Archives de catégorie : Grande Bretagne

L’héritier de la Shell

L’héritier de la Shell

La scène se passe sur une plage de Floride. Marilyn Monroe campe « Sugar », la chanteuse au ukulélé d’une troupe de Chicago constituée de « girls musiciennes », en tournée dans cet Etat ensoleillé. Le film, c’est « Certains l’aiment chaud ! » de Billy Wilder.

(voir la bande annonce du film)

Sugar est à la recherche d’un beau parti. Alors que Sugar a connu bien des déboires sentimentaux auprès de divers musiciens, cette tournée en Floride est pour elle une oportunité, une occasion de dénicher la perle rare. Tony Curtiss, « Joe » dans le film est un musicien sans le sou. Il tombe amoureux de la belle. Comme il connaît les ambitions de la chanteuse, c’est en habit de milliardaire, sur la plage de l’hôtel, qu’il finit par attirer son attention. Il feint l’indifférence. Sugar ne comprend pas qu’on lui résiste, elle s’imagine donc que Joe est très différent de tous les hommes qu’elle a connus auparavant. Elle tente de l’amadouer. Ce dernier se lance dans une improvisation pour lui faire miroiter sa fortune.

Voyant un seau de plage empli de coquillages abandonné par un enfant, il explique alors qu’il collectionne les coquillages, car il est l’héritier de la Shell » (coquillage en anglais) !

Tout cela dit avec le plus grand naturel et avec un accent sud américain des plus charmants. « Sugar » est convaincue d’avoir fait une belle prise.

Mais Joe doit fuir la mafia qui le poursuit. Prisonnier du personnage qu’il joue il ne peut rien révéler à Sugar et lui annonce qu’il doit partir pour le Vénézuela . En larmes, Sugar aura cette phrase

 « Il y a aura toujours une station Shell au coin de ma rue » !

En écho à la réplique de Sugar, je vous présente quelques stations et pompes à essence aux couleurs de la « Shell ». j’ai choisi celles réalisées en bois par Tekno dans les années cinquante. On sait combien Tekno maîtrisait ce matériau. Celui qui voyage en Scandinavie est coutumier des jouets à trainer, des casernes de pompiers et des camions en bois estampillés « Tekno ». Les réalisations vont de la simple pompe aux îlots doubles jusqu’aux garages. Ces produits sont très fragiles, et peu fréquents, surtout en bon état de conservation.

logo Tekno apposé sur le socle de la station
logo Tekno apposé sur le socle de la station

Comme toujours avec les jouets en bois édités par Tekno, une décalcomanie à la base de l’objet rappelle au consommateur qu’il est en présence d’un jouet de cette marque. C’est la griffe « Tekno ».

Pour enjoliver l’ensemble et garder une unité, j’ai mis ces jouets en situation avec les superbes Volvo N88 tracteurs semi-remorque citerne aux couleurs de la « Shell » produits aussi par Tekno. Je vous laisse chercher les variantes des six modèles : décalcomanies (évolution du logo à travers les âges), aménagement intérieur des cabines, trappes sur le dessus des citernes, jantes. Il faut avouer que les harmonies de couleurs sont des plus réussies.

Rien n’est dû au hasard. Les grands groupes pétroliers ont tous une identité visuelle marquée. Esso , le rouge et le blanc, BP le jaune et le vert, Mobil le rouge et Shell le rouge et le jaune.

Pourtant, je vais vous présenter un camion qui aurait troublé le raisonnement de la belle « Sugar » : une citerne « Shell », mais de couleur bleue et blanche.

De quoi chambouler toute sa logique. Maligne, elle aurait vite compris que la « Shell » c’est aussi des produits chimiques, un empire dans l’empire. Car pour toute compagnie pétrolière, le raffinage du pétrole engendre une industrie chimique en parallèle.

Corgi Toys a réalisé un exceptionnel coffret au début des années soixante à la demande de la branche néerlandaise de la compagnie « Shell ». A voir le luxe déployé dans l’édition de ce coffret, on imagine que le produit a été réalisé pour une grande occasion. C’est selon moi le plus beau produit Corgi Toys et l’un des plus désirables. J’ai mis bien du temps à pouvoir en acquérir un. La décoration, originale en bleu et blanc, est des plus réussies. La peinture bicolore est réalisée au pochoir, et des décalcomanies spécifiques ont été réalisées. La boîte, d’une taille hors du commun pour un objet réduit à l’échelle du 1/50 contenait un calage particulier et des fiches publicitaires enroulées à l’intérieur des cales.

Le grand jeu ! « Sugar » avait bien visé, on a les moyens à la Shell.

On pardonnera donc à la « Shell » de nous avoir troublé avec ce coffret ne reprenant pas les couleurs classiques de la firme. Et pour paraphraser le film de Billy Wilder, je reprendrai la toute dernière et célèbre réplique du film: « Personne n’est parfait ! »

Des Dinky Toys au pays des Helvètes

Des Dinky Toys au pays des Helvètes

Ce catalogue m’a fait comprendre toute l’importance  de la documentation. De quoi s’agit-il ? D’un catalogue Dinky Toys d’exportation pour le marché américain, daté de 1954.  Le collectionneur curieux que je suis apprécie ce type de document. Les catalogues des fabricants de jouets conçus  pour des marchés  d’exportation possèdent des particularités. En faisant preuve d’observation, on repère des détails qui prennent une valeur particulière et peuvent parfois expliquer bien des choses.

J’ai ainsi sélectionné la page avec les séries dites « 38 ». Pour les collectionneurs anglais, ces autos sont des classiques. Pour les français, elles sont très attractives car elles n’ont jamais  été importées chez nous. Notons enfin que cette série consacrée aux cabriolets est fort plaisante. Elle marque avec la série 39 consacrée aux autos d’origine américaine, un vrai virage à Liverpool.En effet, ces autos sont tout de suite identifiables et portent d’ailleurs le nom du constructeur sur le châssis en tôle.

J’ai mis en parallèle  une autre  page consacrée à cette série  provenant d’un catalogue Dinky Toys, cette fois destiné à la Suisse et daté aussi de 1953-54.

C’est mon ami Charles qui m’avait trouvé ce superbe document et qui m’avait ouvert les yeux sur la beauté du graphisme. Pour ma part, j’avais été attiré par la couleur sachant que les Anglais n’avaient jamais reproduit  cette série en couleur sur des catalogues. Et pour cause, cette série est apparue à l’aube de la seconde guerre mondiale, en  juin 1939. ! La Lagonda, l’Armstrong  Siddeley et la Jaguar  complèteront la série en 1946. Mike Richardson pense que ces autos ont  été supprimées du catalogue anglais en 1950. A l’exportation,  elles survivront six années de plus !

J’ai  choisi de vous montrer ces modèles dans une version pimpante avec les jantes peintes  de couleurs vives et non en noir.

Nos amis collectionneurs anglais aiment beaucoup ces versions car  elles n’ont jamais été distribuées en Grande-Bretagne.

Dans la version suisse, un détail doit vous choquer. Il n’y a que 5 autos. Il manque la Jaguar SS100.  En fait, la marque Jaguar est très populaire outre-Atlantique, et on peut supposer qu’Hudson Dobson, l’importateur américain,  a gardé l’exclusivité de la production de Liverpool pour son marché américain. La jaguar est d’ailleurs présente dans le catalogue américain.

On la trouve jusque dans le catalogue 1956-1957 ! C’est dire comme elle devait être populaire, elle est la seule qui subsiste encore à cette date avec l’Armstrong Siddeley. Comme la Jaguar, sa création est postérieure à 1946. Le moule des autres modèles devait commencer à fatiguer sérieusement. Le premier retrait au catalogue de 1955 fut La Sunbeam Talbot.

Un détail m’avait  échappé, il est rarement relevé. Sur les catalogues américains, les modèles de la série 38 sont renumérotés de 100 à 105. Cette nouvelle numérotation annonce le nouveau système de numérotation mis en place pour la série suivante constituée d’adorables cabriolets anglais.

Ces catalogues, fort instructifs nous montrent aussi que les versions compétition ont devancé les versions civiles. C’est Hudson Dobson qui sera le précurseur, en demandant  à Liverpool de livrer la MG TF sans décoration et sans personnage, avec un étui spécifique et une référence particulière: 129.

Cette version sera vendue 85cents comme les autres modèles de la série 38, ou plutôt,  si on veut être puriste, série 100 aux USA.

Ce fut un beau tour de force de la part d’Hudson Dobson d’obtenir ce prix pour une nouveauté. Il est certain que le personnage a été sacrifié dans une recherche d’économies. Les catalogues pour Hudson Dobson sont repassés au noir et blanc, il n’y pas de petites économies.

Je reviendrai en détail sur chaque référence de la série 38.

C’est un clin d’œil à Charles que ces quelques lignes, lui qui m’avait fait découvrir ce type de documents qu’il appréciait beaucoup. Je revois ses yeux d’enfant  devant ces pages en couleur. Charles Prieur  est décédé le 5 février 2017.

Ambulance à Jerusalem

Ambulance à Jerusalem

Le moule d’origine, de cette miniature Standard Vanguard provient de chez River Series (Grande-Bretagne). Cette firme se transformera en Morestone (Morris et Stone, noms des deux associés). Les modèles River Series ne sont pas très fréquent, même en Grande-Bretagne.

Ils ont vite disparu des magasins de jouet. Un grand nombre de moule de ce fabricant se sont retrouvés en Israël (Ford prefect, Buick …)

La Standard a elle été transformée en ambulance. La miniature n’est pas très fine. Gamda l’a équipée de vitres. La décoration est faite à l’ aide de décalcomanies. Ce modèle m’a toujours intrigué, par son côté exotique. Dans les années 70, acquérir des modèles qui venaient « de loin », avec des décorations qui ne nous étaient pas familières décuplait notre envie de les trouver.

En fait c’est après de très nombreuses années que j’ai trouvé la première. J’ai récupéré la seconde auprès de Paolo Rampini, grand amateur de pièces rares.

Une est aux couleurs de « Red magen david ». Les décalcomanies sont de couleur rouge, avec à chaque fois superposé le texte en hébreu et en anglais.

L’autre possède des décalcomanies et une bande de couleur bleue. Elle est aux couleurs de « Hadassah medical organisation Jérusalem ». La décalcomanie symétrique sur le côté droit, étant en hebreu. Je ne sais laquelle est la plus rare !

Les livrées locales ajoutent à mes yeux un grand intérêt.

La boîte me semble encore plus rare que le modèle. Les deux modèles présentés sont en bel état de conservation, sans traces de métal fatigue comme parfois avec ce genre de modèles. Ont-ils été exportés? 

Destins contrariés-2

Destins contrariés-2

Suite de l’épisode précédent. voir l’article précédent.

Chad Valley autos de record profilées
Chad Valley autos de record profilées

Chad Valley aussi inscrira à son catalogue une étrange auto que les amateurs ont décrite comme une Sunbeam carénée de record. Je me suis renseigné auprès de collectionneurs anglais compètents comme Robert Newson.

Pour lui, cette auto est une auto générique.Il semble que les amateurs aient été abusés par le fait que Chad Valley a reproduit majoritairement des autos du groupe Rootes. C’est de là qu’est venue l’idée d’attribuer cette auto à Sunbeam.

Or d’après mes recherches, il n’y a pas eu de Sunbeam avec un pavillon caréné. On imagine une auto conçue pour des records d’endurance comme la célèbre Renault Nervasport ou l’Hotchkiss carénée. Il n’en reste pas moins que cette auto est assez peu fréquente.

T and B Austin "Flying canary"
T and B Austin « Flying canary »

Le modèle suivant est des plus étranges. On pourrait croire à une monoplace. C’est sa couleur jaune qui a aidé les amateurs de voitures de record à l’identifier comme une Austin de record.

Cette auto dénommée « Flying Canary » est apparue sur le circuit de Brooklands en mai 1931. Austin souhaitait s’approprier le record détenu par sa rivale MG dans la catégorie moins de 1 litre de cylindrée (750cc). On notera ici que tous les prétextes (cylindrée du moteur) pour battre des records étaient bons.

L’auto arriva à Brooklands pour les Coupes de Pâques où elle ne réussit pas à boucler plus d’un tour. Cependant, sa forme originale et surtout sa couleur avaient frappé les esprits, au point de lui valoir son sobriquet. Après ces débuts désastreux, Austin revit sa copie, lui permettant de battre les records de MG, tant à Brooklands qu’à Montlhéry, et incitant Taylor and Barrett à l’inscrire à son catalogue.
Cela n’empêcha pas Taylor and Barret de l’inscrire à son catalogue. Compte tenu de la rareté de la miniature j’imagine que la production n’a pas été très importante.

Jo Hill Co "Silver Bullet"
Jo Hill Co « Silver Bullet »

La Silver Bullet, autre auto de records de la même génération, a été immortalisée par Jo Hill Co. Là aussi ce ne sont pas ses performances qui ont donné prétexte à Jo Hill Co pour reproduire l’engin mais plutôt ses formes impressionnantes.Imaginez un long cigare que termine deux dérives verticales reliées par un stabilisateur horizontal.

En vitrine, ce jouet attire immédiatement le regard. On imagine la prouesse du fabricant pour réaliser cette miniature : les stabilisateurs étaient soudés à la main à la carrosserie.

Toutes ces autos constituent un formidable témoignage de cette conquête de records. Au vu de leur diversité on mesure l’engouement du public pour ces autos. Aujourd’hui il serait mal venu de glorifier la vitesse sur la route.

 

Destins contrariés

Destins contrariés

Les anglais ont toujours nourri une passion pour la vitesse, sur terre mais aussi sur mer. Etre le plus rapide, détenir le record absolu a toujours constitué l’objectif ultime et nombreux sont ceux qui ont tenté de s’approprier ce fameux trophée : la présence du drapeau britannique, l’Union Jack, sur la carrosserie des bolides atteste de l’ambition et de la fierté nationales.

Nelson Lee Babs et Sunbeam
Nelson Lee Babs et Sunbeam

A l’évocation des records du monde de vitesse, l’amateur d’automobiles  pense immédiatement aux Bluebird et à la famille Campbell.

Ces noms symbolisent à eux seuls la quête de records de vitesse. L’histoire a retenu les vainqueurs et les records battus. Les fabricants de miniatures auraient dû suivre cette logique.

Pourtant en analysant les miniatures dans mes vitrines et surtout en recherchant les performances de ces dernières on s’aperçoit que les fabricants de jouets ont parfois été plus sensibles à la forme extraordinaire des engins qu’à leurs réelles performances.

Nelson Lee Babs
Nelson Lee Babs

Prenons la Babs. Sa seconde  tentative  de record échoua  dans les sables humides de la plage de Pendine en 1927. En s’arrachant la chaîne de transmission a tué sur le coup son pilote concepteur, Parry-Thomas.

J’ai découvert cette auto il y a fort longtemps à travers une reproduction artisanale en white metal de toute beauté de chez Mac. J’ignorais jusqu’à peu qu’elle avait été réalisée aussi sous la forme d’un jouet, de manière quasi contemporaine de sa tentative de record. Le modèle est  reproduit en tôle lithographiée pincée à l’échelle du 1/55 environ. Une étrange inscription figure sur la carrosserie : « given with Nelson Lee » (offerte avec Nelson Lee).

Cette miniature a effectivement été offerte par la maison d’édition qui publiait  des récits d’aventure pour les adolescents anglais. On imagine que la quête des records  de vitesse, les échecs et les drames qui y étaient associés devaient tenir en haleine le lectorat.   Je connais au moins deux autres autos reproduites sous cette forme : une Bluebird de 1928 et la Sunbeam que je vous présente plus loin. J’imagine assez bien qu’elle devait être offerte « à plat » dans la revue, l’enfant étant chargé de la construire.

 

Sunbeam 1000HP promotionnelle
Sunbeam 1000HP promotionnelle

La Sunbeam 1000 HP pourra, elle,  s’enorgueillir d’avoir détenu le record mondial de vitesse sur terre. Elle battit le précédent record en atteignant 203,79 mph (327,97 km/h) en 1927 à Daytona Beach. Cette performance est inscrite sur le flanc de la seconde miniature présentée ce jour. Fabriquée de façon monobloc en aluminium elle fut certainement offerte comme presse-papier par Subeam. Elle est réduite à une échelle proche du 1/50. L’auto a beaucoup de charme, malgré son aspect statique.

 

"The Modern Boy" Sunbeam 1000HP
« The Modern Boy » Sunbeam 1000HP

Cette auto fut aussi immortalisée par la société  qui éditait le magazine d’aventure « the modern boy » concurrent  de la société Nelson Lee. Elle est aussi  en tôle lithographiée mais plate. Livrée dans le magazine, l’enfant avait juste le socle à former.  L’artiste l’a représenté de trois quarts, ce qui lui donne un aspect vivant. Il existe dans cette série d’autres engins  ayant pour point commun la vitesse. (voir la suite de l’article)