Archives de catégorie : berline

Miracle à Milan

Miracle à Milan

C’est le titre du film de Vittorio de Sica et de Cesare Zavattini qui remporta la palme d’or à Cannes en 1951. Dans ce conte fantastique empreint de poésie deux mondes s’opposent : celui des gens cupides et celui des pauvres. Le miracle s’accomplit à la fin du film quand la fée Lolotta vient chercher les habitants d’un bidonville promis à la destruction en raison de la découverte d’un gisement de pétrole et les emmène au paradis. La fin du film est célèbre : gueux et mendiants survolent la cathédrale  de Milan à cheval sur un balai.

Je vous rassure, je n’ai pas enfourché un balai pour survoler le Duomo. Non, c’est un miracle bien plus modeste qui m’est arrivé à Milan.

La Citroën Ami 6 de chez JRD est un classique. Ce n’est pas ma reproduction favorite de cette célèbre berline car je préfère celle de Solido (voir le blog consacré à la Citroën ami 6 de chez Solido).

Il faut dire que Solido a été pragmatique en renonçant à reproduire le capot ouvrant. Incurvé en son milieu, il représente un véritable casse-tête.

Il est quasiment impossible de le fermer correctement sans laisser d’espace disgracieux au niveau horizontal du capot et sur les côtés. Solido a su éviter un piège dans lequel Dinky Toys, Norev et JRD sont tombés. Parmi ces derniers c’est JRD, et de loin, qui s’en est le mieux sorti. Longtemps, deux combinaisons de couleurs ont été répertoriées.

La très classique et très conventionnelle bleu pâle avec pavillon blanc et la plus rare orange avec pavillon blanc.

La rencontre avec un ancien représentant de JRD m’a fait découvrir au milieu des années 80, une superbe et rarissime version vert tilleul avec pavillon blanc. Je n’en ai jamais revu d’autre .

Mais revenons à la bourse de Milan, édition de décembre 2016.La manifestation était bien entamée, elle commence pour les exposants à 6H30. Je détaillais les miniatures sur la table d’un vendeur. Manifestement, j’avais devant les yeux une petite collection constituée d’époque, composée des grands classiques de la miniature. Des Märklin, des Corgi Toys ,des Quiralu, des Mercury des Solido, les reproductions des principales autos européennes des années soixante. Le collectionneur avait semble- t-il acheté une seule reproduction de chaque auto. Pas de doublon.

Parmi les miniatures figurait une Citroën Ami 6 berline bleu très pâle unicolore. Il s’agit d’une couleur classique chez Solido. Cependant, l’échelle de reproduction du modèle posé sur la table m’a permis d’identifier très rapidement un autre fabricant de miniatures. La silhouette proche du 1/41 ne pouvait être que celle d’une JRD, la Solido respectant strictement, elle, le 1/43. Cette variante de couleur m’était inconnue jusque là.

Un examen approfondi me confirma l’authenticité du modèle. C’est un plaisir certain que de découvrir après 40 ans de collection des couleurs inconnues, qui plus est chez un fabricant avec lequel on a des affinités.

Quelques mois plus tard, toujours à la même manifestation , et toujours en fin de matinée, alors que j’étais dans l’allée centrale de la manifestation, quelle ne fut pas ma surprise de voir un Saviem LRS pelleteuse dans les couleurs du Renault 120cv.

Il y a quelques années j’avais récupéré la version équipée d’une flèche treillis de couleur orange équipée de cette cabine Saviem LRS. Nous sommes en présence de modèles de transition qui empruntent les couleurs du Renault 120cv, et sont équipés de la cabine Saviem. (voir le blog consacré  à ce Saviem C-I-J …le chainon manquant).

Un dernier élément est venu depuis éclairer ma lanterne. On sait qu’avec la Dauphine, la Régie Renault a rompu le contrat d’exclusivité qui la liait à la C-I-J (voir le blog consacré à ce sujet avec la Renault 4cv).

Récemment, j’ai eu la chance de récupérer deux documents destinés aux revendeurs avec des listes de prix. Un détail m’a profondément choqué. La mention « Renault » a disparu du nom de tous les modèles, sauf pour la 4cv et encore.

extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres
extrait du catalogue C-I-J Renault 4cv calandre à 3 barres

Celle-ci est décrite comme « 4cv Renault « et non » Renault 4cv ». C’est subtil mais il faut le souligner, on sent que Renault n’est plus en odeur de sainteté chez C-I-J.

Le nom Saviem lui est bien présent dans les catalogues. C’est fort étrange, car Saviem était la branche poids lourd de Renault. Il se peut que la C-I-J ait négocié, non pas un contrat d’exclusivité mais au moins un contrat l’autorisant à reproduire des « Saviem ». Pour être complet sur ce sujet, on note que le nom Simca apparaît également dans ce catalogue, mais que tous les autres noms de constructeurs sont absents. Simca et Saviem avaient sûrement dû accepter que la « C-I-J europarc » reproduise leurs modèles.

J’avance donc l’hypothèse selon laquelle la « C-I-J Europarc » a utilisé au plus vite l’accord de Saviem. Pour ce faire elle a remplacé la cabine Renault par celle du Saviem LRS qu’elle avait déjà en production sans même attendre que la nouvelle cabine Saviem JM240 plus moderne soit prête.

Pour le collectionneur français que je suis, fort sensible à ces deux firmes, la JRD et la « C-I-J Europarc », ce sont désormais deux petits miracles qui se sont accomplis à Milan. J’attends désormais le troisième.

 

L’Amazon a Oslo : Mecline

L’Amazon a Oslo : Mecline

Il arrive que l’histoire de nos petites autos rattrape la grande histoire. La Norvège, pays à la gestion rigoureuse, décida après la seconde guerre, afin de rétablir sa balance commercial de limiter au maximum ses importations.

Mecline Volvo Amazon
Mecline Volvo Amazon

Des quotas et des priorités furent fixés. Ainsi chaque secteur économique se vit attribuer un quota.

En Norvège secteur du jouet n’étant pas une priorité, il fut donc décidé de fermer les frontières à toute importation de jouets. Cette mesure fut surtout dommageable aux fabricants Danois Lego et Tekno, jusqu’alors très implanté en Norvège.

Ces 2 firmes contournèrent la difficulté en s’associant sur place avec de petites firmes. Ainsi vit le jour, la firme Mecline. D’après mes renseignements, Tekno était lié avec Mecline, mais aussi Nikrom, par un partenariat technique, à qui il louait ses moyens de production. Les modéles sont identiques, a l’exception du chassis, ou le logo Tekno a disparu et des jantes ,en acier tourné monobloc. Les teintes retenues diffèrent également. (je connais aussi une rouge et jaune chez un ami à Stockholm). Je ne connais d’étuis individuels que sur le VW van (modèles que je présenterai plus tard)… mais il doit y avoir un boîtage. Il faut bien dire que ces autos, même auprès des Norvégiens, sont excessivement rares.

J’ai trouvé  cette Volvo Mecline de manière détournée, auprès d’un sympathique client Écossais, qui passait ses vacances de jeunesse en Norvège, et qui l’avait précieusement conservé.

(voir l’article avec la Mercedes 180 Mecline)

Alfa Auto : de Copenhague à Valparaiso

Quelle distance ! Ces deux villes ont peu de choses en commun, si ce n’est leur ouverture sur la mer. Tekno, firme Danoise que l’on ne présente plus a acquis une renommée mondiale par la qualité de ses productions.

Malgré la distance qui sépare le Danemark du continent américain, la firme Danoise a entretenu avec l’Amérique du sud des liens commerciaux.

Volkswagen Alfa Auto
Volkswagen Alfa Auto

Ce n’est d’ailleurs pas un exemple unique et Vilmer, autre grande société danoise a vendu son outillage à Chico Toys (Colombie). Il faut préciser que les maisons Danoises avaient à leurs catalogues des reproductions de Volvo, Scania et autres Mercedes que l’on pouvait croiser en Amérique du sud.

Il est intéressant de savoir que Gué, firme Brésilienne, reproduisit un beau Scania Vabis dont la cabine était similaire à celle du modèle de Tekno, mais en aucun cas copié sur la miniature Danoise.

Encore maintenant, beaucoup de collectionneurs font une confusion en croyant voir en la miniature Gué une copie du Tekno.

Tekno eu également des liens avec l’Amérique latine, par l’intermédiaire d’autres firmes danoises Paul Bergsoe et Bera qui lui ont passé commande de camionnettes Ford Taunus portant le nom et l’adresse des comptoirs que ces deux entreprises avaient en Bolivie et au Chili… grande rareté !

Les Volkswagen présentées sont issus de chez Alfa auto, marque chilienne. Leur ressemblance avec les modèles Tekno est frappante : la conception générale est la même. Alfa Auto réalisa d’autres modèles inspirés par la firme de Copenhague, la Volvo PV544 et la Volkswagen 1500.

Enfin, nous avons trouvé aux USA une curieuse Jaguar type E, sans inscription sous le châssis. Celui-ci est simplifié par rapport au modèle Tekno dont il s’inspire, car le fabricant a supprimé le système complexe de direction. Cependant, extérieurement, si l’on fait la comparaison avec le modèle Tekno, rien ne diffère. Nous pensons que ce modèle est aussi une Alfa Auto inspirée du modèle Tekno. Notons enfin qu’Alfa auto s’est aussi inspiré de modèles Corgi Toys.

Une berline fantomatique à Berlin

Une berline fantomatique à Berlin

Après le pick-up, vue précédemment, voici la berline d’inspiration américaine de Wiking. On reconnaît tout de suite la patte du fabricant berlinois en raison d’une similitude dans la qualité d’exécution et dans le matériau utilisé.

Berline d'inspiration américaine Winking
Berline d’inspiration américaine Winking

Comme pour le pick-up l’inspiration américaine est évidente, avec tout de même une petite touche germanique au niveau du traitement des courbes de la carrosserie (voir les Ford Cologne et autres Opel des années ’50).

Wiking proposera également cette carrosserie à l’échelle qui allait faire son succès, le 1/87. Notre auto présentée est bien au 1/43. Nous la possédons dans deux teintes, mais il en existe d’autres. Dans l’ouvrage de Monsieur Schwörzer les teintes noires, bleues marine, crème et grises sont répertoriées.

Nous avons acquis ces autos auprès d’un collectionneur berlinois qui avait négocié dans les années quatre vingt un stock provenant de chez Wiking, constitué certainement de modèles invendus. Tout ces véhicules étaient bien entendu en état parfait.

C’est avec des rencontres de ce type que nous avons pu comprendre le degré d’exigence des collectionneurs germaniques concernant la firme Wiking. Une micro rayure, même infime ne peut que se traduire par une décote. Aussi est-il est fréquent de voir ces collectionneurs équipées d’une loupe. Certes, nous sommes également exigeants, mais pas à un tel degré de maniaquerie.

Mais ces rencontres nous ont conduit à poser un regard plus sévère sur les modèles d’autres firmes spécialisées dans le plastique, dont nous envisagions l’acquisition.

Berlines Cherryca Phenix

Berlines Cherryca Phenix

A l’abri des regards

La scène se déroule au musée du Louvre. Une jeune fille se poste devant un tableau de Nicolas Poussin, sort son téléphone et photographie l’œuvre. La guide qui était juste à côté lui fait remarquer que les photographies sont interdites au sein de l’exposition. Elle ajoute qu’avant de photographier un tableau le spectateur doit prendre le temps de le regarder. Un peu plus loin dans l’exposition j’ai compris toute la portée de la phrase.

Dans cette même exposition, un des commissaires explique qu’un tableau de Poussin n’a jamais rien d’exceptionnel au premier abord. Il faut savoir le regarder et interpréter les symboles. Une bague avec un diamant symbolise la pureté et la foi en Dieu. Une sphère dominant un élément architectural doit être interprétée comme l’œil de Dieu. Cela demande bien sûr une initiation.

Poussin disait que celui qui connaissait les écritures pouvait déchiffrer ses tableaux

A cette époque déjà on s’inquiétait de savoir apprécier les œuvres d’art. Ainsi Paul Fréart de Chantelou, amateur et collectionneur contemporain du peintre, avait imaginé une scénographie afin de mieux apprécier sa collection.

Ses tableaux étaient dissimulés derrière des tentures de velours vert. Il expliquait aux amis qui découvraient ses chefs-d’œuvre, qu’un de ses plaisirs était de redécouvrir ses tableaux. Aussi considérait-il qu’il ne fallait pas les voir en permanence.

Cela m’a bien évidement conduit à rapprocher ce point de vue de celui des collectionneurs de miniatures automobiles. Pour nombre d’entre eux, ne pas exposer sa collection est quelque chose d’impensable. Au cours de ma carrière j’ai entendu beaucoup de commentaires au sujet de tel ou tel collectionneur qui n’exposait pas sa collection. Cela m’a souvent amusé car généralement c’est un problème matériel plus qu’un choix personnel.

Mais il est vrai que pouvoir ouvrir de temps en temps un carton, une boîte, est un plaisir extraordinaire. Redécouvrir des modèles soigneusement rangés, les déballer, les aligner, les comparer fait partie du plaisir. On est bien souvent étonné de redécouvrir un objet que l’on avait complètement oublié. Les bonnes surprises se succèdent au fil des déballages.

Un des exemples les plus marquants est celui des miniatures de fabrication japonaise. Dans les années 70-80 elles n’intéressaient qu’une poignée d’amateurs. Il fallait déjà avoir un regard curieux et ouvert sur le monde. Ainsi, les amateurs français n’avaient d’yeux dans les productions japonaises que pour les voitures américaines ou européennes. C’est mon ami Kazuo Kato, marchand japonais, qui lors de ses séjours en France m’initia aux subtilités de ces fabrications japonaises. Profitant des acquisitions que je faisais pour son compte, je m’y suis intéressé. Au départ, faute de place, je les listais et les rangeais soigneusement. Longtemps après, ce fut un bonheur de les redécouvrir.

Voici donc un florilège de modèles aux accents orientaux. J’ai un faible pour les grosses berlines Cherryca Phenix. A leur seule évocation, les yeux de mon ami japonais brillaient de plaisir. Elles étaient les plus demandées au Japon. Je me souviens qu’il préférait les versions routières aux versions taxi ou police. Pourtant, désormais, ce sont ces versions les plus recherchées car elles sont plus rares. Ces autos sont superbes.