Le rêve bleu

Le rêve bleu

Vous souvenez vous du nom du magasin de jouets de votre enfance ? Celui devant lequel vous restiez, le nez collé à la vitrine, pour essayer d’apercevoir pour de vrai la dernière nouveauté annoncée par l’affichette collée sur la porte du magasin.

A Compiègne où j’ai grandi deux enseignes se partageaient les principales marques de miniatures : “Au Petit Quinquin” rue Saint-Corneille, la rue même où se trouvait la boutique de mes parents et “Le Nain d’Or” avenue Solférino, situé également à quelques encablures de ce dernier. Rien de très original dans le choix de ces enseignes.

Mon épouse se rappelle très bien qu’à Calais, où elle a grandi, c’était la “Tour du jouet”…du fait de l’emplacement de la boutique située près de la fameuse tour du guet à proximité de l’embouchure du port. Choix bien plus original.

Un facétieux marchand de jouets.

J’aime regarder les noms des magasins imprimés sur les catalogues de jouets. Il m’arrive de remplacer dans ma collection un catalogue par un autre parce que le nom du magasin imprimé sur la couverture me plaît davantage. Il y’a quelques années j’avais été séduit par celui ci : “Au rêve bleu”.

En fait pour être plus précis c’est le tampon tout en longueur qui m’avait plu. J’avais aimé ce petit détail : l’adresse du magasin était à Lyon, au 155 avenue de la Croix Rousse. Tout le monde sait qu’il y a un tunnel à cet endroit. Le facétieux marchand de jouet avait placé son tampon à la sortie du tunnel qui figurait sur la couverture du catalogue.

Devinette

La boutique s’appelait “Au rêve bleu”. Quelle curieuse coïncidence. Regardons de plus près la photo du catalogue : que voyons nous ? un beau camion bleu qui pointe son capot à la sortie du tunnel. Observez le bien.

C’est fait. Maintenant , allez à la dernière page du catalogue. C’est bien le même camion, celui de la couverture du catalogue qui sortait du tunnel. Il porte la référence 39 A.

Il est annoncé pour la fin de l’année 1957. La couleur du modèle dessiné rappelle bien sûr le Bedford “O” tracteur semi-remorque porte-autos de Liverpool, en version unicolore (tracteur et remorque).

Vous avez sûrement cet Unic semi-remorque porte-autos dans votre collection. . Vous savez donc qu’il n’est pas sorti en série dans cette couleur. Je ne vous apprends rien si je vous dit qu’il est fini en couleur argent avec les ailes du tracteur peintes de couleur orange. L’affichette annonçant la sortie du jouet le montre également avec cette finition.

Si vous êtes observateurs, en dehors de la couleur bleu, facilement identifiable, vous pouvez trouver quatre autres détails qui diffèrent par rapport au modèle de série. Je vous laisse quelques instants.

Réponse

1/ Commençons par le tracteur.

Il a un étonnant pare-brise panoramique, sans montant central.

C’est une interprétation de la réalité par le bureau d’étude. Cette nouvelle cabine Unic apparue en 1954 a donné un coup vieux aux poids lourds existants. Le pare brise de type “panoramique” est large et seul un très léger montant central le divise. Il se peut que la direction de Meccano pour des raisons techniques (injection et répartition de la matière lors de l’injection) ait opté pour un montant central, certes assez discret.

2/ L’ensemble est équipé de jantes en acier chromé.

Sur les modèles de série, Dinky Toys reviendra aux traditionnels jantes en zamac peintes. On peut penser que ces jantes chromées devaient avoir pour effet d’accentuer le côté luxueux d’un modèle dont la taille était exceptionnelle. La création de cette remorque fut tout de même une petite prouesse technique pour Dinky Toys qui dut en être assez fier, même si l’échelle de reproduction de la remorque (1/43) est différente de celle du tracteur (1/50).

3/ Les deux plateaux de la remorque sont lisses, à l’image du Bedford “O” anglais.

Ce détail est des plus intéressant. On y trouve la trace du lien encore très fort entre Liverpool et Bobigny. La couleur du véhicule le traitement des plateaux en sont des petits indicateurs. Que pensez enfin du quatrième point ?

4/ Plus surprenant, la manivelle de levage est située sur le côté gauche et non sur le côté droit comme elle le sera pour le modèle de série.

Pour un camion prévu pour le marché français c’est un erreur grossière. En jouant, les enfants reproduisent le sens de la circulation auquel ils sont confrontés tous les jours dans les rues. Or, avec cette manivelle, on imagine les tracas que les gamins allaient rencontrer pour faire se croiser un Unic Boilot et un Willeme fardier !

“LA” remorque bleue

L’exemplaire qui a servi aux dessins du catalogue subsiste heureusement. Cette “fameuse” remorque en laiton, je la connais depuis près de 35 ans. Je l’ai récupérée il y a quelques années seulement avec bien d’autres trésors.

Elle correspond trait pour trait au dessin du catalogue. C’est un produit de toute beauté, le fruit d’un travail artisanal qu’il était impérieux de préserver. La rampe fonctionne.

Par contre, le tracteur manquait jusqu’à ce qu’il refasse surface tout récemment.

J’ai peut être réussi à reconstituer son parcours. Une personne qui travaillait comme dessinateur chez Meccano a récupéré dans les années quatre-vingt un nombre important de pièces. Au départ, il n’avait aucune idée de l’intérêt de ces dernières. Il a ainsi laissé partir une dizaine d’exemplaires dans la nature. Et c’est devant l’insistance de la personne a qui il avait cédé ces quelques premières pièces qu’il a pris conscience de l’intérêt de tout ce qu’il avait récupéré. C’est à ce moment que j’ai fait sa connaissance. Il s’est écoulé près de trente ans avant qu’il me cède l’intégralité de son trésor, moins les quelques pièces éparpillées dans la nature. C’est bien ces dernières qui sont réapparues en salle des ventes en 2018.

L’Unic bleu ainsi que l’Acmat lance-missiles dont il m’avait parlé m’ont permis d’identifier avec certitude le lot de 9 pièces arrivé chez Collectoys. Le résultat de ces enchères fut pour moi des plus surprenant. Ce camion Unic, certes endommagé au niveau du châssis était “LA” pièce. Ayant la remorque, comment passer à travers une occasion totalement inespérée de reconstituer l’ensemble ? Ce fut le modèle qui réalisa le plus petit score.

Je terminerai par un avis de recherche

Gilles Scherpereel m’avait cédé un exemplaire de la remorque finie en bleu soutenu, très différent du bleu pâle. Il s’agit du moule définitif. Dans la même logique que celle décrite plus haut, Bobigny s’était aligné sur la nouvelle couleur choisie Liverpool pour redécorer son Bedford “O”. Comme une malédiction qui se répète, le tracteur a été égaré. Alors je lance donc un appel à celle ou celui possèderait le tracteur  bleu soutenu.

L’hypothèse improbable

L’hypothèse improbable.

Est-il bleu ou vert ? C’est la question que je posai à mon interlocuteur lors du salon des “Belles Champenoises”. Je complétai en riant : “Ou alors, il est de couleur rouge mais dans ce cas je ne l’ai jamais vu ” .

Mon interlocuteur c’était Fabrice Hot qui venait de m’informer qu’il souhaitait vendre son Berliet GBO fardier de chez Quiralu. Il marqua un temps de réflexion puis me répondit que le fardier était dans un carton et qu’il ne se souvenait plus de la couleur.

Pour moi il ne pouvait être que bleu ou vert. J’ai compris plus tard que mon affirmation avait troublé sa mémoire.

Rouge, pair et gagne

Le salon passé, je lui téléphonai pour lui reparler de son fardier. Il m’expliqua son embarras : son camion était rouge, avec les ranchers de couleur assortie, couleur inconnue jusqu’ici. J’avais évoqué cette teinte comme une boutade lors de notre premier entretien.

J’étais bien attrapé. Ayant désormais pleinement conscience de la rareté de l’objet, Fabrice Hot fort gentiment me le céda, sachant que le camion irait intégrer ma vitrine.

Ce qui est fort intéressant dans l’histoire c’est la logique de fabrication révèlée par cette version inconnue jusque là. La couleur rouge est celle qui a été le plus souvent utilisée sur la version bâchée. Il est donc logique de la trouver en version benne Marrel, et aussi en fardier comme le prouve ce modèle.

Finalement, Quiralu a utilisé 4 couleurs pour peindre son camion, rouge, beige, bleu et vert et il existe trois déclinaisons, bâché, benne Marrel et fardier. Cela nous donne donc 12 possibilités de combinaisons.(voir l’article consacré aux Berliet GBO de chez Quiralu)

A ce jour, seuls ceux peints de couleur rouge ou verte ont connu les trois carrosseries. Celui fini en bleu ne semble pas exister en version bâchée. Enfin, la version finie de couleur beige n’aurait existé qu’en bâché. Mes pages vous sont ouvertes si vous possédez ces versions inconnues.

Rouge !

On peut faire le rapprochement avec une autre firme qui s’est également distinguée par une absence totale de stratégie dans l’utilisation des couleurs avec pour conséquence la découverte de temps en temps de variantes de teintes des plus surprenantes

Il ne s’agit pas de  Mercury, j’ai déjà eu l’occasion d’aborder dans un blog précédent ce type de production (voir le blog consacré à Mercury).

Aujourd’hui, c’est de Spot-On dont je vais parler et qui n’a rien à envier à Mercury dans la multiplicité des variantes.

Ces variantes ont une logique chronologique. Il serait intéressant de connaître les dates d’utilisation de chaque couleur car Spot-On a très régulièrement renouvelé sa palette.

Pourquoi ? Je l’ignore. Si l’on se réfère au magnifique ouvrage sorti il y a quelques temps chez “In house publication”, “The ultimate book of Spot-On models LTD”, on constate l’existence d’innombrables couleurs. Collectionner cette marque en recherchant les variantes est un chalenge qui risque de prendre plus d’une vie !

Bien avant la publication de cet ouvrage, j’avais été fort surpris de trouver une déclinaison de couleur bleu pâle du camion Austin 503 Artic tracteur semi-remorque plateau avec caisse contenant la fameuse MG”A” au lieu de la traditionnelle couleur bleu soutenu.

La présence de tous les accessoires habituels et notamment la fameuse ridelle amovible de la même couleur située à l’avant de la remorque ne pouvait que confirmer l’authenticité. Idem pour la décoration. Et puis cette couleur est familière aux amateurs de camions Spot-On car elle habille la version semi-remorque ridelle qui est plus fréquente.

J’avais donc acquis ce beau véhicule neuf en boîte et quand plus tard je trouvai une version déclinée de couleur rouge ce fut la stupéfaction.

La couleur bleu pâle pouvait être interprétée comme une déclinaison du bleu soutenu, mais quelle était la logique de la couleur rouge? Aucune !

Mieux. Cette association de couleurs, rouge clair (cabine et remorque) et gris (châssis) l’amateur de Spot On que je suis l’a retrouvée sur plusieurs cabriolets de la marque.

Pour l’instant ce beau camion est donc répertorié en 3 couleurs mais je ne serais pas surpris de le voir en orange par exemple, teinte qui fut aussi utilisée sur la version semi-remorque ridelles. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse.

D’ailleurs j’en ai profité pour vous photographier les couleurs de mes MG “A” . Surprise. J’ai une  version orange qui n’est pas dans le livre pourtant fort bien documenté.

Cela prouve bien qu’avec cette firme beaucoup de choses sont encore à découvrir et c’est tant mieux.