Tarte à la crème

C’est l’histoire d’une exposition consacré à un artiste un peu poète, un peu danseur, un peu cuisinier, un peu écrivain, un peu enseignant, et j’en oublie.

Dans la morosité actuelle, liée à l’épidémie de Covid 19, qu’il est agréable de voir des musées publics, qui loin de se morfondre laissent libre court à leur imagination débordantes.  Ce fut le cas, une fois de plus, au Mamac de Nice. Du 16 Octobre 2021 au 27 Mars 2022, le musée proposa une exposition intitulée « Le théatre des objets de Daniel Spoerri ».

J’avais  déjà croisé le nom de cet artiste, lié au Nouveau Réalisme, lors d’exposition dans ce même lieu. Mais j’étais bien incapable d’accoler son nom à une oeuvre particulière.

L’homme a eu un parcours fait de détour, de bifurcation, et la commissaire de l’exposition, Rebecca François a organisé l’exposition à l’image de ce parcours. Je la  cite « le projet pourrait bien s’apparenter à une déambulation aussi surprenante et fascinante que celle d’un théâtres forain ». Le musée a reconstitué une sorte de labyrinthe où le spectateur  progresse au fil des oeuvres,  composé de bande son, de collage déconcertants, parfois dérangeant, souvent teintés de poésie, d’humour potache,  d’illusions d’optique, de jeux de mot. Un véritable bric à brac que seul un esprit ayant gardé une âme d’enfant peut produire.  L’émotion est  partout présente. C’est d’ailleurs ce qu’il a toujours  cherché à faire ressentir à travers son travail.

En 1961, comme le raconte la commissaire de l’exposition Rébecca François, Daniel Spoerri est à l’initiative d’un mouvement que l’on dénommera plus tard « Eat Art ». Il commencera  donc en plaçant des étiquettes »Attention Oeuvre d’Art » sur des denrées alimentaires. Dés 1963, il ouvre à la galerie J à Paris son « premier restaurant éphémère ». Le lieu devient, je cite la commissaire de l’exposition : « une oeuvre in situ,  participative et festive où sont produits des tableaux -pièges avec les restes des repas et la collaboration des convives ».Si cela vous intrigue vous pouvez  en savoir sur le site du musée du Mamac de Nice (www.mamac-nice.org)  ou dans l’ouvrage qui est consacré à l’exposition.

Plus tard, dans les années 70, jouxtant le restaurant Spoerri, un lieu d’exposition « Eat Art Gallerie »  présenta des « oeuvres d’art comestibles sous forme d’éditions ». C’est dans une vidéo-documentaire les immortalisant, réalisée à partir d’image d’archive appartenant aux artistes Dorothée Selz et Antoni Miralda, que j’ai trouvé la matière pour écrire ce blog. Jusqu’ici vous pensez que, comme la conception de l’ exposition  voulut par Rébecca François  je vous ai un peu baladé, promener, distrait, reproduisant en cela  le schéma du labyrinthe voulut par cette dernière. pourtant, quelle ne fut pas mon émotion de découvrir un car Renault de chez C-I-J  au milieu d’une maquette conçut comme un  gâteau décoré de crème fouetté que l’artiste avait reconverti en paysage  alpin ! Comme le glacier de Chamonix, qui attire toujours une armée de touriste.  A voir le nombre de figurines fourmillant autour du car, on peut de suite penser qu’il a fallu plus d’un car Renault pour le convoyer dans ce lieu paradisiaque .

L’effet est garanti. L’oeuvre a été conçu en 1971. C-I-J n’existait plus.

Plus loin dans la même vidéo,  mais provenant d’une autre source ,(elle est en noir et blanc) une Aston Martin DB5 cabriolet trône sur un autre gateau factice. manifestement, la miniature  a été transformé.

voir aprés chapitre « musée, merveilles et mystifications » « Daniel Spoerri  entretient un rapport particulier à la collection. Dés 1960, il s’intéresse à la charge émotionnelle, mémorielle que peuvent véhiculer les objets. Spoerri ne collectionne pas comme un collectionneur: il révèle l’Humanité dans toute sa précarité et préciosité. »