Une route enneigée dans le Forez

Au bois de mon coeur

Au bois de mon coeur.

La vue des cyprès et des pins parasols à travers la baie vitrée du train qui relie l’aéroport de Fiumicino à Rome est un enchantement. C’est avec la nature, et plus particulièrement les arbres, que le dépaysement s’opère. Ces cyprès bordant la voie de chemin de fer m’ont fait oublier l’endroit que j’avais quitté une heure et demi auparavant.

Les arbres font partie de nos voies de communication. On se demande parfois s’ils n’ont pas guidé l’homme dans le dessin des routes !

De 2006 à 2008, j’ai photographié avec un appareil jetable le même groupe d’arbres, situé sur une butte au bord de l’autoroute du Nord, juste après la jonction des autoroutes A1 et A2.

Ces arbres étaient situés exactement à mi-distance, 140 kilomètres, entre Paris et Calais. Passé ce repère je savais alors combien de temps il me restait pour attraper le bateau ou la navette du tunnel vers la Grande-Bretagne.

J’aime jalonner mes parcours d’autoroute de points de repère, de balises. Comme les marins en mer.

Lorsque la route est éprouvante ces repères mettent du baume au coeur. Parfois au terme d’un rapide calcul, on comprend qu’on ne pourra pas attraper la navette et qu’il faudra prendre le départ suivant.

Et puis un jour, ces arbres ont disparu. Ils ont été abattus. Pendant très longtemps, à chaque passage, j’ai ressenti de la tristesse devant la butte dégarnie. J’avais perdu ma balise. Ce n’était plus pareil, même si la distance à parcourir restait la même.

Bien longtemps après, la société gérant l’autoroute du Nord a replanté de jeunes arbres. Au départ, les tuteurs étaient plus hauts que les troncs. Désormais, ils ont commencé à prendre forme.

C’est donc tout naturellement que je traduis dans mes vitrines et dans mes photos de miniatures mon attachement à la nature et particulièrement aux arbres

Les arbres sont souvent liés à un type de paysage. Ces reproductions miniatures de sapins sont d’origine allemande. L’industrie du jouet de ce pays a toujours été aux avant-postes dans le domaine du modèlisme ferroviaire, et dans celui du décor de ce dernier.

Ces sapins ont été créés pour les réseaux de chemin de fer. J’en ai fait un usage détourné pour créer trois scénettes où j’ai mis en place des miniatures automobiles. Dans notre imagerie populaire, le sapin est facilement associé à l’hiver et au froid.

Une route nationale en période hivernale dans le Forez. Les automobilistes ont mis les skis sur la galerie et la jeep chasse-neige passe pour dégager la chaussée. Cette dernière est bien appréciée des automobilistes en période hivernale, ils savent que grâce à son action, la voie sera dégagée.

L’autre scéne se passe en Allemagne. Le chasse-neige est un camion Borgward. Ces camions fort robustes n’ont pas connu en Europe, une carrière aussi active qu’en Allemagne.

J’apprécie les deux personnages que Siku a créés spécialement pour cette miniature. Un petit sac de sel est également fourni par le fabricants pour plus de réalisme. L’enfant devait l’ouvrir et disperser le contenu afin de recréer un salage sur sa chaussée imaginaire.

Une fois le contenu du sachet vidé, il pouvait compléter le salage avec la salière familiale, sans trop de dommages, un coup d’aspirateur suffisant à effacer l’initiative malheureuse.

La troisième  se passe à Berlin dans les années cinquante, en pleine guerre froide. Nous sommes dans un bois jouxtant la ville. J’ai créé une rencontre entre fonctionnaires des deux blocs. ll ne fait pas chaud dehors, et il faut se faire violence pour sortir de la confortable Mercedes, qui est équipée d’un puissant chauffage, comme le sont souvent les berlines allemandes.

Face à la Mercedes 300 de chez Märklin, la Wartburg MS(RDA) paraît frêle. Il n’en est pas de même avec la carrure du fonctionnaire sortant de l’auto.

Il doit se dire que la Mercedes doit être bien confortable et qu’elle conviendrait mieux à sa morphologie. Je vous laisse imaginer la suite de l’histoire. Tout est permis, nous sommes dans la fiction.

Pour les deux scénettes suivantes, j’ai utilisé un autre arbre, associé, lui,  plutôt à la chaleur : le palmier.

Sur la première route, ce sont les véhicules typés qui doivent vous aider à reconnaitre le lieu. Les inscriptions apposées sur le camion et le car sont un indice.

Vous n’arrivez pas à les déchiffrer ? C’est normal, c’est de l’hébreu.

Nous sommes sur la route reliant Tel Aviv à l’aéroport David-Ben -Gourion. Le car Leyland aux couleurs de la compagnie d’aviation nationale “El-Al” est splendide. Ces couleurs vives répondent à celle du Bedford type “S” bâché reconverti en camion école ! C’est à ma connaissance la seule reproduction en jouet d’un tel véhicule.(voir le blog consacré à ce véhicule “permis poids-lourds à Tel-Aviv”)

Il fait chaud, les vitres sont ouvertes.

L’autre composition est plus énigmatique. Reconnaitre du premier coup la localisation de la photo n’est pas aisé. Je vous aide. Que voit-on ? Des autos anglaises.

En fait, sans être un spécialiste de l’automobile, le lecteur aura compris que ces autos, peintes dans ces couleurs suaves ne peuvent appartenir qu’à des ressortissants du pays de  sa Gracieuse Majesté. La végétation ne ressemble pourtant pas à celle que l’on croise en Grande-Bretagne. De plus, il y a une auto française.

Elle se reconnaît aussi à sa couleur : gris anthracite. Les consommateurs français ont peu d’attirance pour les couleurs vives. L’auto est stationnée devant un panneau d’interdiction …de stationner. Pas de doute, nous sommes en France !

…vous avez trouvé ? Nous sommes sur la Promenade des Anglais, à Nice bien sûr ! Cette artère, bordée de palmiers, symbolise bien la Riviera française.

Et puis, quoi de plus logique que de trouver des autos anglaises sur la route qui a pris ce nom en l’honneur de l’importante colonie d’Outre-Manche qui venait chaque hiver couler des jours heureux à Nice.

J’aime retranscrire dans mes vitrines l’univers des routes bordées d’arbres. La verticalité du tronc permet de construire des images différentes, où la miniature s’efface un peu face au décor.

J’ai été marqué par les artistes japonais et par l’utilisation qu’ils font des arbres,  et  autres structures verticales, qu’il s’agisse de peintres d’estampes ou de cinéastes comme Yasujiro Ozu.

Les fabricants de jouets n’ont pas été sensibles comme moi. Peu d’entre eux ont proposé des reproductions d’arbres qui viennent plutôt de fabricants de décors ferroviaires ou de figurines.

Siku est une exception et on peut remercier la marque d’avoir compris que les enfants aimaient aussi la verdure.