Une Peugeot 203 Dinky Toys en cadeau !

Nous sommes en présence de 2 modèles Peugeot 203 Dinky Toys de première génération, avec bien sûr le pavillon lisse et le bouchon de réservoir sur l’aile arrière droite.

Peugeot 203
Peugeot 203

Ces 2 autos sont équipées, de manière anachronique de jantes chromées. Ce fait n’est pas une exception. Nous connaissons aussi une Simca Aronde taxi première calandre, excessivement rare, équipée de ces jantes… qui n’apparurent que sur les modèles suivants, l’Elysée ; revenons à ces Peugeot 203.

La première est chromée : la qualité du chrome est évidente. Elle semble d’ailleurs être un peu plus lourde qu’une version peinte. Cette auto provient de la famille Chaudey (voir les Simca Cargo, Citroën U23, Plymouth belvedère..) et son authenticité est indiscutable.

Une petite anecdote : la famille Chaudey avait établi une liste de leurs modèles à vendre, avec indication des couleurs. Au niveau de la 24 R était indiqué “argent”. J’eu la surprise en me rendant chez eux de découvrir cette auto chromée.

Je pense qu’il s’agit d’un projet de cadeau pour Peugeot et c’est sûrement dans une logique esthétique qu’elle a été équipée de jantes chromée, en adéquation avec la finition du modèle.

La seconde Peugeot 203 est d’une authenticité toute aussi indiscutable ; elle possède les mêmes caractéristiques que la première et les même jantes chromées. Ce pourrait être un pendant au même projet, mais avec une finition dorée. Toutes les parties en argent sont réalisées avec l’aide d’un pochoir comme les autos de série ce qui permet de penser qu’elle n’est pas unique. Je suis persuadé que l’on en verra d’autres un jour ou l’autre.

Peugeot a toujours été lié à Dinky toys : dans les années 50 l’entreprise fit réaliser une belle série de Peugeot D3A fourgon reprenant ses couleurs. Il y eu même 2 versions aux couleurs “Peugeot service”. Peugeot a également distribué dans ses concessions des 403 de couleur identique à celles distribuées par Dinky toys dans le commerce.

Plus tard, au milieu des années 60, la Peugeot 204 sera présentée en même temps que sa reproduction en miniature, avec un étui particulier, une belle robe blanche et une particularité : une gravure de châssis différente de celle distribuée en commerce (sans la mention “SGDG : sans garantie du Gouvernement” )

L’exception française : la relation entre Renault et la C-I-J

L’exception française : la relation entre Renault et la C-I-J

La Renault 4cv 1949

C-I-J Renault 4cv 1949 "Cinzano"
C-I-J Renault 4cv 1949 “Cinzano”

En bons Français, nous aimons souligner toutes les choses que nos amis anglais font différemment de nous. Je ne vais pas énumérer la liste. Elle est bien longue. Si longue qu’on serait prompt à penser qu’il y a chez eux une volonté délibérée de se singulariser.
C’est oublier un peu vite nos propres particularismes. Je ne vais pas parler des règles de grammaire qui, pour un étranger, doivent constituer un véritable casse-tête.
On peut bien sûr citer « l’exception culturelle française ». Il faut en effet se souvenir que la France a été la première nation à se doter d’un ministère dédié à la culture, confié à André Malraux, et ce dès 1959.

Notre pays peut également s’enorgueillir d’une autre « exception française ». Elle concerne le monde de l’automobile. Il s’agit du droit exclusif de reproduction accordé à un fabricant de jouets en miniature par un constructeur automobile, tel qu’il existait entre la firme Renault et la C-I-J. J’ai cherché dans ma mémoire et je n’ai pas trouvé dans un autre pays d’exemple de contrat de ce type.

Pour mieux comprendre ce lien, il faut remonter avant-guerre, au milieu des années 20, lorsque les deux firmes Citroën et Renault rivalisaient d’ingéniosité pour promouvoir leurs produits. Il faut reconnaître que Citroën a toujours eu une longueur d’avance sur Renault. Citroën décida donc de lancer la fabrication des « Jouets Citroën », dont il confia la fabrication à C.I.J au grand dam de Louis Renault. Mais en 1935, Citroën en grande difficulté, est reprise par Michelin, qui met en place un plan d’économie. Des coupes drastiques sont pratiquées et Les Jouets Citroën sont sacrifiés sur l’autel des économies.

Renault en profite alors pour se tourner vers le fabricant de Briare et reprend à son compte l’excellente idée de Citroën. Les « Jouets Renault » sont nés. Un contrat d’exclusivité est signé. Après la guerre et malgré la nationalisation de Renault et la création de la “Régie Renault”, C-I-J gardera son contrat d’exclusivité, quelque peu adapté à la nouvelle société.

C-I-J a ainsi bénéficié d’un droit exclusif de reproduire les véhicules de la gamme Renault (auto, camion, agricole) en « métal » (zamac) et en tôle.
La période d’après-guerre a vu l’apparition des premiers jouets en plastique. Ces derniers n’étaient pas dans le champ du contrat. Il semble d’ailleurs que Norev ait bénéficié d’une position privilégiée.

François Laurent m’a en effet fourni un très intéressant document de la Saprar, un catalogue destiné aux garagistes. Cette société distribuait dans les concessions principalement les pièces détachées Renault mais aussi les jouets C-I-J. On relève bien sûr la présence des modèles Renault reproduits par la C-I-J mais aussi des miniatures Norev et Jouef (rare tracteur agricole). On remarque à cet égard l’importance du matériel agricole Renault dans la période d’après-guerre, la couverture du catalogue en atteste.

A l’occasion de leur distribution par la Saprar, les Norev mais aussi les C-I-J recevaient un numéro spécifique sur une étiquette dactylographiée apposée sur les languettes. Ce mode de distribution dut cependant être assez éphémère. La Saprar devait avoir assez à faire avec les pièces détachées pour les autos Renault.
Le fait que les reproductions en plastique ne soient pas visées par le contrat d’exclusivité démontre que les consommateurs et la régie ne plaçaient pas sur un pied d’égalité les reproductions en zamac et celles en plastique. Cela a bien changé chez les collectionneurs. Désormais les reproductions en plastique sont autant appréciées que celles en zamac .

De plus, n’en déplaise aux amateurs de véhicules en zamac, la plus belle reproduction en miniature d’une Renault 4cv est bien celle produite par Norev.

Afin d’illustrer ce premier chapitre, voici la première série de Renault 4cv produites par la C-I-J en 1949, deux ans après la présentation de la vraie voiture.

Cette série se caractérise par sa calandre moulée à 6 barres, son châssis pincé et ses belles roues injectées en zamac brut. Les modèles étaient distribués en boîte de six pièces. Je vous invite à regarder le commentaire de la Saprar devant la boite de six pièces représentée dans le catalogue « une teinte par boîte de six ».

C-I-J Renault 4cv 1949 roues zamac avec défauts d'ébardage.
C-I-J Renault 4cv 1949 roues zamac avec défauts d’ébardage.

J’aime particulièrement cette première mouture. On voit sur certains exemplaires de gros défauts d’ébarbage. C’est de cette première série qu’est issue la superbe version aux couleurs Cinzano, modèle promotionnel par excellence. La C-I-J a réalisé un beau travail de pochoir pour reproduire cette auto appartenant à la flotte publicitaire de la marque d’apéritif.

Elle fut notamment distribuée lors du Tour de France cycliste. C’est là que M. Dufour a acquis la sienne. Autant vous dire qu’il y tient comme à la prunelle de ses yeux. Il est vrai que cela confère à cette belle 4 CV un attrait supplémentaire.

 

Le cadeau de chez Euclid

Le cadeau de chez Euclid

16,5 cm ; roues en caoutchouc monobloc de couleur noir. Carrosserie monobloc ; les camions benne ont toujours attirés les collectionneurs …

Certainement des souvenirs d’enfance… Les bons moments passés au bac à sable à emplir et vider sans relâche le contenu de la benne.

Ce camion benne Euclid présenté est un modèle publicitaire pour la firme Euclid produit chez  National Toys aux Etats Unis. Cette firme travailla, à ma connaissance, uniquement pour les constructeurs automobiles. Les reproductions  de véhicules utilitaires à usage publicitaire étaient  moins fréquentes que dans celui de la voiture particulière. Mais une brèche s’est ouverte suite à l’importance du marché des véhicules de travaux publics. Il faut bien avouer qu’il s’agit d’un important marché, et on peut imaginer que parfois, après  d’âpres négociations, la distribution de petites miniatures pouvait détendre l’atmosphère !

Ces véhicules sont reproduits dans un alliage très chargé en plomb, qui leurs confère un poids certain. Ils devaient, sur un bureau,  servir de presse papier, vide poche, ou même, je l’ai déjà vu, de cendrier !

Souvent, ces véhicules arboraient des finitions couleur laiton, qui étaient en vogue à l’époque… N’oublions  pas que nous sommes en présence de modèles publicitaires.

J’avoue ne pas être attiré par ce genre de finition. Les versions peintes sont extrêmement rares…  

intrigants modèles Hubley et Auburn

intrigants modèles Hubley et Auburn

La carpe et le lapin.

Cette expression française désigne un couple mal assorti, une union impossible comme le serait celle d’un poisson et d’un mammifère. Elle trouve son origine dans la réflexion qu’inspirait à la noblesse l’union d’un noble et d’une roturière. Nous sommes bien loin de nos petites autos. Pourtant c’est bien la réflexion que je me suis faite après avoir acquis les deux autos présentées ce jour, lors d’un séjour aux Etats-Unis.

Quels points communs entre l’Oldsmobile de chez Auburn, de couleur grise portant un marquage sur le pavillon et cette auto, reproduisant un bolide, croissement de voiture de record et de monoplace type Indianapolis produite chez Hubley ?

A priori rien ! Ni l’échelle de reproduction, l’Oldsmobile est au 1/38 et la Hubley au 1/50, ni le matériau, rubber pour l’une et zamac pour l’autre. Ce n’est pas non plus la couleur. Non, c’est bien ailleurs qu’il faut chercher.
Le premier point commun, vous ne pouviez le deviner. Je les ai acquises chez le même marchand, en même temps. Ce fut d’ailleurs le point de départ de ma réflexion.
Ce marchand est spécialisé dans les modèles en rubber. Il propose toujours un large choix à la vente. J’ai découvert chez lui nombre de variantes. Depuis quelque temps, la mode porte à collectionner les marquages promotionnels. Aux USA, cette caractéristique confère à l’objet une valeur qui peut tripler, voire quadrupler par rapport à un modèle qui en est dépourvu.

C’est bien sûr le marquage de cette belle auto qui m’attira. En demandant son prix, je m’attendais à un chiffre élevé. A ma grande surprise, il n’en fut rien. Il fallait juste compter un léger surcoût, qui à mes yeux était déjà justifié par la couleur grise, peu fréquente, de cette miniature.

Je demandai ensuite au marchand s’il savait ce qu’était cette “National Turner Convention, Detroit 1938”. Il avait fait des recherches et put me fournir l’explication suivante. Les “American Turners” étaient une organisation fondée en 1848 par des immigrants allemands, avec pour devise : “un esprit sain dans un corps sain”. Elle prônait l’activité physique et mentale, pour tous les âges. Se voulant apolitique, elle changea d’ailleurs son nom d'”American Turnerbund” en “American Turners” en 1938, lors de sa convention annuelle, pour éviter toute confusion avec le Bund germano-américain pro-nazi.
En fait, le prix réclamé était raisonnable car le marquage présentait peu d’intérêt dans le contexte de la miniature. Aux Etats-Unis, ce sont surtout les publicités pour les concessions, les garages, et le monde de l’automobile en général qui réunissent les suffrages des collectionneurs.

Connaissant mon goût pour les choses atypiques, le marchand, attira ensuite mon attention sur un autre modèle, une auto de course Hubley. A voir mon regard, il comprit que ce modèle faisait déjà partie de ma collection. Cette auto, je l’avais acquise il y a fort longtemps, et même avec quelques déclinaisons : en aluminium, en zamac et même en cast iron.
Il insista cependant : « Regardez-bien », me dit il, « c’est très intéressant. Il y a une épinglette, jamais détachée depuis l’origine, aux couleurs d’un événement, qui a eu lieu aux Etats-Unis en 1937, la coupe Vanderbilt sur le circuit Roosevelt ».
Effectivement, je n’avais pas compris que le modèle était lié à une médaille placée dans la vitrine devant lui. Ce modèle avait fort probablement été vendu comme souvenir lors de cet évènement.
La Coupe Vanderbilt, qui avait vu le jour en 1904, fut disputée annuellement jusqu’en 1917 où elle s’interrompit pour cause de conflit mondial. Créée et richement dotée par le milliardaire américain William Kissam Vanderbilt, elle sombra ensuite dans l’oubli avant d’être relancée en 1936 par le neveu du fondateur, George Washington Vanderbilt. L’épreuve fut remportée l’année suivante par l’Auto Union de Bernd Rosemeyer. Les Allemands qui avaient monopolisé, avec Alfa Romeo, les deux premières lignes de la grille de départ, s’adjugèrent les 1re, 2e et 4e places à l’arrivée . La première auto américaine classée fut une Miller, au septième rang.

médaille commémorative de la course
médaille commémorative de la course

Je dis les Allemands mais en fait je devrais dire les nazis. En effet, c’est bien sous leurs couleurs que les autos étaient engagées.La petite médaille que le propriétaire n’a pas détachée est sans équivoque : c’est bien le drapeau du parti nazi  qui y figure.

Pour mémoire, le programme des 24 heures du Mans durant ces années, c’est à dire juste avant le début de la seconde guerre mondiale arbore aussi ce drapeau, sauf en 1936, la course ayant été annulée pour cause de front populaire. Les monoplaces ont aussi arboré le drapeau nazi. On notera d’ailleurs que si les Mercedes s’en sont très rapidement parées, les dirigeants d’Auto Union montrèrent moins de zèle à le faire. Ce petit modèle de rien est en fait des plus intéressants sur le plan historique.

Voilà comment, en quelques minutes, j’ai acquis aux Etats-Unis deux modèles de production américaine ayant pour lien l’Allemagne des années trente. J’avoue que le lien était troublant. Je n’aurais pas pensé à le faire si je ne les avais pas trouvés ensemble. Cela valait semble-t-il la peine d’être raconté.

Mercury Lancia Flaminia ou La grande bellezza

Mercury Lancia Flaminia ou La grande bellezza

Mercury Lancia Flaminia ou l'harmonie des couleurs
Mercury Lancia Flaminia ou l’harmonie des couleurs

Chaque collectionneur de miniatures construit son propre univers en fonction notamment de ses souvenirs personnels. Chaque amateur s’est forgé son goût qu’il est bien difficile de faire évoluer. Dans mon cas personnel par exemple, à l’évocation d’une Lancia Flaminia, je ne peux que penser à la reproduction du coupé proposée par Solido. Je ne vais pas revenir sur les raisons de ce choix, il suffit de relire l’article consacré à cette auto.

Mais pour bon nombre d’amateurs, la Lancia Flaminia qui retient l’attention, c’est la version berline.

Dans la réalité, c’est effectivement une très élégante auto que Lancia a mise sur le marché en 1957. Sa ligne est due au crayon de Pininfarina. C’est une réussite incontestable. L’auto se place dans le haut de gamme de la production automobile de l’époque. Il est dommage que Lancia n’ait pas eu les moyens de lui offrir une descendance lors de l’arrêt de la production en 1967. Quatre exemplaires serviront de voitures présidentielles. C’est vraisemblablement la venue de la reine Elizabeth II en 1960 qui a poussé Pininfarina à fabriquer ces autos dénommées “Presidenziale”.

Mercury, qui était alors leader au niveau de la fabrication de miniatures dans la péninsule italienne ne pouvait passer à côté de cette auto.

Elle appartient à la seconde génération des miniatures Mercury. Les premières références proposées par Mercury étaient de taille généreuse. Les miniatures étaient reproduites au 1/40ème environ. En fait aucune n’était à la même échelle. On peut simplement dire qu’elles étaient assez éloignées du 1/43ème, échelle de reproduction imposée par Dinky Toys pour servir d’accessoires sur les réseaux de train Hornby. La seconde série Mercury est apparue au milieu des années cinquante. Elle est plus homogène. Toutes les autos sont au 1/45ème environ. Notre Lancia Flaminia du jour est fidèlement reproduite.

Mercury n’a pas oublié de faire figurer le balai d’essuie-glace de la lunette arrière, accessoire rare à l’époque.

Les premiers exemplaires sont dépourvus d’aménagement intérieur. Les châssis sont peints de couleur argent dans un premier temps avant d’être chromés vers la fin de la production.

C’est aussi à cette époque qu’un aménagement intérieur est proposé, afin de moderniser un peu la miniature. Les derniers exemplaires recevront une peinture unicolore. Moins esthétiques que les versions bicolores ces exemplaires sont bien plus rares.

Une des raisons qui font aimer les Mercury, c’est cette incroyable faculté à proposer des quantités de mariages de couleurs, tous plus ou moins improbables mais fabuleux à contempler en vitrine. Au risque de me répéter, seuls les Italiens pouvaient marier les couleurs avec autant d’élégance !