Le prophète – 2

A l’opposé, la firme anglaise Jordan & Lewden qui produisait des miniatures en zamac juste après la seconde guerre mondiale s’est illustrée en ne s’interdisant aucun thème dans sa collection “River Series.

River Series Bedford fourgon
River Series

Sur la base de la reproduction approximative d’un camion Bedford, assez hideux, River Series a décliné une série de carrosseries plus torturées les unes que les autres. Un vrai bonheur pour les collectionneurs qui espèrent toujours trouver une carrosserie inconnue.

Il y a moins d’un an, j’ai ainsi mis la main chez mon ami Simon qui tient une boutique à Halifax, entre Leeds et Manchester, sur une fabuleuse version avec sa boîte d’origine : il s’agit d’un transport de voitures de manège !

Il m’a raconté que le véhicule qu’il me vendait provenait d’une ancienne marchande de jouets de bazar. Il s’agissait donc d’invendus. Il faut dire que le modèle équipé d’un mécanisme à clef devait coûter assez cher. River Series est également le seul fabricant à avoir osé proposer à la vente une citerne pour vidanger les fosses septiques, avec son bras articulé. Présentons enfin la version équipée d’un monte-charge. Là aussi, la fabrication du mécanisme a eu un coût. Viendront ensuite une extravagante grue et sa fléche disproportionné, un modèle équipé d’une nacelle, et une version « benne » assez baroque. Ces structures ne pouvaient pas resservir sur une autre base.

Cette série extravagante est unique. Plus tard les moules du camions Bedford seront vendus en Israël. Gamda se contentera de reproduire les versions bâchées. (voir les autres articles sur le River Serie Bedford)

River Series

Le prophète – 1

Je me suis interrogé à la suite de la tempête médiatique suscitée par la publication d’un dessin représentant le prophète alors que le Coran interdit toute représentation de ce dernier. Le domaine de la collection de miniatures automobiles connaît-il des interdits ? Les fabricants de jouets se sont-ils volontairement abstenus de reproduire certain types de modèles ?

River Series avec ou sans mécanisme
River Series avec ou sans mécanisme

Je n’ai pas d’exemple d’interdictions clairement formalisées, mais l’autocensure a porté essentiellement sur les véhicules évoquant la mort et la guerre. Ainsi même si Corgi Toys et C-I-J ont réalisé des prototypes de corbillards, les directions des firmes n’ont jamais autorisé leur production. Si, plus tard, des firmes comme Verem en ont commercialisé il s’agit de véhicules destinés aux collectionneurs et non aux enfants.

Après les évènements de mai 68, dès les années 70, les jouets militaires ont été très mal vus en Scandinavie. Il en était de même pour la vente de jouets imitant les armes à feu.

Sur les étals des bourses d’échange scandinaves, il est très difficile de trouver des jouets militaires. Cela n’empêcha pas Tekno et Vilmer d’en reproduire, mais il apparaît que ces jouets étaient surtout destinés à l’exportation. Ainsi, les véhicules Tekno sont tous aux couleurs de l’US Army. (voir les autres articles sur River Serie Bedford)

A suivre …

Modelisme Porsche 908

Quand le Modélisme fit son apparition – 2

Les miniatures présentées ce jour ont plus d’intérêt qu’il n’y paraît de prime abord. Le fabricant de ces modèles, ou plutôt leur distributeur a pour nom Modélisme. « Modélisme », c’est également le nom de la célèbre boutique du boulevard Sébastopol où ces miniatures furent distribuées.

Modélisme Porsche 908. Chassis différent.
Modélisme Porsche 908. Chassis différent.

Le succès de la boutique fut très rapide. Monsieur Greilsamer a vite compris la nécessité de favoriser la création de liens entre les amateurs. Pour atteindre cet objectif, il va publier une revue du même nom que sa boutique, puis, en 1967, un des premiers ouvrages consacrés au sujet, riche de photos et de listes de recensement de marques et de productions. Etant lui-même un collectionneur passionné, il a été sensible aux demandes des autres collectionneurs. Dans sa revue, il ne manquera jamais d’interpeller les fabricants pour leur soumettre des idées mais aussi pour les critiquer sur la qualité d’exécution de leurs produits.

Lorsqu’à l’aube des années 70 apparaissent en Grande-Bretagne les premiers kits en white métal, il va bien sûr les importer. Au regard de la difficulté du montage, ces kits ne sont pas à la portée de tout le monde. Pour de nombreux collectionneurs, le résultat final n’est pas à la hauteur des espérances. Il fallait effectivement du talent pour assembler les premières John Day. Si les photos de modèles montés présentés par la revue Modélisme ont fait rêver de nombreux amateurs, elles ont également suscité beaucoup de frustration. Notons qu’à l’époque il n’y avait pas de monteur professionnel. Par ailleurs, le white metal nécessitait un important travail de préparation, ce qui excluait la rentabilité d’un montage en petite série. Jacques Greilsamer comprit que pour satisfaire sa clientèle, il se devait d’offrir des produits finis. C’est grâce à sa parfaite connaissance du milieu des maquettistes qu’il a trouvé une solution. Deux maquettistes de talent, Messieurs Dubray et Evrat qui présentaient régulièrement leurs propres réalisations dans les pages du magazine lui présentèrent une solution envisageable : utiliser de la résine. Le matériau permettait d’échapper à l’investissement du moule en acier indispensable pour injecter du zamac. Au regard des quantités prévues, ce matériau permettait une gravure fine, et des carrosseries plus faciles à travailler. L’histoire était en marche, et c’est ainsi que naquit la gamme « Modélisme ». La finition très soignée ne permit qu’une micro production, bien inférieure à la demande.

Les maquettes ont très bien passé l’épreuve du temps, signe d’une qualité parfaite. Les gens qui ont connu cette époque fantastique regardent encore maintenant ces modèles avec désir. Comme ils ont été difficiles à obtenir !

Pour Jacques Greilsamer, le constat s’imposait : celui de l’existence d’un nouveau marché à destination des collectionneurs adultes. Les « miniatures maquettes » allaient supplanter les « miniatures jouets » et il allait créer Eligor. Contrairement aux industriels, il a anticipé ce phénomène. Bien sûr, avant lui, des firmes comme Rio s’étaient orientées sur ce créneau mais elles étaient restées prisonnières d’un marché à bout de souffle, celui des automobiles classiques d’avant la seconde guerre. Il en fut de même pour Solido et ses Age d’or. Pour avoir souvent travaillé avec des gens de chez Solido, j’ai constaté qu’ils avaient beaucoup de mal à croire au marché des collectionneurs.

Il est regrettable que Monsieur de Vazeilles ait vendu son entreprise à la période où naissait Eligor. Un visionnaire comme lui aurait sans doute mieux réagi que ses successeurs

Le vrai début des Dinky Toys

Les modèles présentés ce jour ont une place particulière dans l’histoire de Dinky Toys. Nous avons déjà évoqué l’histoire de cette série, qui, au départ n’était qu’une branche de Hornby train, elle-même appartenant au célèbre fabricant de jouets Meccano. Afin de donner plus de vie à ses réseaux ferroviaires, Hornby train proposa à sa clientèle des bâtiments, des figurines et des miniatures automobiles. Ainsi vit-on apparaître la série 22. Au démarrage ces produits étaient estampillés Hornby : la marque apparaissait à l’intérieur des carrosseries ainsi que sur les boîtes de personnages. Pour ses miniatures automobiles, Meccano comprit tout l’intérêt de développer une marque à part entière : Dinky Toys. On peut imaginer que la fameuse firme Britains aurait rencontré un sérieux concurrent si la même démarche avait été adoptée pour la série des personnages en plomb. Cette branche aurait ainsi pu développer des personnages de ferme, d’histoire, du Far-West.

MG Record Dinky Toys
variantes de moule sur la MG Dinky Toys

Les dirigeants de Meccano vont choisir un parcours de développement pour la branche de Dinky Toys, en sortant du cadre du simple objet de décor des réseaux de trains. Ainsi, le modèle présenté ce jour peut être considéré comme une des premières Dinky Toys à part entière. En effet, placer une « auto de course » sur un réseau de chemin de fer demande une certaine imagination ! Le petit bolide fut commercialisé en 1934 sous la référence 23. Il est moulé en plomb et existe en six combinaisons de couleurs. Il est assez aisé de reconnaître ce premier modèle. Il n’a pas de pilote et la face avant est large. Il reproduit la MG EX127. Un nouveau moule verra rapidement le jour, adapté à une injection en zamac des miniatures. Il connaitra une très longue carrière de 1936 à 1956. C’est la plus longue pour un modèle Dinky Toys. L’auto reproduite est la MG EX135. La gravure des moules conçus pour les modèles en zamac est beaucoup plus fine que celle du premier moule. La principale variante de moule réside dans l’adjonction du caractéristique pot d’échappement. Outre le fait d’avoir véritablement lancé la marque Dinky Toys, ce modèle a une autre caractéristique : il reproduit une auto ayant existé dans la réalité. Dans le coffret de la série 22, les deux autos et les deux camionnettes sont d’inspiration libre. Notre modèle de ce jour est inspiré de la MG K3 EX 127 de record dite « Magic Midget ».

Il faut avouer qu’à cette époque les compétitions automobiles étaient dominées par les constructeurs allemands et dans une moindre mesure italiens. Pour la firme britannique, il était primordial que Dinky Toys mette en avant une auto anglaise.

Dans la galerie d’images  :

  • Deux premiers moules, mais injection en zamac et l’autre en plomb.
  • Puis des modèles en plomb.
  • A gauche modèle en plomb, et à droite, modèle intermédiaire, en zamac mais provenant du premier moule (face avant plus large, pas de pilote, ni de pot d’échappement). Notez un intéressant détail: elle arbore un numéro au pochoir, ce qui est très rare pour un modèle issu du premier moule.

Vu de dessus, les différences sont bien perceptibles entre les deux moules. Notez les mariages de peinture qui seront conservés jusqu’à la guerre. A chaque assemblage de couleur correspond un numéro de course.

Suite, la semaine prochaine : le bonbon le plus rapide du monde !

Quand le Modélisme fit son apparition – 1

Pour ce premier épisode consacré à Modélisme, voici une série de Porsche 908/02. Elles sont toutes moulées en résine et décorées à la main. Il est possible que d’autres versions aient été réalisées. N’hésitez pas à compléter la liste

Modélisme Porsche
Modélisme Porsche 908/02 Sonauto BP

La Porsche de Steve Mac Queen, de Solar Productions, (numéro 48) qui arbore une décoration des plus simples est certainement la plus courante.

Elle faillit remporter les 12 heures de Sebring en 1970 et se classa seconde. Il est évident que la version BP demandait beaucoup plus de travail ! (Ecurie Sonauto numéro 3 victorieuse des 3 heures du Mans 1971). La numéro 18 est celle de l’écurie AAW à la Targa Florio 1970. La numéro 1 est une auto d’usine qui s’illustrera dans cette décoration en fin de saison 1969 (remportant entre autres les 1000 km du Nürburgring). La numéro 266 gagnera la Targa Florio , toujours en 1969 (voiture d’usine). Enfin, malgré mes nombreuses recherches je n’ai pas d’information sur la numéro 52. La présence du sticker Martini sur le capot peut laisser envisager qu’il s’agit d’une auto de l’écurie pour les 12 heures de Sebring. Monsieur Evrat a peut-être tout simplement trouvé l’inspiration lors d’une course en France,  par exemple à Monthléry.

Ferrari 512S
Ferrari 512S longue Le Mans 1970

La Ferrari 512 S longue est très rare. C’est une carrosserie en résine adaptée à un chassis de Solido. L’Alfa Romeo 33/3 est celle victorieuse des 1000 km de Brands Hatch en 1971. Enfin les Ford GT 40 reproduisent les autos de l’écurie Gulf et celle de l’Allemand Joest au Mans 1969. Les couleurs des bandes sont erronées. Il n’y avait pas à l’époque la documentation dont l’on dispose actuellement.