Archives par mot-clé : Jean-Michel Roulet

La passion selon Dinky

La passion selon Dinky ou le chemin de croix du collectionneur de Dinky Toys Simca Cargo.

Pour toute une génération, en France, le terme Dinky Toys sert à qualifier une petite auto en métal reproduite à l’échelle du 1/43. C’est devenu un terme générique comme le « Bic » pour qualifier un stylo bille ou le « Frigidaire » pour une armoire réfrigérante. Il est donc fort logique qu’en France la marque soit chérie des collectionneurs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’amateurs d’autres marques.

Ainsi, à titre personnel, comme j’ai beaucoup d’autres centres d’intérêt, je ne me considère pas comme un collectionneur de Dinky Toys.

L’engouement pour la marque Dinky Toys est ancien. Dans ses catalogues, Meccano prévenait déjà ses clients du retrait de certaines références et les incitait à compléter au plus vite leur collection. Dinky Toys a toujours été une référence.

Ainsi pour les enfants nés entre les années trente et les années soixante, il a existé une ligne de partage entre ceux qui avaient eu des Dinky Toys et ceux qui, souvent faute de moyens, n’en avaient pas eu.

Dans les années quatre-vingt, les prix ont commencé à atteindre des sommets. Cela est dû à l’arrivée de spéculateurs. Il s’agit d’une catégorie de collectionneurs qui ont cherché à faire des placements, le rendement primant sur l’intérêt de l’objet. Le processus s’est inversé : c’est son prix qui fait l’intérêt de l’objet. Cela a conduit à d’importantes dérives.

A l’inverse, au fil des années, la collection de Dinky Toys a fédéré de fins connaisseurs, des gens allant très loin dans les variantes, à un point totalement inimaginable il y a encore 20 ans.

L’ouvrage de Jean-Michel Roulet était déjà très complet. Certains sont allés encore plus loin. Ainsi, M. Claude Wagner a consacré un ouvrage aux moules Dinky Toys d’avant guerre et à leurs dérivés après guerre. C’est un projet ambitieux et un sujet complexe dont l’auteur s’est admirablement sorti, grâce à de patientes et minutieuses recherches. Ceci l’a conduit à élaborer des planches colorées représentant toutes les possibilités de variantes des productions de cette époque. Son travail a été récompensé par un beau succès en terme de ventes.

D’autres amateurs ont une approche que je qualifierai de philatélique. Il traquent la moindre variante, cherchent à la comprendre, à l’analyser et à la classifier. M. Gougeon appartient à cette catégorie de collectionneurs dont la quête est quasiment scientifique.

Prenons par exemple la référence 25 D, la Citroën 2cv camionnette de pompiers. Saviez-vous que la porte arrière, une fois ouverte peut comporter trois variantes ? Elle peut être lisse, porter le numéro un ou le numéro deux.

Il faudra combiner cette variante avec les variantes de jantes, notamment les jantes concaves, puis les variantes de pneus. Ainsi, les pneus en nylon gravés « Dunlop » qui équipent les jantes en aluminium peuvent avoir un dessin lisse ou cranté au niveau de la bande de roulement.

Pour ma part je m’arrête bien avant ces variantes. Je me contente des variantes de teintes, et de type de jantes et de moules. C’est en cela que je ne me considère pas comme un collectionneur de Dinky Toys.

Lorsqu’on consulte Le Robert, la première définition de « passion » est celle de la passion du Christ, de la souffrance, du chemin de croix. La passion est également une vive inclination vers un objet que l’on poursuit.

Enfin, passion peut aussi être employé dans un sens extrême, celui du fanatisme : « Affectivité violente qui nuit au jugement, déchaîne les passions ». Avec ce petit mot, je crois que nous avons cerné les liens qui unissent les collectionneurs aux Dinky Toys !

Pour illustrer ces propos, voici quelques variantes de Dinky Toys. Un modèle sans histoire, le Simca Cargo miroitier. Le modèle est classique. Pourtant avec les variantes de marchepied en creux ou en relief, les jantes en zamac convexes puis en acier concaves, les plateaux vissés puis rivetés, les versions pour l’exportation sans marquage publicitaire il est facile de remplir les vitrines. La plus rare à mes yeux est celle peinte de couleur jaune et équipée de jantes concaves.

20 ans d’absence

L’histoire commence en 1979. Nous avions déjà bien entamé notre collection. Au départ, notre intérêt s’était porté sur les autos de course, puis sur les poids lourds et les véhicules publicitaires. Une fois bien entamés ces domaines, c’est tout naturellement que mon père a décidé de commencer à rassembler les autos de chez Dinky Toys. Client chez M. Scherpereel, mon père lui a donc annoncé son souhait d’élargir le périmètre de sa collection et je suppose que devant l’enthousiasme de mon père, M Scherperrel s’est frotté les mains. Il nous conseilla de venir un lundi, journée plus tranquille. A l’époque, il y avait au milieu de son échoppe une petite vitrine dont la vitre se soulevait. Elle reposait sur un socle en bois.

Dinky Toys Opel
Dinky Toys Opel

Ce que peu de clients savaient c’est que ce socle contenait une partie du stock de ce grand marchand parisien. Nous avons sélectionné un certain nombre de modèles dont une curieuse Opel. Nous étions néophytes et avides d’apprendre. Mais nous eûmes beau chercher cette teinte dans le livre de Jean-Michel Roulet qui venait de sortir, nous ne trouvâmes rien. L’Opel était bleue, avec un pavillon gris clair. Le bleu était foncé et n’avait rien à voir avec celui de l’Opel turquoise. Quant au modèle Afrique du Sud, il était unicolore. Cela resta un mystère pendant quelques années.

Les choses évoluèrent lorsque Jean Vital-Remy, que mon père avait invité à voir la collection, fit comprendre qu’il était intéressé par cette auto. L’affaire en resta là, puis Jean Vital-Rémy comprit que sa seule chance de récupérer le modèle était de faire intervenir Jean-Bernard Sarthe. Ce dernier inscrivit ce challenge dans ses priorités absolues. Il proposa alors à mon père les termes d’un échange : 4 Dinky Toys France qui avaient comme point commun d’être des modèles hors commerce, contre 4 modèles également hors du commun qu’il possédait. Je me souviens qu’il y avait dans la balance une Renault 4cv Cinzano neuve, et un Berliet GBO fardier en état neuf en boîte. Ce fut un échange constructif car les deux parties étaient ravies. Et puis cela donna l’occasion à Jean- Bernard de parader devant Jean Vital-Remy qui ne récupéra jamais l’Opel.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Nous avions fait un choix et nous l’assumions sans aucun regret.

Puis survint un événement. J’eus l’occasion d’acheter un lot qui restera à n’en point douter le plus beau qu’il m’ait été donné d’acquérir : plus de 300 Dinky Toys dont 34 essais de couleur ou prototypes. Jean-Bernard et Jean Vital-Rémy firent notre siège et nous ne fermâmes pas la porte aux négociations. Mais ils eurent la maladresse d’entamer les pourparlers par une proposition que mon père qualifia de « ridicule » dans une lettre qu’il leur adressa conjointement. Cette petite provocation nous convainquit de la nécessité de récupérer les 4 modèles que nous avions précédemment échangés. Ce fut chose faite, en dix ans pour 3 d’entre eux. Restait l’Opel que Jean-Bernard avait conservée. Nos bonnes relations l’avaient conduit à promettre de me céder en priorité cette auto le jour où il déciderait de s’en séparer. Je n’hésitais pas à lui rappeler régulièrement son engagement. Mais Jean-Bernard était imprévisible et le jour où je vis que l’auto était programmée en salle des ventes, mon sang ne fit qu’un tour. Il avait besoin de moi, et je lui fis remarquer combien son opération était maladroite. Il dut intervenir au grand dam du propriétaire de la salle pour retirer l’auto. Elle passa quand même, mais ce fut la seule fois de ma vie où assistant à une vente je savais à l’avance que l’auto serait adjugée à son vendeur, en accord avec le propriétaire de la salle des ventes. Nous avions convenu préalablement du prix et je ne sais quelles pénalités il encourut. Mais la chose la plus importante est qu’après 20 ans d’absence, l’Opel réintégrait nos vitrines. Le modèle est vraisemblablement unique. En fait, il s’agit d’une erreur de gravure du moule : la personne qui travaillait à l’élaboration de ce moule s’est trompée dans l’échelle de reproduction du logo de capot, les lettres d’Opel sont disproportionnées. Il y a une quinzaine d’années, un autre exemplaire de couleur bordeaux a fait surface, mais il était en état d’usage. Les deux modèles avaient une finition au pinceau mais étaient dûment rivetés. Je suis persuadé que les premières injections ont été conservées afin de faire des essais de couleurs. Il est donc probable qu’un jour d’autres couleurs réapparaissent.
Je tiens beaucoup à ce modèle qui me lie à Jean-Bernard.
Drôle de personnage tout de même !

La folie des grandeurs

Jean-Bernard Sarthe nous a quittés le 18 Janvier 2012. Il m’a fallu laisser un peu le temps passer avant de parler de lui. Jean-Bernard était un collectionneur de miniatures hors norme. Le qualificatif qui lui convient le mieux est celui d’excessif. Jalousé, craint, admiré, détesté, aucun collectionneur ne pouvait rester insensible devant le personnage. Les avis étaient tranchés. Il faisait ce qu’il fallait pour entretenir la légende. Un brin mégalomane, il cherchait avant tout à mettre en avant sa collection.

Dinky Toys Cibié
Dinky Toys Cibié

Nous avons fait sa connaissance en 1978, je n’avais que quinze ans. Bien entendu nous avions déjà entendu parler du docteur Sarthe : à l’évocation de son nom résonnaient déjà tous les superlatifs. Je peux dire que j’ai eu avec lui une relation particulière. Ce ne fut jamais une relation complètement apaisée mais au fil des ans une certaine complicité s’installa entre nous.
Jean-Bernard fonctionnait par mimétisme. Il eut plusieurs modèles, au titre desquels on peut citer Jean-Michel Roulet, Jean Vital-Rémy et mon père. Il faut dire qu’ils étaient tous quatre de la même génération. Ils avaient en commun une vision « volontaire » de la collection. Ils étaient passionnés et n’hésitaient pas à consacrer une grande partie de leur temps, de leur énergie et de leurs moyens à rassembler des miniatures. Il y avait une forme d’émulation entre eux : ils avaient le goût du beau et du rare. Mais chacun avait sa personnalité et sa façon d’arriver à ses fins.

Ce qui plaisait surtout à Jean-Bernard, c’est que les autres admirent ses trouvailles. Pour satisfaire ce petit plaisir, il était prêt à tout. Combien de fois a-t-il surpayé un objet ou offert en échange un nombre impressionnant de modèles pour acquérir une pièce convoitée ? Cependant, une fois la pièce acquise et présentée à ses compères, l’intérêt qu’elle avait suscité s’éteignait rapidement. Quelque temps après, cela ne le gênait pas de la céder à ces derniers afin de leur faire plaisir.
Plus tard il trouvera une jubilation dans le négoce de ses modèles en bourse d’échange, auprès de collectionneurs aisés, ou en salle des ventes. Les plus anciens se souviennent de la pleine page de publicité dans un magazine spécialisé qui mettait en scène des dizaines de Dinky Toys, parfois en plusieurs exemplaires ou de la couverture d’un catalogue de salle des ventes. Personnage complexe, il pouvait lors d’une vente aux enchères racheter un modèle qui lui appartenait. Ceci est arrivé de nombreuses fois !

Posséder à long terme n’était pas son but, contrairement à Jean Vital-Rémy ou à mon père. Sa collection, il l’a vendue, reconstituée, revendue. Bien évidemment, au fil des années, certaines pièces sont devenues impossibles à trouver. Adolescent j’ai été fasciné par la collection des frères Schlumf à Mulhouse. J’ai visité cet endroit lors de l’ouverture au public. Plus encore que le spectacle les autos réunies, c’est la volonté incroyable de ces deux frères qui m’a fasciné. Ils sont pour moi des personnages hors norme, capables de se surpasser pour atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Je n’hésiterai pas à comparer Jean-Bernard aux deux Alsaciens. Il avait ses domaines de prédilection. Il aimait les Mercury, les Spot-On, les Solido les Dinky Toys. Il a également cherché à avoir toutes les déclinaisons de couleurs des Solido ou des Spot-On. Je le revois comparant des nuances infimes de couleur, orientant les modèles à la lumière de telle sorte qu’il finissait toujours par trouver une petite variante de teinte. Mais il lui fallait toutes les variantes et je pense qu’il fut le premier à collectionner les variantes de moules. Cela lui faisait plaisir d’acquérir un nouveau modèle : il lui fallait de la quantité. Le docteur Sarthe aimait aussi entretenir sa légende.
Pour lui rendre hommage, j’ai réuni un florilège de pièces qui proviennent de sa collection : essais de couleurs, prototypes, variantes rares.

Le tub cubiste

Trouver un lien entre la collection de miniatures et un mouvement artistique n’a pas été chose aisée mais j’ai quand même décidé de vous emmener au musée. Le mouvement cubiste est parti du tableau de Pablo Picasso (oui, le même que l’on a pour des raisons commerciales accolé aux monospaces d’un célèbre constructeur automobile français…) « Les demoiselles d’Avignon » et sera conjointement mené avec Georges Braque. Nous sommes en 1907. C’est le critique Louis Vauxcelles qui donnera au mouvement le nom « cubisme » à la raison que « Monsieur Braque méprise la forme, réduit tout à des cubes »…ce qui colle bien à notre miniature !

Citroën SPC
Citroën SPC

Ce mouvement qui verra l’émergence de Fernand Léger et de Juan Gris, pour ne citer qu’eux, mérite que vous désertiez un moment vos collections pour aller dans les musées ressentir des émotions différentes. La miniature présentée, un Citroën 1200 Kgs, est un modèle Dinky Toys. Il est peu connu. Son histoire mérite que l’on s’y arrête. Dans son ouvrage sur les Dinky Toys, Jean-Michel Roulet laisse entendre que la version Baroclem a été en partie sous-traitée, notamment au niveau de la finition et des détails de peinture ajoutés par rapport à la version de base. Je ne peux que confirmer cette supposition.

C’est la société Désormeaux, basée à l’époque des faits à Montreuil, qui effectua cette opération. Pour la petite histoire, avant de partir pour Montreuil, la société avait ses locaux dans le 19ème arrondissement, au 24 rue de Meaux, à quelques mètres de ma boutique. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de rencontrer une personne qui, à l’époque où elle était étudiante, avait dans le cadre d’un travail d’appoint apposé les décalques du Baroclem. L’activité de la société Desormeaux tournait autour de la réalisation de maquettes d’agence et d’objets publicitaires. Son créateur devait être un passionné de miniatures automobiles.

C’est en effet à cette petite firme que l’on doit les premiers modèles de miniature automobile de fabrication artisanale : de ses ateliers sont sortis une superbe Citroën 5cv et une Zèbre. Elles étaient disponibles sous plusieurs formes : sur plaquette en bois ou coulées dans un bloc de résine, faisant office de presse papier comme la miniature que je vous présente aujourd’hui.

La boucle est bouclée ! Desormeaux, en tant que maquettiste de talent a pu travailler en sous-traitance pour Meccano. Il avait certainement tissé des liens étroits avec Bobigny. C’est peut être aussi à lui que l’on doit la série de Berliet porte containers Bailly, celle réalisée à la main et repeinte sur des véhicules de série. A mes yeux, la version « SPC » présentée est aussi intéressante que celle du Baroclem. Desormeaux obtiendra de Meccano la livraison d’une version unicolore de son 1200 Kgs. Cela confirme les bonnes relations de ces entités.

Je vous livre telle que je l’ai vécue une anecdote au sujet de ces versions unicolores. Au début des années 80, Monsieur Scherpereel proposa plusieurs exemplaires, neufs en boîte, qui avaient la particularité de n’avoir pas reçu la couche de peinture bleue côté droit. Ils présentaient côté gauche une finition bicolore, identique à la version « Glaces Gervais » de série. Les décalques avaient été appliqués des deux côtés. Je ne peux m’empêcher de faire un lien avec les modèles destinés à Desormeaux. Il est tentant d’imaginer que l’ouvrier sur la chaîne ait fait quelques ratés, habitué qu’il était à retourner l’objet lorsqu’il produisait les « Glaces Gervais » de série. Nous possédons en Dinky Toys Liverpool un modèle présentant la même caractéristique. Il s’agit d’un Morris van « Capstan » qui n’a pas reçu sa finition bicolore et présente côté droit une peinture bleu unie. Nous en avons plus tard revu un second exemplaire avec la même caractéristique. Ainsi, il est probable que nous découvrirons d’autres réalisations de ce genre.

Dépanneuse heureuse

Dans la vie de tous les jours, il est rarement agréable de devoir faire appel à une dépanneuse. L’appel est synonyme de panne, de frais et souvent d’emploi du temps bouleversé.

avec grues non ajourées
Dinky Toys France avec grues non ajourées

Paradoxalement, les collectionneurs de miniatures ont une attirance particulière pour ce type de reproductions. On peut penser qu’ils se souviennent de leurs jeux d’enfants. C’est un véhicule à forte capacité ludique.

Tout le monde connaît l’influence que la maison mère de Meccano, établie à Liverpool, exerçait sur sa filiale française, installée rue Rebeval à Paris puis transportée à Bobigny. L’analyse des gammes des miniatures Dinky Toys est révélatrice de cet état de fait. Il fallait à tout prix éviter qu’un modèle fasse double emploi. Dans son ouvrage sur les Dinky Toys, Jean-Michel Roulet explique comment le projet de la Peugeot 203 ambulance fut abandonné parce qu’aux yeux des dirigeants de Liverpool elle faisait double emploi avec la Daimler. Il se peut aussi que le potentiel de vente du véhicule n’ait pas été estimé suffisant au regard des résultats enregistrés par la Daimler.

Pourtant, la direction française a parfois su influencer le pouvoir décisionnel de Liverpool. En cela, l’histoire des camions dépanneurs, est révélatrice.

Avant guerre, Meccano France, par l’intermédiaire de sa filiale Dinky Toys, a déjà compris l’intérêt de proposer ce type de véhicule à ses petits clients. Elle a ainsi créé une dépanneuse à partir d’un classique camion de la série 25 carrossé en plateau à ridelles équipé d’une grue.

Cette grue a été astucieusement empruntée à la série ferroviaire où elle équipait un des wagons du coffret « train de marchandises ». Le résultat est probant. Il faut souligner que, très longtemps, dans la réalité, les dépanneuses ont été bricolées dans les garages à partir de châssis d’occasion, quand ce n’était pas à partir de châssis accidentés. En cela Meccano n’a fait que traduire un état de fait. Curieusement, Liverpool a accepté le projet. Il faut dire que cet ajout n’avait occasionné aucun investissement.

Durant cette période d’avant la guerre, à Liverpool, le choix se portera sur la transformation d’un camion de la série 30. Cette série est hybride et regroupe des autos (Chrysler, Rolls Royce, Daimler), une caravane et un camion ridelle. Ce dernier se verra affublé d’un équipement comprenant une grue, une caisse à outils et un projecteur. Le moule de ce camion sera réutilisé après la guerre.

Dépanneuse heureuse
Dinky Toys série 25 R

Après la guerre, Dinky Toys France va offrir deux dépanneuses à peu d’intervalle à ses petits clients. Elles portent la même référence, 25 R et sont peintes de la même couleur rouge. Cependant, les modèles sont de conception tout à fait différente. Je m’explique. En 1949, c’est d’abord la Studebaker qui est proposée à la vente en version dépanneuse. C’est une heureuse initiative que ce modèle, tout à fait réaliste et crédible. Elle fait partie de la série des camionnettes Studebaker, conçues selon un schéma de fabrication intelligent avec, d’une part un châssis cabine monobloc et d’autre part une carrosserie interchangeable.

Plus tard (en 1953), afin d’étoffer le catalogue sans doute, Meccano réutilise l’accessoire en tôle ajourée faisant office de grue équipé d’un crochet en acier et l‘installe à l’arrière d’un camion Ford équipé en benne entrepreneur. Ainsi, à peu de frais, Meccano peut s’enorgueillir de proposer deux dépanneuses à ses clients. La conception du camion Ford est pourtant radicalement différente du Studebaker. Tout d’abord, les deux modèles ne sont pas reproduits à la même échelle, bien qu’ils utilisent des éléments communs. Le camion Ford est moulé d’une pièce pour les versions à châssis long : brasseur, citerne et bien sûr le camion équipé de ridelles hautes qui servira de base à la dépanneuse. Pour être tout à fait complet il faut savoir qu’un deuxième moule verra le jour, doté d’un châssis court. Ce dernier reprend le schéma du Studebaker, c’est à dire un châssis cabine moulé d’une pièce et un élément de carrosserie interchangeable en usine.

Pour les camions suivants Dinky Toys va reprendre son schéma de fabrication classique, destiné à amortir l’outillage. Ainsi le Berliet GLB et le Simca Cargo vont être conçus sur le même schéma que le Studebaker. Les clients verront ainsi apparaître trois versions du Simca Cargo (fourgon, benne et plateau miroitier), toutes conçues sur la même base. Vient alors le moment de proposer une nouvelle dépanneuse. Le choix se porte sur le joli Citroën U23, véhicule très populaire à l’époque. J’ose ici avancer une hypothèse. En toute logique, le bureau d’étude aurait dû concevoir son Citroën de la même manière que les deux véhicules précédents, d’autant que ce petit camion s’y prêtait facilement. On peut penser que Liverpool a proposé la caisse arrière vue sur le camion Commer dépanneuse. Mais les deux camions ne sont pas à la même échelle et cette caisse ne peut pas s’adapter. Le bureau d’étude s’en inspire nettement car on est frappé par la similitude des deux parties arrière de ces dépanneuses. Par ailleurs, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu dans des ouvrages consacrés aux poids lourds en France, des caisses de ce type.

Cette carrosserie me semble typiquement britannique. Confronté à l’impossibilité de réutiliser cet élément, Meccano optera pour injecter d’une pièce la cabine et la carrosserie. Le fait que le prototype retrouvé soit bien conçu en deux parties atteste de ce revirement de dernière minute.

Dépanneuse heureuse
prototype en bois du Citroën U23

Au moment de renouveler sa gamme, afin de moderniser son offre, Dinky Toys va de nouveau se tourner vers Liverpool. De l’autre côté de la Manche, Meccano offre un joli camion depuis 1964, le Bedford TK, qu’elle a décliné en plusieurs versions, dont bien sûr une dépanneuse. Le modèle est réussi. La caisse équipant cette dépanneuse est moulée d’une pièce. Son dessin est typiquement britannique, mais plus moderne que celui du précédent Commer dépanneuse qu’elle est censée remplacer. Il est possible qu’échaudée par l’épisode du Citroën U23, la direction de Bobigny se soit fait confier cette caisse afin de l’adapter à son Berliet Gak, pendant en France du Bedford TK, du moins dans la gamme Dinky Toys. L’échelle de reproduction commune aux deux modèles réduits favorise l’adaptation. Il est important de remarquer que la dénomination de la carrosserie, gravée sous la caisse, est restée en langue anglaise. Cette version du Berliet me semble la moins réussie de la gamme. En effet, cette caisse, d’origine britannique n’est pas crédible pour un véhicule circulant en France.

Faisons un dernier constat. Depuis 1949, la direction française a gardé le rouge comme fil conducteur pour ses dépanneuses. Seule une version bis du Berliet Gak, créée pour compléter l’offre « autoroutes » au catalogue vient contrarier cette logique. Le dernier véhicule en version dépanneuse proposé par Dinky Toys France, la Jeep Willys, gardera cette robe rouge.