Gaz Pobieda M20

Dialogue impossible

Il est toujours intéressant de faire cohabiter des objets ayant un point commun. Les responsables de la scénographie des musées l’ont bien compris. Lors d’une visite au Louvre-Lens, j’ai été charmé par le choix des juxtapositions qui incitaient le visiteur à réfléchir. C’est ainsi qu’une toile de Boucher, « Le Nid », cohabitait avec un groupe en porcelaine de Meissen intitulé « le Baisemain » datant de la même époque. En cherchant les points communs entre ces deux œuvres si différentes, le visiteur comprend mieux ce qu’est une “scène”galante.

Gaz Pobieda M20
Gaz Pobieda M20

On peut aussi réunir des objets qui s’opposent. Ainsi, pour notre petite chronique hebdomadaire, j’ai souhaité rassembler des berlines des années cinquante issues des deux blocs idéologiques : celui de l’est et celui de l’ouest.
J’ai fait un saut dans le passé, à l’époque de la guerre froide, époque où justement le dialogue semblait bien difficile entre les deux superpuissances.

Dans un premier temps, voici deux productions venant tout droit de l’ex-URSS. Le matériau retenu est le plastique. Il faut avouer que les reproductions de ces deux autos sont succinctes et assez grossières. Il s’en dégage pourtant un charme évident. Cela est certainement dû au fait que ces deux jouets sont assez rares et notre regard surpris par ces formes. Le modèle de grande taille est une Gaz Pobieda M20. Pobieda signifie « victoire » et sa date de mise en circulation, 1945, n’est sûrement pas étrangère à son appellation !

Voulue par Staline et sortie en grandes pompes, elle essuya nombre de déboires techniques à tel point qu’il fallut interrompre sa production en 1948. Afin de tester sa robustesse, des exemplaires de cette voiture furent placés dans le désert kazakh, lors de la première explosion atomique russe le 29 août 1949 ! (source Bernard Vermeylen voitures des pays de l’Est ETAI). Elle est reproduite à une échelle proche du 1/41 environ. Je ne connais malheureusement pas le nom du fabricant. La conception de l’auto autorise à penser qu’elle faisait partie d’une série.

La seconde est une Gaz Volga M22. Cette auto est la remplaçante de la Pobieda. Son allure est fortement inspirée des autos américaines de l’époque. Sa production débutera en 1956. Le jouet présenté est d’ailleurs estampillé 1956 sur la plaque d’immatriculation arrière. Elle est réduite à une échelle proche du 1/43. Bien que je possède la boîte, il m’est également impossible de vous donner le nom du fabricant. La boîte fait penser à un modèle promotionnel. On admirera son graphisme. J’ai acquis cette auto il y a fort longtemps auprès d’un pionnier de la collection. Pour cet homme qui avait débuté sa collection à l’aube des années cinquante, on imagine combien elle avait de l’intérêt. Les miniatures du bloc de l’est ne circulaient quasiment pas sur le marché. De plus, leur aspect très rustique rebutait beaucoup d’amateurs. Plus tard, mais bien plus tard, les Novoexport, bien finies, attireront les amateurs occidentaux.
La semaine prochaine, je vous emmènerai de l’autre côté du mur à l’ouest, et même dans le grand-ouest.