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Peugeot D3A Cibié : A votre service !

Comme le ferait tout néophyte, nous avons cherché à améliorer nos connaissances en nous imprégnant des ouvrages disponibles. La parution du livre de Jean-Michel Roulet aux éditions Adepte fut pour nous une révélation.

Peugeot D3A hors commerce
Peugeot D3A hors commerce

C’est à partir de la parution de cet ouvrage que nous nous sommes fixés le but un peu utopique de trouver un jour ce Peugeot D3A Cibié.

La quête fut longue. Le jour où nous l’avons enfin trouvé, nous avons eu le sentiment d’être arrivés au bout de quelque chose. Personnellement, je me suis revu trente ans en arrière et toute ma vie de collectionneur a défilé : les week-ends sur les routes, les milliers de kilomètres parcourus, les salles d’embarquements des aéroports, les petits matins glacés à attendre l’ouverture des portes de hangars, l’excitation qui monte lorsqu’on parcourt la première allée….

Une partie de mon existence consacrée à cette passion. Tout était concentré dans l’acharnement que j’avais mis à trouver ce Peugeot D3A Cibié. Ce fut à la fois une délivrance et un grand vide.

Nous avions pourtant si souvent répété qu’une collection n’est jamais finie…nous avions si fréquemment prôné que la qualité majeure du collectionneur est de savoir faire évoluer sa collection et nous avions ressenti tant d’incompréhension face aux collectionneurs qui se désintéressaient brusquement de leur passion… Il faut de toute évidence trouver son équilibre entre passion et raison. Après une courte période de spleen quelques opportunités se sont présentées qui nous ont prouvé qu’une collection n’est jamais aboutie. Il y a encore, et nous en sommes persuadés beaucoup de chose à découvrir au sein même de la production de Bobigny.

Avec l’expérience acquise au fil des ans, je constate désormais que les ouvrages de M. Roulet comportent de nombreuses imprécisions et quelques inexactitudes. Qui tentera de parfaire le travail engagé ? Qui saura être suffisamment pédagogue et exhaustif ?

Nous vous présentons aujourd’hui ces 2 Peugeot D3A “Peugeot service”. Leur authenticité est indiscutable. Il est intéressant de constater que l’encre utilisée pour le tampon est bien la même que celle utilisée pour la version « Postes ». De même, il est important de connaître les liens étroits de Peugeot et de Dinky Toys. La version Esso est d’une autre provenance. Elle est sertie et la finition au pochoir authentifie l’objet. A mes yeux, son intérêt est moindre que celui des “Peugeot Service”. Il est fort probable que ce soit un essai sans suite.

Enfin, avant de quitter cette rubrique sur le Peugeot D3 A, je me dois de signaler l’existence d’une autre version. Nous avons eu en mains, il y a de nombreuses années, chez un ancien employé de Meccano une version ambulance avec vitres latérales, caractéristique de ce type de carrosserie du milieu des années 50. Le modèle était en bois. Je devrais dire les modèles puisque cette personne en possédait deux, l’un à l’échelle retenue par Dinky Toys l’autre réduit au 1/43ème, donc plus imposant. De bonnes idées pour Atlas….

L’existence des ces modèles permet en tout cas d’envisager la découverte d’autres versions ; C’est grâce à ces trouvailles inopinées que nous pouvons confirmer qu’un une collection n’est jamais finie !

Un Leyland à Hong-Kong

A première vue, ce modèle semble une copie des reproductions fournies par la firme de Binns Road. Mais, il ne faut jamais se contenter d’une explication trop facile : trop de modèles ont été catalogués comme des copies, alors qu’une analyse rigoureuse aurait prouvé le contraire. Le fabricant Roxy Toys nous a gratifiés de ce superbe Leyland camion benne.

Camion Leyland Roxy Toys
Camion Leyland Roxy Toys

D’une taille conséquente, 23 cm, son échelle de reproduction est très proche du 1/43 : le véhicule équipé de ce châssis avait effectivement une taille imposante. La cabine diffère en deux points de celle du modèle de chez Dinky Toys : le monogramme Leyland est absent et la cabine ne bascule pas sur la reproduction du bloc moteur, contrairement au modèle de Binns road. Il est troublant de remarquer que les sièges qui équipent la version en plastique sont d’un dessin similaire à celui du Dinky Toys. Notons également que Roxy qui a affublé son camion d’un pilote de course devait avoir un moule facilement adaptable à ce type de siège.

Sans se poser trop de questions il a doté sa miniature d’un pilote casqué. On ne sait comment interpréter ce choix : soit le camion avait des performances extraordinaires soit au contraire son comportement routier était si désastreux que le brave chauffeur devait se prémunir contre tout risque.

Sur le dessin de la boîte, une simple casquette sied beaucoup mieux à notre valeureux conducteur. Un examen du châssis, et plus particulièrement des ailes, est évocateur. Les ailes du Dinky Toys sont arrondies et le châssis comporte des détails gravés (lames de suspension entre autres) que le modèle Roxy ne possède pas. Mais surtout, les ailes de ce dernier sont anguleuses. On peut penser que c’est en rapport avec l’évolution du vrai modèle.

Pour l’anecdote, le marchand anglais qui m’a cédé cette rare et jolie pièce, m’a vanté son produit comme une copie du Dinky Toys. Ce n’est pas le cas. Il s’agit bien d’une évolution. La production asiatique révèle bien des surprises. La présence d’une étiquette sur la boîte atteste du fait que l’on a affaire à un échantillon certainement destiné à être exposé dans le hall d’exposition de l’exportateur du nom : « Anglo American traders LTD » situé au 1327-1329 Prince’s bldg à Hong Kong.

Si vos pas vous mènent jusqu’à Hong Kong, allez donc voir à cette adresse s’il ne reste pas quelque chose.

Tony Vandervell : le dernier des dinosaures

Tony Vandervell est un industriel britannique qui a bâti une fortune conséquente en ayant acheté aux USA le brevet des coussinets de vilebrequin adaptables.

Dinky Toys (Indes) Monoplace Vanwall
Dinky Toys (Indes) Monoplace Vanwall

Passionné de compétition automobile, comme grand nombre de ses compatriotes d’outre-Manche, il rêvait de voir le succès de monoplaces courant sous ses couleurs. Or, au milieu des années 50, les victoires en grands prix sont réservées à Mercedes, Ferrari ou Maserati alors qu’en sport ce sont les Jaguar qui brillent.

Grâce à ses importants moyens, Tony Vandervell décide de se lancer dans l’aventure. Cooper lui fabrique un châssis, équipé de suspensions de Ferrari. Cela donne la Thin Wall special. Les résultats sont modestes. Les motoristes maisons s’aperçoivent bien vite que cela vient principalement du châssis. David Yorke, le team manager fait alors appel à Colin Chapman, celui-là même qui vient de créer la marque, Lotus ; autrement dit, c’est un des constructeurs qui marquera l’histoire des monoplaces.

Epaulé par Frank Costin, célèbre aérodynamicien, issu de l’aviation, les deux compères vont créer la Vanwall.

Le moteur est en fait un bloc Norton Manx (moto) amélioré par les soins de l’équipe de Vandervell. Dès 1957, lors de la deuxième saison, Moss devient le pilote numéro 1. L’année précédente, sous contrat avec Maserati, il n’a pu courir sur Vanwall que dans les courses où l’équipe Maserati était absente. Brooks rejoint bientôt l’écurie. Moss remporte le grand prix de Grande Bretagne : c’est la première fois qu’il est remporté par une auto britannique. Il remporte également le Grand prix d’Italie.

En 1958, le titre constructeur est attribué à Vanwall. Moss échoue pour un point au titre des pilotes. Le dernier Grand prix de la saison a lieu au Maroc.

C’est Stirling Moss qui le remporte, mais Mike Hawthorn, autre sujet de sa Majesté, second à l’arrivée, conserve son avance mathématique. Alors qu’Hawthorn met cette année là un terme à sa carrière sportive, il aura la malchance de trouver la mort quelques temps plus tard dans un accident de la circulation.

Une anecdote rapportée par Gérard Crombac dans son excellent ouvrage « Les années Clark » en dit long sur cette époque : comme il n’existait pas de vols réguliers entre Londres et Casanblanca, Tony Vandervell avait affrété son propre Vickers pour transporter son équipe ; il eut alors la courtoisie d’inviter l’adversaire de Moss, Mike Hawthorn ainsi que le directeur de Jaguar Lofty England. Le Grand prix fut endeuillé par le décès du pilote Vanwall, Lewis Evans, protégé de Tony Vanderwell qui ne se releva jamais de ce fait tragique.

Ainsi, l’année 1959 vit le retrait cette écurie. Pour tous les passionnés de l’histoire des Grands prix, nous ne pouvons que conseiller la lecture des superbes ouvrages de Gérard Crombac : « 50 ans de Formule 1 »

Vanwall à la sauce curry

Pour un grand nombre de collectionneurs, les Nicky Toys indiennes ne sont que de vulgaires copies des productions de Binns Road. Il faut reconnaître que les dernières productions provenant de Calcutta sont de qualité médiocre ce qui a pu laisser imaginer qu’il s’agissait de copies.

Vanwall Nicky Toys
Vanwall Nicky Toys

L’histoire est tout autre et se révèle passionnante. Dans les années 60, l’Inde a bien évidemment conservé des liens très étroits avec la Grande-Bretagne, notamment sur le plan économique.

L’histoire commence avec Monsieur Kumar, industriel établi dans la région de Calcutta qui rencontre des dirigeants de Dinky Toys. L’idée germe, séduisante, d’une association entre le géant de Liverpool et une unité de fabrication indienne, comme une délocalisation avant l’heure. Meccano envoie ainsi des moules de modèles obsolètes et donne une seconde vie à son outillage.

Monsieur Kumar a l’autorisation de conserver le nom de Dinky toys, ce qui confère à sa production toute l’aura de la grande marque. Ont ainsi vu le jour des Triumph Vitesse, des Bentley série S convertibles ou encore notre Vanwall.

Si les autos conservent la mention Dinky Toys sur les boîtes et sur les châssis, cette mention s’accompagne de la précision « Made in India ». Ce détail est très important car il s’agit du seul cas de miniatures Dinky Toys délocalisées qui recevront une mention autre que made in England ou made in France. En effet, les modèles produits chez Harris en Afrique du Sud ou les Poch en Espagne ne recevront jamais une mention gravée sur le châssis indiquant leur nouveau pays de fabrication, seules les boîtes porteront cette mention.

Ces premiers modèles Indiens, très rares et difficiles à trouver, méritent réellement qu’on les regarde autrement. Bien que nous nous soyons intéressés très tôt à cette fabrication, nous n’avons pu rassembler qu’une vingtaine de ces modèles et ils ont à nos yeux autant d’intérêt que les autres productions délocalisées. Voilà la suite de l’histoire. Atamco, la société qui produit ces autos se développe assez rapidement.

Ces vraies Dinky Toys indiennes vendues très bon marché doivent à l’origine se cantonner au marché local. Mais c’est oublier les liens qui unissent l’ancienne colonie et son pays d’attache !

Les modèles indiens se retrouvent en vente dans des bazars londoniens tenus par des personnes ayant gardé des relations avec leur pays d’origine.

Les prix de vente, bien que beaucoup plus élevés que ceux pratiqués en Inde, restent faibles pour le marché anglais. Evidemment les boîtes et les couleurs sont différentes.

L’affaire provoque beaucoup d’embarras à Binns road. Dans un premier temps, la décision est prise de masquer, grâce à un autocollant le nom de Dinky Toys. Il faut trouver une consonance similaire. On imagine aisément que Monsieur Kumar était très attaché à la dénomination d’origine et il est certain que cette exportation clandestine s’est faite à son insu. Ainsi donc, dans un premier temps seules les boîtes sont modifiées. Ce n’est que dans un deuxième temps que les châssis subiront le même sort : les trois premières lettres « Din » étant remplacé par « Nic ». Enfin, dernière étape des boîtes sont créées avec la nouvelle marque « Nicky Toys ». Ce sont bien sûr les plus fréquentes. Elles furent produites jusqu’au début des années 80 et sont à l’origine de la croyance selon laquelle ces autos seraient de vulgaires copies. Elle se trouve confortée par la circonstance selon laquelle la qualité s’est dégradée au fil des ans.

Encore maintenant, peu de gens connaissent cette histoire pourtant liée à une des plus importantes firmes de miniatures mondiale. L’évolution de la Vanwall de Nicky Toys est assez simple. Les premières séries reçurent des jantes en aluminium. Nous ne connaissons pas de modèles Dinky Toys India avec des jantes en zamac peintes, ce qui est assez logique puisque la plupart des moules exportés concernaient des autos déjà équipées de jantes en aluminium.

La Vanwall sera ensuite équipée de roues monobloc de fabrication très grossière, communes à la gamme. Contrairement à la Mercedes 220se, où l’on voit clairement l’indication « made in India », la Vanwall ne recevra jamais d’indication du pays de création. Cependant, sa numérotation, le 39, atteste de son origine indienne : le modèle anglais portant lui la numérotation 239. Les pilotes connaîtront des évolutions : l’un est en zamac peint, très simplifié, l’autre, en plastique est issu du moule britannique. Le numéro de course est le 35, emprunté à la version britannique, d’abord en décalque, puis en papier chromé du meilleur effet !

Si vous avez l’occasion de croiser ce type d’autos, ne les laisser pas passer…faites leur une place dans vos vitrines.

1959 : le déclin commença à Bobigny

Il arrive que certains détails passent inaperçus et qu’on ne comprenne que bien plus tard leur importance. Le catalogue Dinky Toys de 1959 offre une belle illustration de cette généralité.

Dinky Toys chassis Studebaker
Dinky Toys chassis Studebaker

Observez bien cette page ; dans un premier réflexe, le collectionneur ne peut que se mettre à rêver : un taxi ariane aux couleurs inversées, une Buick saumon avec pavillon bleu, une Plymouth belvédère deux tons de brun, et enfin une Studebaker deux tons de bleu. Bien sûr ce ne sont que les dessins d’un catalogue. Je suis pourtant convaincu que ces modèles ont existé, au moins en tant qu’essais pour permettre au dessinateur d’utiliser ces autos peintes pour préparer les illustrations. On peut d’ailleurs constater qu’à part quelques rares exceptions, les couleurs utilisées existaient déjà dans la palette Meccano.

Les modèles seront effectivement produits avec des évolutions : la Buick deviendra saumon avec pavillon noir. La Belvédère havane et brun métallisé et la Studebaker dans la couleur inversée à celle que nous vous présentons. La poursuite de l’analyse conduit à penser que cette page est révélatrice du début du déclin de Dinky Toys.

L’année 1957 commence bien pour Meccano : la régie Renault suspend le contrat d’exclusivité pour la reproduction des miniatures Renault qui la liait à la CIJ.

Tout irait donc pour le mieux sans l’émergence de Solido qui propose sur le marché des innovations techniques majeures : suspension indépendante, vitre, aménagement intérieur, pilote amovible, et un peu plus tard portes ouvrantes !

En Grande-Bretagne, Corgi Toys bouscule aussi la hiérarchie des fabricants avec une politique très agressive à l’exportation. Corgi toys sera d’ailleurs une des rares firmes implantée dans le monde entier, comme Matchbox.

Deuxième ombre au tableau, Norev conquiert l’hexagone avec des prix bas très attractifs. Face à cette concurrence inventive, Dinky Toys n’aura jamais plus la réactivité qui lui aurait permis de reprendre l’avantage.

Ainsi, lorsque Dinky toys se décidera à équiper ses modèles de vitres, la concurrence aura déjà pensé à peaufiner l’aménagement intérieur de ses modèles. Quand Dinky Toys équipera ses modèles d’aménagement intérieur, Solido proposera des miniatures avec portes ouvrantes.

Notons enfin, que Dinky Toys maitrise mal ces innovations, notamment les parties ouvrantes. Revenons à ces étranges couleurs. L’interprétation que l’on peut en avoir est que la direction de Meccano souhaitait dynamiser son catalogue et ses ventes à moindre coût et qu’elle avait demandé au bureau de proposer de nouvelles et pimpantes couleurs. Le résultat est là, les couleurs sont réussies. Mais évidemment, cette simple réussite esthétique ne permit pas à Dinky Toys de garder sa suprématie face aux innovations techniques de ses concurrents, d’autant que les miniatures de Bobigny, certes de belle qualité, étaient comparativement plus chères.

Voilà pourquoi, à nos yeux ce catalogue est un peu le chant du cygne.