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Leçon de géométrie chez Dinky Toys

Leçon de géométrie chez Dinky Toys

Droite, triangle isocèle, rectangle, voilà quelques-unes des figures géométriques que le bureau d’étude de Dinky Toys eut à utiliser pour résoudre une équation des plus délicates, celle consistant à reproduire, sur une miniature, le pare-brise d’un cabriolet. Voici les données du problème : il faut qu’il soit fidèle, esthétique, solide, et qu’il ne nécessite pas trop de contraintes lors de sa production.

A première vue, cela peut sembler facile. Mais celui qui connaît un peu la production mondiale de miniatures sait qu’il y a toujours eu là une source de difficultés et ce, chez tous les fabricants. Dinky Toys, Grande-Bretagne et France, ont été confronté dès l’origine à cette équation.

Pour le premier modèle, celui de la série 22, injecté en plomb et carrossé en cabriolet c’est un rectangle rapporté qui fait office de pare-brise. Sur le modèle produit en France, c’est une pièce comprenant le volant, le pare-brise et le tableau de bord qui est retenue à la carrosserie à l’aide de deux rainures verticales.

C’est simple, efficace, mais fragile.

Sur la version anglaise, antérieure à la française, c’est également une pièce rapportée qui remplit la fonction de pare-brise. Le système de fixation à la carroserie est différent, sûrement moins pratique à mettre en place. A première vue le pare-brise semble plus sophistiqué et plus fin. Cependant, la réalisation n’est pas convaincante car il est finalement plus fragile que sur la version française.

Pour les modèles suivants, ceux de la série 24 d’avant-guerre, c’est un harmonieux rectangle rapporté, ajouré sur les premiers modèles, puis plein, qui fait office de pare-brise. Il vient se fixer simplement sur la carrosserie. Au niveau robustesse, cela semble être un sérieux progrès par rapport aux séries 22. La série reprise après guerre conservera cette technique.

Le vrai changement arrive après-guerre avec la reproduction de la  Jeep Willys réduite à l’échelle du 1/50 chez les Anglais et au 1/41 environ en France. Un nouveau procédé de reproduction est utilisé. La pièce est en tôle, rapportée, puis encastrée dans deux glissières verticales. Elle ne peut s’enlever. Tout est à angle droit. Un montant vertical divise le pare-brise en deux rectangles. Cette solution est inspirée par la forme du pare-brise de la véritable Jeep.(voir le blog consacré à la Willys jeep Dinky Toys)

Vous avez tous en collection une Simca 8 sport de chez Dinky Toys. Sur ce modèle, très typé, le traitement harmonieux du pare-brise est « La  » caractéristique majeure de la miniature. Ce sont les triangles isocèles faisant office de montants verticaux qui sont remarquables.

Ils permettent une solidité renforcée par rapport aux modèles décrits précédemment, tout en donnant à la Simca une élégance et un raffinement jamais rencontrés jusque- là sur ce type de produit.

 

Pourtant, la découverte récente de trois éléments permet d’établir aujourd’hui que le projet initial, portant le nom de code 100148, était bien différent. C’est en effet sous ce matricule qu’est étudiée le 24 octobre 1950 (!) cette  reproduction de la Simca 8 sport. Il ne reste à ce jour que les vues en coupe.

Un détail est frappant. Il n’y a pas de triangle isocèle, mais un pare-brise en tôle, encastré, comme sur la Willys.

La récente mise en vente du prototype en bois permet de confirmer cet état de fait. Comme le plan de 1950 le modèle en bois comporte un pare-brise en tôle. Le modèle en bois est antérieur aux plans, il servait à la direction pour valider ou non le modèle et donc l’exécution des plans .

Le modèle dessiné sur le plan ne porte pas encore un suffixe à son numéro. La lettre « S » n’a pas encore été choisie.

Mais ce n’est pas tout. J’ai également récupéré un autre dessin du projet 100148 ( le même numéro a été conservé). Celui ci est daté du 21 mai 1951. Les fameux triangles isocèles du pare-brise sont bien là. Comme le subodore Jean-Michel Roulet dans son dernier livre au sujet de la Simca 8 et de sa gestation, Dinky Toys a tardé à concrétiser cette auto. De plus, la vraie voiture a évolué très vite. Le plan de 1951 est révélateur.

Le modèle dessiné possède la calandre de forme ovale que l’on voit sur le prototype en bois. Ce n’est donc pas encore le projet final !

Ces plans et ces prototypes sont des pièces exceptionnelles. Ils permettent une meilleure compréhension de l’histoire de Dinky Toys France.

C’est pourquoi j’avoue avoir été déçu de l’accueil réservé aux plans que j’avais fait tirer à la fin de l’année dernière. Peu de collectionneurs de Dinky Toys se sont révélés intéressés pour en acquérir un jeu. A 30 € les 18 pièces, le coût était pourtant bien raisonnable. (voir l’article sur les 18 plans reproduits).

 

 

 

Six, pair et passe !

« On n’est jamais content de ce que l’on a » voilà comment je pourrais résumer ce qui va suivre. Enfant, nous avons tous, je pense, rêvé devant les catalogues des fabricants de jouets. Personnellement, c’était surtout les modèles à venir qui me faisaient rêver !

rares variantes de Simca 1000
Simca 1000 variantes peu fréquentes

La parution du nouveau catalogue Solido était attendue par certains comme par d’autres le beaujolais nouveau…mais je vous rassure il ne produisait pas les même effets ! Ainsi j’ai pu rêver en 1974 devant une Lola T292, une Ferrari 312PB 1973 et une Alfa Romeo 33 1973 …qui n’arriveront jamais ! Mais le souvenir de cette attente reste en ma mémoire, comme une heureuse période.

L’enfant qui a grandi et qui est devenu collectionneur rattrape parfois l’histoire. Ainsi, j’ai toujours beaucoup d’intérêt pour les prototypes et je ressens de l’émotion devant un modèle qui n’a jamais été réalisé. Quand l’occasion se présente, j’essaie toujours d’acquérir ce genre de pièces. Il est important pour ce faire de connaître l’histoire du modèle et sa provenance. Cette Simca 8 fut achetée par Jean-Michel Roulet, auprès de M. Scherpereel, marchand au marché aux puces de Saint-Ouen. Elle faisait partie d’un ensemble sorti de la rue du Maroc au milieu des années 70. Acquise ensuite par le docteur Jean-Bernard Sarthe, elle arriva chez nous quand ce dernier réorienta sa fabuleuse collection. L’échelle de reproduction est supérieure au 1/43.

Ces autos étaient réalisées dans un but bien particulier. Comme l’explique M. Roulet, elles ne servaient pas à la fabrication des moules. Elles permettaient de tester lors de réunions la pertinence d’une future mise en fabrication. Il faut bien se rappeler que la fabrication d’un moule acier était, et est encore maintenant, un lourd investissement. Le droit à l’erreur n’était pas permis. On aurait aimé avoir entre les mains, si cela a existé, les rapports de ces réunions, et surtout la motivation qui conduisait à produire un modèle ou à l’abandonner.

Comme l’explique également M. Roulet, dans ses ouvrages, il faut bien comprendre le poids de Liverpool dans la décision de valider ou non un projet.

Il est amusant que certaines annotations sous ces maquettes en bois soient indiquées en anglais. Cet aspect décisionnel s’estompera avec le temps. Mais à l’époque de la réalisation de cette Simca 6, il était bien présent.

Sans intérêt pour certains, ces pièces uniques sont pour moi captivantes. Elles font partie de l’histoire d’une firme même si leur destin s’est arrêté au bureau d’étude. C’est une chance d’avoir pu les sauvegarder.

Simca
Simca

Je profite de cette page dédiée au groupe Simca, pour présenter aussi le projet du camion Unic multibenne. On appréciera la couleur retenue, celle du Simca Cargo fourgon. Enfin, une vignette regroupant des Simca 1000 provenant de chez M. Chaudey.

Le 8 de Simca

C’est au retour d’un voyage à l’étranger que je trouvais à mon domicile un paquet. Le format de ce dernier en trahissait le contenu. Messieurs Beaujardin, Darotchetche et Duprat me faisaient parvenir leur dernier opus : « 1936-1964 Simca les années Pigozzi jouets, miniatures et objets insolites ».

boîte de 6 Simca 8 sport
boîte de 6 Simca 8 sport

Ces derniers temps, de nombreux ouvrages sur le thème du jouet sont apparus sur le marché. Certains éditeurs ont sans doute besoin d’étoffer leur catalogue et on compte quelques ouvrages sans aucun intérêt.

Ma critique est fonction des informations que l’on peut trouver dans chaque nouvelle parution. Lorsqu’un livre me donne envie d’étendre ma collection au thème ou à la marque dont il a fait son sujet, je peux parler d’une réussite. Dernièrement, un magnifique ouvrage sur les Spot On est paru en Grande-Bretagne. Il a nécessité près de 10 ans de travail de la part de ses auteurs. Il m’a conduit à regarder différemment mes Spot On, et j’ai eu envie d‘élargir mes palettes de couleurs !

Le 8 de Simca
petite série. C’est la couleur inversé qui sera retenue

Revenons à notre ouvrage et tâchons d’être objectif . L’ouvrage est scindé en 4 chapitres de longueurs inégales, évoquant deux sujets distincts. Les deux premiers chapitres qui représentent environ un quart du livre évoquent la passion de la fille du fondateur de Simca, Caroline Pigozzi, pour la firme à l’hirondelle à travers sa collection de miniatures Simca. J’avoue ne pas avoir trouvé grand intérêt à ces pages. Il est dommage que les photos des prototypes et projets hérités de son père soient médiocres. Ces photos sont assorties de commentaires descriptifs qui manquent d’intérêt. Il aurait sans doute fallu raconter quelques souvenirs au sujet de ces jouets pour rendre les vignettes plus intéressantes. De plus un lecteur du blog me signale qu’en page 37, les auteurs vont, en outre, plus vite que l’histoire de la marque en baptisant Simca Marly la Ford ambulance Solido Junior.

J’ai eu par contre une bonne surprise avec le reste du livre, c’est à dire avec les trois quarts de l’ouvrage. Les auteurs ont classé, à la manière d’un alphabet, les nombreux fabricants de jouets qui ont incorporé au moins une auto du groupe Simca dans leur production. Cette liste comprend également les autos des marques liées à Simca.

On trouve ainsi les marques Unic et Gordini. Le travail a été bien mené. Il me parait très complet. J’ai surtout apprécié le fait que les auteurs donnent une brève et intéressante histoire du fabricant de jouets.

Cette démarche va dans le bon sens. Elle fournit aux collectionneurs des informations importantes pour une meilleure compréhension de leur collection. C’est un travail qui a dû nécessiter du temps. A la fin de l’ouvrage pour les passionnés de Simca, un index, rapide, donne la liste des modèles post 1964. On relève quelques erreurs dans cette liste au niveau des matériaux ou du classement. On trouve ainsi une Hatra excavatrice dans la liste Matra de chez Politoys. Je rassure les passionnés de la firme de Romorantin, Matra n’a jamais produit d’excavatrice de travaux publics ! Ces quelques erreurs n’altèrent pas la qualité globale du livre.

J’ai profité de cette occasion pour faire un tour de mes vitrines afin d’en extraire quelques Simca chères à mon cœur. Je vous présente aujourd’hui des projets de couleur pour la Simca 8 qui demeureront sans suite. J’ai un intérêt particulier pour celle de couleur rouge avec intérieur ivoire. Je l’ai acquise auprès de M. Chaudey. Quelques temps avant cette acquisition, j’avais fait la connaissance du docteur Lasson de Valenciennes. Ce dernier m’avait indiqué posséder une couleur similaire, qu’il avait acheté en personne chez un marchand de jouets de Valenciennes. Nul doute qu’elle faisait partie d’une boîte de six. Cela me conforte dans l’idée que ces pièces sont loin d’être uniques. En effet, la finition standard de ces modèles confirme qu’ils ont bien été assemblés sur la chaine de fabrication, et qu’ils sont issus d’une série.

Ceci leur donne un intérêt supplémentaire. Je suis toujours content d’apprendre la découverte d’un autre exemplaire.

La bonne étoile de Bobigny – 1

Encore une fois, le départ de notre petite histoire est un document trouvé récemment aux Pays-Bas. C’est une photo et pas n’importe laquelle. Il s’agit d’une photo provenant de Bobigny et adressée à l’importateur batave des jouets Meccano.

Mercedes 190 SL Dinky Toys essais de couleur
Mercedes 190 SL Dinky Toys essais de couleur

Cette photo provient du photographe « Desboutin Navello » situé au 21 rue Henri-Monnier dans le 9ème arrondissement de Paris. Ce photographe devait travailler pour la firme de Bobigny à la fin des années cinquante. Il s’agit d’un cliché en noir et blanc représentant un dessin de la Mercedes 190sl.

Cette photo était certainement destinée au service publicité des importateurs afin de leur permettre de présenter les nouveautés de Bobigny. Ce cliché, dont il faut reconnaître la grande qualité, m’a incité à vous présenter quelques modèles.

La miniature numérotée 24 H puis renuméroté 526 a connu une existence paisible et ne présente pas de prime abord un intérêt majeur.

Lorsque Meccano propose cette réplique au 1/43 de la Mercedes 190sl, l’auto a déjà quatre années d’existence. La voiture, produite à Stuttgart, a été présentée en 1954.

Elle devait constituer une alternative pour les consommateurs qui ne pouvaient acheter une 300sl : plus petite de 30 cm, construite sur la base de la berline 180, son prix est de moitié inférieur à celui de la 300sl.

Au moment de la sortie de la miniature, le modèle n’est plus une nouveauté. Certes, cette auto aux lignes harmonieuses et intemporelles est digne de figurer au catalogue de Bobigny mais nous pouvons nous interroger sur les motifs qui ont finalement décidé Meccano à la reproduire, car il est peu probable que l’idée ait germé lors du lancement de l’auto.

Reprenons la gamme de la série 24. Depuis le début des années 50, Meccano France articule sa gamme automobile autour de deux axes. Le premier, qui fit sa force, est constitué des berlines françaises. Le second, qui nécessita l’autorisation de Liverpool, porte sur les autos américaines et repose sur une gamme bien équilibrée, avec une berline (Buick), deux coupés (Studebaker et Plymouth) et un cabriolet (Chrysler). Le cabriolet Simca 8 sport qui n’appartient à aucune des deux catégories constitue une exception.

Dès 1957, un sérieux concurrent se positionne sur le marché hexagonal puis, très rapidement à l’exportation. Il s’agit de Solido avec la série 100. Dès le départ, la firme d’Oulins fait la part belle aux bolides (voir fiche sur les Vanwall et celle sur les Cooper) et aux fringuant cabriolets : place à l’Alfa Romeo Giulietta à la Simca Océane et à la Renault Floride. Même la placide Peugeot 403 trouve place dans le catalogue grâce à sa version Cabriolet.

Solido ne pouvait laisser passer la Mercedes 190sl, d’autant que le caractère attractif des modèles est renforcé par les innovations techniques : suspension, aménagement intérieur, personnage, volant. Ce constat me conduit à penser que cette période marque pour Dinky Toys le début d’un lent déclin. Pour ne pas perdre pied face à Solido, Bobigny propose sa Mercedes 190sl, sortant ainsi de sa logique du début des années cinquante. Ce sera la première auto dont le constructeur n’est ni français ni américain. Certes la reproduction offerte par Bobigny est superbe. Mais si les lignes sont bien rendues, il faut avouer qu’avec son châssis en tôle, l’absence de vitrage, d’aménagement intérieur et de suspension, elle paraît bien dépassée.

C’est la raison pour laquelle cette auto est une étape plus importante qu’il n’y paraît.

Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite