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le bruit des castagnettes

Le bruit des castagnettes

Si des Calaisiens vous parlent du pont castagnettes,  ne le cherchez pas sur un plan de la ville de Calais, vous ne le trouverez pas.

Faisons un peu d’histoire.

Le 27 septembre 1944, les allemands font sauter plusieurs ponts de Calais. Lorsque la ville est libérée, le génie militaire installe un pont portatif de type « Bailey » afin de remplacer le pont Gambetta. En 1966 ce pont portatif est finalement installé de manière provisoire pour enjamber le canal d’Asfeld. Il y restera en place jusqu’en 1982.

La structure était fatiguée, les planches disjointes claquaient tellement au passage des véhicules que les habitants l’ont très rapidement nommé « Pont castagnettes ».

Le pont des castagnettes à Calais
Le pont des castagnettes à Calais

Ce pont  permettait de rentrer de la plage les jours d’affluence en évitant les embouteillages. Pour les Calaisiens, le bruit des castagnettes était donc associé à la plage. Cela vous fera peut être sourire. Calais n’a pas l’image d’une station balnéaire. Pourtant avec sa grande étendue de sable fin et ses chalets en bois peint, la plage de Calais déploie un charme bien particulier. Les journées y sont rythmées par les sorties des ferries qui partent pour Douvres. Il est toujours impressionnant de voir ces navires sortir du port et longer la plage à quelques centaines de mètres du rivage. Le temps n’est pas toujours clément, mais il est  bien agréable de manger un cornet de frites, au chaud dans sa voiture en regardant ce ballet. Les jours de beau temps, on peut toujours opter pour une glace « Diego » comme l’ont fait des générations de vacanciers.

Désormais cependant, l’arrivée à la plage se fait en silence.

C’est également cette impression de silence que j’ai ressenti  lorsque ma grand-mère m’a offert un jour de 1970 une Ferrari 312P de chez Dinky Toys. Je me souviens  très bien avoir été surpris par la vitesse et le silence de l’auto lorsque je l’ai lancée. Ce premier lancement finit d’ailleurs tragiquement contre la plinthe  de la chambre, endommageant l’avant de l’auto avant même  que les décalcomanies soient apposées.

Bien plus tard, en lisant les livres de Jean-Michel Roulet consacrés aux Dinky Toys, j’ai appris que l’auto était montée sur des axes aiguilles. Finis les gros axes en acier bouterollés, les jantes en zamac ou   en acier, qui, par leur friction, freinaient le roulement de la miniature.

Je ne savais pas encore que ce type d’axes allait révolutionner le monde de la miniature automobile et marquer la fin des belles miniatures. Je reviendrai, dans le prochain blog sur ce bouleversement avec une surprise de taille pour tous les amateurs de Dinky Toys France.

En attendant, cette Ferrari 312P barquette est de toute beauté, fidèle à l’original à quelques détails prés. Elle reproduit la version engagée par la Scuderia Ferrari en 1969 à Brands Hatch pour l’équipage Pedro Rodriguez et Chris Amon qui termina à la quatrième place.

 

Il est fort intéressant de constater que le prototype en bois que j’ai récupéré reproduit la version qui effectua, une semaine après les 12 heures de Sebring,  les 29 et 30 mars 1969,  les essais préliminaires des 24 heures du Mans 1969 avec le numéro 18.

(voir la vidéo des essais préliminaires où figure cette barquette Ferrari 312P)

En  effet, la version qui avait couru dans le Kent était équipée de deux stabilisateurs supplémentaires au-dessus des passages de roue avant. Ce dispositif assez disgracieux n’a pas été retenu par Dinky Toys. Les prototypistes de chez Dinky Toys  avaient peut être déjà travaillé sur le modèle vu à Sebring,  en début de saison, dépourvu de cet appendice. Ou   alors, il s’est avéré difficile de reproduire de manière réaliste les stabilisateurs, qui dans la réalité n’étaient que deux plaques en acier rivetées à la carrosserie. Les deux explications sont acceptables mais ce ne sont que des hypothèses.

Une rencontre avec un ancien employé du bureau d’étude de chez Meccano m’a éclairé sur la façon de travailler. Il m’a raconté  qu’au cours des années concernées par  la réalisation de cette Ferrari il avait effectué un voyage en Grande-Bretagne avec la personne en charge du marketing. Il se souvenait avoir visité deux écuries de formule 1 : Lotus et Surtees.

On comprend que le bureau d’étude travaillait de manière rigoureuse avec le souci de proposer des autos conformes aux vraies, y compris dans leur décoration.

Notre Ferrari est reproduite fidèlement, le bureau d’étude a fort bien travaillé. Dinky Toys a choisi de proposer les portes ouvrantes, s’épargnant la réalisation du moteur. Ils n’ont pas oublié le rétroviseur et l’arceau de sécurité. Enfin, on peut remercier Dinky Toys France de n’avoir pas cédé aux jantes monobloc en nylon.  Les axes aiguilles qui sont apparus sur les miniatures à cette époque ont poussé les fabricants de jouets à standardiser leurs roues. Dinky Toys nous a gratifié de belles jantes fidèles en plastique chromé, chaussées de pneus en caoutchouc rainuré du plus bel effet. Lorsque le moule arrivera en Grande-Bretagne,  la miniature sera affublée de roues monobloc très laides en plastique.

Signalons enfin une version équipée d’un pilote que j’ai récupérée chez un autre dessinateur du bureau d’étude, M. Malherbe. C’était une bonne idée.

(voir l’article sur un autre prototype vu aux essais des 24 heures du Mans 1969, la Porsche 917L)

Les séries 38 de chez Dinky Toys

Les séries 38 de chez Dinky Toys (première partie)

Récemment, mon père et moi avons fait un constat. Malgré l’internet, cette formidable source de renseignements, malgré l’existence de nombreuses publications, les collectionneurs connaissent de moins en moins les variantes et autres subtilités de fabrication des miniatures qu’ils achètent.

Désormais l’information sur la valeur vénale a pris le pas sur  celle de l’histoire du jouet. Le collectionneur est noyé sous les résultats des prix des ventes aux enchères. Le problème c’est que personne n’est capable d’expliquer et de commenter ces résultats, ni les journalistes qui publient ces chiffres, ni les salles des ventes, en grande partie par méconnaissance. Or, un chiffre sans commentaire n’a que peu d’intérêt.

Pour mieux appréhender une série, rien de mieux qu’une étude des différentes variantes de base. Nous avons déjà abordé dans le blog  cette série par le prisme des catalogues. (voir l’article consacré aux séries 38 à travers les catalogues d’exportation). La série comprenant 6 références, commençons par les trois premières.

 

1/ 38 A Frazer Nash BMW apparue en juin 1939.

Je vous présente le prototype en bois.

Les premiers modèles reçoivent un châssis peint de couleur argent et sont équipés de jantes lisses peintes de couleur noire. Le volant en zamac chromé est plein. Sur certains exemplaires, notamment ceux qui ont été produits juste après la guerre, le rhodoïd servant à figurer le pare-brise est retaillé dans du rhodoïd de récupération.

La seconde variante aux environs de 1949 est reconnaissable au châssis de couleur noire et aux jantes à moyeux peintes, également de couleur noire. Le volant est de couleur noire et ajouré.

La dernière variante est reconnaissable à ses jantes peintes de couleurs vives.

Je distinguerai dans le lot deux couleurs. Prenons d’abord la variante « bleu de Saxe » d’après-guerre, très différente du bleu moyen. Cette couleur  éphémère habillera aussi quelques modèles de la série 36. Prenons ensuite la variante plus rare, celle de couleur bleu violine équipée de jantes bleu clair. Les premiers exemplaires de série avant la guerre mais également les tout derniers seront peints dans cette couleur. Etrange parcours pour cette teinte qui a fait le début et la fin de la production.

 

2/ 38 B Sunbeam Talbot  apparue en 1940.

Le prototype en bois n’est pas répertorié. On retrouve les mêmes déclinaisons de variantes que ci-dessus, c’est à dire d’abord le châssis peint de couleur argent, les jantes lisses en zamac  peintes de couleur  noire et le volant plein. C’est dans cette variante que l’on trouve les versions de couleurs les plus rares. La verte et les grises sont difficiles à se procurer. J’aime beaucoup celle équipée d’éphémères pneus en caoutchouc crantés de couleur blanche, c’est un beau produit.

Logiquement, la seconde variante possède un châssis de couleur noire, des jantes à moyeux peintes de couleur noire et  un volant de couleur noire ajouré.

Enfin, la dernière variante est reconnaissable à ses jantes peintes de couleur vives. La Sunbeam est une des plus réussies de la série, de par sa répartition de couleurs. Le couvre-capote peint dans une couleur contrastée permet des combinaisons plaisantes.

3 / 38 C Lagonda apparue après guerre, en 1946.

Le prototype en bois a malheureusement disparu.  Du fait de son année d’introduction, il n’existe pas de variante de châssis et de volant. La seule variante concernera la couleur des jantes.  Bien évidemment elles sont toujours à moyeux. La Lagonda de couleur bordeaux, sûrement la première couleur, est des plus réussies. L’harmonie avec les banquettes de couleur bleue est superbe.

La dernière variante est reconnaissable à ses jantes peintes de couleurs vives.

A suivre.

 

Des Dinky Toys au pays des Helvètes

Des Dinky Toys au pays des Helvètes

Ce catalogue m’a fait comprendre toute l’importance  de la documentation. De quoi s’agit-il ? D’un catalogue Dinky Toys d’exportation pour le marché américain, daté de 1954.  Le collectionneur curieux que je suis apprécie ce type de document. Les catalogues des fabricants de jouets conçus  pour des marchés  d’exportation possèdent des particularités. En faisant preuve d’observation, on repère des détails qui prennent une valeur particulière et peuvent parfois expliquer bien des choses.

J’ai ainsi sélectionné la page avec les séries dites « 38 ». Pour les collectionneurs anglais, ces autos sont des classiques. Pour les français, elles sont très attractives car elles n’ont jamais  été importées chez nous. Notons enfin que cette série consacrée aux cabriolets est fort plaisante. Elle marque avec la série 39 consacrée aux autos d’origine américaine, un vrai virage à Liverpool.En effet, ces autos sont tout de suite identifiables et portent d’ailleurs le nom du constructeur sur le châssis en tôle.

J’ai mis en parallèle  une autre  page consacrée à cette série  provenant d’un catalogue Dinky Toys, cette fois destiné à la Suisse et daté aussi de 1953-54.

C’est mon ami Charles qui m’avait trouvé ce superbe document et qui m’avait ouvert les yeux sur la beauté du graphisme. Pour ma part, j’avais été attiré par la couleur sachant que les Anglais n’avaient jamais reproduit  cette série en couleur sur des catalogues. Et pour cause, cette série est apparue à l’aube de la seconde guerre mondiale, en  juin 1939. ! La Lagonda, l’Armstrong  Siddeley et la Jaguar  complèteront la série en 1946. Mike Richardson pense que ces autos ont  été supprimées du catalogue anglais en 1950. A l’exportation,  elles survivront six années de plus !

J’ai  choisi de vous montrer ces modèles dans une version pimpante avec les jantes peintes  de couleurs vives et non en noir.

Nos amis collectionneurs anglais aiment beaucoup ces versions car  elles n’ont jamais été distribuées en Grande-Bretagne.

Dans la version suisse, un détail doit vous choquer. Il n’y a que 5 autos. Il manque la Jaguar SS100.  En fait, la marque Jaguar est très populaire outre-Atlantique, et on peut supposer qu’Hudson Dobson, l’importateur américain,  a gardé l’exclusivité de la production de Liverpool pour son marché américain. La jaguar est d’ailleurs présente dans le catalogue américain.

On la trouve jusque dans le catalogue 1956-1957 ! C’est dire comme elle devait être populaire, elle est la seule qui subsiste encore à cette date avec l’Armstrong Siddeley. Comme la Jaguar, sa création est postérieure à 1946. Le moule des autres modèles devait commencer à fatiguer sérieusement. Le premier retrait au catalogue de 1955 fut La Sunbeam Talbot.

Un détail m’avait  échappé, il est rarement relevé. Sur les catalogues américains, les modèles de la série 38 sont renumérotés de 100 à 105. Cette nouvelle numérotation annonce le nouveau système de numérotation mis en place pour la série suivante constituée d’adorables cabriolets anglais.

Ces catalogues, fort instructifs nous montrent aussi que les versions compétition ont devancé les versions civiles. C’est Hudson Dobson qui sera le précurseur, en demandant  à Liverpool de livrer la MG TF sans décoration et sans personnage, avec un étui spécifique et une référence particulière: 129.

Cette version sera vendue 85cents comme les autres modèles de la série 38, ou plutôt,  si on veut être puriste, série 100 aux USA.

Ce fut un beau tour de force de la part d’Hudson Dobson d’obtenir ce prix pour une nouveauté. Il est certain que le personnage a été sacrifié dans une recherche d’économies. Les catalogues pour Hudson Dobson sont repassés au noir et blanc, il n’y pas de petites économies.

Je reviendrai en détail sur chaque référence de la série 38.

C’est un clin d’œil à Charles que ces quelques lignes, lui qui m’avait fait découvrir ce type de documents qu’il appréciait beaucoup. Je revois ses yeux d’enfant  devant ces pages en couleur. Charles Prieur  est décédé le 5 février 2017.

Rêve de Buick !

Rêve de Buick !

Je n’ai pas acquis ce modèle directement : elle provient d’un tiers qui se l’est procuré auprès d’une personne travaillant au service marketing (études de marché) de chez Dinky Toys.

Ce tiers avait d’ailleurs acquis auprès de la même personne de nombreux accessoires : des pare-brises de new yorker, de grandes planches de décalques « Calberson » (les derniers étaient en décalque) ainsi que des écussons de pompiers de la ville de Paris.

La finition de cette auto est la même que celle d’une Buick classique : même pochoir, placé au millimètre et pas de finitions argentées au pinceau. J’essaie ainsi d’établir un classement des essais de couleur. Ce type de production, avec une finition identique au modèle de série, est évidemment la plus intéressante, et la plus désirable. A l’aune de mes rencontres et de mon expérience, je m’autorise à penser que ces modèles ne sont pas uniques.

En fait, je ne serai pas surpris de voir un jour apparaitre une autre Buick Roadmaster de cette couleur… : ces autos ont été finies sur une chaine de montage comme les autres Buick et n’ ont pu être faites à la pièce : elles font partie d’une série ;

si l’on connaissait le nombre d’autos accrochées sur le support lors de la peinture…et on connaîtrait le nombre exact d ‘autos faites dans chaque couleur.

Les couleurs de notre modèle ont été empruntées à deux autres modèles le rouge est celui du Delahaye grande échelle et, le bistre du pavillon est celui de la Studebaker Commander .

Par-delà l’Hudson

Par-delà l’Hudson

Il y a des autos miniatures qui évoquent immédiatement des souvenirs. Collectionneurs, nous avons tous notre jardin secret. Pour ma part, je range dans ces modèles l’Hudson Commodore, et plus particulièrement une couleur peu fréquente de cette dernière.

Si la passion pouvait se mesurer au nombre de kilomètres parcourus afin de ramener un objet convoité, je pense que cette aventure servirait de graduation maximum !

Revenons vingt ans en arrière. L’histoire commence par une simple lettre. Le timbre à l’effigie de la reine d’Angleterre collé dans le coin supérieur droit de l’enveloppe permettait d’en identifier immédiatement la provenance. La lettre était accompagnée d’une photographie en couleur qui lui conférait tout son intérêt. Il faut bien se dire qu’à l’époque, faire une photographie d’un modèle exigeait d’avoir un appareil à objectif macro. Mieux valait s’abstenir en l’absence de cet accessoire, car le résultat annihilait toute envie d’acquisition. Aujourd’hui, avec un téléphone portable, vous pouvez déjà obtenir un cliché très satisfaisant !

L’expéditeur, mon ami Simon Haley, tenait commerce au pays des sœurs Brontë, dans le nord de l’Angleterre entre Manchester et Leeds. Il m’écrivait pour m’informer qu’il avait acquis une surprenante couleur de l’Hudson Commodore.

 Le pavillon traditionnellement rouge clair était d’un ton chocolat du plus bel effet. La teinte du bas de caisse semblait également différente. Il me garantissait dans sa lettre d’accompagnement l’authenticité du modèle, ce dont je ne doutais point. Photo en main, j’ai décroché mon téléphone. Après un rapide échange, nous avons vite compris que nos calendriers respectifs ne nous laissaient pas beaucoup d’alternatives pour nous rencontrer.

Avec mon père, nous en avons conclu que nous pouvions aller voir ce modèle en profitant d’une manifestation qui se tenait en Allemagne ! Il suffisait de partir un jour avant, de faire le détour par Calais, monter dans les Highlands, entre Leeds et Manchester, puis redescendre et repartir pour Aix-La-Chapelle ! Et comme disait mon père : « A deux conducteurs c’est plus facile ! ».

Partis dans la nuit, la traversée se fit sans encombre, jusqu’au Dartford Tunnel. Nous avions rendez-vous avec Simon vers la mi-journée, ce qui permettait de rejoindre Douvres en fin d’après-midi. Nous n’avions pas prévu qu’un terrible carambolage impliquant plusieurs dizaines de véhicules surviendrait sur la M25 et qu’il conduirait à fermer totalement cet axe vital de Londres, toute la circulation devant alors s’écouler par une seule sortie.

Un cauchemar qui, dans le contexte routier anglais, prit vite une ampleur inconnue chez nous. A midi, nous étions encore dans la banlieue de Londres au lieu d’être chez mon ami Simon, à plus de 400 km de là ! Nous nous arrêtions régulièrement pour le tenir au courant de notre heure probable d’arrivée, sans cesse remise en cause car les embouteillages se succédaient.

Nous avons finalement touché au but vers 18 heures. Il nous avait gentiment attendus et la miniature était superbe. Munis de notre précieuse acquisition, nous sommes arrivés en Allemagne en pleine nuit et pas très frais.

Une fois rentrés en France et l’auto en vitrine, nous ne gardions en souvenir que les bons côtés de ce périple mais il explique sans doute pourquoi l’Hudson Commodore tient une place particulière dans mes Dinky Toys anglaises.

(lire la suite sur l’Hudson Commodore)