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Chinoiserie milanaise

Chinoiserie milanaise

« Vincent, mon ami, j’è peut-être ouna modèle pour toi. Ma, c’est oune peu spéziale. Les Mercury sont dans la presse. Elles sont faites bien sour en Chine.  eh oui ! »

Voilà comment Marco, jovial marchand milanais m’aborda à Birmingham, pour m’expliquer le test que faisait la société Hachette dans quelques villes, dont Varese.

D’ordinaire je ne suis pas intéressé par ce type de marchandise. Pourtant, la bonne humeur de mon ami italien m’a incité à m’attarder. Il m’ a donc sorti le produit de son sac à malices.

J’avoue avoir été sous le charme. Après coup, j’ai cherché à comprendre pourquoi je m’étais laissé séduire par ce produit. Je n’ai plus acheté la moindre reproduction après les Verem des années 80. Enthousiaste au départ, je m’étais vite lassé car la qualité était inférieure à celle des modèles d’époque. Les Dinky Toys Atlas ont permis à de nombreux collectionneurs soit de redémarrer, soit de compléter leur collection à moindre prix.

Tout le monde ne peut pas se payer une couleur rare ou une version promotionnelle. Un collectionneur américain m’a récemment délivré cette réflexion à Sandown Park.

Pourquoi pas? Je reviendrai prochainement sur ce sujet polémique.

Petit miracle, le produit Mercury Hachette est mignon. La peinture n’est pas trop clinquante. J’en discutais avec Jean-Michel Roulet, et, d’après ce dernier, cela n’est possible que parce que la quantité produite a été assez réduite. A l’opposé, les modèles Atlas produits en masse ont nécessité des techniques modernes d’application de la peinture qui donnent cet aspect différent.

Le format du magazine et surtout le graphisme choisi ont fait le reste. Superbe. Tout le savoir-faire et le sens du beau italiens. Une heure après, j’ai montré le produit à mon ami Clive Chick qui a ouvert de grands yeux : lui aussi est tombé sous le charme. Pour celui qui a une culture ancienne de la collection, ce graphisme est parlant. Ceci dit, mon ami Marco semblait dubitatif sur le succès de la série dans la durée. J’étais effectivement curieux de voir comment le grand public italien allait accueillir cela. Il semble que la série a été interrompue au numéro 4.

En attendant, la firme milanaise a déjà eu affaire avec l’Asie dans son glorieux passé, et plus particulièrement avec le Japon. Bien que je n’aie pas tous les éléments l’histoire est des plus intéressantes. C’est grâce aux voyages de mon ami Clive au Japon que l’on a vraiment découvert ces produits de la fin des années quatre-vingt. L’histoire est assez belle.

Pour résumer, disons que Mercury, et toutes les autres firmes européennes, Metosul, Solido, Dinky Toys, Mebetoys et C-I-J ont trouvé à partir du milieu des années soixante des débouchés inespérés au pays du soleil levant. Je ne sais pas si ces jouets ont rencontré un gros succès, mais une chose est sure, ils ont été importés au Japon en nombre.

Toutes les marques de miniatures précitées ont d’ailleurs édité des catalogues en langue japonaise !

Mercury a aussi exporté vers ce pays. Tout allait bien, jusqu’au jour, où pour des raisons que j’ignore, la firme milanaise a rompu le contrat qui la liait à la société  japonaise chargée de l’importation et de la distribution.

Cette dernière avait assuré ses arrières et avait déposé au Japon le nom « Mercury ». Quand les italiens envoyèrent les modèles vers la nouvelle structure chargée de les importer, ils furent bloqués en douane, au motif que le nom commercial ayant été déposé au Japon, ces produits constituaient des copies. Seule solution pour Mercury, renvoyer les modèles au pays et effacer le logo Mercury.

Sur les boîtes, ce fut facile: il suffit à Mercury d’en créer une, générique, avec une étiquette autocollante sur les languettes permettant l’identification du modèle.

Restait la gravure du châssis… Il s’ensuivit un vrai travail de type artisanal. Les modèles revenus sont clairement identifiables : les châssis ont été grattés sans soucis de perfection puis badigeonnés de peinture. Sur les modèles suivants, les châssis ont été limés après injection et avant la mise en peinture. Surprenants modèles pour qui ne connaît pas l’histoire !

On imagine le nombre de collectionneurs qui ont été déboussolés par cela dans les années quatre-vingt.

La liste des modèles réalisés est assez longue : on retrouve les autos de course (Ferrari 330P4, Porsche Carrera 6, Chaparral 2F et des Alfa Romeo 33) mais aussi toutes les Fiat des années soixante-dix. Celles qui étaient équipées de châssis plastique ont pu facilement être mises aux normes d’exportation.

Mes préférées sont celles qui proviennent de séries plus anciennes (Alfa Romeo 1900, Alfa Romeo Giuleitta sprint, Volkswagen 1200 ou encore Mercedes W196 monoplace carénée)

A ma connaissance, un seul modèle a bénéficié d’un traitement particulier. C’est le superbe Fiat 682N porte-autos. Le moule a été revu et le logo Mercury a été effacé définitivement. Ainsi, même les derniers modèles vendus en Italie ne possèdent plus le logo Mercury. La boîte est identique.

De larges autocollants « Made in Italy » servent à masquer les logos Mercury.

 

C’est ainsi que les italiens se montrèrent opportunistes et contournèrent le blocage japonais. Belle histoire, qui me semble unique dans le monde de la miniature automobile.

Désormais, signe des temps, c’est en sens inverse que va le commerce. Les autos sont fabriquées en Asie pour être vendues en Europe ! Qui aurait prévu cela en 1970 ?

La Cadillac du peuple

La Cadillac du peuple

« Vous savez, avec l’amour on arrangerait bien des choses. Même dans les bureaux de vote. D’ailleurs faut pas voter. Chacun le sait. Les gens votent, c’est comme cela ; c’est la Cadillac du peuple. Alors on les fait monter de temps en temps dans la Cadillac. Ils en descendent vite. »

Les propos sont de Léo Ferré. Je les ai relevés dans une émission de France Musique qui rendait hommage au poète. J’ai été touché par ces mots que Ferré débitait sur un ton presque anodin, bien loin de la gravité du propos. Il part d’un constat, puis rebondit et va là où on ne l’attend vraiment pas. N’est-ce pas le rôle de l’artiste de provoquer, de questionner, de faire réfléchir?  Avec ces mots simples il nous interpelle sur un sujet qui nous concerne tous, la démocratie.
Ce qui m’a accroché c’est bien sûr la comparaison entre l’action d’aller voter et celle d’un voyage en automobile de luxe. Mais c’est aussi le fait d’avoir choisi une marque qui ne viendrait pas spontanément à l’esprit.

Comme symbole d’un voyage luxueux, on penserait plutôt à la marque anglaise Rolls-Royce. On sait qu’une rumeur circula dans les années soixante sur le fait que Léo Ferré possédait une Rolls Royce.

La rumeur avait sûrement été lancée dans le but de troubler dans l’opinion publique l’image d’un artiste engagé et dérangeant. Mais elle n’avait aucun fondement comme le confirme le biographe de l’artiste Robert Belleret.

C’est peut être pour cela qu’il a choisi dans sa démonstration la marque Cadillac et non Rolls-Royce, pour ne pas troubler davantage les esprits. Ceci n’est qu’une supposition car Léo Ferré n’était pas du genre à esquiver.

Personnellement, si je dois associer la représentation du suffrage universel à celle d’un voyage, c’est plutôt l’image d’Ulysse qui me vient à l’esprit, lorsque revenant de l’île des morts, il demande à ses compagnons de l’attacher au mât de son navire pour ne pas succomber aux chant des sirènes.

Afin d’illustrer ces propos, j’ai choisi des miniatures de la marque Mercury. En effet la firme de Turin a inscrit  de manière quasi  simultanée à son catalogue une Rolls-Royce et une Cadillac Eldorado cabriolet. L’occasion était trop belle.

Cette dernière est considérée par beaucoup comme la plus belle miniature jamais reproduite. Mon père a toujours eu une grande affection pour cette auto, qui nous a marqués à tout jamais.

Au début des années 80, il en acheta 18 exemplaires différents issus d’une même collection.  La personne les avaient  toutes acquises dans les années soixante en magasin, fait rarissime  à une époque où l’on se contentait d’un seul exemplaire. On imagine combien cette auto lui tenait à coeur.

 

C’est un superbe modèle, image du luxe à l’américaine, vendue sous la référence 28   dès 1956. Cette miniature n’aurait pas déplu à Léo Ferré, lui qui naquît à Monaco. Il dut en croiser plus d’une dans les rues de la Principauté.

Sera-t-elle fiable pour aller voter dimanche ? Une chose est sûre, d’une telle auto, on n’a pas envie de descendre.

Mercury Lancia Flaminia ou La grande bellezza

Mercury Lancia Flaminia ou La grande bellezza

Mercury Lancia Flaminia ou l'harmonie des couleurs
Mercury Lancia Flaminia ou l’harmonie des couleurs

Chaque collectionneur de miniatures construit son propre univers en fonction notamment de ses souvenirs personnels. Chaque amateur s’est forgé son goût qu’il est bien difficile de faire évoluer. Dans mon cas personnel par exemple, à l’évocation d’une Lancia Flaminia, je ne peux que penser à la reproduction du coupé proposée par Solido. Je ne vais pas revenir sur les raisons de ce choix, il suffit de relire l’article consacré à cette auto.

Mais pour bon nombre d’amateurs, la Lancia Flaminia qui retient l’attention, c’est la version berline.

Dans la réalité, c’est effectivement une très élégante auto que Lancia a mise sur le marché en 1957. Sa ligne est due au crayon de Pininfarina. C’est une réussite incontestable. L’auto se place dans le haut de gamme de la production automobile de l’époque. Il est dommage que Lancia n’ait pas eu les moyens de lui offrir une descendance lors de l’arrêt de la production en 1967. Quatre exemplaires serviront de voitures présidentielles. C’est vraisemblablement la venue de la reine Elizabeth II en 1960 qui a poussé Pininfarina à fabriquer ces autos dénommées « Presidenziale ».

Mercury, qui était alors leader au niveau de la fabrication de miniatures dans la péninsule italienne ne pouvait passer à côté de cette auto.

Elle appartient à la seconde génération des miniatures Mercury. Les premières références proposées par Mercury étaient de taille généreuse. Les miniatures étaient reproduites au 1/40ème environ. En fait aucune n’était à la même échelle. On peut simplement dire qu’elles étaient assez éloignées du 1/43ème, échelle de reproduction imposée par Dinky Toys pour servir d’accessoires sur les réseaux de train Hornby. La seconde série Mercury est apparue au milieu des années cinquante. Elle est plus homogène. Toutes les autos sont au 1/45ème environ. Notre Lancia Flaminia du jour est fidèlement reproduite.

Mercury n’a pas oublié de faire figurer le balai d’essuie-glace de la lunette arrière, accessoire rare à l’époque.

Les premiers exemplaires sont dépourvus d’aménagement intérieur. Les châssis sont peints de couleur argent dans un premier temps avant d’être chromés vers la fin de la production.

C’est aussi à cette époque qu’un aménagement intérieur est proposé, afin de moderniser un peu la miniature. Les derniers exemplaires recevront une peinture unicolore. Moins esthétiques que les versions bicolores ces exemplaires sont bien plus rares.

Une des raisons qui font aimer les Mercury, c’est cette incroyable faculté à proposer des quantités de mariages de couleurs, tous plus ou moins improbables mais fabuleux à contempler en vitrine. Au risque de me répéter, seuls les Italiens pouvaient marier les couleurs avec autant d’élégance !

Les Fusées de Turin – Aero Mercury

  • Jantes en zamac brut
  • châssis en tôle puis en zamac riveté
  • phares moulés avec la carrosserie puis rapportés en zamac brut
  • calandres ornées de cinq barres puis de trois
  • laques d’immatriculation « TO 19 » puis « TO 16 »
  • certaines possèdent un anneau en zamac moulé au pare-choc. Il existe aussi deux versions mécaniques l’une avec un système de remontoir à clef et l’autre avec un entraînement du moteur par élastique.

Ce jouet ne reproduit pas un modèle précis. On peut facilement imaginer un châssis de Fiat avec une carrosserie artisanale : cela ce faisait beaucoup à cette époque. Mercury l’a intitulé dans son catalogue : « Aero » : la bien-nommée !

Les Aero Mercury dans leur ensemble dégagent une poésie particulière. Une poésie que l’on ne rencontre qu’avec certaines firmes. Ces jouets sont représentatifs à mes yeux d’une culture. La beauté de la forme est primordiale. Ce que l’on appelle désormais le design est ici exacerbé. Nous sommes en présence d’une forme fluide. On sent que le souci des concepteurs était la recherche de la vitesse. L’aérodynamisme est ici conjugué avec la beauté des formes. On imagine ces autos flanquées d’un numéro de course surgir au détour d’un virage des mille-miles.

Le choix des coloris est également très subtil. Nous sommes en Italie. On cultive le beau. J’ai une grande passion pour cette firme et pour ce pays.

Mercury : béni des Dieux

Mercury : béni des Dieux

Un peu d’attention à notre patrimoine artistique, architectural ou culturel révèle combien notre société est redevable à la Grèce antique.

Mercury : rare version
Mercury : rare version

Nombre d’auteurs classiques ont puisé leur inspiration dans la tragédie grecque. Le théâtre et l’opéra ne cessent de nous raconter l’histoire de Phèdre, d’Alceste et d’Eurydice. Une bonne connaissance de la mythologie grecque est indispensable à la compréhension de l’histoire de l’art. Plus tard Rome reprendra à son compte la mythologie grecque et donnera des noms latins à ses divinités.

Les deux associés de Mercury, Attilio Clemente et Antonio Cravero devaient avoir une solide culture antique. Lorsqu’ils ont entrepris de diversifier l’activité de leur entreprise, c’est en l’honneur du dieu du commerce, Mercure, qu’ils ont nommé Mercury la branche jouets de leur entreprise.

La firme naquit donc sous de bons auspices. Au départ, elle se développe grâce au Comte Giansanti Coluzzi. Cependant, le marché italien peine à se remettre de la seconde guerre mondiale et n’est pas assez important. Les dirigeants qui sont conscients du potentiel de leur entreprise, vont tout faire pour favoriser l’exportation des produits Mercury. Après la conquête du marché suisse, qui a été une réussite, Mercury va s’attaquer à d’autres objectifs.

A-t-on bien consulté les oracles avant de s’engager ? Disons simplement qu’une analyse plus fine de la situation aurait permis d’éviter bien des écueils.

Tout commence en 1958. Une nouvelle gamme est lancée avec pour cible le marché nord-américain. Dans ce secteur saturé où la concurrence est rude, Mercury va faire preuve d’imagination. C’est avec une gamme d’engins de travaux publics qu’elle tente une percée. Mercury traite à des échelles très réduites, du 1/75 au 1/110 environ, ces engins aux dimensions impressionnantes. Elle s’affranchit ainsi des coûts de fabrication élevés qu’aurait engendrés une reproduction au 1/50. De plus, à cette époque, la mode est aux réseaux de chemin de fer HO avec lesquels, si l’on n’est pas trop pointilleux, ces engins sont plus ou moins compatibles. Les modèles reproduisent les engins qui figurent dans les catalogues des fabricants américains.

En Europe, où Mercury tente également de les distribuer, le succès n’est pas au rendez-vous. Par contre, aux Etats-Unis un dénommé Povitz approche les dirigeants de Mercury afin de les persuader de produire ces miniatures sur place à Plattsburgh (NY). On peut imaginer aisément les arguments en faveur de cette solution : moins de frais d’expédition et suppression des taxes d’importation. Le prix de revient et le prix de vente se trouvent tirés vers le bas. Mercury en pleine confiance acceptera cette offre. Ainsi à Plattsburgh (NY) une unité dénommée « Little Toy » voit le jour. Elle reprendra la production avec l’outillage provenant de Turin. Les modèles issus de cette unité reçoivent un emballage plus luxueux mais plus fragile, proche de ce que Dinky Toys fera pour le marché américain.

Ce que l’on sait moins, c’est que l’unité de production américaine va créer quelques modèles que l’on ne verra jamais en Europe. Je me souviens fort bien l’avoir fait découvrir à Paolo Rampini, pourtant fin connaisseur et possédant une grande culture sur l’histoire du jouet. Comme il doutait un peu de mes propos, j’ai dû lui prouver l’existence de ces jouets. C’est à cette occasion que j’ai découvert que le fabricant délocalisé aux USA avait fait graver sur les pneumatiques le nom Mercury. Ainsi, je vous présente ces quatre véhicules, tous des Chevrolet. L’échelle de reproduction se situe au 1/75 environ. Ils sont très peu fréquents, notamment le tracteur Chevrolet semi-remorque. On peut imaginer que la branche US envisageait une diversification de sa gamme. L’histoire se gâte quant le gérant, M. Povitz disparaît dans la nature sans avoir réglé à Mercury le prix du prêt de l’outillage. Mercury lance une action judiciaire et fait même intervenir le consulat. Sans succès.

Ce revers a eu de graves conséquences pour la firme turinoise. Mercure avait sans doute mieux à faire ailleurs. Sans oublier qu’il était aussi le Dieu des voleurs…