Le chaînon manquant

Aveuglés par leur passion, les collectionneurs de miniatures oublient souvent que les marques collectionnées répondent à une logique industrielle. Le modèle de Saviem porte-grue que nous vous présentons est un parfait exemple de cette logique. C-I-J était lié avec Renault par un contrat d’exclusivité.

saga des camions grue chez CIJ
saga des camions grue chez CIJ

Leur coopération ne cessera qu’avec la Dauphine et la firme a reproduit en miniature la plupart des productions de Boulogne Billancourt. Dans cette logique apparaît un Renault 120cv, dit « fainéant » à cause son moteur poussif (en fait son 6 cylindres était un 6 cylindres à plat (donc) dit….couché ! d’où son surnom fainéant, comme nous l’a précisé Philippe Michelon, lecteur du blog). La cabine sera correctement réalisée et le modèle donnera lieu à plusieurs versions dont cette flèche treillis équipée d’un godet. Cette partie est réalisée en tôle car la firme de Briare a une grande expérience de ce matériau.

Dans un premier temps, la cabine est équipée d’un pare-chocs ajouré. Dans cette version, le modèle est équipé de jantes en plastique rouge et le modèle est alors fini dans une teinte orange mat. Le moule évolue ensuite en raison d’une probable usure qui devait rendre l’opération d’ébarbage délicate : le pare-chocs devient alors non-ajouré, le tout formant un bloc compact au bas de la cabine. Le modèle est alors équipé de belles jantes en plastique argent, de bien meilleure qualité que les précédentes. Cette version plus tardive reçoit une belle peinture, d’une nuance orange plus vive et plus brillante.

Le modèle de Saviem Saviem porte-grue que nous vous présentons aujourd’hui se situe juste après. Il hérite des belles jantes et de cette pimpante couleur. C’est le chaînon manquant.

En effet, nulle part référencé, il est bien la suite logique du dernier 120cv et précède la nouvelle calandre JM240. J’ignore la raison de sa grande rareté. La seule explication logique que je trouve, est que ce type de carrosserie équipée de la flèche treillis n’ayant pas eu un grand succès commercial, la C-I-J se serait trouvée avec un stock important de 120cv, celui qui le précédait, à écouler. Le temps passant, ce modèle aurait assuré la transition entre les derniers 120cv et la nouvelle cabine JM240. Il est vrai que cette cabine avec calandre d’origine Somua ne fut pas réalisée longtemps. Celle présentée arbore déjà en son centre le logo Saviem. Il se peut que C-I-J ait procédé de la même manière avec sa version du 120cv, celui équipé d’une pelle en butte. Peut-être un jour découvrirez-vous cette version équipée de la première calandre Saviem ?

Pour finir, la façon singulière dont je me le suis procuré mérite d’être racontée. Il y 3 ans, alors que j’étais en visite chez un ami d’enfance, mon regard a été attiré par une petite vitrine qui trônait derrière son bureau et dans laquelle je voyais quelques miniatures que son père lui avait léguées. Je crus d’abord qu’il s’agissait d’un bricolage, ce modèle étant à l’époque totalement inconnu.

Ma surprise fut de taille lorsque je l’examinai : il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait d’un modèle authentique, sa couleur étant même un élément qui confortait la logique de cette production.

Mon ami n’était pas passionné par les camions, il me le céda bien volontiers.

De l’usine aux champs – 2

De l’usine aux champs

Dinky Toys Liverpool avec des tracteurs Leyland a repris l’idée d’un véhicule transportant du matériel agricole. Un projet prévoyait d’utiliser la plate-forme de la remorque du porte-autos 974 à laquelle le bureau d’étude avait supprimé l’étage supérieur. Les rampes trahissent la destination initiale. A Liverpool, l’heure était déjà aux économies.

Dinky Toys prototype AEC avec tracteurs Leyland
Dinky Toys prototype AEC avec tracteurs Leyland

Si ce projet n’a pas abouti, l’idée d’utiliser cette plate forme fut relancée quelque temps plus tard, pour une version militaire. Pour l’occasion, deux coffrets furent créés. Le premier sous la référence 616 transportait un char, et le second sous la référence 618 recevait un hélicoptère à une échelle tout à fait différente de la remorque.

Nous avons acquis le porte-tracteurs il y a fort longtemps. Dans une logique industrielle, ce modèle n’est pas unique. Il y quelques années à la bourse de Windsor, nous avons vu un second exemplaire, en tous points identique. D’ailleurs, autre élément venant corroborer ce fait, une série de cabines du camion AEC sera peinte en jaune, comme pour la remorque porte-engins et les deux tracteurs, mais en version plateau. Le camion AEC semi-remorque plateau sera commercialisé en couleur orange. Pour les tracteurs du prototype, la teinte retenue sera le bronze, couleur à la mode à Liverpool. A cette époque, vous la rencontrerez sur plusieurs modèles.

Pour des raisons que j’ignore le modèle avec les deux tracteurs, ne sera pas produit en série. Le prix de revient était peut-être trop élevé.

Enfin, nous profitons de l’occasion pour vous présenter des variantes de combinaison de couleurs sur le tracteur Leyland.

Ce véhicule, à l’échelle 1 ne semble pas avoir été un succès. Du point de vue des collectionneurs d’engins agricoles, la variante bleue avec jantes de couleur rouge est peu fréquente, ainsi que celle qui est rouge métallisédin avec les jantes jaune. Mais au début des années 70, la société Dinky Toys était déjà en train de péricliter, et ce n’est certainement pas ce bricolage proposé par Liverpool, qui aurait pu relancer la firme moribonde.

L’express d’Helsinki

Le camion Volvo Express Paulig

Mon père ne me démentirait pas si je disais que notre histoire avec Tekno a rythmé notre vie de collectionneur. La publication du premier ouvrage de Hans Hedegard et Dorte Johansen en 1984, sur la firme de Copenhague fut une véritable révélation : nous avons découvert tout un univers.

Sur la couverture de ce premier ouvrage sur les modèles Tekno, trône, au centre, le camion Volvo Express Paulig.

 sertissage du vitrage du Volvo Express Paulig
sertissage du vitrage du Volvo Express Paulig

La couverture présente d’ailleurs un condensé de pièces rares. Cette photo nous laissait entrevoir que le chemin à parcourir pour réunir ces véhicules allait être long, très long ! Si, pour une firme comme Dinky Toys, il est relativement facile de répertorier les promotionnels, pour Tekno, il en est tout autrement.

En effet, Tekno a très vite compris l’intérêt qu’il y avait pour une société à faire figurer son logo sur des reproductions en miniature de camions et camionnettes. Grâce à la conception technique de ses moules, Tekno pouvait proposer sans difficulté des combinaisons de couleurs variées. Nous reviendrons prochainement sur cet aspect technique, lors de l’étude des camions Volvo Titan.

Un examen rapide montre que Tekno moulait la cabine en trois parties : la cabine elle-même, les ailes avant et enfin le châssis. Il était donc facile de proposer une finition tricolore. Par comparaison, Dinky Toys moulait les cabines de ses camions de façon monobloc. Le Volvo Express ici présenté est moulé en trois parties : cabine, châssis et ridelles. Ce camion est apparu chez Volvo en 1959. Sa physionomie ne nous est pas familière, à nous français. En dépit de recherches approfondies, je n’ai pas trouvé d’exemples ayant circulé en France. Si ces camions ont circulé dans l’hexagone, ils n’ont pu être que très rares. Il est probable que la carrière de ce modèle, chez Tekno a été éclipsée par le superbe Volvo Titan ou N88.

Mais, de manière curieuse, Tekno a offert plusieurs versions promotionnelles de ce camion. Était-ce une manière, par le biais de modèles spéciaux, d’amortir les moules ?

Celui que nous vous présentons est à mes yeux le Tekno le plus désirable de toute la gamme. Paulig est une firme agro-alimentaire finlandaise. Le véhicule qui comporte une carrosserie spécifique a été spécialement conçu pour cette firme.

En effet, le plateau ridelles a été aménagé avec un dosseret vertical. De plus, afin de recevoir une décoration, les flancs du plateau sont lisses. Ces détails sont importants. Ils permettent rapidement une authentification. Dans les années 75, quelques Danois, dont mon ami Elgaard ont récupéré tout un stock de modèles, d’accessoires et de décalques au siège de la fabrique qui avait, à l’aube des années 70, quitté Copenhague, pour le Jütland. Dans les années 80, quelques Danois fabriquèrent chez eux des modèles avec des pièces d’origine repeintes par leurs soins. Les quelques Paulig fabriqués à cette occasion ne possèdent pas ces particularités techniques et ne peuvent êtres confondus avec les originaux.

Lorsque les auteurs du livre précités ont entrepris une activité de salle des ventes, ils ont basé leur publicité sur la mise en vente de ce fameux Paulig qui était à l’époque le seul exemplaire d’origine connu. Nous n’avons pas laissé passer l’occasion d’acquérir une telle pièce. Pendant longtemps la petite salle des ventes se servit de cette vente pour promouvoir ses services.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une dizaine d’années plus tard, au magasin, j’ai reçu la visite d’un Finlandais. Il était journaliste. Je me souviens très bien d’un détail amusant : il roulait en Simca 1500 !

Ce qui est peu banal là-bas ! Je n’ai pu m’empêcher de lui demander s’il avait des Tekno et de lui parler du camion Paulig. Il connaissait bien la firme, mais n’avait jamais entendu parler de ce Tekno. Deux ans se sont écoulés avant qu’il ne revienne me voir. Il m’explique que par un étrange hasard son journal l’a envoyé faire un reportage chez Paulig ! Il s’est à cette occasion souvenu de notre conversation. Si l’entreprise avait un petit musée tenu par une retraitée, il ne comportait aucune trace du véhicule. La dame proposa de publier dans le bulletin de liaison du musée un avis de recherche auprès des anciens salariés. Une personne répondit, en expliquant qu’effectivement elle avait conservé le camion et la camionnette (en effet, Tekno livra, en plus du camion, un Ford Taunus fourgon). Le journaliste récupéra les deux objets et les apporta à la salle des ventes connue pour avoir vendu le premier modèle.

Les choses se passant parfois de manière étrange, nous avons récupéré aussi cet exemplaire. Il est quasiment identique au premier.

Jamais, nous n’en avons vu un troisième d’origine et c’est pourquoi, à mes yeux il constitue un des plus rares Tekno, voire le plus rare.

Nous avons gardé les deux pièces, car de manière un peu naïve, ou idéaliste, nous gardions toujours quelques pièces très rares en vue d’échange avec d’autres collectionneurs. La réalité démontre qu’il est très difficile de pratiquer ainsi.

De l’usine aux champs

Les fabricants usent parfois de certains artifices afin d’écouler des modèles un peu boudés. C’est ainsi que Matchbox utilisa comme support le Ford D800 pour y placer trois tracteurs, bien évidemment de la marque Ford. Pour cette occasion le fabricant créa une remorque plateau sur laquelle prirent place les trois tracteurs.

L’idée de répétition est assez judicieuse. Une jolie boîte fut spécialement créée. J’étais encore enfant quand on m’a offert ce modèle. Le graphisme de la boîte m’a enthousiasmé.

Matcbox Ford semi remorque porte tracteurs
Matcbox Ford semi remorque porte tracteurs

Aujourd’hui, j’ai encore beaucoup de plaisir à la regarder. Le modèle est fréquent et rien ne semble justifier qu’il fasse l’objet d’une rubrique. Sa présence ici s’explique par la récente découverte que j’ai faite.

La découverte en question est un véhicule de la marque Merehall de Hong Kong. Les productions de cette firme sont peu courantes ; elle est de plus d’avantage connue pour des reproductions de jouets à une échelle supérieure au 1/43. Cependant, notre camion Ford est bien au 1/43. La filiation avec le modèle produit par Matchbox est évidente : les tracteurs bien que de taille supérieure, sont identiques. Il en est de même du système de fixation. Mais la cabine tracteur elle-même? Ne vous dit-elle rien ? Bien sûr, il s’agit d’une copie du Ford produit par Corgi Toys, concurrent de Matchbox !

Elle a été légèrement simplifiée. Merehall l’a débarrassée de ses fragiles rétroviseurs mais a gardé la cabine basculante qui s’ouvre sur un moteur à friction. L’ensemble est de qualité. Quant à la remorque plateau, elle est également empruntée à Corgi Toys. C’est la plate-forme de la caisse fourgon du Corgi Toys. Cette remorque sera utilisée dans la version du cirque Chipperfield, avec trois cages et des fauves. La Merehall était destinée au marché anglais : la décoration de la boîte fait vraiment penser à une autoroute anglaise.

Ce jouet est très peu fréquent. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais dans l’article suivant, vous allez voir que non.

Correspondance Berlinoise – 2

Ernst Plank

Berlin 10 Juillet 1914.

Amis de Paris 

Heureux de savoir que votre voyage vers votre belle capitale s’est bien déroulé. C’est avec une grande joie que nous répondons par l’affirmative à votre invitation de venir pour Noël à Paris. Nous sommes impatients de gravir votre tour Eiffel. Ici, à Berlin, il y a beaucoup d’inquiétude. Certains évoquent la possibilité d’un embrasement général. Nos deux peuples ne vont pas se déchirer de nouveau ? Nous espérons que la raison reprendra le dessus. Nous irons demain nous renseigner pour notre voyage pour Paris.

Amicales salutations

Hansel et Gretel.
Berlin

PS: Les modèles photographiés sont tous des Ernst Plank. A mes yeux les plus rares que cette firme ait fabriqué.