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Jean Blanche, une révolution optique

Jean Blanche, une révolution optique.

C’est le titre d’une exposition qui m’a inspiré le sujet du jour : Jean Blanche. Illustrateur de catalogues et de boîtes pour la firme Solido, Jean Blanche a enchanté plusieurs générations d’enfants puis de collectionneurs, grâce  à son style si particulier.

L’exposition en question avait lieu à Gand, en Belgique : ” Van Eyck, une révolution optique” .

Pour la première fois, la moitié des œuvres de ce peintre du 15 éme siècle (1390-1441) qui a bouleversé la peinture était réunie et exposée dans un même endroit.

La moitié, cela veut dire 10 tableaux attribués de manière définitive. On peut faire le rapprochement avec Léonard de Vinci, qui lui aussi nous a laissé bien peu d’oeuvres.

Jan Van Eyck : La Vierge à la fontaine
Jan Van Eyck : La Vierge à la fontaine

Johan de Smet, le conservateur du musée des beaux-Arts de Gand résume ainsi :” Van Eyck a été le premier à avoir cette manière révolutionnaire de regarder la réalité”.

Contrairement à la légende, colportée très tôt, notamment par Vasari dans son ouvrage publié en 1560 “Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes”, Van Eyck n’a pas inventé la peinture à l’huile. Il a par contre perfectionné cette technique grâce à l’utilisation de siccatifs réduisant le temps de séchage et donnant la possibilité de créer des glacis et des rendus jusque là inconnus. Au même moment, en Italie les peintres n’utilisaient que la détrempe à l’oeuf, limitant leur palette chromatique.

Si Filippo Brunelleschi (1377_1446) et Masaccio, au même moment appliquaient des effets de perspective mathématique dans leurs tableaux, Van Eyck, s’appuya lui sur le traité d’optique du mathématicien arabe Alhazen traduit en latin, pour introduire des effets de lumière et pour créer une perspective atmosphérique.

La lumière joue un rôle essentiel dans ses tableaux. De subtils jeux de reflet et d’ombre donnent vie aux objets. C’est une des facettes de la révolution optique de ce génie de la peinture.

C’est la concordance de temps, entre cette exposition à Gand et l’acquisition de gouaches de Jean Blanche qui m’a ouvert les yeux sur le subtil travail de ce dernier.

Il faut peut-être commencer par tenter de décrire son approche artistique. Quel dommage que Bertrand Azéma n’ait pas pensé à le contacter pour qu’il nous éclaire sur sa conception de la représentation d’une miniature en dessin.

Le point de départ de ma réflexion est une phrase de ce dernier dans son livre sur la série 100, où il explique qu’il n’y a jamais eu de prototype chez Solido comme il y en avait eu chez Dinky Toys.

Il veut sans doute parler des maquettes en bois qui servaient à visualiser, au milieu de la gamme existante, un projet de miniature. La direction de Dinky Toys avait besoin de réunions collégiales fréquentes pour prendre ses décisions.

Jean de Vazeilles connaissait bien ses produits, savait parfaitement ce qu’il voulait et n’avait pas besoin de telles réunions.

Les seuls prototypes qui semblent avoir été créés sont des déclinaisons de modèles existants comme cette Simca 1100 en version police.

On peut donc en déduire qu’à l’heure d’illustrer le nouveau catalogue et ses nouveautés Jean Blanche n’avait à sa disposition que les plans servant à la conception du moule.

Pas aisé pour un artiste de traduire en images des dessins techniques. Jean Blanche a donc eu recours aux photos des vraies voitures que Solido avait choisi de reproduire.

La magie de Jean Blanche est d’avoir su synthétiser les formes de la vraie voiture pour donner vie à l’image de la miniature .

On observe sur ses gouaches une simplification des formes. C’est là un des traits de génie de cet artiste. Il ne faut pas oublier que la miniature que l’enfant aura en main sera une réduction au 1/43. Tout doit être simplifié. Nous ne sommes pas dans le domaine de la maquette où le moindre détail a son importance. Même si les Solido sont de magnifiques reproductions, n’oublions jamais que ce sont des jouets. Cette remarque me semble importante.

Dans le premier catalogue couleur, quand Jean Blanche a commencé sa collaboration avec Solido, les premiers modèles de la série 100 étaient déjà sortis. Pour les illustrer il a bien sûr utilisé les miniatures et non des photos des voitures.

La jaguar type D mais aussi la Maserati 250F sont clairement inspirées des miniatures déjà existantes. Il suffit de regarder les jantes qu’il a dessinées, ce sont celles des modèles de la série 100. Les dessins possèdent les petites imperfections de ces modèles : face avant de la Jaguar qui n’est pas très réaliste avec sa gueule de squale (voir le blog consacré à la Jaguar Type D), le pot d’échappement proéminent de la Maserati 250F ou les formes un peu trop rondouillardes de la Ferrari Testa Rosa, où il a même reproduit l’intérieur de couleur verte, comme la miniature.

Dans ce même catalogue couleur, certaines miniatures sont à venir. Il ne les a pas eues devant les yeux. Il a créé ses gouaches à l’aide de photos, laissant parler son imagination et son génie. Cela se voit très bien avec la Cooper 1,5L. Sur le catalogue de 1960, l’artiste a représenté l’auto “haute sur pattes” (observez l’ombre sous la voiture). Sur les photos réalisées durant la saison 1959 cette observation est juste. Il a choisi de laisser le baquet vide, un comble pour un fabricant qui à l’époque équipait tous ses modèles d’un pilote. Si vous comparez avec le dessin retouché plus tard, l’ombre a été modifiée, et le personnage a fait son apparition.

Prenons le dessin de la Ferrari 312 de formule 1 de 1967. Jean Blanche a réalisé un travail de simplification, donnant l’illusion qu’on est devant la future miniature. Les détails superflus de la vraie voiture ont été gommés.

La photo qui a servi à Jean Blanche me semble être celle prise à Monaco. Elle est assez facilement identifiable.

Idem pour la Ford MKIV du Mans 1967. La grande majorité de ses dessins sont inspirés de photos publiées dans la presse.

On pourrait s’amuser à feuilleter la presse de l’époque et il serait aisé de retrouver les clichés, avec leurs angles de prise de vue particuliers : la plupart des autos tournaient dans le sens des aiguilles d’une montre et les photos prises du côté gauche sont plus fréquentes. Dans le catalogue de 1968 le dernier entièrement dessiné qui constitue la référence à mes yeux, Jean Blanche a créé un parfait équilibre.

Dans ce même catalogue, il n’a que très rarement mis en situation ses modèles. C’est un parti pris intéressant à souligner. Il y a que deux exceptions, dont ce dessin qui m’a beaucoup fait rêver enfant : le Berliet Aurochs sortant de l’eau avec ses soldats armés jusqu’aux dents et le Berliet TBO pétrolier et son derrick au milieu d’un décor saharien. C’est très peu. Tous les autres modèles sont isolés.

Jean Blanche joue sur la lumière. L’exposition est forte, générant des reflets et d’importantes zones d’ ombre qui donnent vie aux jouets.

Cette Alfa Romeo GTZ est un excellent exemple. Il s’est servi de la photo de la vraie voiture car il a fait figurer deux petits détails qui sont absents sur la miniature : les rétroviseurs et les montants verticaux des  portières.

Le reste est traité comme si l’enfant avait dans les mains la miniature. La ligne générale est fluide. La miniature n’est pas placée en décor naturel mais la lumière et ses reflets sont omniprésents.

Solido gouache originale signé Jean Blanche Alfa Romeo GTZ tubolare police des autoroutes(détails)
Solido gouache originale signé Jean Blanche Alfa Romeo GTZ tubolare police des autoroutes(détails)

Je n’avais jamais fait attention auparavant aux reflets sur les carrosseries dans les dessins de Jean Blanche avant d’avoir ces quelques gouaches originales.

Pas moins de cinq nuances allant du rouge au rose clair habillent les flancs de la GTZ. C’est impréssionnant.

L’autre caractéristique qui m’a frappé c’est la façon de délimiter le contour des autos à l’aide d’un trait noir dont l’épaisseur variera au fil de son travail. A la manière des Nabis, il a donc cloisonné ses dessins.

Un dernier détail vient confirmer le fait que Jean Blanche utilisait des photos pour composer ses illustrations de catalogues. Solido n’a pas réussi tous ses modèles, n’en déplaise aux amateurs de la marque.

Il y a deux grands loupés dans la série 100 : la Ford GT 40 et la Ferrari 156 F1. Observez les deux dessins de ces modèles dans les catalogues : on aurait aimé que Solido les réussisse aussi bien que Jean Blanche !

 

Démagogie

Démagogie.

“Oh ! mais dans Pipelette il n’y a jamais les modèles que j’ai dans ma collection, c’est dommage !”

Ce fut la première réflexion de M. Desbordes, après avoir feuilleté le numéro 5 de Pipelette. (disponible en ligne sur la page d’accueil du site Auto Jaune Paris).

Cette réaction m’a semblé presque normale. Le collectionneur a besoin de points de repère par rapport à SA collection. Reconnaitre des modèles qui lui sont familiers le conforte dans ses choix. Voir des objets qui lui sont totalement étrangers a quelque chose de déroutant.

1/ “un infatigable passeur”

J’ai tenté de lui expliquer ma vision des choses. Je me suis appuyé sur un article paru dans le journal du Monde le 2 Janvier 2019 signé Macha Séry en page 21. Cette journaliste rendait hommage à Claude Mesplède, spécialiste du polar décédé le 27 décembre 2018.

Ce dernier était critique littéraire et historien du roman policier. La journaliste le décrit comme étant un des meilleurs connaisseurs mondiaux du polar, un infatigable passeur…”

Cette expression “infatigable passeur “ m’a beaucoup touché. Très modestement, c’est un peu ce que nous cherchons à travers le blog et le magazine Pipelette. Il faut savoir refuser la facilité et montrer des produits méconnus, mettre en lumière des modèles qui pourraient tomber dans l’oubli quitte à perturber quelque peu les collectionneurs.

Pourtant, pas rancunier, je vais ce jour faire plaisir à M. Desbordes en présentant un de ses modèles fétiches. Il doit en avoir une douzaine. Ce chiffre me semble révélateur de l’intérêt qu’il porte à l’objet. Des souvenirs d’enfance sont sûrement derrière cet attachement.

Ce véhicule est peut-être celui qui a été produit en plus grande quantité chez Dinky Toys. Sa longévité au catalogue est exceptionnelle ! produit de  1958 à 1975 !

Vous l’avez peut-être reconnu, il s’agit du Berliet T6  tracteur d’artillerie (6 tonnes)  paru sous la référence 80 B puis renuméroté 818.

2/ Ce mal aimé.

Comme M. Desbordes, ce véhicule je l’ai eu enfant. Je dois avouer que ce cadeau ne m’avait pas beaucoup plu. C’est une tante de la Drôme qui, sachant que nous étions mon frère et moi dans une période que je qualifierais de “militaire” avait cru nous faire plaisir, en nous offrant à chacun, deux exemplaires de ce camion !

Ils étaient arrivés par la poste. Je me souviens du papier kraft typique des envois postaux de la fin des années soixante, bien entouré avec de la ficelle. Le tout dans une boîte à chaussures avec des papillotes, ces bonbons chocolatés enveloppés de papier brillant.

Je crois que j’avais préféré les bonbons aux camions.

Je venais d’acquérir le superbe AMX 30 de chez Solido. Alors, avec sa bâche en tôle pliée, ce modèle sans vitrage ni aménagement intérieur me donnait l’impression d’un jouet d’un autre âge.

J’ai très longtemps gardé une aversion pour ce camion. D’ailleurs, Il avait bénéficié d’une livrée personnelle grâce à l’achat de mes premiers pots de peinture pour maquette.

L’été dans le Nord de la France, il faut parfois meubler les journées maussades. Mes grands-parents m’avaient acheté une belle maquette d’avion de chasse de chez Heller. En fait, c’est le dessin de Jean Blanche sur le couvercle de la boîte qui m’avait séduit et qui avait orienté mon choix. Pour bien faire les choses, on m’avait aussi acheté des pots de peinture et un pinceau.

Mes grands-parents m’avaient délivré de nombreux conseils, me faisant comprendre par cet achat raisonné que je rentrais un peu dans le monde de l’adulte responsable.

Je pense que je n’avais pas bien perçu le message car la couleur bleu pâle avait fini appliquée en motif camouflage sur mes camions Berliet T6, leur donnant un peu de vie et de gaieté. Dans un même élan, j’avais également redécoré ma caserne Depreux. Heureusement, la faible contenance des pots a stoppé mon élan.

3/ Empathie.

Plus tard, dans mon activité professionnelle d’achat-revente de collections, j’ai souvent croisé des véhicules qui ont subi les outrages d’apprentis maquettistes. J’ai toujours une forme d’empathie pour les auteurs des faits et je me garde de tout commentaire.

C’est d’ailleurs un vrai plaisir pour le professionnel que je suis de vivre ces moments, d’entrer dans le passé des gens. Les véhicules redécorés raniment souvent des souvenirs. Parfois, je me demande pourquoi ils ne veulent pas les garder. Peut-être pour se libérer du passé ?

“Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes
Mais les choses nous parlent si nous savons entendre”.(Barbara “Drouot” paroles Monique Andrée Serf)

4/ Et arriva le prototype du Berliet T6

Gamin, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’aurais  en main le prototype en bois qui servit à valider ce projet, ni même les plans originaux de ce Berliet T6.

Ce n’était qu’un jouet et non un objet de collection. A l’époque, je ne pensais pas du tout à collectionner contrairement à certains collectionneurs qui ont eu ce déclic très tôt.

Ce prototype je l’ai acquis avec un grand nombre d’autres véhicules en bois chez un ancien employé du bureau d’étude.

Je pense que pendant longtemps c’est le manque d’information concernant le vrai véhicule qui m’a troublé dans l’approche de ce jouet. Heureusement la revue “Charge Utile” a consacré il  y a quelques années des articles à ce camion.

Pour résumer, Berliet hérita du projet lors du rachat de Rochet- Schneider en 1951. Pour l’anecdote, j’avais secrètement espéré lors de l’achat du lot de plans que ces derniers soient estampillés Rochet- Schneider.

Ce n’est pas le cas, mais le nom de Berliet ne figure pas non plus dans le cartouche avec les caractéristiques.  Seul le nom Berliet figure sur le châssis. Il a dû être rajouté après la confirmation de paternité du nom du camion. Jean-François Colombet  de “Charge Utile” signale que  ce n’est qu’en 1955 que l’état passera commande de ce véhicule.  C’est donc à ce moment  que Meccano  va s’y intéresser. Signalons qu’il est reproduit au 1/59.

On appréciera la finition au tire-ligne figurant les reliefs des ridelles. C’est un véhicule impressionnant, le tracteur d’artillerie est une pièce majeure dans le parc mécanisé militaire.

Je ne vais pas faire l’inventaire des variantes mais juste signaler celles que j’apprécie. J’aime notamment les variantes tardives de ce type d’objets qui sont restés très longtemps au catalogue. Celle que j’ai dénommée “simplification extrême” est intéressante. Observez bien, Dinky Toys a même supprimé le pochoir argent du radiateur. Cela lui confère une allure bien particulière.

Celui de toute fin de production avec sa boîte spécifique, dépourvu d’une partie des inscriptions sur le châssis est assez difficile à se procurer. Les drapeaux tricolores, comme sur la Daimler automitrailleuse sont en papier  collé.

Avec le temps j’ai appris à regarder ce camion autrement et surtout à l’apprécier.

Sans démagogie j’avance. Mon seul objectif est de faire partager aux autres ma passion et de laisser aux générations suivantes un peu de matière pour poursuivre l’exploration de l’univers de l’automobile miniature.

PS: le site hébergeant le blog a été victime d’une attaque informatique ce vendredi 24 Mai 2019. Nous avons perdu 10 jours de travail. Sans Patrick Isola, l’informaticien  vous n’auriez pas eu ce  blog ce dimanche et peut être aurions-nous dû fermer le blog. Merci à lui d’avoir travaillé  d’arrache-pied pour remettre en ordre le blog.