« Qui parle anglais ici ? »

« Qui parle anglais ici ? »

Vous connaissez sans doute cette réplique si vous avez vu le film de Claude Zidi, « Le pistonné ». C’est le maréchal des logis Ferraci, interprété par Georges Géret qui promet de mater les jeunes recrues les plus rebelles, et qui prévient :

« Un conseil, ne jouez pas au plus con avec moi, vous n’êtes pas sûr de gagner ».

Sur sa lancée, il continue et demande « Qui parle anglais ici ? » un jeune appelé, interprété par Guy Bedos lève timidement le doigt, c’est le seul de la chambrée à se manifester. Le maréchal des logis lui demande alors s’il le parle « bien ». Ce dernier répond par l’affirmative. Cela lui vaudra d’effectuer la corvée de nettoyage des water closet !

le maréchal des logis ponctuant la scène par un « j’aime pas les vantards » devenu culte.

la corvée !
la corvée !

La scène est truculente et rappellera bien des souvenirs à ceux qui ont fait leur service militaire.

En règle générale, le français n’est pas très doué pour l’apprentissage des langues. Le graphiste de chez Quiralu qui a réalisé la notice du catalogue 1959 et l’étui de la Simca Marly devait lui aussi être un peu fâché avec la langue de Shakespeare.

Il faut dire que Luxeuil, siège de la firme de figurines et de miniatures, située entre Vesoul et Belfort, dans la France profonde, est bien éloignée de la perfide Albion.

T'as voulu voir Vesoul ! et Jacques Brel
T’as voulu voir Vesoul ! et Jacques Brel

Ce dernier a en effet orthographié « Rolls Royce Sylver Cloud » sur la notice et « Simca Marly breack » sur l’étui de la miniature en place de « silver » et « break ».

Dans le feuillet publicitaire glissé dans les boîtes pour promouvoir la gamme, les responsables ont préféré choisir comme dénomination « la fourgonnette Marly », qui ne correspond d’ailleurs pas à ce modèle. Avaient-ils un doute sur l’orthographe de « break » ?

D’autres détails interrogent. La boîte de la Marly décrit « une voiture avec roue de secours amovible ». Ne la cherchez pas, il n’y en a pas.

Il semble que Quiralu ait présumé de ses capacités d’innovation. Sur les étuis suivants la mention sera surchargée.

Autre curiosité qui nous ramène en Grande-Bretagne, le dessinateur a représenté sur une des faces de la boîte, une Simca Versailles avec le volant à droite !

Son interprétation de la Simca Marly sur l’étui est également assez libre: le break Marly fait plus penser à un bolide filant dans les Hunaudières qu’à un break paisible et luxueux.

La qualité du carton utilisé est déroutante par sa médiocrité, comme les couleurs d’impression utilisées. On comprend que ces modèles ont plutôt été distribués dans les bazars et les marchands de couleurs.

Le prix de vente des Quiralu, élevé, correspondait-il au standard de ces boutiques ?

Si la firme excellait dans la reproduction des figurines, sachant leur donner vie, il faut avouer que la qualité de reproduction des deux Simca est assez quelconque.

Les lignes de la Marly et surtout celles de la Versailles sont approximatives. Elles ne peuvent soutenir la comparaison avec les Dinky Toys ou les Norev.

publicité Quiralu glissé dans les étuis individuels annonçant fièrement "l'exactitude de leur reproduction" ...
publicité Quiralu glissé dans les étuis individuels annonçant fièrement « l’exactitude de leur reproduction » …

Pourtant la publicité glissée dans les premières boîtes Quiralu relève comme atout : « L’exactitude de leur reproduction, les dessins étant fournis par les constructeurs » (sic) « .

Je me suis demandé si les constructeurs, en dehors des dessins, avaient aussi fourni les plans avec les cotes.

Après ce tableau peu flatteur, vous allez peut-être vous demander quel intérêt on peut trouver à rassembler ces modèles en 2022 ?

Plus de 60 ans après leur création il s’en dégage un charme certain. Dans les années 80-90, pour les raisons décrites ci-dessus, les collectionneurs ont d’abord boudé ces miniatures.

Pourtant, une poignée d’amateurs ont suivi le chemin tracé par M. Nakajima qui n’a pas n’hésité à consacrer des pages de ses ouvrages à cette firme, au même titre que les Dinky Toys ou C-I-J.

Avec Jean-Bernard Sarthe et quelques autres, mon père  a été parmi  les premiers à s’intéresser aux variantes de couleurs, très nombreuses, des Quiralu. Il faut dire que les prix étaient bien modestes. Désormais, elles ont acquis leurs lettres de noblesse, même si les rééditions dans les années 1990-2000 ont marqué un arrêt temporaire dans la hausse des prix.

Comme pour les modèles Mercury, il est quasiment impossible de lister les teintes réalisées par Quiralu sur les Simca Marly ou Versailles. En cette année 2022, j’ai encore trouvé plusieurs Simca Marly dont une originale, argent avec un pavillon vert.

De sa grande expérience dans les figurines la marque a gardé son sens de la décoration. Elle maîtrise parfaitement les teintes bicolores et les détails. Les argentures sont nombreuses mixant la technique du pochoir à celle du pinceau.

Les étuis sans pareil participent désormais au charme du jouet ancien.

Afin d’étoffer son catalogue de miniatures, Quiralu avait choisi de multiplier les variantes de finitions. Au départ elle jette son dévolu sur les berlines françaises. La Peugeot 403 sera disponible simultanément en 4 finitions, avec 4 tarifs différents : unicolore ou bicolore, avec ou sans vitrage.

La Simca « Vedette » sera, elle, disponible en finition unicolore (Trianon), ou bicolore avec deux découpes différentes permettant de réaliser une « Versailles » ou une « Régence ». La Simca Marly sera proposée en version avec ou sans vitrage, puis en ambulance.

L’improvisation, et son corollaire, les ratés lors de la création de la gamme, la volonté de se démarquer des autres fabricants de jouets, grâce à ces versions optionnelles démultipliées, ont participé à la création d’une identité forte.

Désormais on les regarde comme des « jouets anciens » oubliant l’accueil timide de la clientèle lors de leur lancement. Cette firme tient donc une place à part dans l’univers de la collection.

Voilà quelques bonnes raisons de reconsidérer ces miniatures. Les prix abordables sont aussi un argument à prendre en considération. Quel plaisir pour un amateur que de trouver une couleur non encore référencée à un prix modeste ! Cela n’est plus possible pour les Dinky Toys ou la moindre variante de taille de jante, de volant soulève des discussions, des palabres et des hausses de prix !

Le collectionneur de Quiralu sait qu’il n’est pas au bout des surprises et cela je peux vous le confirmer.

(à suivre)

Où allons-nous ?

Où allons-nous ?

La mention « simple, robuste et bien français, ces deux derniers mots soulignés, sur la publicité, ne manque pas de questionner.

C’est ainsi que Renault présente en 1950, son nouveau tracteur agricole.

Il faut flatter le sentiment national dans cette période d’après -guerre. Pour les concurrents étrangers de Renault, au regard des perspectives de ventes, le marché du tracteur en France est perçu comme un Eldorado. La France est en retard dans la mécanisation des outils agricoles. Tout est à faire. Les concurrents, allemands notamment, sont aux aguets. Cette mention sur la publicité est loin d’être anodine. La perspective du traité de Rome en 1957, avec l’union douanière et la libre circulation des biens s’apparente à une menace pour les petits fabricants nationaux de tracteurs, français, allemands ou italiens.

D’ailleurs en 1962, la régie Renault va acquérir la branche agricole de Porsche, « Porsche Diesel ». La Régie profitera de cette ouverture pour exporter en Allemagne ses tracteurs. C’est à cette occasion qu’une partie de la production des tracteurs Renault passera du traditionnel orange au rouge.

Jean-Marc Bougan, amateur de miniatures agricoles m’avait raconté que Porsche était fort implanté en Alsace. Renault avait donc choisi, pour une partie de sa production, de reprendre la couleur des tracteurs Porsche, le rouge, afin de ne pas déboussoler une clientèle fidèle. Je ne sais si cet artifice a suffi à rassurer.

Parallèlement, Renault modifie l’orange de sa production initiale. Il s’éclaircit pour devenir saumon. Ses concurrents français, Vendeuvre et surtout Someca, le bras armé de la Fiat dans le secteur agricole avaient également choisi l’orange comme identifiant visuel. En modifiant sa teinte initiale, Renault se démarque de ses concurrents.

C-I-J s’adaptera à la réalité. Une partie de ses tracteurs miniatures sera finie de couleur rouge et l’autre de couleur saumon. La firme de Briare s’adaptera également en modifiant les faces avant (radiateur et plaque d’immatriculation). Ces modèles sont peu fréquents et souffrent souvent de métal fatigue.

Les miniatures promotionnelles de tracteurs allemands ne risquent pas, elles, de connaitre ce type de problème. Elles sont toutes injectées en plastique.

Du moins dans la période contemporaine à ces années-là (1950-1965). On peut y voir deux raisons : la grande maîtrise technique de cette matière par les industriels allemands, et le faible coût de revient, ce qui a son importance pour un objet promotionnel.

Au gré de mes voyages en Allemagne, j’ai donc constitué un petit ensemble de tracteurs, avec leur boîte promotionnelle souvent très évocatrices d’une atmosphère. D’un constructeur à l’autre, elles varient, et donnent une indication sur le message envoyé par ce dernier.

L’échelle de reproduction, tourne autour du 1/32, au diapason de ce qui se faisait en France. Encore une fois, ce sont les figurines agricoles qui ont déterminé celle des tracteurs miniatures. Il y a quelques exceptions, le Hanomag et le Fahr de chez Wiking.

Un constat s’impose en voyant ces marques qui étaient encore présentes dans ces années cinquante-soixante, c’est qu’elles ont pratiquement toutes disparues. Elles ont été victimes de restructurations et de regroupements, pour finir au sein d’un groupe de stature mondiale comme John Deere ou New Holland. C’est un exemple de la mondialisation qui n’épargne que peu de domaines économiques.

Des Société Française Vierzon ou des Hanomag, des Renault ou des Lanz, il nous reste ces merveilleuses maquettes promotionnelles. Elles avaient vocation à fidéliser la clientèle. Elles devaient aussi faire rêver l’enfant qui était censé reprendre l’exploitation afin qu’il se souvienne, le moment venu, combien il avait aimé son Hanomag 55 ou son Lanz Bulldog identique à celui du père.

Le titre cette série de trois blogs n’est autre que celui d’une toile de très grand format peinte par Paul Gaugin   » D’où venons-nous? que sommes-nous ?où allons-nous ? ».

Cette oeuvre de Paul Gaugin résume les trois âges de la vie sur une même surface. Il m’est apparu comme une évidence pour décrire la mutation de la civilisation française et l’exode rural du siècle dernier, la lente mécanisation du monde agricole et enfin la disparition des constructeurs de tracteurs de taille moyenne au profit de quelques géants du secteur. Le tout vu par le prisme de la production des jouets agricoles .

Je vous invite à les lire dans l’ordre.

« D’où venons nous ? »  premier épisode

« Que sommes nous? »second épisode

Que sommes nous ?

Que sommes-nous ?

Ils sont jeunes, ils sont beaux. Ils ont la vie devant eux. Nous sommes en 1950. Le ciel s’est éclairci, la guerre est derrière eux.

Ces deux jeunes agriculteurs si fiers qui illustrent la publicité de 1950 du tracteur Renault, semblent sortis d’une agence de mannequins plutôt que de la ferme voisine.

La Régie Renault utilisera cette image d’Epinal pour communiquer sur l’avenir qui se confond désormais avec la mécanisation des travaux agricoles.

La France est en retard dans ce domaine. Les premiers tracteurs sont apparus après la première guerre mondiale. Il fallait suppléer le manque de main d’oeuvre.

En 1950, la France se remet du second conflit, l’exode rural a continué et le manque de bras se fait sentir. Cependant, avec ses petites exploitations, le paysage agricole français ne se prête pas vraiment à la mécanisation.

Il faudra un autre facteur, l’apparition de la notion de rendement à l’hectare pour accélérer la mécanisation.

Ce tracteur Renault E3040 représente l’avenir. En 1950 Renault est le premier constructeur hexagonal de tracteurs avec 58% de parts de marché.

Le contrat d’exclusivité liant Renault, puis la Régie Renault après guerre, à C-I-J, pour la reproduction de jouets estampillés Renault va logiquement conduire la firme de Briare à s’intéresser au matériel agricole. C-I-J reproduira le E3040 à deux échelles différentes, prouvant l’importance stratégique de ce véhicule aux yeux de la Régie. C’est celui au 1/32 qui va retenir mon attention. L’autre modèle est au 1/20 et doté d’un mécanisme à remontage à clef.

Dans une logique entrevue dans le précédent blog , (lire le blog « D’où venons nous ») c’est l’échelle des figurines agricoles la plus utilisée chez les fabricants de jouets, le 1/32 qui a imposé celle des tracteurs miniatures.

La miniature est superbe. Elle est un concentré des points forts de la firme de Briare. La physionomie du tracteur est parfaitement rendue.

Tout d’abord un zamac de qualité finement injecté. La reproduction de la calandre est un petit chef-d’oeuvre. Non seulement les ouïes sont découpées de manière parfaite, mais C-I-J a réussi le tour de force de graver le fin grillage qui protège le compartiment moteur.

La gravure est exceptionnelle. Il fallait posséder des graveurs hors pair pour arriver à ce résultat et maîtriser parfaitement l’injection du zamac pour ne pas encrasser cette grille au fil de la production. Prenez le temps d’admirer le travail.

Le second élément entrant dans la composition du jouet est la tôle. C-I-J possède une très longue expérience de son utilisation. Pour ce tracteur, le choix a été pris de réaliser les garde-boue en tôle afin de rendre leur reproduction plus réaliste. Le galbe est parfait, et les détails en relief, comme sur le vrai tracteur.

On admirera le travail de pressage pour les faire ressortir. La pièce est d’une grande finesse tout en étant très robuste. Les ailes sont astucieusement insérées entre la carrosserie et le châssis du tracteur. Je ne crois pas avoir déjà vu un tracteur E3040 dépourvus de ses ailes arrières. Le système de fixation est bien conçu et efficace.

Le troisième composant entrant en liste dans la réalisation de ce jouet, c’est le plastique. Il est utilisé pour la réalisation du personnage assis au volant. Ce dernier reçoit une finition manuelle.

Comme sur la publicité Renault de 1950, sa physionomie est celle d’une jeune personne, mais plus râblée ! C’est donc bien un paysan français, qui est à la manoeuvre du jouet contrairement à l’illustrateur de la publicité qui avait dû, lui, s’inspirer des GI américains qui étaient encore bien présents dans la France d’après-guerre.

La firme de Briare commercialisera le modèle en étui individuel ou en boîte coffret, attelé à une remorque de type tombereau encore fortement inspirée de celle utilisée en traction animale. Cette dernière est aussi réalisée en tôle, et possède les mêmes qualités de fabrication que les gardes-boue décrits plus haut.

L’arrivée du successeur du E3040, coïncidera avec la perte du contrat d’exclusivité liant la Régie Renault à la C-I-J en 1956. Cela n’empêchera pas la firme de Briare de coller à l’actualité et de proposer une reproduction du E30.

L’échelle de reproduction, le 1/32, est logiquement conservée. Le bureau d’étude a-t-il envisagé une seule seconde de le reproduire à l’échelle de sa gamme poids lourds (1/50) ou automobile (1/43) ?

On peut en douter, tant cela semblait une évidence de coller à l’échelle des figurines agricoles.

Est-il venu à l’esprit des dirigeants de la C-I-J que des enfants auraient apprécié de faire rouler leurs tracteurs Renault avec leurs petites autos? Il semble évident que la réponse est non. Pour la direction, ces tracteurs miniatures appartenaient à un autre univers, celui de la campagne et il n’y avait aucune raison d’harmoniser avec les voitures et les petits utilitaires.

La reproduction est digne du modèle précédent. Les lignes sont bien rendues. L’utilisation de la tôle a été abandonnée pour les gardes-boue arrière qui sont désormais injectés en zamac comme le reste du tracteur.

Avec la volonté de les rigidifier on les a rendus un peu épais et ils manquent de finesse. C-I-J modifiera trois fois la face avant afin de coller à l’actualité du vrai tracteur. Les roues équipant le tracteur connaitront de nombreuses variantes : en zamac, en acier perforé puis en plastique.

La position du volant et du siège a obligé la C-I-J à créer un autre personnage : il a pris quelques années et quelques kilos.

On peut imaginer qu’une précoce calvitie a nécessité de l’affubler d’une casquette ! signe du temps qui passe.

(a suivre )

 

D’où venons-nous ?

D’où venons-nous ?

Vous avez sûrement un album de photos de famille. A l’intérieur, on y trouve un concentré de notre vie, de la vie de ceux qui nous entourent. En le feuilletant, vous croiserez peut-être des photos de vos aïeux prises à la campagne, dans une ferme. Nous avons tous des ancêtres paysans.

La France fut longtemps un pays rural. Lors du recensement de 1906, 44% de la population vivait de la terre. En 1954, il n’y en avait plus que 31% . Ce chiffre n’a cessé de diminuer. L’exode rural s’est stabilisé en 1975. En 2021 l’INSEE considérait que 2% de la population active travaillait la terre. Ces statistiques me ramènent  à la chanson de Jean Ferrat « La montagne » qu’il enregistra en 1965.

« Ils quittent un à un le pays

Pour s’en aller gagner leur vie,

Loin de la terre où ils sont nés

Depuis longtemps ils en rêvaient

De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné »

Le paysage rural de la France a longtemps été constitué de petites exploitations familiales. Les travaux étaient peu mécanisés et les rendements faibles. Le paysan français était bien souvent propriétaire de sa terre, ce qui peut expliquer qu’il aura du mal à la quitter, du moins mettra-t-il bien plus de temps que ses voisins européens à le faire.

La mécanisation apparaît après la guerre de 1914, afin de pallier le manque de main-d’oeuvre. Elle s’accélère après la seconde guerre mondiale de 1939.

C’est aussi à cette période qu’apparaît l’utilisation intensive des engrais. Les rendements vont devenir une priorité : il faut nourrir le pays qui connait une hausse de la natalité après la guerre.

Cet état des lieux du monde agricole français après la seconde guerre mondiale avec sa faible mécanisation et l’utilisation de la traction animale trouve écho dans la production des jouets. Les fabricants français vont multiplier les réalisations d’attelages hippomobiles, en plomb, en aluminium, puis en plastique sans véritablement s’intéresser aux tracteurs.

C’est aux fabricants de figurines que va revenir la charge de reproduire les différents instruments aratoires. L’échelle de reproduction utilisée par ces derniers est le 1/32. C’est tout naturellement cette échelle qui sera conservée plus tard pour reproduire des tracteurs.

Il y aura en France une grande tradition de fabrication de figurines de qualité. Quiralu dominera ce marché grâce ses produits robustes (aluminium). La firme de Luxeuil diversifiera son offre et  proposera des instruments originaux comme ce râteau à pommes de terre ou ce semoir. Quiralu disposera d’un bon réseau de distribution lui permettant de diffuser aux quatre coins du pays.

De nombreuses petites firmes ont gravité autour de Quiralu. Mais leurs méthodes de fabrication sont plus artisanales et leurs prix de vente plus élevés ce qui freine la diffusion. Moulés en plomb,  donc plus fragiles à l’utilisation, les produits de la firme CL ne manquent pourtant pas de charme.

On appréciera notamment ces attelages menés par des boeufs, spécificité française. L’âne, animal souvent associé aux petites exploitations n’est pas oublié par ces fabricants de figurines. Il assure la liaison de la campagne au marché citadin.

Quiralu proposera un tracteur, décliné en deux versions (chenillard ou avec roues). Son dessin libre peut interroger.

Il s’agit d’une réelle volonté de proposer un tracteur générique que l’enfant ne pouvait pas rattacher à une marque. Il faut sans doute y voir la volonté de s’épargner la demande d’un droit de reproduction auprès d’un fabricant de tracteurs.

D’ailleurs, dans ces années là (1950), Solido fera de même pour ses tracteurs, mais également pour les automobiles. Dans ses mémoires, M. De Vazeilles indique qu’au début de l’aventure Solido, son père Ferdinand, avait fait ce choix pour éviter des démêlées judiciaires avec les constructeurs automobiles.

La firme d’Oulins semble bien consciente du potentiel de vente des jouets agricoles. Elle développera de somptueux coffrets qui permettent à l’enfant de transformer son tracteur en chenillard et d’adapter toute sorte d’accessoires dont une faucheuse, un triple rouleau ou une très belle remorque fourragère. L’échelle retenue est bien sûr le 1/32…là encore il faut s’adapter au marché des figurines !

On ne recherche pas l’harmonisation avec le reste de la production qui se situe au 1/50 pour les camions et au 1/40 pour les autos de cette période. Les petits amateurs d’autos liés au 1/43 ne peuvent incorporer ces engins, bien trop gros dans leur univers de jeux.

On peut se demander si dans la volonté de ne pas reproduire un engin d’une marque identifiable, Solido, Quiralu ou Aludo n’ont pas cherché à ménager la susceptibilité des petits acheteurs attachés à la marque du tracteur familial.

Le marché de la machine agricole est particulier. L’implantation d’un concessionnaire dynamique dans une région fait que la marque qu’il représente est omniprésente dans son périmètre. C’est la qualité de la relation entre ce dernier et le paysan qui prédomine par rapport à la marque du tracteur qu’il représente.

(la suite dans 15 jours)

les rois du béton

Les rois du béton.

Le message d’un lecteur allemand, M. Herman Hirsch m’a conduit à imaginer une suite au blog sur les camions toupie.

Il m’a fait parvenir une vidéo consacrée à la construction du pavillon Le Corbusier à Zürich où l’on aperçoit les beaux camions Scania qui ont participé à sa réalisation. Il avait rapproché ces images de celles du blog que j’avais consacrée à ces camions, et leur site de prédilection : les chantiers (voir le blog consacré aux Scania ). Il faut dire que, par sa profession M. Hirsch est un familier des chantiers.

Le béton que les camions toupies/malaxeurs permettent de transporter jusqu’aux chantiers de construction est fabriqué dans des centrales qui utilisent comme liant du ciment. Ces centrales à béton sont ravitaillées par des camions dont les cuves peuvent adopter différentes formes. Les camions de transport de ciment à deux cuves sphériques semblent avoir été particulièrement populaires en Scandinavie dans les années cinquante.

Le fabricant danois Vilmer est le premier à offrir aux enfants une reproduction de ce type de véhicule. Cela semble confirmer l’intérêt des enfants  celui-ci.

Vilmer a probablement été motivé par la volonté de s’approprier une nouveauté ainsi que par l’originalité du véhicule. Le côté ludique de la toupie a disparu. Vilmer a réutilisé les deux camions qu’il avait auparavant équipés d’une toupie : le Chevrolet et le Bedford.  Ce choix donne au jouet une touche de modernité.

Tekno va lui emboîter le pas quelques années plus tard avec son superbe Scania 76. Il faut dire que ce camion semble aussi à l’aise sur les parcours internationaux que sur les chantiers.

Dans ses campagnes publicitaires, Scania associera cette image des chantiers à celle de son camion : benne, ridelles, transport de poutres de béton et bien sûr transport de béton.

Tekno va astucieusement adapter son châssis existant, en créant quelques accessoires, deux boules, une petite échelle, un compresseur et le tour est joué. Elle concevra ses cuves en deux parties, afin d’installer un système de vidange monté sur ressort. La dimension du véhicule (sa hauteur) la contraindra cependant à réaliser un boîtage particulier.

Scania se servira de ce jouet pour son usage promotionnel. Le nom du constructeur apparaît sur les cuves. Il existe plusieurs finitions de couleurs. Celle avec les cuves orange est peu fréquente.

La version la plus commune, « InterConsult », présente une harmonie de couleurs très réussie.

Deux déclinaisons sont nettement plus rares et semblent, dans un premier temps tout du moins, avoir été destinées à un usage promotionnel. C’est le cas du « Dansk cement central » de couleur grise et du très beau « Gulhogens » suédois et sa finition jaune d’or et argent.

Ce type de véhicule semble avoir passionné nos amis danois. Il faut croire que les ventes étaient au rendez-vous.

Vilmer va surenchérir et proposer une reproduction d’un autre moyen de transport du béton « frais » : des cuves ouvertes montées sur vérin pour la vidange. C’est la simplicité du montage qui a dû encourager Vilmer dans cette réalisation. Or cette simplicité est relative : Vilmer a utilisé un châssis nu de Volvo N88 sur lequel le bureau d’étude a greffé un ensemble constitué d’un bac monté sur deux vérins. L’ensemble est fort harmonieux et les belles décorations finissent de crédibiliser le montage.

Il y a peu, j’ai fait une découverte fort intéressante. Une remorque sur laquelle était installé ce même système de transport de béton et qui était destinée à la version « Cro Beton » à Koge au Danemark. Elle est d’origine sans aucun doute. Vilmer avait pour habitude de proposer sur sa série de Volvo une remorque pour certaines déclinaisons (bâché,citerne, plateau…) . L’ensemble a belle allure.

Aucun pays producteur de miniatures ne proposera autant de véhicules dédiés au transport de béton et de ciment. Ils sont peu fréquents chez nos fabricant hexagonaux (Norev, France Jouet, C-I-J …) .

Et pour rendre un juste hommage à Herman Hirsch signalons que ce dernier avait été à l’origine d’un autre blog il y a quelques années. (voir le blog « Viele Dank »)