Modèle de substitution

Il faudra attendre les années 90 pour voir des reproductions de la Chaparral 2F supérieures à celle de Solido. Quand on compare à notre Solido une Marsh Models, une Minichamps ou une True Scale Model, trois fabrications artisanales, on s’aperçoit que le fabricant français a été le seul, à l’époque, à proposer une reproduction au strict 1/43, fidèle à la réalité. C’est un exploit quand on sait que les concepteurs ont dû placer le système permettant de braquer l’aileron sans altérer les formes de l’auto.

Solido Chaparral blanche
Solido Chaparral blanche

La miniature sortira d’abord peinte de couleur blanche, conforme à la réalité. Le passage de la boîte carton à la boite vitrine coïncidera avec une petite évolution. Une décoration sera appliquée avec un complément à apposer. L’habitacle de l’auto connaîtra aussi une variante. La fin de production verra une version de couleur rouge, moins fréquente. A la même époque aussi, Solido équipera ses 2F des jantes de la Ford MK IV. C’est tout un symbole. Une série aux couleurs vives et peu réalistes sera produite : rouge, argent, turquoise, orange. Destinée à l’origine à l’exportation pour Marx aux USA, le surplus sera distribué en Europe.
Présent sur tous les fronts, Marx à cette époque était le leader mondial des fabricants de jouets. En fait Marx n’a jamais été un vrai fabricant à part entière, mais un commanditaire. Cette firme américaine sous-traitait la fabrication des jouets chez une multitude de fabricants disséminés dans le monde. Solido sera un de ses fournisseurs durant un court laps de temps. Avec cet accord, Solido trouvait là un moyen d’exporter ses modèles aux USA. On sait que M. De Vazeilles était assez réticent à travailler avec les américains. Dans une interview qu’il avait donnée à “Multimania” en 2000, il expliquait qu’il n’appréciait guère les « techniques » commerciales d’outre-Atlantique qui consistaient à acheter une très grande quantité à un prix bas. Marx exigea de faire apparaître le logo Marx et le texte en américain sur les étuis en carton.

Une intéressante version a vu le jour il y a quelques années. Il s’agit d’une version Solido Marx, de couleur blanche, classique. Le seul intérêt réside dans la boîte et la lettre qui l’accompagne. C’est la firme Post Cereal qui est à l’origine de l’envoi de cette lettre. En fait, la voiture est une prime. Une prime comme nous en avions également en Europe : le client collectionnait des points au fil de ses achats et, une fois amassée la quantité requise, il les envoyait à Post Cereal pour bénéficier de sa prime. La lettre explique cependant que le contenu de la petite boîte ne sera pas celui escompté : la Chaparral 2F est allouée en remplacement de la Ford Cortina de chez Dinky Toys promise. Post Cereal se dédouane en expliquant que devant le succès de l’opération, les Ford sont épuisées. Post Ceral espère cependant que le réceptionnaire ne sera pas trop déçu. Personnellement j’aurais été ravi du remplacement. Marx avait peut-être réussi à placer ses Solido chez Post Cereal en s’avérant moins cher que Hudson Dobson, l’importateur Dinky Toys.
Enfin, signalons une rare version qui m’a été confiée par M. Arnaud Guesnay, grand amateur de voitures texanes notamment. Marx fera produire à Hong Kong un surmoulage en plastique équipé d’un moteur électrique et destiné à un circuit routier électrique. L’aileron est fixe bien sûr. Il y a fort à parier qu’une seconde auto accompagnait cette Chapparal de circuit électrique et que c’est également dans le catalogue Solido que Marx avait puisé son inspiration. S’agit-il d’une Porsche Carrera 6 ou d’une Ferrari 330P3 ? Peut-être avez-vous la réponse.

L’oiseau éphémère, la Chaparral 2F

Il y a des véhicules qui sont hors du commun. On peut justifier ce qualificatif lorsque les fabricants de miniatures en ont proposé de nombreuses reproductions. Encore faut-il relativiser ce phénomène. Ainsi on ne peut s’étonner de voir un grand nombre de reproductions d’autos dont les durées de vie sur les chaines de production ont été longues. Le meilleur exemple est bien sûr la Volkswagen Coccinelle qui est née à la fin des années trente dont l’existence s’est étirée sur plus de cinquante ans et qui a été distribuée sur plusieurs continents. Il n’est pas étonnant de voir des milliers de reproductions, plus ou moins heureuses de cette auto. Il est plus intéressant de se pencher sur des autos éphémères mais qui ont donné lieu à un très grand nombre de reproductions en miniature.

Solido Chaparral 2 F
Solido Chaparral 2 F

En 1967, deux autos exceptionnelles vont connaître le succès auprès des décideurs des fabricants de miniature. Un tel engouement ne peut laisser indifférent les amateurs de l’histoire de la miniature automobile car il fallait vraiment qu’elles soient hors du commun pour que les fabricants investissent dans des moules onéreux. On imagine également la frénésie dans les bureaux d’étude afin être les premiers à proposer ces modèles.
Si vous ne l’avez pas deviné, je veux parler de la Lamborghini Miura et de la Chaparral 2F.

Pour la belle italienne, la ligne intemporelle créée par Bertone lui a valu la une de tous les magazines. Elle a fait fantasmer bien des conducteurs malgré des qualités routières qui n’étaient pas au même niveau. Près de cinquante ans après, elle n’a rien perdu de ses charmes, bien au contraire. On comprend alors le choix des fabricants de jouets qui l’ont inscrite à leur catalogue.

Pour la Chaparral c’est un accessoire qui lui vaut les honneurs. La ligne de l’auto tout en coins tranche avec celle des autos de course de l’époque. La Ferrari 330P4 tout en rondeurs est diamétralement opposée à cette conception. Mais l’élément déterminant est bien son grand aileron mobile. Cette Chaparral 2F a également fait la une des magazines et a intrigué la presse. Il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine période de conquête spatiale et que l ’Europe est admirative de la puissance américaine.

La liste des fabricants ayant proposé une Chaparral 2F au 1/43ème ou assimilé est longue : Mebetoys, Mercury et Politoys en Italie, Märklin, Gama, Schuco en Allemagne, Joal en Espagne, Marx et Ideal à Hong Kong, Jouef en France. Parmi les très nombreuses reproductions, une se détache du lot. Il s’agit de la reproduction faite par Solido, en France. C’est cette dernière qui va retenir notre attention. Solido vient à peine de proposer une magnifique Chaparral 2D à sa clientèle, lorsqu’elle se lance dans l’élaboration du moule de la 2F. Si dans la réalité la 2D est convertie en 2F, il n’en est pas de même s’agissant des miniatures. C’est bien un moule nouveau qui est conçu. Il faut dire que les deux autos ont une esthétique très différente, et cela n’est pas dû uniquement à la présence du grand aileron. La forme en coin de la 2F tranche avec celle plus conventionnelle, plus galbée de la 2D. Elles ont en commun les portes papillons et bien sûr le moteur Chevrolet. Solido, toujours en avance va être le seul fabricant à proposer un aileron mobile, comme sur la vraie voiture. La seule infidélité sera l’adjonction d’un troisième mât actionnant le cabrage de l’aileron. Dans la réalité le système actionnant l’aileron passait à l’intérieur des deux mâts, ces derniers étant même profilés. Je me souviens encore du plaisir que j’avais à appuyer sur l’essieu arrière pour actionner l’aileron. Dans la réalité, la transmission semi-automatique avait permis de substituer à la pédale d’embrayage celle servant à braquer l’aileron: elle était en permanence enfoncée et, en la délestant, le pilote actionnait l’aileron. Pour la petite histoire, au Mans, ce dernier se bloquera sur l’auto numéro 7 en position « freinage ».

Afin d’illustrer mes propos, j’ai choisi quelques versions moins fréquentes. Elle ont pour point commun d’être toutes des productions étrangères de chez Solido : Dalia en Espagne, Buby en Argentine et Brosol au Brésil. Seule la Brosol bénéficie d’un marquage spécifique au niveau du châssis. Ses feux arrière, en strass de couleur rouge sont une caractéristique de l’ensemble des productions brésiliennes. La Dalia est reconnaissable à ses numéros de course en papier et la Buby à ses jantes très particulières.

3 kg de moutarde, Norev et Amora

Il arrive un moment dans la vie où un petit rien vous fait comprendre que vous avez grandi et que désormais les adultes ont un regard différent sur vous. Je pense que je n’étais pas un enfant difficile ; l’adulte qui voulait me faire plaisir m’offrait une miniature et le tour était joué, il ne se trompait pas. Lorsque j’ai été un peu plus grand, je me suis rendu compte que par peur de se tromper ou par facilité, on se contentait de me donner un peu d’argent sachant que j’en ferais bon usage. C’est à ce moment-là, que j’ai senti que je venais de rentrer dans un autre monde. Désormais c’était à moi de choisir ma miniature dans le respect du budget alloué. C’est là aussi que l’on s’aperçoit qu’il va falloir faire des choix.

Norev moutarde Amora
Norev moutarde Amora

Avec mon billet de 10 francs en poche, le Peugeot J7 Autoroutes de chez Dinky Toys est bien évidemment hors de portée. Faut-il économiser ou se rabattre sur un autre produit moins onéreux ? J’étais incapable d’économiser ! Va pour la version Norev ! Avec la monnaie j’arrivais à acheter une ou deux figurines Starlux pour décorer mon garage. Les centimes restants partaient en bonbons.
Ma grand-mère me voyait revenir et comprenait que j’avais déjà tout dépensé. Pour me taquiner elle me disait que j’aurais mieux fait d’acheter 3 kilos de moutarde plutôt qu’un jouet en plastique. A l’époque, les condiments ne bénéficiaient ni des conservateurs, ni des techniques d’emballages actuels. Ils se périmaient vite et il était stupide d’en acheter une grande quantité.

Près de trente ans plus tard, alors que j’étais attablé en Suède, cette réflexion de ma grand-mère m’est revenue mais pour une autre raison. C’était le soir du premier jour de la bourse de Göteborg et je dînais avec Messieurs Odvik et Elmqvist. Quand on nous apporta le plat de résistance, ce dernier me demanda si je voulais de la moutarde pour l’accompagner. Comme il me savait amateur de Tekno, il profita de l’occasion pour me faire remarquer que la grande marque suédoise de moutarde n’était autre que Slott Senap. Pour le commun des mortels cette information n’a aucun intérêt mais pour un amateur de Tekno elle évoque un des modèles les plus rares. J’ignorais totalement cela. Les deux Volvo les plus rare, car réservés au marché suédois, étaient le Freys Express et le Slott Senap. Pour le collectionneur suédois ces modèles sont l’équivalent d’un BB Lorrain pour un amateur français de Dinky Toys. J’étais tellement surpris de cette révélation, que j’ai finalement pris un sachet de moutarde Slott Senap afin de le mettre en vitrine à côté du camion, avec une pensée émue pour ma grand-mère.
Une quinzaine d’année plus tard, j’ai repensé à cette anecdote lorsque j’ai eu l’occasion d’acquérir une Corgi Toys très rare, tellement rare que, si j’en avais entendu parler, je ne l’avais jamais vue. Et devinez quel produit promouvait la publicité appliquée sur l’auto ? La moutarde Colmans. Vraiment, ma grand-mère n’avait pas choisi le bon produit pour moquer mes achats. Je profite de cette chronique pour vous présenter deux Norev, aux couleurs de la moutarde Amora bien sûr.