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Mystères à Buenos Aires

Mystères à Buenos Aires.

L’industrie automobile française s’est peu exportée. C’est une réalité que les collectionneurs de jouets automobiles peuvent aisément constater en regardant les vitrines de miniatures. C’est éloquent. Les représentations de marques françaises sont assez rares chez les fabricants de jouets étrangers.

A l’inverse, le succès commercial allemand depuis les années 50 se traduit par un nombre très important de reproductions miniatures de Mercedes et de Volkswagen et ce dans tous les pays du monde. On peut faire le même constat avec les autos de fabrication américaine, sur cette même période, car à compter des années 70, elles n’ont plus la même aura.

Les autos françaises sont bien présentes, concentrées sur les marchés moyen et bas de gamme. Prenons l’Espagne. La FASA (fabrication d’automobiles société anonyme) est créée en 1953. Petit à petit Renault deviendra en Espagne le premier constructeur devant Seat.

De la 4cv à la Dauphine, toutes les Renault ont été fabriquées en Espagne, sauf les R15, 16, 17 et 20. On comprend que Renault n’a pu s’implanter sur le marché qu’en créant une entité locale. A l’image de très nombreux pays, l’Espagne a favorisé le montage sur place en taxant fortement les importations. Il fallait fournir du travail à la population pour développer le pays. Cette même logique économique s’applique à l’industrie du jouet.

Poch a réalisé la peinture, le montage, et la distribution en Espagne d’un certain nombre de Dinky Toys françaises, reproduisant des modèles de la régie Renault. Jefe a fait de même avec les Renault 4cv et les Dauphine de chez Lion Car en louant l’outillage à l’entreprise implantée aux Pays-Bas. (voir le blog consacré à ces autos)

On retrouve le même schéma en Argentine. C’est en 1955 qu’est créée l’usine de Santa Isabel. La Dauphine y est assemblée dès 1960.

Buby, qui est le fabricant de miniatures argentin le plus renommé ne manque pas d’inscrire la voiture à son catalogue, pour le plus grand plaisir des collectionneurs et occasionnellement des petits Argentins.

Ces derniers pourront reproduire les dérapages “sauvages” de l’auto sur les trottoirs de Buenos Aires, surtout si leur papa conduit la version « Gordini ».

Comme la plupart des Buby de cette époque, la miniature est réduite à une échelle légèrement supérieure au 1/43. C’est un modèle peu fréquent.

Cependant la Volkswagen 1200 de 58 sortie peu de temps avant chez Buby est bien plus rare encore. Je peux avancer une explication : le modèle Buby devait être confronté à une telle concurrence que la firme argentine a arrêté sa fabrication bien avant celle de la Dauphine qui a connu, elle, une belle carrière et un grand nombre de variantes, dont les versions “course”.

La Renault 4L est le deuxième modèle produit sur les chaines de Santa Isabel, mais Buby ne l’inscrira jamais à son catalogue.

Le modèle suivant est la R6, en 1969. Renault est désormais majoritaire dans le capital de l’entreprise de Santa Isabel, et depuis 1967 l’entité a changé de nom. De Kaiser Argentina Renault, elle est devenue IKA .

Et la miniature ? Grâce à José Andrade, je viens de faire une découverte des plus intéressantes. Sachant que j’étais amateur de Buby, ce dernier m’a proposé il y a quelque temps une R6 en boîtage promotionnel.

Bien que la boîte soit incomplète, son authenticité ne fait aucun doute. La vraie surprise vient de la miniature qu’elle contient, et d’abord de sa couleur : caramel.

Comme le modèle photographié sur la boîte. Cette couleur ne vous rappelle pas quelque chose ? Cherchez bien. Il s’agit d’une autre Renault, produite aussi en 1969 à….Bobigny ! Oui, la Renault 12, mais aussi la fameuse Renault R8S.

Mon premier réflexe fut d’ouvrir le capot. Et là j’ai eu la confirmation du lien avec Bobigny, grâce à la couleur vert foncé du bloc moteur, identique à celui du modèle produit en série

Pour l’article j’ai sorti une version qui provient de M. Malherbe du bureau d’études. Sur les modèles de présérie le moteur  est fini de couleur brique satiné.

La finition au pochoir de ce dernier ainsi que la calandre ne laisse planer aucun doute sur l’authenticité du modèle. De plus, l’année 1969, date de sortie chez Meccano de la R12 et donc de l’utilisation de cette teinte très à la mode à cette période correspond à celle du lancement en Argentine de l’auto.

Nous connaissions tous la Renault 6 de chez Buby. Depuis très longtemps nous avions remarqué la grande similitude avec le modèle Dinky Toys.

L’œil du collectionneur avait remarqué que Buby avait gravé sur la malle arrière le logo Ika Renault.

J’avance l’idée selon laquelle Renault Argentine, pour le lancement de sa R6, aurait commandé en France un petit nombre de modèles finis de couleur caramel et avec ce boîtage particulier.

Les droits de douane ont sûrement conduit à limiter cette importation au strict nécessaire, destinée peut-être à la presse pour la présentation du modèle. Dans un deuxième temps, on peut penser que Buby et Dinky Toys se sont rapprochés afin de trouver une solution. Dinky Toys ayant par la suite envoyé le moule en Espagne, on peut imaginer que Buby avait commandé une sorte de duplicata de moule à Bobigny.

J’écarte l’hypothèse d’une copie sans autorisation du modèle Dinky Toys. La régie Renault pourrait avoir participé à cette opération, en rapprochant les deux parties. Le mystère demeure.

les autos sont quasiment identiques. On ne voit que deux différences : les clignotants latéraux et les grilles d’aération sur le montant arrière du hayon qui peuvent s’expliquer. En effet, la vraie R6 produite par IKA Renault en Argentine semble en être dépourvue.

La petite encoche découpée devant le pare- brise s’explique par le fait que Buby avait abandonné le système d’ouverture du capot créé par Bobigny ( il fallait pousser le volant pour activer l’ouverture du capot sur le modèle français).

La seule variante importante, qui ne se voit qu’en ouvrant les portes, est le système de fixation par deux points de sertissage des portières sur les articulations.

Pourquoi Buby a- t’-il fait si compliqué ? C’est ici que réside pour moi le second mystère. Car l’étude des châssis est confondante, ils sont strictement identiques. Même la correction faite chez Meccano, surcharge sur le chiffre 6, apparaît sur le modèle Buby.

C’est le genre de découverte qui fait le bonheur du collectionneur.

Pour l’occasion j’ai sorti quelques variantes de la R6 Buby. J’avais évoqué la fantastique version «carrera» (voir le blog consacré à ce modèle).

Le premier boîtage, sur fond rouge est moins fréquent que celui sur fond jaune et rouge. Les premiers modèles reçoivent des jantes en plastique chromé. Ensuite, ces dernières sont injectées de couleur noire.

Un détail mérite d’être mentionné. Si vous ouvrez les portes et le capot , vous serez surpris de constater que les intérieurs des portes et du capot moteur reçoivent une finition noir mat. C’est tellement surprenant que sur le premier exemplaire approché j’ai cru à une finition « main » du précédent collectionneur. Pas du tout. Les exemplaires du début sont ainsi finis, une finition “luxe” sur une miniature populaire en quelque sorte.

 

Lennart, une histoire d’amitié.

Lennart, une histoire d’amitié.

C’est un trajet que je redoute. La route qui ramène de Londres en France est semée d’embuches. Il faut prévoir large si l’on veut être à l’heure pour attraper son bateau ou sa navette. A chaque fois c’est une course contre la montre. On a vite fait de rester à quai une heure ou deux en cas d’échec.

En ce samedi 25 mai 2019 cela s’est bien passé. Avec M. Dufour qui m’accompagnait, nous avons même pu avoir la navette précédente. Même lorsque le précieux sésame d’embarquement est enregistré, il faut encore franchir les postes de douane et parfois, la navette s’envole car les formalités ont trainé.

Cette fois c’est bon. Nous avons même cinq minutes d’avance, et le frein à main serré, le moteur arrêté, j’en profite pour sortir mon téléphone. C’est une chose que je ne fais pas en temps normal car j’essaie d’éviter la dépendance à l’outil.

Mais ce jour, j’attends des nouvelles de Patrick l’informaticien qui doit dépanner le site hébergeant le blog. Je me contente de survoler la liste des noms des gens qui m’ont écrit. Là, je vois le prénom d’un ami suédois.

Intrigué, j’ouvre le message. Il m’apprend que notre ami commun, Lennart Elmqvist, est souffrant. Cette nouvelle vient ternir la joie que j’avais éprouvée pour avoir attrapé ma navette au vol. Elle vient me rappeler combien nous sommes fragiles et éphémères et comment il faut savoir relativiser les choses.

Elle me replonge instantanément dans le passé. Celui des belles rencontres que j’ai faites durant mes voyages en Scandinavie. C’est la passion de la marque Tekno qui m’avait poussé à aller chercher sur place ce que je ne trouvais pas ici.

C’est là que j’ai rencontré trois personnes formidables. Elles étaient toujours ensemble. Inséparables.

Gunnar, l’organisateur de la bourse de Göteborg nous a quittés en 2004. (voir le blog “mon ami Gunnar”).

Lars avait pris ses distances avec la collection et évolué vers d’autres centres d’intérêts. Mais la passion des miniatures l’a repris.

Lennart, lui, a continué. Il a constitué une très belle collection . C’est un amateur de belles choses. En fin connaisseur, il sait apprécier nos Dinky Toys France et bien sûr les Tekno.

C’est Lars qui m’a envoyé le message m’annonçant les soucis de Lennart. Et je me mets à réfléchir à la définition que je pourrais faire “d’un ami collectionneur”. Intéressante question. Voyons le contexte.

Désormais, l’argent est roi. Il s’affiche partout. Prenez les revues spécialisées dans le domaine de la collection, les pages sont remplies de chiffres avec des zéros, sans qu’on trouve l’analyse qui pourrait les justifier. Tout est argent.

Les sites de ventes aux enchères en ligne se sont multipliés, permettant à n’importe qui de tirer le meilleur prix des objets qu’il a à vendre et de profiter ainsi de la compétition entre collectionneurs.

Heureusement, le monde de la collection n’est pas encore entièrement contaminé par cette course au profit. Il reste des amateurs qui, lorsqu’ils cèdent une miniature, s’intéressent surtout à l’endroit où elle va aller et au plaisir qu’elle va procurer à l’ami collectionneur.

Quand Lennart rentra un lot de miniatures provenant de la concession Volkswagen de Stockholm tout nouvellement créée (1963), c’est avec un réel plaisir qu’il a partagé avec moi sa découverte. J’ai encore son courrier.

Collectionneurs de Tekno nous n’avions pourtant jamais entendu parler de ces modèles hors-commerce.

J’ai fait un blog relatant une partie de cette histoire que je vous invite à relire. (voir le blog Scania Vabis).

Avec ce coffret cadeau Scania Vabis, il y avait aussi trois miniatures exceptionnelles. Trois Volkswagen bien sûr. Une 1200 et deux 1500. Les couleurs étaient connues, classiques. Par contre elles portaient chacune une inscription (jour, mois, année) sur le pavillon et l’inscription “Centrum”.

D’après Lennart il semblerait que ces autos aient été distribuées pour l’inauguration de cette très grande et toute nouvelle concession Volkswagen dans la capitale suèdoise, Stockholm. Le nom “Centrum” indique bien l’emplacement du garage.

Pour l’occasion, le propriétaire avait commandé à Tekno une série de Volkswagen  avec  le nom du garage et une date sur le pavillon. On peut peut penser que les festivités ont été organisées à ces dates.

Connaissant ma passion pour cette firme, Lennart accepta de m’échanger deux des trois modèles. Il garda dans sa collection la Volkswagen 1500 de couleur bleue, portant la date du “16.9.1963”.

S’il n’y avait pas eu de l’amitié entre nous, jamais il ne m’aurait cédé ces deux miniatures. S’il avait voulu en faire une question d’argent, il en aurait tiré un beau prix en les mettant aux enchères. Il n’a pas cédé aux sirènes du profit facile.

Mais ces autos, il sait où elles sont, et resteront. Elles lui survivront et me survivront aussi. Elles ont une histoire, elles symbolisent un peu l”amitié entre deux hommes qui va bien au-delà de l’intérêt de ces modèles.

Pour faire honneur à Lennart, qui apprécie ces modèles, j’ai rassemblé quelques autres Volkswagen 1200 pour accompagner la version “centrum”.

C’est une très belle série. En 1958 Tekno a offert une belle version, réduite au 1/43, contrairement à la version de 1954 (vitre ovale) qui était réduite au 1/50 environ.

La version “Centrum” de 1963 est une “mise à jour” de la version de “1958”. Comme sur la vraie voiture, des clignotants sont apparus sur le haut des ailes avant. Les feux arrière ont aussi été modifiés et positionnés plus haut. Enfin Tekno a modernisé sa miniature en adaptant un aménagement intérieur en plastique et une suspension.

Tekno a vu là un moyen habile d’adapter son modèle à de nombreux marchés locaux qui utilisaient cette auto pour leurs services publics : police, services postaux.

Je n’ai gardé dans cet article que les modèles contemporains de cette version “Centrum”, donc équipés de ces fameuses jantes en zamac enjolivées d’un insert en acier chromé. Elles sont la signature du fabricant danois.

La collection est un acte individuel. On collectionne pour soi. Mais dans cet univers particulier, on fait parfois de belles rencontres. Et ce sont elles qui donnent une histoire, comme un supplément d’âme à nos modèles réduits.

Alors, lorsque l’on n’a pas de nouvelles d’un ami, on s’inquiète, on a peur de plus revivre de tels moments . C’est un peu égoïste.

Il est temps de dire à Lennart qu’il est à l’origine de mes plus beaux souvenirs de collectionneur. Merci Lennart.

Ce blog devait paraitre Dimanche 16 Juin. Je voulais l’offrir à Lennart. Il est parti ce 11 juin 2019. Je présente à sa famille mes plus sincères condoléances. j’ai laissé le texte  au présent. C’est celui qu’il devait lire.

La gamme Lemeco: un univers à la Prévert

La gamme Lemeco: un univers à la Prévert

Six modèles empruntés à la concurrence dont un bénéficiant d’une réduction d’échelle ; une carrosserie adaptable ; une seule création et encore, il s’agit d’une remorque. Voilà rapidement décrit l’éphémère catalogue Lemeco : c’est une suite disparate de modèles que n’aurait pas renié Jacques Prévert.

L’origine de la marque est assez obscure. On sait qu’elle est suédoise et qu’il y a eu une branche danoise. Le document emprunté au livre danois auquel j’avais participé, “Danske Modelbiler”, de Dorte Johansen sur les productions de ce pays, le prouve. Il semble que la firme ait également produit du mobilier pour des maisons de poupées.

De chez Dinky Toys, Lemeco a plagié l’Austin Devon, la Frazer Nash, la Willys jeep et bien sûr la Ford Fordor. (voir l’article consacré à la Ford Fordor de chez Lemeco).

L’Austin Devon et la Ford sont de vrais plagiats. Il est frappant de constater que même le châssis en tôle semble avoir été copié. Il possède les mêmes caractéristiques. Le modèle est légèrement plus gros.

Pour la Frazer Nash inspirée du modèle Dinky Toys, Lemeco a rogné les ailes avant et a rebaptisé l’auto “Bristol”. Il faut savoir qu’ à l’origine l’auto est une BMW allemande qui a été ensuite fabriquée sous licence par Frazer Nash et enfin par Bristol, le constructeur d’avions : quel curieux destin pour cette élégante auto.

Elle a été créée avant la guerre et l’a traversée pour réapparaître ensuite en Grande-Bretagne. La comparaison avec le modèle Dinky Toys est assez intriguante. Le lien de parenté  est évident mais contrairement à l’Austin Devon la réplique est plus petite que son modèle.

La Willys est également une copie du modèle Dinky Toys. Mais, sans doute pour étoffer son catalogue, Lemeco a créé en plus une carrosserie tôlée qui tient davantage du bricolage d’amateur que d’une carrosserie homologuée.

Il faut dire qu’après guerre, cette ingénieuse auto a été mise à toutes les sauces. Lemeco a juste créé cette pièce qui se pose dessus et qui est amovible. Pour l’amateur inconditionnel de la Jeep, le modèle Lemeco, ouvert ou fermé est indispensable. Il est très difficile de lister toutes les versions réalisées par Lemeco sur la base de la Jeep.

J’ai conservé en collection les versions qui sont photographiées : croix rouge, armée suédoise, armée américaine et US Navy. J’en ai vu d’autres mais leur état de conservation ne m’a pas incité à les acquérir.

Signalons que les modèles arborant des finitions au pinceau sont d’origine. En bout de chaîne de fabrication, du personnel spécialisé décorait ces Jeep.

La petite remorque à un essieu, dans le style de celle utilisée pendant la guerre par l’armée américaine et attelée à la Jeep, est une vraie création.

Il est étonnant que Liverpool n’ait pas pensé à la reproduire. Il existe plusieurs variantes de couleur. La logique voudrait qu’elles soient assorties aux Jeep auxquelles elles étaient destinées. Il existe une extrapolation de cette remorque, version cantine militaire,.

C’est à Tootsietoys cette fois que Lemeco a emprunté la carrosserie de son camion Mack citerne. Seul camion de la firme suédoise, le choix de ce modèle et de l’échelle de reproduction (1/75 environ) sont des plus étranges. Lemeco s’est contenté de créer un châssis en tôle qui est clipsé sur les pare-chocs.

On appréciera les variantes de couleurs (couleurs inversées) sur la version “Shell”. J’ai souvenir d’avoir vu il y a fort longtemps une version aux couleurs “Gulf”.

Pour son rouleau compresseur, Lemeco a réduit au 1/75 un rouleau compresseur à vapeur d’inspiration britannique. La ressemblance avec le modèle Minic est frappante.

C’est un produit boudé par les amateurs, à tort je pense. L’univers baroque et bariolé de ces engins de travaux public mérite que l’on s’y attarde. Nos amis anglais sont friands de ce type de produit.

Voilà décrit l’ensemble des modèles produits par Lemeco en zamac. Ils sont visibles sur la couverture de cette publicité Lemeco empruntée à Kaj Wicklander, collectionneur suédois et parue il y a 40 ans dans une éphémère revue suédoise “Toy car”.

Il me faut enfin signaler l’existence d’un autre modèle Lemeco, à une autre échelle(1/87) et produit dans un autre matériau (plastique).

Bien que ne collectionnant pas les modèles réduits à cette échelle je n’ai pu m’empêcher lors d’un voyage en Scandinavie d’acquérir ce garage contenant deux Volkswagen 1200’49 . L’inscription Lemeco est présente au dessus de la porte. Je connais aussi une Willys Jeep à cette échelle.. Comment Liverpool a-t-il réagi à la sortie de ces modèles plagiés ? A ce jour nous n’avons pas d’information fiable sur le sujet.

Si les Lemeco forment un ensemble hétéroclite, les vrais amateurs de curiosités y trouveront leur bonheur. Les avoir en bon état de conservation est une autre gageure. Ne tardez pas ! A l’exception des Ford ils ont des prix raisonnables : une bonne occasion de sortir du cercle des Dinky Toys et d’ aller vers ces charmantes miniatures !

Chinoiserie milanaise

Chinoiserie milanaise

“Vincent, mon ami, j’è peut-être ouna modèle pour toi. Ma, c’est oune peu spéziale. Les Mercury sont dans la presse. Elles sont faites bien sour en Chine.  eh oui !”

Voilà comment Marco, jovial marchand milanais m’aborda à Birmingham, pour m’expliquer le test que faisait la société Hachette dans quelques villes, dont Varese.

D’ordinaire je ne suis pas intéressé par ce type de marchandise. Pourtant, la bonne humeur de mon ami italien m’a incité à m’attarder. Il m’ a donc sorti le produit de son sac à malices.

J’avoue avoir été sous le charme. Après coup, j’ai cherché à comprendre pourquoi je m’étais laissé séduire par ce produit. Je n’ai plus acheté la moindre reproduction après les Verem des années 80. Enthousiaste au départ, je m’étais vite lassé car la qualité était inférieure à celle des modèles d’époque. Les Dinky Toys Atlas ont permis à de nombreux collectionneurs soit de redémarrer, soit de compléter leur collection à moindre prix.

Tout le monde ne peut pas se payer une couleur rare ou une version promotionnelle. Un collectionneur américain m’a récemment délivré cette réflexion à Sandown Park.

Pourquoi pas? Je reviendrai prochainement sur ce sujet polémique.

Petit miracle, le produit Mercury Hachette est mignon. La peinture n’est pas trop clinquante. J’en discutais avec Jean-Michel Roulet, et, d’après ce dernier, cela n’est possible que parce que la quantité produite a été assez réduite. A l’opposé, les modèles Atlas produits en masse ont nécessité des techniques modernes d’application de la peinture qui donnent cet aspect différent.

Le format du magazine et surtout le graphisme choisi ont fait le reste. Superbe. Tout le savoir-faire et le sens du beau italiens. Une heure après, j’ai montré le produit à mon ami Clive Chick qui a ouvert de grands yeux : lui aussi est tombé sous le charme. Pour celui qui a une culture ancienne de la collection, ce graphisme est parlant. Ceci dit, mon ami Marco semblait dubitatif sur le succès de la série dans la durée. J’étais effectivement curieux de voir comment le grand public italien allait accueillir cela. Il semble que la série a été interrompue au numéro 4.

En attendant, la firme milanaise a déjà eu affaire avec l’Asie dans son glorieux passé, et plus particulièrement avec le Japon. Bien que je n’aie pas tous les éléments l’histoire est des plus intéressantes. C’est grâce aux voyages de mon ami Clive au Japon que l’on a vraiment découvert ces produits de la fin des années quatre-vingt. L’histoire est assez belle.

Pour résumer, disons que Mercury, et toutes les autres firmes européennes, Metosul, Solido, Dinky Toys, Mebetoys et C-I-J ont trouvé à partir du milieu des années soixante des débouchés inespérés au pays du soleil levant. Je ne sais pas si ces jouets ont rencontré un gros succès, mais une chose est sure, ils ont été importés au Japon en nombre.

Toutes les marques de miniatures précitées ont d’ailleurs édité des catalogues en langue japonaise !

Mercury a aussi exporté vers ce pays. Tout allait bien, jusqu’au jour, où pour des raisons que j’ignore, la firme milanaise a rompu le contrat qui la liait à la société  japonaise chargée de l’importation et de la distribution.

Cette dernière avait assuré ses arrières et avait déposé au Japon le nom “Mercury”. Quand les italiens envoyèrent les modèles vers la nouvelle structure chargée de les importer, ils furent bloqués en douane, au motif que le nom commercial ayant été déposé au Japon, ces produits constituaient des copies. Seule solution pour Mercury, renvoyer les modèles au pays et effacer le logo Mercury.

Sur les boîtes, ce fut facile: il suffit à Mercury d’en créer une, générique, avec une étiquette autocollante sur les languettes permettant l’identification du modèle.

Restait la gravure du châssis… Il s’ensuivit un vrai travail de type artisanal. Les modèles revenus sont clairement identifiables : les châssis ont été grattés sans soucis de perfection puis badigeonnés de peinture. Sur les modèles suivants, les châssis ont été limés après injection et avant la mise en peinture. Surprenants modèles pour qui ne connaît pas l’histoire !

On imagine le nombre de collectionneurs qui ont été déboussolés par cela dans les années quatre-vingt.

La liste des modèles réalisés est assez longue : on retrouve les autos de course (Ferrari 330P4, Porsche Carrera 6, Chaparral 2F et des Alfa Romeo 33) mais aussi toutes les Fiat des années soixante-dix. Celles qui étaient équipées de châssis plastique ont pu facilement être mises aux normes d’exportation.

Mes préférées sont celles qui proviennent de séries plus anciennes (Alfa Romeo 1900, Alfa Romeo Giuleitta sprint, Volkswagen 1200 ou encore Mercedes W196 monoplace carénée)

A ma connaissance, un seul modèle a bénéficié d’un traitement particulier. C’est le superbe Fiat 682N porte-autos. Le moule a été revu et le logo Mercury a été effacé définitivement. Ainsi, même les derniers modèles vendus en Italie ne possèdent plus le logo Mercury. La boîte est identique.

De larges autocollants “Made in Italy” servent à masquer les logos Mercury.

 

C’est ainsi que les italiens se montrèrent opportunistes et contournèrent le blocage japonais. Belle histoire, qui me semble unique dans le monde de la miniature automobile.

Désormais, signe des temps, c’est en sens inverse que va le commerce. Les autos sont fabriquées en Asie pour être vendues en Europe ! Qui aurait prévu cela en 1970 ?

le voyage en Volkswagen 1200 Mercury en Allemagne

Le voyage de Pinocchio à Wolfsburg ou le voyage en Volkswagen 1200 Mercury en Allemagne

Nous sommes installés dans le taxi nous conduisant à l’aéroport de Florence. Nous écoutons distraitement la radio qui diffuse des chansons italiennes. Puis vient le bulletin d’informations qui marque le passage d’une tranche horaire à la suivante.

Le ton du journaliste ne laisse aucun doute, l’information est importante : « Lo scandalo Volkswagen ! »

J’imagine le journaliste en train de s’époumoner devant son micro. Arrivé à l’aéroport, j’ai la confirmation de ce qu’il me semblait avoir compris bien que je ne parle pas l’italien. En attente de son vol un passager parcourt un journal allemand et la une, en caractères gras barre toute la page : un « Katastroph » géant associé au logo VW finit de m’éclairer.

C’est alors qu’en détournant les yeux je suis tombé nez à nez avec une boutique de souvenirs comme on en trouve dans tous les aéroports. Elles se ressemblent toutes, il n’y a que les symboles touristiques qui changent. Des grappes de Pinocchio côtoient les panetones. Pour comprendre l’importance de Pinocchio en Italie, il faut se souvenir que l’histoire de Pinocchio a servi à l’alphabétisation de la population italienne. On le trouve partout.

La veille, à la sortie du musée des offices, j’avais pu constater que des génies du marketing l’avaient associé au Caravage et à Giotto.

Mais en ce jour, je ne peux m’empêcher de faire l’association entre le pantin italien et le scandale Volkswagen, car aujourd’hui les menteurs ce sont ceux qui généralement sont réputés pour leur rigueur.Massimo, l’ami italien de ma fille, est presque un peu vexé de s’être fait voler la vedette dans l’art de la duperie.

 

Mais l’histoire de Pinocchio c’est aussi celle de la rédemption. Ainsi la fée bleue vient remettre Pinocchio dans le droit chemin. Or, La fée bleue c’est aussi comme cela que l’on surnomme l’électricité. L’auto électrique saura-t-elle racheter la berline équipée de son vilain moteur diesel ? Je rêve de voir les publicitaires s’emparer du sujet. Volkswagen pourrait reprendre l’idée du Pinocchio ayant menti sur les normes anti-pollution, la fée bleue arrivant dans son auto électrique pour sauver la planète.

On a toujours loué l’audace et le génie créatif des campagnes de publicité Volkswagen. A défaut d’avoir eu la malice italienne, les Allemands auront-ils l’humour anglo-saxon ?

Je vais donc vous présenter une Volkswagen qui a été produite chez nos amis italiens et plus précisément turinois. Mercury fera à cette occasion une entorse à la reproduction d’autos italiennes ou américaines. Ce sera la seule. Il est vrai que cette Volkswagen 1200 aura eu un succès planétaire. La reproduction est réussie, on reconnaît la patte italienne dans la réalisation. L’échelle d’abord. L’auto est plus proche du 1/45 comme toute la gamme Mercury de la même époque. C’est un modèle 1954 avec vitre ovale. Contrairement aux autres fabrications, notamment celles de Märklin, elle ne connaitra pas de modernisation en 1958 lors du passage à la vitre arrière rectangulaire.

Elle connaîtra une variante pour le marché suisse aux couleurs des célèbres postes du pays. A la fin de la production, elle recevra un châssis en zamac chromé en place de celui peint de couleur argent comme toutes les autres miniatures Mercury de la même époque.

Enfin, une très rare version sera produite pour le Japon, sans estampille Mercury, ni sur la boîte ni sur le chassis . La boîte est standard pour tous les modèles ayant connu ce type d’exportation. Seule une étiquette , propre à chaque modèle est accolée sur une languette. Même la nuance de rouge est différente.