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C-I-J Renault 5T engrais Dior

C-I-J Renault 5T engrais Dior

Dior j’adore !

Dior j'adore ! comment faire autrement !
Dior j’adore ! comment faire autrement !

A Noël, à Pâques, lors des réunions familiales, le collectionneur de miniatures automobiles est souvent sollicité par les siens pour organiser une visite commentée de son univers. Il faut dire qu’il est plus joyeux qu’une collection de tire-bouchons, plus accessible qu’une collection de missels et plus varié qu’une collection de clef à molette.

Pour peu que la belle-sœur ait lu dans le Figaro un article expliquant que ces petits bijoux pouvaient atteindre des sommes rondelettes, vous ne pourrez échapper à la visite.

CIJ Renault 5T engrais Dior
CIJ Renault 5T engrais Dior

Une réflexion revient souvent lors de ces visites. Les profanes sont émerveillés devant les phares en strass des miniatures. Ces phares sont apparus au milieu des années soixante. Comme le dit le proverbe, tout ce qui brille n’est pas or. Tout ce qui brille n’est pas non plus toujours de bon goût.

Ce n’est sûrement pas un hasard si la nouvelle marque « Minialuxe » (made in China) a équipé certains de ses modèles, en édition limitée s’il vous plaît, de phares produits par le verrier Swaroski. Effet garanti, la belle-sœur n’en revient pas, vous sortez de la catégorie « adolescent attardé » pour entrer dans le cercle des gens de bon goût.

 

J’ai pourtant trouvé mieux pour épater la famille. Le camion Dior ! Et, désormais, je peux reprendre à mon compte le slogan utilisé par la firme de luxe lors du lancement de l’un de ses parfums : « Dior, j’adore ! »
Tout cela mérite quelques explications. En effet, on s’attendrait à voir le nom Dior apposé sur une auto luxueuse, haut de gamme, et non sur un vulgaire petit camion Renault 5T. Il nous faut remonter le temps.

Christian Dior, grand couturier français (1905-1957) est un des descendants de Louis Jean Dior qui avait créé une société d’engrais chimiques « L. Dior ». Un des produits les plus fameux de cette firme est la lessive Saint-Marc.

Firme importante, spécialisée dans les engrais chimiques avant la seconde guerre, cette entreprise se rapprochera de la C-I-J afin de faire réaliser des objets publicitaires à son effigie, notamment un camion Renault 5T en tôle, reproduit à l’échelle 1/20 environ, équipé d’un chargement de sacs d’engrais et d’accessoires dont un quai de déchargement. On comprend que ce luxueux ensemble ne fut produit qu’en peu d’exemplaires.

Parallèlement, Dior demanda à la C-I-J de réaliser une version à ses couleurs sur la base de son modèle en plastiline réduit à l’échelle du 1/50 environ. Le tour de passe-passe fut des plus ingénieux. La firme de Briare avait à son catalogue une version charbonnier. Il suffit à C-I-J de repeindre les sacs de charbon en blanc afin de symboliser les sacs d’engrais et d’apposer au pochoir le nom de Dior sur le pavillon.
Ce petit modèle est finalement aussi rare que celui de grande taille. Il est fragile, très peu d’exemplaires ont survécu.

J’ai profité de l’occasion pour faire figurer un autre modèle lié aux engrais, toujours produit par la firme de Briare mais après guerre. Ce fut également un promotionnel. Il est aux couleurs des Potasses d’Alsace, concurrent des engrais Dior. Sa période de fabrication fut assez longue.

On distingue deux versions, ce qui confirme la production d’une certaine quantité et surtout un étalement dans le temps. Le dernier modèle équipé de jantes de couleur argent est simplifié au niveau des pochoirs. La boîte est plus rare que le modèle !

Les Potasses d’Alsace feront également fabriquer chez Vapé-Bourbon une série de Peugeot D3A à leurs couleurs et avec le nom des produits à promouvoir. (voir l’article sur les Peugeot D3A de chez Vapé-Bourbon)

La station Shell de Briare et son Saviem

Nous sommes en présence de l’ultime évolution du moule du Saviem, utilisé par C-I-J depuis le milieu des années cinquante. Equipée au départ avec la calandre Somua LRS (Latil Renault Somua), la firme de Briare déclinera de nombreuses variantes de la cabine, collant à l’actualité du constructeur (calandre, passage de roue arrondie puis carré de la cabine).

Citerne Saviem Shell C-I-J
Citerne Saviem Shell C-I-J

Il faudra attendre l’ultime calandre pour que C-I-J équipe sa version Shell de la jolie remorque créée pour la version BP. Celle-ci est équilibrée, bien proportionnée et habille élégamment le tracteur.

Personnellement l’ensemble me paraît plus homogène que la première série de Saviem à 3 barres pour laquelle C-I-J avait réutilisé la remorque citerne du Renault 120 cv . Les versions présentées diffèrent entre elles par leurs décorations. L’une arbore le coquillage sur les 3 faces de la remorque, tandis que sur l’autre ce sont les lettres « Shell » en rouge qui décore la citerne. La seconde version, plus réaliste, est beaucoup plus rare. Je ne l’ai rencontré que deux fois.

Nous sommes à la fin de la C-I-J. La firme se débrouille avec ce qu’il lui reste et fait preuve d’un beau sens de l’improvisation
observez les boîtes ; ce sont des réutilisations de l’étui du Saviem S7 bâché avec remorque, sur lesquelles ont été collé des étiquettes en papier, masquant le dessin du Saviem S7 que l’on aperçoit cependant par transparence. Une simple petite étiquette dactylographiée collée sur la languette permet d’identifier le modèle.

Autre exemple de récupération, les roues de la béquille sont des réutilisations de jantes de 4 cv en lieu et place des petites roues en aluminium des premiers modèles. On peut faire la même remarque pour les décalques : le stock de décalques « coquillage » était plus important que celui du logo en toutes lettres

 Et pourtant, malgré ces bricolages de fin de règne, le charme opère : c’est la magie de C-I-J !

J’vous ai apporté des bonbons …

…  Parce que les fleurs c’est périssable
Puis les bonbons c’est tellement bon
Bien que les fleurs soient plus présentables

C’est en 1963 que Jacques Brel crée cette chanson. Il y interprète un jeune homme un peu coincé, à la timidité inquiétante qui n’arrive pas à déclarer sa flamme à une jeune bruxelloise. Cette dernière arpente la Grand’place avec son jeune frère.

Modèle réduit chocolat Kemmel
Modèle réduit chocolat Kemmel

Cela fait plusieurs mois que Monsieur Jacques lui offre des bonbons. Au point qu’à raison d’une vignette par paquet de pralines le jeune frère a déjà pu acquérir plusieurs miniatures Delespaul ! Ce dernier, certes intéressé par les belles Minialuxe a conseillé à Continuer la lecture de J’vous ai apporté des bonbons …

Un dernier pour la route : CIJ Saviem

Voici à nos yeux, le plus rare des CIJ. Un dernier pour la route, c’est effectivement un titre qui convient bien à ce véhicule qui est certainement le dernier sorti des chaines de la CIJ. Le véhicule arbore les couleurs d’une célèbre brasserie.

Si beaucoup de miniatures étrangères honorent le célèbre soda venu d’outre Atlantique (Dinky Toys Liverpool, Gama, Micromodels…), plus rares sont les fabricants étrangers qui ont osé produire des modèles aux couleurs d’une marque d’alcool ou de bière. La spécificité française a voulu au contraire que de nombreux fabricants de jouets inscrivent un camion brasseur à leur catalogue.

CIJ Europarc
CIJ Europarc

C’est un temps révolu. Imagine t-on en 2010 proposer à la vente un véhicule aux couleurs d’une brasserie ? La loi Evin est passée par là !… Devrais-je masquer le nom du brasseur comme le font déjà les revues de sport automobile quand elles relatent des courses d’antan ?

Quelle tartuferie qui nous conduira sans doute un jour à ne représenter les autos de course qu’à l’arrêt, afin de ne pas promouvoir la vitesse et l’insécurité routière.

Un fait est certain, la Kronenbourg devait couler à flot dans les usines de jouets en France et ce brasseur sera à l’honneur chez de nombreux fabricants. Cette circonstance pourrait elle expliquer une certaine incohérence de production ? Quelques années auparavant, le fabricant de Briare venait de récupérer une partie de l’outillage et du stock de pièces détachées et décalques de chez JRD. Ainsi, le décalque du rare CIJ Transcontinental express provient de chez JRD. Il décorait alors un beau Simca Cargo en tôle !

Une petite anecdote : au début des années 80, nous avions naïvement écrit à la société Jex, firme qui avait possédé JRD et dont l’adresse figurait au dos des catalogues JRD. Nous demandions simplement des informations sur cette firme qui nous passionnait. A notre grande surprise, notre courrier fut transmis à M. Douat (D de JRD). Très touché que l’on s’intéresse à cette histoire, ce dernier m’expliqua les raisons de l’arrêt d’activité de sa société. Jex qui avait absorbé JRD avait à son tour été absorbé par une multinationale américaine qui opérait dans le secteur des produits d’entretien. Les nouveaux propriétaires se séparèrent ensuite de tout ce qui ne concernait pas leur branche d’activité, et c’est à la faveur de cette restructuration que CIJ hérita de la firme. Il se peut d’ailleurs que JRD ait été en meilleur santé que la CIJ. Revenons à notre Saviem. Comme le Transcontinental express, il emprunte sa remorque au Berliet TLR de chez JRD, ainsi que sa décoration. CIJ a tout de suite incorporé le Berliet à son catalogue qui ne comportait pas de véhicule de ce type. Il l’équipa à cette occasion de jantes en plastique et de pneus blancs et lisses.

Avec l’espoir de dynamiser sa gamme, CIJ a remplacé le Berliet, qui datait tout de même de 1958, par son beau Saviem. Il faut avouer que cette cabine était très réussie et qui plus est inédite. La particularité de cet ensemble réside dans son système d’attelage. Pour la version précédente, celle du transcontinental express, CIJ avait plus ou moins bricolé un système d’accroche curieux et peu réaliste. Pour cette version, le système s’inspire du modèle original JRD : il se compose d’une pièce en acier chromé, légèrement conique, venant s’enquiller dans l’orifice du tracteur, élargi pour la circonstance. CIJ remplaçait donc son système, ingénieux de tige en métal, de section très fine, habilement recourbé, recevant le système d’accroche de la remorque. Le passage à l’utilisation de la remorque JRD avait condamné ce système. Autre détail intéressant : devant être en rupture de roulettes équipant la béquille d’attelage, CIJ remplacera celles ci par des jantes équipées de pneus provenant de la Renault 4cv ! Les décalques sont bien évidemment d’origine JRD. Le décalque placé sur le devant de la remorque existe en deux versions.

Nous possédons deux exemplaires de ce véhicule. Le second fut trouvé de manière rocambolesque dans une salle des ventes où l’équipe qui avait préparé les lots avait mélangé les tracteurs et les remorques. Nous avons été intrigués par l’incohérence des couleurs et des détails : cette fine équipe dont on ne louera pas la compétence avait équipé le rare Saviem avec une remorque JRD et vis versa… après avoir acquis les deux lots séparés, nous avons reconstitué un ensemble, et chaque tracteur a retrouvé sa remorque.

Le plus amusant dans l’histoire c’est que les boîtes étaient dans le lot ! On remarque d’ailleurs que CIJ a bien imprimé une étiquette spécifique pour ce Saviem (voir la photo), avec la mention Saviem.

En voiture Simone

J’ai eu récemment l’occasion de voir au cinéma le film de Martin Provost « Violette ». Le réalisateur y dresse le portrait de Violette Leduc, femme de littérature, au travers notamment de sa relation avec Simone de Beauvoir. L’action se déroule donc après guerre.

En voiture Simone
Tekno Taunus et sa rare boîte

Notre héroïne tire le diable par la queue. Elle bénéficie de la générosité d’un amoureux de la littérature qui aide quelques écrivains dont Jean Genet. Ce mécène possède une collection de manuscrits originaux. Sandrine Kiberlain qui interprète le rôle de Simone de Beauvoir a cette réplique qui m’a fait sourire : « Je me méfie des collectionneurs. Le culte des objets a quelque chose de morbide ».

Récemment, l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, a pris la plume pour présenter sa bibliothèque qu’il mettait en vente. En préambule, il s’empresse d’expliquer que cet ensemble n’est aucunement une collection mais l’expression d’une recherche personnelle. Ces deux évènements m’ont conduit à m’interroger.

Mon premier réflexe a été de consulter le petit Robert. Collectionner : action de réunir ; la collection est une réunion d’objets ayant un intérêt esthétique, scientifique, historique, géographique. Je n’ai pas de doute, je suis bien un collectionneur et je n’ai pas l’intention de m’en défendre. Et à ce titre je peux fièrement annoncer que j’ai rassemblé au fil des années une collection de petites autos, en fonction de leur intérêt historique, géographique esthétique mais aussi en fonction de mes souvenirs, de ma culture et de mes rêves. Tout ceci fait que ma collection comme la vôtre est unique, et ne ressemble à aucune autre.

Je me suis alors demandé ce qui m’avait poussé à amasser toutes ces miniatures, et dans l’hypothèse où je ne devrais garder qu’une branche de cette collection, quelle serait cette branche ?

La réponse à cette question me ramène à la définition que je viens de donner du collectionneur de miniatures. Je peux dire sans hésiter que je garderai les miniatures publicitaires et tout principalement les camionnettes. En affinant encore, mon choix se portera sur les véhicules promotionnels. Le jouet est alors sorti de son contexte de jouet. C’est le vecteur publicitaire qui m’intéresse.

En voiture Simone
Made in France ! sans commentaires !

Le choix est encore assez vaste mais ma préférence ira aux Volkswagen et Ford de chez Tekno, également aux Citroën 2cv tôlées de chez JRD et bien sûr aux Renault 1000 Kg de chez C-I-J. Ils synthétisent des années de recherche, des milliers de kilomètres avalés, des espoirs, des déceptions, des joies. Ils résument à eux seuls ma vie de collectionneur.

Quand je les vois en vitrine, j’oublie presque toutes les difficultés que j’ai eues à les réunir. Il ne reste que les bons souvenirs. J’ai toujours une petite lueur dans le regard quand je contemple les quelques modèles que je vous présente aujourd’hui.