chaîne de fabrication, du personnel spécialisé décorait ces Jeep.

La petite remorque à un essieu, dans le style de celle utilisée pendant la guerre par l’armée américaine et attelée à la Jeep, est une vraie création.

Il est étonnant que Liverpool n’ait pas pensé à la reproduire. Il existe plusieurs variantes de couleur. La logique voudrait qu’elles soient assorties aux Jeep auxquelles elles étaient destinées. Il existe une extrapolation de cette remorque, version cantine militaire,.

C’est à Tootsietoys cette fois que Lemeco a emprunté la carrosserie de son camion Mack citerne. Seul camion de la firme suédoise, le choix de ce modèle et de l’échelle de reproduction (1/75 environ) sont des plus étranges. Lemeco s’est contenté de créer un châssis en tôle qui est clipsé sur les pare-chocs.

On appréciera les variantes de couleurs (couleurs inversées) sur la version “Shell”. J’ai souvenir d’avoir vu il y a fort longtemps une version aux couleurs “Gulf”.

Pour son rouleau compresseur, Lemeco a réduit au 1/75 un rouleau compresseur à vapeur d’inspiration britannique. La ressemblance avec le modèle Minic est frappante.

C’est un produit boudé par les amateurs, à tort je pense. L’univers baroque et bariolé de ces engins de travaux public mérite que l’on s’y attarde. Nos amis anglais sont friands de ce type de produit.

Voilà décrit l’ensemble des modèles produits par Lemeco en zamac. Ils sont visibles sur la couverture de cette publicité Lemeco empruntée à Kaj Wicklander, collectionneur suédois et parue il y a 40 ans dans une éphémère revue suédoise “Toy car”.

Il me faut enfin signaler l’existence d’un autre modèle Lemeco, à une autre échelle(1/87) et produit dans un autre matériau (plastique).

Bien que ne collectionnant pas les modèles réduits à cette échelle je n’ai pu m’empêcher lors d’un voyage en Scandinavie d’acquérir ce garage contenant deux Volkswagen 1200’49 . L’inscription Lemeco est présente au dessus de la porte. Je connais aussi une Willys Jeep à cette échelle.. Comment Liverpool a-t-il réagi à la sortie de ces modèles plagiés ? A ce jour nous n’avons pas d’information fiable sur le sujet.

Si les Lemeco forment un ensemble hétéroclite, les vrais amateurs de curiosités y trouveront leur bonheur. Les avoir en bon état de conservation est une autre gageure. Ne tardez pas ! A l’exception des Ford ils ont des prix raisonnables : une bonne occasion de sortir du cercle des Dinky Toys et d’ aller vers ces charmantes miniatures !

Une auto qui déménage

Une auto qui déménage

« Hi Vincent! come to see me. I have wonderful Tootsietoys’ private labels trucks! » C’est ainsi que m’interpella Steve Butler, l’accent américain en plus, lors de la dernière édition de la convention d’Allentown en Pennsylvanie.

Quinze ans auparavant, visitant sa collection j’avais pu admirer ces Mack Tootsietoys publicitaires.

« Private labels » c’est ainsi que les américains qualifient les modèles promotionnels. Entre-temps, je n’étais pas resté inactif et j’avais pu profiter de modèles mis en vente pour enrichir ma collection. Ainsi, devant l’étal de Steve, un seul modèle a retenu mon attention car j’avais déjà trouvé moyen d’acquérir les autres.

Il s’agissait d’un Mack « B » tracteur semi-remorque citerne « Union Carbide » de couleur argent. Pour être franc, lors de mon tout premier voyage outre-Atlantique, il y a fort longtemps , j’en avais déniché un, mais il était en état très moyen. Je ne l’avais pas conservé. Par contre je me souviens qu’à l’époque il ne figurait pas dans les ouvrages consacrés à ces modèles, mais sa finition ne laissait aucun doute sur son authenticité. Depuis ce temps lointain, c’était la première fois que l’occasion d’en acquérir un autre se présentait.

A côté trônait un « simple »International tracteur semi remorque de déménagement aux couleurs de « Dean Van Lines ».

« Et celui-là, tu l’as ? » me demanda-t-il. A sa manière de poser la question j’ai compris qu’il devait posséder une particularité. Je pratique Steve Butler depuis longtemps, et ce dernier sait se mettre au diapason de son interlocuteur. En regardant de plus près j’ai compris.

La boîte ! Une boîte promotionnelle ! Je n’avais jamais vu cette dernière. On sait que la firme de Chicago ne s’embarrassait pas de fioritures quand elle proposait des jouets. Un cent était un cent. Le camion était vendu sous bulle thermoformée, peu onéreuse et sans aucun attrait pour le collectionneur. De plus, le camion doit être laissé tel quel, car avec le temps une réaction fait que la peinture adhère à la bulle et s’arrache en cas d’ouverture..

Ce camion finira sa longue carrière au Mexique chez Tutsietoys. C’était avant l’heure une manière de délocaliser dans des pays où la main-d’œuvre était bon marché.

 

Un superbe étui décoré à usage promotionnel a été créé avec un GMC dessiné à la place de l’International fabriqué par Tootsietoys. Un détail ! Il est bien possible que Dean Van Lines ait commandé lui-même les étuis en fournissant à l’illustrateur des photos de sa flotte équipée de GMC.

 

Une fois acquis ce bel objet, j’ai pensé à un autre modèle, dont le seul lien avec le camion du jour est le nom de la compagnie de transport. « Dean Van Lines ». C’est une rareté. Il s’agit d’une Kuzma-Offenhauser.

Cela ne vous dit rien ? Normal. Cette auto a couru sous le nom de son commanditaire « Dean Van Lines » cette même entreprise de déménagement.

Je n’ai pas réussi à trouver plus d’informations sur cette relation. Cependant il semble que cette entreprise de déménagement avait trouvé dans la compétition automobile un vecteur publicitaire intéressant. La publicité devait être réservée aux acteurs du monde automobile, fournisseurs et accessoiristes: elle a contourné le problème en engageant des autos sous son nom commercial. Cette pratique m’a semblé innovante et pour le moins  ingénieuse.

Cette auto est assez connue en Europe. Elle a en effet remporté une éphémère épreuve, à Monza, disputée sous le nom de « course des deux mondes ». Cette épreuve opposait des autos disputant aux Etats-Unis les 500 miles d’Indianapolis et les monoplaces engagées dans le championnat du monde de formule 1.

Monza disposant d’un anneau de vitesse, cela rendait possible cette confrontation faisant honneur à la vitesse. En 1957 c’est Jimmy Bryan au volant de la « Dean Van Lines Spécial » qui remporta l’épreuve. Il remporta aussi, sur une auto similaire les 500 miles d’Indianapolis, en 1958.

Cette reproduction en miniature est une rareté. A l’époque l’ auto fit la une des actualités de sport automobile. Pourtant, un seul fabricant l’a inscrit à son catalogue. La défaite infligée par cette auto américaine, n’a pas suscité l’ardeur des fabricants de jouets européens qui ne voyaient pas d’intérêt à la reproduire.

Elle a pourtant intéressé un fabricant italien, E.G.M, de Milan, qui a dû y voir un moyen de se distinguer par rapport à la concurrence. La proximité du circuit de Monza où se déroulait l’épreuve n’est peut- être pas un hasard dans ce choix. J’ai eu la chance de me procurer cet  exemplaire dans une manifestation en Suisse, perdu sur une table. J’en étais tout étonné moi-même, ne la connaissant qu’à travers la photo dans le livre de Paolo Rampini page 396. Je n’en ai  revu  qu’une autre, que j’ai cédée à monsieur Dufour.

Quel étrange lien tout de même, entre ce camion de déménagement et cette monoplace au passé glorieux. Le slogan publicitaire aurait pu être « une auto qui déménage »

 

 

 

L’Amérique rurale

L’Amérique rurale

Je rentrais à mon hôtel situé dans les faubourgs d’Allentown en Pennsylvanie. Comme je traversais le hall, j’ai été attiré par une affiche placardée entre les ascenseurs : elle souhaitait la bienvenue aux participants du rodéo programmé ce week-end.

J’ai l’habitude de venir en Pennsylvanie. Cet Etat n’est pas réputé pour ce genre de manifestation, bien au contraire.

Il est plutôt connu pour sa forte concentration d’Amish, communauté religieuse, plutôt austère et discrète.

Le lendemain matin, au petit déjeuner, j’ai vu la salle se remplir d’une horde de jeunes gens encadrés de personnes plus âgées. Chacun portait les couleurs de son club. Ils étaient encore très jeunes, disons entre 14 et 18 ans. Garçons et filles se préparaient à l’événement dans une ambiance très conviviale. Loin des clichés habituels sur les Américains, ils étaient habillés de manière classique fort sobrement. Autre détail, aucun n’était atteint d’obésité, fléau touchant pourtant de nombreux jeunes Américains.

L’un des cadres arborait un blouson aux couleurs de Santa Fe dans l’état du Nouveau-Mexique. Pas de doute, ils venaient de loin pour cette manifestation itinérante.

J’ai vu dans cette jeunesse une image de l’Amérique, bien éloignée des idées reçues que l’on a en Europe. Les USA sont un patchwork. On oublie vite l’Amérique rurale et sa culture issue des premiers immigrants : la musique folk, les rodéos,  mais aussi les armes à feu.

J’avoue avoir été touché par l’ambiance bon enfant qui régnait. Aucun de ces jeunes n’avait en main un téléphone portable ou une  tablette. Aucun n’est resté rivé devant l’écran de télévision géant installé dans la salle du petit déjeuner. Aucun ne portait de vêtement extravagant ou provocant. Non, il n’y avait que des jeunes gens bien dans leur peau.

Je vais donc vous proposer des véhicules américains ayant pour thème la campagne américaine, des véhicules polyvalents servant de liaison entre la campagne et la ville. Les “pick-up” en sont un parfait exemple.

J’ai aussi rajouté quelques camions à ridelles ajourées, encore moins fréquents que les pick-up. Tous les modèles présentés sont des National Products, une firme basée à  Chicago. (voir l’article sur National Product). Ces modèles ont été créés à la demande des constructeurs automobiles afin de promouvoir leurs véhicules.

On imagine bien la scène lorsque, dans la concession Ford ou GMC, le père de famille qui venait de commander un véhicule se voyait offrir par le vendeur la réplique de sa commande, souvent d’ailleurs dans la couleur choisie.

On constate en effet que sur certains modèles le nom officiel de la teinte est indiqué sur le pavillon.

Ces véhicules sont superbes. Certes, ce n’est pas mon échelle favorite (Ils sont reproduits à des échelles allant du 1/40 au 1/32 environ), mais je les regardais depuis mes premiers voyages aux USA et j’ai finalement  sauté le pas !