Benne universelle

Cette référence 965 de chez Dinky Toys reproduit un grand classique de la firme américaine Euclid. Cette compagnie est née dans l’état de l’Ohio au milieu des années 20. En 1953 Euclid va être absorbé par GM, qui voulait mettre un pied dans le marché des engins de travaux publics. Une procédure judiciaire particulièrement longue opposant l’Etat américain à GM trouvera son aboutissement à la fin des années soixante. La loi anti trust obligera GM à démanteler son empire industriel dans le domaine des engins de chantier. En 1968, GM cédera Euclid à White et continuera à produire des engins sous la marque Terex. Nous verrons plus loin que Dinky Toys suivra cette actualité. Nous verrons aussi que si GM a cédé Euclid, elle a tout de même conservé la branche des camions de chantier.

Le modèle reproduit chez Dinky Toys est l’archétype du camion benne : celui que l’on rencontre dans les carrières.

Camion benne Dinky Toys
Camion benne Dinky Toys

Ces camions faisaient en continu le circuit entre les pelles mécaniques et les concasseurs. Circulant sur des voies privées ces véhicules sont souvent dépourvus d’immatriculation. Les bennes (dumper en anglais) qui doivent être d’une robustesse à toute épreuve se caractérisent par une casquette de taille imposante, l’absence de toute fioriture et une importante garde au sol.

Dinky Toys a parfaitement restitué ce bel engin. D’abord dépourvu de vitre, il recevra un vitrage au début des années soixante. La benne est mobile. Au fil de la production, Dinky Toys trouvera une astuce afin de rendre plus réaliste à l’œil le rendu des roues. Dans la réalité, l’essieu arrière est équipé de montes pneumatiques jumelées. Les roues arrière, inversées, font apparaitre un moyeux moulé qui donne l’illusion de roues jumelées. Cette astuce avait déjà été utilisée à Bobigny avec la référence 29 DS. Dinky Toys avait utilisé sur son autobus Renault des roues de la série 25 (camions à châssis croisillonné) mais inversées au niveau de l’essieu arrière.

Lors de la création de Terex, Dinky Toys suivra l’actualité économique, ce qui lui a peut-être été imposé par GM. A cette occasion, le moule va être retouché. Les mentions Euclid, présentes sur le radiateur mais également gravées sur le châssis vont disparaître au profit de celles de Terex. Un décalque sera appliqué sur les portes. Même l’étui en carton portera le patronyme Terex. Vu la date, 1968, on imagine bien que ce camion, obsolète ne passionne plus trop les enfants. Sa diffusion sera restreinte. Mais à ma connaissance, il ne s’agit pas d’un promotionnel pour Terex, mais d’une remise au goût du jour. Cette dernière version recevra simultanément des jantes de couleur jaune ou de couleur rouge. Il disparaitra en 1972 du catalogue après une vie bien remplie. Si l’on considère toutes les variantes existantes il peut à lui seul constituer un thème de collection.

Échange au long cours

Il y a longtemps (blog numéro 213 Tekno / Scania Vabis), je vous avais présenté mes amis Gunnar et Lennart. Outre leur nationalité, ils ont comme point commun avec M. Odvik que je vous ai présenté dans le blog de la semaine dernière la passion pour les miniatures de qualité. Ils savent apprécier les belles pièces et faire partager leurs découvertes.

Tekno Auto-Transport
Tekno Auto-Transport

Lennart collectionne principalement Dinky Toys et Tekno. A l’intérieur de ces firmes, certains modèles ont sa préférence : les américaines, les allemandes, et bien sûr les autos françaises, particulièrement celles des marques Peugeot et Citroën.

Il possède une qualité peu fréquente chez les collectionneurs : il peut sacrifier un modèle qui lui tient à cœur pour un autre qui le fait encore davantage rêver. Pour cela il faut avoir une certaine ouverture d’esprit. Il faut savoir s’attacher uniquement au plaisir de l’objet acquis qui doit remplacer avantageusement celui qui part, oublier les considérations financières. Il ne faut voir que l’opportunité de faire rentrer dans ses vitrines une pièce rare. J’aime beaucoup cette façon de procéder. Elle permet, de manière intelligente, de constituer une collection de bonne tenue, sans avoir forcément des moyens financiers importants.

Il y a quelque temps, Lennart m’a envoyé les clichés d’un coffret Tekno réalisé pour Scania Vabis en Suède. Tout le monde connaît la version porte-autos ayant pour tracteur le Volvo N88 Titan. Mais lorsque cette même remorque a pour tracteur un Scania, c’est un modèle rare. De plus, jusqu’à ce jour, personne n’avait connaissance d’un coffret cadeau produit par Tekno mettant en scène un camions et des autos. Certainement pour des raisons pratiques, Tekno a conservé pour la version du Scania la combinaison de couleurs du Volvo, vert et jaune.

Lors de la parution du premier ouvrage sur la firme Tekno au milieu des années quatre-vingt, ce Scania apparaît sur la couverture du livre, sans que l’on sache s’il s’agit ou non d’un prototype. Il faut dire que j’ai attendu 25 ans avant de pouvoir en acquérir un malgré mes nombreux voyages en Scandinavie. La découverte de ce coffret m’a enfin donné la clef de l’énigme. Lennart avait des informations sur cette version. Il s’agit en fait d’un modèle réalisé pour la firme Scania Vabis en Suède. Mais me direz-vous, pourquoi avoir inclus quatre Volkswagen dans le coffret ? Certes, il est évident que Scania n’allait pas équiper son porte-autos de quatre Volvo. Pourquoi ce choix ? Revenons juste après la guerre. A la reprise des activités économiques Scania a voulu diversifier sa production. A cette fin, en 1948, après trois ans de discussions, la firme suédoise a signé un contrat d’importation avec Volkswagen. Les premières autos arrivèrent par la route puis prirent le ferry jusqu’à Helsingborg. Là, des chauffeurs de chez Scania les amenaient, par la route jusqu’au siège, à Södertälje. Le trajet prenait 48 heures, de quoi roder les autos ! Dans les années cinquante (1953-1956) Volkswagen était numéro un en Suède pour la vente des autos et devançait Volvo. Puis Scania a commencé à progresser sur le marché du poids lourd, tant au niveau national qu’à l’exportation. Au même moment, les ventes de Volkswagen ont nettement fléchi. L’arrivée de la 1500 n’a pas eu d’effet sur la baisse des ventes. Petit à petit, Scania, très occupé par la production de ses camions, a délaissé les autos particulières. En 1969, Scania a cédé l’importation à une entité nouvelle, « Svenska Volkswagen », séparation qui débouchera sur la fusion « Saab Scania Les Volkswagen présentes dans le coffret ne sont donc pas dues au hasard : elles témoignent de l’union entre les deux firmes.
C’est donc une pièce assez exceptionnelle que Lennart a choisi de m’échanger contre le coffret Dinky Toys France qui a trouvé place chez lui.

La magie des chiffres

Enfant j’étais fasciné par les magiciens. Leur façon de faire apparaître un lapin dans un chapeau ou de faire disparaître un objet me laissait sans voix. Plus grand, je demeurais émerveillé lorsqu’ils faisaient disparaître leur partenaire et je n’étais vraiment rassuré que lorsque cette dernière réapparaissait, saine et sauve. Magique ! Je n’ai jamais souhaité connaître les ficelles de ces tours. J’ai toujours préféré rester dans le rêve.

Dinky Toys Euclid la brochure
Dinky Toys Euclid la brochure

Désormais nous avons affaire à d’autres tours de magie, moins poétiques : je veux parler des chiffres dont on nous abreuve chaque jour. Dans les journaux télévisés d’éminents spécialistes dans tel ou tel domaine nous présentent d’un air convaincu statistiques, courbes et diagrammes. Ils nous expliquent comment telle ou telle opération va nous faire économiser des centaines de milliers d’euros ou nous coûter des sommes astronomiques. Leurs capacités de prévision sont tellement précises que je ne comprends pas comment la crise peut perdurer. Comme la poésie des tours de passe-passe de mon enfance est loin !

Chez Dinky Toys aussi, les « magiciens » qui avaient su enchanter quelques générations en créant les séries 24, 25, 30, 36, 38, 39 et 40 ont disparu à l’aube des années soixante. Ils ont fait place à des dirigeants adeptes des économies de bouts de chandelles. Finis les modèles flamboyants qu’enviait une concurrence incapable de suivre. A Liverpool on va user les moules jusqu’au bout, pour les amortir au maximum, notamment ceux des poids lourds qui étaient plus onéreux. Prenons la référence 965. C’est en 1955 qu’apparaît pour la première fois au catalogue l’Euclid. Ce beau modèle va avoir une vie mouvementée, à l’image de la firme de Liverpool à partir du milieu des années cinquante. Tout commence bien pour ce véhicule atypique pour lequel Meccano crée des jantes spécifiques et des pneus à crampons. Les jantes sont particulières à ce type d’engin. Plus tard elles équiperont le lanceur de missile Corporal et le Foden benne de chantier avec lame. Il était bien normal, dans une logique de rentabilité, de vouloir équiper d’autres modèles de la gamme avec des jantes particulières.

Par contre, au milieu des années soixante, notre Euclid va se voir affublé de jantes de couleur rouge et même de couleur kaki (rare). Ces jantes viennent des deux modèles précités. Finir d’utiliser des jantes peintes dans une couleur spécifique en les montant sur un autre modèle, c’est oublier la rigueur de fabrication qui avait fait la réputation de Meccano. La décoration de l’Euclid subira des variantes au fil des années. Au départ, ces variantes étaient volontaires ; il en est ainsi du logo en couleur remplacé par un logo en noir et blanc. D’autres variantes paraissent accidentelles et semblent s’expliquer par des oublis ou des difficultés à s’approvisionner en décalcomanies : le texte est présent ou non. Un autre détail me paraît révélateur de la volonté de Dinky Toys de faire des économies. Regardez la manivelle qui actionne le levage de la benne : au départ, la tige coudée a une olive en acier. Au milieu des années soixante elle est en plastique de couleur argent, avant de disparaître en fin de production du modèle.

Quand une firme commence à se préoccuper de telles économies, on peut penser que sa survie est en jeu. Nous, collectionneurs, cinquante ans plus tard, nous sommes ravis de toutes ces variantes. Il faut dire que nos préoccupations ne sont pas les mêmes que celles de ceux qui dirigeaient l’entreprise à l’époque. Ils avaient déjà fini de rêver.

La pièce du boucher

Les motifs qui conduisent à visiter une exposition sont divers. Il arrive qu’on connaisse et apprécie un artiste, qu’on ait envie de découvrir un univers, qu’on soit curieux ou qu’on ait entendu une critique élogieuse. C’est une autre raison qui m’a poussé à franchir les portes de l’exposition consacrée à Paul Durand-Ruel, marchand d’art bien connu du début du siècle dernier. Outre la possibilité d’admirer des œuvres impressionnistes au musée du Luxembourg, c’est la vie de ce marchand d’art qui m’a intrigué. Centrer une exposition sur la vie d’un marchand d’art est une idée assez récente.

Coffret Solido modèles de course
Coffret Solido modèles de course

L’année précédente j’étais tombé sous le charme, au musée du quai Branly, de l’exposition: « Charles Ratton, l’inventeur des d’arts primitifs ». L’exposition retraçait la carrière de cet homme qui voua sa vie aux arts primitifs. Il avait d’abord fait découvrir ces fabuleux objets, à un cercle restreint composé de gens du spectacle, de la littérature, des familiers de la vie mondaine. Il les avait ensuite fait connaître à un plus large public de collectionneurs. Il fit rentrer ces objets dans les salles des musées et sut leur donner la reconnaissance qu’ils méritaient. « Collectionneur marchand » ou « marchand collectionneur » , difficile à dire. L’exposition était passionnante et s’ouvrait par une reconstitution du bureau de Charles Raton, décoré de ses objets fétiches. Pas de doute, ce dernier était donc un « collectionneur ». Plus loin, les photos de sa galerie d’art attestaient qu’il avait bien fait la différence entre « ses » objets et son commerce.

C’est avec les mêmes interrogations que je me suis rendu au musée du Luxembourg afin de voir, de comprendre, et éventuellement de comparer la vision de Paul Durand-Ruel, en tant que marchand d’art. Dès le départ, j’ai compris que la logique de l’exposition était différente, très ancrée dans la réalité des chiffres. Les commissaires avaient choisi de parler sans détour et avant tout de la relation marchande. Ainsi on pouvait suivre la vie des tableaux : vendu, revendu, racheté la même année…une vie trépidante ! Si les prix de vente de l’époque sont mentionnés, avec parfois des culbutes impressionnantes, la transparence a ses limites puisqu’à aucun moment n’est indiqué le prix auquel le marchand rachetait l’œuvre. On entrevoit déjà le rôle des banques dans le marché de l’art. Le plus intéressant n’apparaît qu’à la fin de l’exposition. C’est là que j’ai eu la réponse à ma question : Paul Durand-Ruel qui eut entre les mains des centaines d’œuvres d’art ne gardait-il rien pour lui-même ? Ne tombait-il jamais sous le charme d’une œuvre ?

Sur le dernier mur de l’exposition figuraient des pièces majeures. Deux d’entre-elles avaient décoré son appartement. Il avait fait le choix de les conserver pour lui. On peut imaginer aisément qu’il les jugeait au dessus du lot. Elles sont désormais au musée d’Orsay.

Cela m’a ramené à ma propre situation. Les clients me disent souvent qu’il doit être difficile de concilier une collection et un commerce se rapportant à cette collection. Il n’en est rien. Il faut juste savoir apprécier ce luxe, à mes yeux, qui est de pouvoir décider, choisir quelles pièces doivent être mises en vente et quelles pièces doivent être gardées. Les critères qui font que l’on range une pièce dans telle ou telle catégorie évoluent au fil du temps. L’important est de ne jamais regretter un choix, mais de se servir de l’analyse de ce choix pour continuer à avancer et ne pas réitérer une erreur.

J’ai le plaisir de vous présenter quelques coffrets Solido sortant du commun. Ils sont rares, j’aime particulièrement les productions de Solido et c’est sans hésitation que j’ai placé ces coffrets dans mes vitrines.

Comment expliquer la rareté de ces coffrets ? On peut imaginer que Solido les a exécutés au moment des fêtes de fin d’année car ils permettaient d’écouler des modèles en déclin. En conséquence, ils pouvaient être proposés à des tarifs intéressants auprès de la clientèle de Noël. Par rapport aux coffrets Dinky Toys, les modèles sont retenus au socle par une petite ficelle caractéristique des productions d’Oulins. Ces coffrets n’ont d’intérêt que si la ficelle est restée intacte. Le coffret contenant un assortiment des productions d’Oulins est extraordinaire en ce qu’il réunit des chars, des camions, des autos et des bolides. On peut émettre l’hypothèse selon laquelle il s’agit d’un coffret de représentant : il pouvait ainsi montrer un échantillon des différentes gammes de chez Solido. Rien n’est sûr sauf une chose : je ne m’en séparerai pour rien au monde !